• Shakespeare  : bonnes feuilles

     

     

     

    Shakespeare, la tête et le cœur 

     

     

    I see it feelingly’, « Je le vois comme je le sens ».

    Gloucester, aveugle, à la fin du Roi Lear, acte IV, scène 4.

     

    Chez Shakespeare, les idées sont toujours sensibles et les émotions toujours intelligentes. Le Quotient Intellectuel du poète équilibre parfaitement son Quotient Émotionnel. Une approche trop « intellectuelle » des Sonnets est nécessairement fausse. Le lecteur est invité à réfléchir en même temps qu’il pleure ou s’exalte.

       Nous touchons là, selon moi, au thème central du « projet » de Shakespeare. La question au cœur du livre est celle du désir. Shakespeare l’aborde de façon brûlante. Les émotions qu’il décrit relèvent toutes de la passion. À aucun moment, même dans les « sonnets de réflexion » les plus profonds, Shakespeare n’abolit son sentiment, ses affects. Le travail de pensée est fait « à chaud », même pour les poèmes les plus « écrits ». Shakespeare garde toute sa raison au milieu des douleurs sentimentales les plus terribles. Il peut réfléchir froidement sur des passions brûlantes. Cela n’est pas extraordinaire, c’est le but même qu’il s’assigne dans son travail de poète. C’est moins le désir qui l’intéresse que la compréhension de ce phénomène qu’on nomme le désir. Le cœur et la tête ne se séparent jamais, et c’est cela qui est fascinant. À aucun moment nous n’assistons à un combat d’idées mais toujours à une lutte entre des désirs vrais pour des personnes réelles. Nous ne connaissons pas W.H. ni la dame sombre, mais nous sommes sûrs que Shakespeare, lui, les connaissait ! À la lecture des Sonnets, on a souvent l’impression d’avoir compris tandis qu’on a seulement été ému. C’est l’effet que Shakespeare cherche à produire au théâtre. L’avantage des sonnets, c’est qu’on peut les relire, [ce qui] permet de revenir sur ce qui nous a d’abord émus pour mieux interpréter [ensuite] nos émotions. 

     

    Extrait de l’Introduction de l’édition bilingue

    de ma traduction des Sonnets chez L’Harmattan.

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L'universel

     

     

     

    « Chacun sa page s’il le faut, mais dans le même cahier. »    

     

      Daniel Maximin, 

    L’invention des désirades

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Mimétisme

     

     

    La chaîne, film de Stanley Kramer.

     

    La haine est un miroir 

     

    « La vénération la plus soumise et la rancune la plus intense, c’est là le sentiment que nous appelons haine », rappelle René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque. La haine est toujours un miroir. On ne se cherche un ennemi que parce que l’on est fasciné par son double. Répondre à la haine par la haine est absolument mimétique. Mais l’individu haineux ne veut pas voir qu’il se cherche dans celui qu’il exècre. Le double bind dissimule parfaitement sa fascination et son ressentiment.   

     

     

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare  

     

    Third Earl of Pembroke

     

    Le visage de W. H. 

     

    On ne connait pas le visage du jeune homme sublime qui fascine Shakespeare et auquel il s’adresse tout au long des Sonnets. On sait qu’il est beau, qu’il est jeune, qu’il est noble, et c’est à peu près tout. Le poète se défend même de le décrire. Ainsi au sonnet 83, il reconnaît :  

     

            ‘I never saw that you did painting need,
             And therefore to your fair no painting set.’
     

     

            « Dresser votre portrait me paraît inutile ;

            Aussi n’ai-je jamais dépeint votre beauté. » 

     

       Je suis convaincu que W.H. a existé. Il n’est pas un fantasme sorti de la folle imagination de Shakespeare. Le poète en parle comme d’une personne vivante, dotée d’une présence et d’un rayonnement troublants. Il semble que Shakespeare ait été découragé dans ses tentatives de le décrire. W.H. était trop beau. Au sonnet 17, il avoue : 

     

            ‘Who will believe my verse in time to come
            
    If it were fill’d with your most high deserts ?
            
    Though yet heaven knows it is but as a tomb
            
    Which hides your life, and shows not half your parts.
            
    If I could write the beauty of your eyes,
            
    And in fresh numbers number all your graces,
            
    The age to come would say, ‘This Poet lies,
            
    Such heavenly touches ne’er touch’d earthly faces.’

     

            « Dans les temps à venir, qui croira mes sonnets,

            Tout surchargés qu’ils sont de vos plus hauts mérites ?

            Et Dieu sait qu’ils ne sont qu’un tombeau qui vous cache,

            Et, de vous tout entier, en taisent la moitié.

            Si j’exprimais sans fard la beauté de vos yeux,

            Et de noms singuliers nommais toutes vos grâces,

            On dirait après moi : « Ce poète est menteur,

            Nul visage ici-bas ne fut aussi céleste. »  

     

       J’ai toujours pensé, personnellement, que W.H. était William Herbert, 3ème Comte de Pembroke, né en 1580. On n’a retrouvé aucun portrait peint de William Herbert adolescent. Le tableau ci-dessus représente le comte à l’âge adulte. Il a belle prestance mais il n’a pas l’éclat de la jeunesse qui avait ébloui Shakespeare. William Herbert n’a pas eu de descendance, malgré les supplications du poète dans les vingt premiers sonnets du recueil. Le fils illégitime qu’il eut avec Mary Fitton, dame d’honneur de la Reine, mourut en bas âge. Il épousa, plus tard, une certaine Mary Talbot dont il n’eut aucun héritier. William était très lié à son frère Philip, de quatre ans son cadet. Tous deux grands protecteurs de Shakespeare, ils sont les dédicataires du premier Folio de 1623 qui rassemble toute l’œuvre connue du dramaturge. Philip a eu une famille nombreuse. Dans le tableau ci-dessous, on le voit en compagnie de ses enfants. On peut imaginer que les neveux de William lui ressemblaient un peu…

     

     

     

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Portfolio

    Blason d'un corps : le corps entier

     

    Et incarnatus est. 

     

    « Qui dira les intimes épousailles qui lient l’esprit et la chair ? »  

                                                               Alexandre Jollien

     

     

     

     

     

     

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire