• L'universel

     

    Walkabout by Nicolas Roeg

     

    Qui sommes-nous tous ensemble ? 

     

    « Ce sont les hommes, et non pas l’homme,

    qui vivent sur terre et habitent le monde. » 

     

                                                                                                       Hannah Arendt 

     

    Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Et d’abord, qui sommes-nous tous ensemble ? La culture qui soude les groupes humains, par laquelle les hommes se reconnaissent, en sous-ensembles, a pour fonction première de distinguer, de différencier, de séparer. La culture affirme, mais surtout divise, sélectionne, retranche, écarte, interdit. Avec la modernité, les contours des sociétés tendent pourtant à devenir de plus en plus flous, tandis que les cultures se fondent doucement et finissent par se confondre. Sous la pression de la globalisation, il ne reste plus aux individus qu’à se différencier tout seuls.

        Persuadé qu’il est urgent pour lui de désappartenir, l’individu contemporain s’isole et s’étiole dans son petit moi sécurisé. Tandis que l’universel confirme la ressemblance entre les humains et proclame l’unité de l’Homme, l’égoïste se réfugie dans son « droit à la différence » et s’inquiète du « choc des cultures ». Quel épouvantail est donc ce choc des cultures ? Un enfant qui meurt à Beverley Hill ne ressemble-t-il pas à un enfant qui meurt au Darfour ? Ma protestation n’est pas ici celle d’un Occidental blanc aisé, en bonne santé. Je dis cela parce que je suis Africain, je suis Amérindien, je suis Aborigène. Ne puis-je pas être aussi bien l’un que l’autre ? Je reprends à mon compte les paroles du poète haïtien Léon Laleau, et j’essaie, comme lui,

             « d’apprivoiser avec des mots de France

             ce cœur qui m’est venu du Sénégal. »

       Que m’importe ma culture d’origine si elle m’aveugle sur mon hominisation, si elle me dissimule l’essentiel !  

     

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  •  Portfolio

    Partir 

     

    Entre le touriste et l’émigré, quelle différence ?  

     

    Le touriste est celui qui commence par acheter son billet de retour.

     

     

     

     

     

     

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  • Enfance

     

     

    Sa Majesté des Mouches par Peter Brook

     

    Les enfants considérés

    comme une minorité opprimée 

     

    « [Le] processus d’émancipation, qui justement pour les femmes et les travailleurs avait signifié une véritable libération […], fut un abandon et une trahison dans le cas des enfants. […] Les méthodes modernes d’éducation ont effectivement essayé de mettre en pratique cette absurdité qui consiste à traiter les enfants comme une minorité opprimée qui a besoin de se libérer. L’autorité a été abolie par les adultes et cela ne peut que signifier une chose : que les adultes refusent d’assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé les enfants. »    

     

                                Hannah Arendt, La crise de la culture, 1961.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

    Petits arrangements avec la conscience 

     

    Richard III, au bout de sa course, s’examine, et sa conscience le perturbe, il aperçoit des spectres qui le tourmentent : 

     

         ‘My conscience hath a thousand several tongues,

         And every tongue brings in a several fate,

         And every tale condemns me for a villain.’ 

     

         « Ma conscience a mille langues contradictoires,

         Et chaque langue me pousse à une fortune différente,

         Et chaque histoire me condamne comme criminel. » 

     

                                                   Richard III, act V, sc. 3, l. 195-197 

     

    Comment sortir de l’oppression de la conscience qui accuse ? La violence « libère de la chimère de la conscience », comme le prétendait Hitler (un spécialiste en matière de violence). Richard III choisit donc la guerre : 

     

         ‘Go, gentlemen ; every man unto his charge.

         Let not our babbling dreams affright our souls ;

         Conscience is but a word that cowards use,

         Devis’d at first to keep the strong in awe :

         Our strong arm be our conscience, swords our law.’ 

     

         « Allez, messieurs, chacun à son poste !

         Les balbutiements de nos songes ne doivent pas effrayer nos âmes !

         La conscience n’est qu’un mot qu’utilisent les lâches,

         Inventé à l’origine pour tenir les forts dans la crainte.

         Notre bras armé sera notre conscience, nos épées seront notre loi. » 

     

                                                   Richard III, act V, sc. 3, l. 309-313 

     

    À remarquer que ce n’est pas Shakespeare qui choisit la guerre, mais Richard III. Peter Brook dit justement : « À aucun moment Shakespeare ne montre du doigt ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire, ce qui est bien ou mal, juste ou injuste. » Sur ce constat, certains esprits mal réfléchis en ont conclu que Shakespeare ne pensait rien puisqu’il dit tout et son contraire avec la même aménité. C’est se tromper lourdement sur Shakespeare épris de vérité. Simplement, il n’assène pas « sa » vérité, il laisse à chacun le soin de trouver LA vérité, notamment celle de la violence qui nous habite. Il donne à voir et à entendre. Il fait sienne cette phrase de Jésus, rapportée par Matthieu (13, 9) : « Entende qui a des oreilles ! » La scène est un laboratoire et nous sommes invités à observer ce qui s’y passe.

       Pour autant, Shakespeare, tout objectif qu’il soit on pourrait dire tout « scientifique » qu’il soit dans sa « démonstration » donne un indice fort de son opinion quand il fait dire à Richard : « …chaque histoire me condamne comme criminel. » L’aveuglement de Richard, dans la panique de la préparation de la bataille de Bosworth, n’est pas aussi grand qu’il ne ressente pas sa conscience accusatrice. Toutes les voix qu’il entend l’accusent. Sa méconnaissance ne va pas jusqu’à l’aveuglement total. Il sait que la guerre va le « libérer de sa conscience ». Il est encore assez conscient pour percevoir cela. Évidemment, dans les circonstances, ce n’est pas Richard tout seul qui comprend cela, c’est Shakespeare qui le lui souffle. Et nous, spectateurs fascinés, qu’avons-nous compris ?

     

     

     

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  • Modèle

     

     

    La pompe 

     

    Pourquoi succombons-nous à la pompe ? Tout cet artifice, ce clinquant, ces dorures (fausses en général), les plumes, les broderies, les fanfares, les confetti, l’apparat, les paillettes, le tapis rouge, les garde-à-vous, tout ce rituel sans autre justification que celle de mettre en valeur l’idole… C’est Cléopâtre entrant dans Rome. C’est le patron du CAC 40 qui estime justifié de gagner 14 000 € par jour ! Est-ce que vous m’avez bien vu ? 

     

    Idol of idiot-worshippers !

    « Idole des adorateurs d’idiots. »    

     

                                Troilus and Cressida

     

     

     

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