• Etat de la personne

     

     

     

    « À force de soucis » 

     

    Le souci, et singulièrement le souci de soi, est devenu la préoccupation première de nos contemporains individus autonomes et déculpabilisés. On appelle aussi ce souci inquiétude, instabilité, tracas, angoisse. Quelquefois, il est baptisé stress, anxiété, ou il est qualifié de dépression. Il y a des médicaments pour cela.  Ce mal est caractérisé par un sentiment de frustration quasi permanent, il affecte particulièrement les possédants, plus rarement les pauvres. C’est une maladie endogène, favorisée par l’environnement mimétique exacerbé de l’époque, que certains soignent… avec plus de compétition. Bien que ce mal-être soit vieux comme le monde, il est en passe de devenir le mal du siècle. Le Christ demandait déjà, il y a vingt siècles : « Qui de vous pourrait, à force de soucis, augmenter d’une coudée la longueur de sa vie ? » Propos rapportés par Luc (12, 25).

     

     

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

    L’amour n’est qu’une marchandise 

     

    ‘[…] love is merchandiz’d, whose rich esteeming
    The owner’s tongue doth publish every where.’
     

     

    « L’amour n’est qu’une marchandise quand son prix

    Est affiché partout par son propriétaire. » 

     

                                               Sonnet 102

     

     

     

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  • Retour du religieux archaïque

     

     

    Orthorexie 

     

    « L’orthorexie (du grec orthos, « correct », et orexis, « appétit ») est un ensemble de pratiques alimentaires caractérisé par l’ingestion d’une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains. Une alimentation saine se caractérise par la consommation de produits frais, naturels, et le refus d’aliments raffinés, industriels ou transformés. » (définition proposée par Wikipédia)

       Nous assistons aujourd’hui à un phénomène étrange. Dans notre civilisation sécularisée, débarrassée, croyons-nous, des tabous religieux ancestraux, réapparaissent des comportements qui ressemblent à s’y méprendre aux anciens interdits sur la nourriture. Des peurs archaïques reviennent, liées à l’idée d’empoisonnement éternel syndrome de la persécution. Les repas sont ainsi normalisés, codifiés, selon des préceptes rigoureux : tu ne mangeras pas gras, ni trop abondamment, tu renonceras aux produits d’origine animale, tu préféreras le cru au cuit, etc. Karl Marx avait dénoncé la religion comme étant l’opium du peuple, on voit qu’un monde sans religion avouée produit des croyances qui sont le nouvel opium des individus. La déchristianisation des Européens, la « déislamisation » des enfants d’émigrés déracinés, nous conduisent tout droit à un retour (sournois, non-dit) à un religieux archaïque. Le bénéfice est nul, peut-être est-il même négatif car les « orthorexiques » ne savent pas qu’ils finissent par se comporter de manière quasi religieuse.

       Le phénomène est d’autant plus surprenant dans une culture anciennement christianisée où les rites alimentaires ont été progressivement éliminés. Nous avons, semble-t-il, tout oublié des paroles de Jésus-Christ telles qu’elles sont rapportées par saint Matthieu (15, 10-20) : « Jésus appela la foule et lui dit : ‘‘Écoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui rend l’homme impur.’’ […] Prenant la parole, Pierre lui dit : ‘‘Explique-nous cette parabole.’’ Jésus lui répondit : ‘‘Êtes-vous encore sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche passe dans le ventre pour être éliminé ? Mais ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c’est cela qui rend l’homme impur. Car c’est du cœur que procèdent les mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. C’est cela qui rend l’homme impur, mais manger sans se laver les mains ne rend pas l’homme impur.’’ » On ne peut pas être plus explicite.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

    L’amertume du désir 

     

    ‘But O, how bitter a thing it is to look into happiness through another man’s eyes.’ 

     

    « Hélas, qu’il est amer de contempler le bonheur par les yeux d’un autre ! » 

     

                                              As You Like It, Comme il vous plaira,

                                                                          Acte V, scène 2.

     

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  • L'universel

     

     

     

    Pour sortir d’un monde archaïque 

     

    Nous vivons une crise mimétique aiguë. Nos désirs nous poussent vers les mêmes fins et toutes nos ressemblances se confondent dans une rivalité totale de tous contre tous. La rivalité est proprement planétaire, puisqu’un ouvrier sous-payé en Chine est en concurrence directe avec un travailleur européen. Nous sommes revenus, d’une certaine façon, 30 000 ans en arrière, à l’aube des civilisations, aux « origines de la culture », une période qu’on peut désigner comme le temps de la fondation du monde. L’échelle a un peu changé, mais notre petite humanité peut aisément être considérée comme une tribu.

     

    Notons quelques différences déterminantes.

     

    Le sacré est en perte de vitesse. Dieu est mort ou peu s’en faut. Les religions cafouillent sur des Textes qu’elles ne comprennent plus. Les athées en rajoutent en agitant toutes les contradictions que ces mêmes Textes contiennent. Comment sortir de la confusion ?

     

    Le marché, qui était censé séparer les individus en distribuant à chacun ce que tous voulaient en même temps, et ainsi assurer une forme de paix sociale universelle, ne marche plus. Il y a trop de laissés-pour-compte.

