•  Shakespeare

     

    fugit amor

    de Camille Claudel

    Le désir et le besoin  

                ‘O reason not the need !

                Allow not nature more than nature needs,

                Man’s life is as cheap as beast’s.’ 

             « Oh ne raisonnez pas le besoin !

                Si vous n’accordez pas à la nature plus qu’elle n’a besoin,

                La vie d’un homme ne vaut pas plus que celle d’une bête. »

     

                                                              King Lear, act II ,sc. 4

     

    Le désir, c’est exactement ‘more than nature needs’. Le désir est en surplus, il vient contrarier la nature. Nous faisons tellement de choses qui vont à l’encontre de nos besoins, dans le but chimérique de satisfaire nos désirs !

     

     

     

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  •  Crise du désir

     

     

    Les robots

     

     

    Les robots ne nous détrôneront que lorsque nous aurons choisi de leur céder la place.

     

    Le jour où nous serons las de nos responsabilités.

     

    Quand nous serons trop fatigués.

     

    Quand nous n’en pourrons plus de devoir penser par nous-mêmes pour seulement survivre.

     

    Nous délèguerons nos pouvoirs.

     

    La reddition sera douce.

     

    Indolore, sans doute.

     

    Ce n’est pas tant que les robots seront plus forts que nous, mais nous préférerons notre faiblesse à leur force.

     

    La chose se produira quand le désir n’y sera plus, qu’il sera en panne, presque éteint.

     

    Le sel de la terre se sera affadi.

     

    Nous comptons sur les enfants à venir pour que ce jour ne vienne jamais. 

     

     

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  • Education

     

     

    L’enfant voit plus loin que l’adulte 

     

    Cette belle image représente La féérie de la brousse. C’est un tableau de Papa Ibra Tall, peintre sénégalais. C’est cette image qui a servi de couverture à l’édition, chez Hatier, des ouvrages que Jean Tamburini, Sada Niang et moi avions réalisés pour l’enseignement de l’anglais en Afrique francophone : Elsewhere in Africa. Ouvrages, hélas, épuisés depuis longtemps.

     

    L’image est remarquable dans la manière de représenter l’enfant porté par l’homme, l’enfant plus grand que l’homme. La merveille de l’éducation, pour ne pas dire « la féérie », c’est que l’enfant puisse s’élever au-dessus de l’homme. C’est justement pour cela qu’on l’élève.

     

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  • Mimétisme 

     

    Zoé Heran dans le rôle de Laure/Mickaël  

    La honte 

     

    Le mimétisme peut être terriblement destructeur. Si tu n’es pas mimétique, tu es suspect. Si tu ne ressembles pas aux autres, tu es dangereux… La honte n’est pas le fait de la différence, la honte est une insulte faite à celui ou à celle qui paraît dissemblable. Ce n’est pas « la différence » en tant que telle qui est rejetée, c’est l’absence de conformité à un modèle quasi unique qui est vécue comme intolérable. Le regard des autres juge et condamne, sans recours. Shakespeare l’a dit mieux que moi (sonnet 121) :

     

    For why should others’ false adulterate eyes
    Give salutation to my sportive blood ?
    Or on my frailties why are frailer spies,
    Which in their wills count bad what I think good ?


     
    « Pourquoi le regard fourbe et perverti des autres

    Devrait-il approuver ma conduite légère ?

    Pour mes failles, pourquoi de plus faibles que moi

    Jugeraient-ils mauvais ce que je juge bon ? »

     

       La honte est un poison. Il peut être létal. C’est le résultat d’un sacrifice collectif, celui que le groupe, unanime et fort de son nombre, commet silencieusement sur celui ou celle dont l’image ne correspond pas à « la normalité ». Une illustration magnifique, et douloureuse, est donnée par Céline Sciamma dans son film Tomboy (2011). Parce que Laure a voulu passer pour un garçon et s’est fait appeler Mickaël, ni les garçons qui se sont crus ses pairs, ni les filles qui sont ses semblables, n’acceptent la réalité nue quand ils la découvrent. L’aventure pourrait se terminer tragiquement, mais Laure « préfère » avaler sa honte et les choses en restent là. Le drame a été évité. La honte de Laure devient sa culpabilité dès l’instant où elle a intériorisé le verdict du tribunal mimétique. Le sacrifice une fois accompli, le monde rentre dans l’ordre. Le nombre a triomphé sur la singularité. Tous sont apaisés. Laure/Mickaël vivra à jamais avec sa blessure.

       Pourtant, elle n’est fautive en rien. Quels sont les seuls coupables de la honte ? Ceux qui infligent l’humiliation aux « autres ». On confond souvent honte et culpabilité. Les vrais coupables ne sont pas ceux qu’ils (les vrais coupables) croient être les coupables effet pervers de la méconnaissance. Les vrais coupables, ce sont les « fauteurs de honte ».

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Shakespeare et les émigrés 

     

    ‘Grant them removed, and grant that this your noise

    Hath chid down all the majesty of England ;

    Imagine that you see the wretched strangers,

    Their babies at their backs and their poor luggage,

    Plodding tooth ports and costs for transportation,

    And that you sit as kings in your desires,

    Authority quite silent by your brawl,

    And you in ruff of your opinions clothed ;

    What had you got ?  I’ll tell you :  you had taught

    How insolence and strong hand should prevail,

    How order should be quelled ; and by this pattern

    Not one of you should live an aged man,

    For other ruffians, as their fancies wrought,

    With self same hand, self reasons, and self right,

    Would shark on you, and men like ravenous fishes

    Would feed on one another.’ 

     

    « Supposez qu’ils soient partis ; et admettez qu’avec votre tapage

    Vous aurez porté un coup à la grandeur de l’Angleterre.

    Imaginez que vous voyez ces misérables étrangers,

    Avec leurs bébés sur le dos, et leur maigre baluchon,

    Errant vers les ports et les côtes pour être embarqués ;

    Et que vous êtes là assis, heureux comme des rois,

    Tandis que l’autorité est réduite au silence par vos querelles.

    La nuque raidie, et drapés dans vos opinions,

    Qu’aurez-vous obtenu ? Je vais vous le dire : vous aurez démontré

    Comment l’insolence et la brutalité l’emportent,

    Comment l’ordre s’est imposé   mais ce faisant,

    Pas un seul d’entre vous ne fera de vieux os ;

    Car d’autres pillards, poussés par les mêmes illusions,

    Pour les mêmes raisons et revendiquant les mêmes droits,

    Se jetteront sur vous pour vous dépouiller, et comme des rapaces,

    Ils finiront par s’entredévorer. »

     

     

    Ce document est l’un des très rares écrits de Shakespeare dont nous pouvons légitimement penser qu’il a été rédigé de sa main. Ce texte appartient à une pièce de théâtre, à laquelle plusieurs auteurs ont contribué, intitulée Sir Thomas More. La pièce n’a jamais été représentée. Le texte a été miraculeusement conservé.

     

     

     

     

     

     

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