     

    Le monde ayant déconstruit ses fondations, les plus aveugles les plus violents mais peut-être aussi les plus braves, hélas    veulent repartir de zéro. Ils rêvent de faire table rase. Ils sont prêts à mourir pour leur cause : ce n’est pas rien ! On ne peut pas traiter leur « courage » par le mépris. On se tromperait lourdement.

     

    La refondation du monde paraît aux fanatiques la seule voie possible, mais archaïquement, ils imaginent que pour cela, il faut partir d’un acte violent fondateur, un sacrifice, un meurtre rituel qui disjoint toutes les ressemblances et instaure un ordre nouveau, une hiérarchie. Pour cela, il leur faut des victimes, si possible innocentes. Aux temps archaïques, on sacrifiait des vierges, des enfants, des agneaux purs. Aujourd’hui les victimes sont « n’importe qui ». On peut traiter les terroristes de « néo-archaïques ». C’est bizarre, mais c’est comme ça.

     

    Seulement voilà ! Au XXIe siècle, la résolution sacrificielle est inefficace, tout simplement parce que plus personne n’en veut, et surtout plus personne n’y croit ! Le christianisme et tous ses avatars nous ont convaincus que les sacrifices n’étaient que des persécutions en pure perte. Le moyen est violent et la fin est nulle. Tout le monde a compris que faire le mal ne conduit pas au bien. Le travail de sape du christianisme opère à grande échelle. Nous en sommes là.

     

    Que faire ? Déjà ne pas renforcer les fanatiques dans leurs convictions violentes. Des représailles peut-être mais en nombre très limité. Sinon, ils se sentent plus forts. La violence doit être contenue, pas développée. Ne pas opposer entre eux les pauvres humains aux abois. Les constructeurs de murs entre les nations ont tout faux. Et aussi, les boutefeux qui poussent à la riposte armée. Les réactionnaires de tout poil qui appellent à la ségrégation générale. Les colons israéliens incapables d’instaurer la paix avec leurs voisins immédiats. Les musulmans aveugles qui arment en sous-main les pauvres gars disposés à servir de chair à explosif. Les chrétiens archaïques (eux aussi) qui rêvent de nouvelles croisades. Délire des peureux qui regardent l’avenir dans le rétroviseur.

     

    Que faire encore ? Accepter nos ressemblances. Reconnaître les femmes dans leur égalité absolue avec les hommes. Renoncer à la séparation des citoyens sur quelque territoire que ce soit (elle a bonne mine « la race blanche » !). Abolir toute forme de discrimination d’âge, de sexe, de genre, d’origine, de revenus… Redistribuer le plus équitablement possible les « fruits de la croissance » : tolérer un milliard de pauvres n’est pas simplement injuste, c’est imbécile ! Écouter les enfants qui en savent tellement plus que les grandes personnes. Généraliser (ou mondialiser) la belle expression des musulmans qui s’appellent « frères » entre eux. Littéralement, tous les humains sont frères. Ça dérange qui, vraiment, de nommer un inconnu « frère » ?

     

    Nous sommes tenus à un devoir d’intelligence. Puisque nous n’avons plus la foi (ou si peu), il nous reste notre seule intelligence pour épouser cette situation nouvelle. Non pas faire face mais comprendre. Nous avons moins besoin de mobiliser notre volonté les fanatiques en ont à revendre ! que d’alerter nos consciences. Nous avons un devoir de conscience.

     

    Ceux qui cherchent une lutte, pour soulager leur colère et leur impuissance, peuvent se lancer dans un combat acharné contre tout ce qui nuit à la conscience. En gros : le divertissement. Pour faire simple, tout ce qui aujourd’hui relève du loisir. Pas de la culture, mais du simple loisir. Je désigne par là 95% des contenus de la télévision, une proportion énorme de tout ce qui est véhiculé par Internet, une bonne partie du sport-spectacle, les jeux sous toutes leurs formes nous jouons comme des gosses et nous sommes fragiles comme des vieux !

     

    Redonnons leur noblesse au goût et à la beauté : vous avez vu l’état des entrées de villes, défigurées par les publicités criardes, hideuses, agressives ? Pourquoi avons-nous laissé faire cela ? Le combat pour défendre la beauté n’est pas un combat futile, il est devenu essentiel.

     

    Autre chose à investir : la notion de personne. Tout ce qui transforme un individu en statistique nuit à la personne humaine. Refusons d’être pris pour des « parts de marché ». N’évaluons plus le travail à sa seule valeur de « productivité » et le travailleur à la seule « compétitivité ». Nous valon$ quand même mieux que les cookies que nous laissons derrière nous.

     

    Et s’il faut vraiment sacrifier quelque chose, détruisons nos idoles !

     

    Un tel programme ressemble à une utopie. Justement, c’est d’utopie dont nous avons besoin. Dans l’urgence, c’est-à-dire dans le siècle qui s’ouvre devant nous. Et sans doute plus que d’utopie, nous devons rechercher des désirs vrais. Comment connaît-on ses désirs vrais ? En interrogeant sa conscience.

     

     

     

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