• Humanité  

     

     

     

    La perte des liens 

     

    « L’appauvrissement des liens qui unissent l’homme à lui-même, aux autres et au monde devient un puissant générateur de demande de substituts hétéronomes. »    

                                                          Jean-Pierre Dupuy 

     

    Par « hétéronomes » nous devons comprendre « marchands ». Ce sont les objets de divertissement, les gadgets, les drogues, les médias, tous substituts de liens. Contradiction troublante, un substitut de lien est le contraire d’un lien. Le réseau global, le Web, Internet, Facebook et autre Twitter nous rapprochent-ils les uns des autres ou bien nous éloignent-ils ? Quand je parle pendant une heure avec ma fille aux États-Unis sur Skype, que je la vois en même temps que je lui parle, et que cela ne me coûte pas un centime, je m’émerveille de la petitesse de notre village global et de la puissance de la modernité. Pourquoi alors ne nous entendons-nous pas mieux ? Les réseaux fonctionnent, les techniciens ne sont pas en cause. Pourquoi adorer les liens virtuels et ne pas saluer son voisin quand on le croise dans la rue ? Pourquoi tant de communications faciles et si peu de contacts vrais ? Le corps, une fois de plus, est l’obstacle. De quoi avons-nous peur ? Pourquoi manifestons-nous tant de résistance à notre incarnation ?

     

     

     

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  • Shakespeare  : bonnes feuilles

     

     

     

    Shakespeare, la tête et le cœur 

     

     

    I see it feelingly’, « Je le vois comme je le sens ».

    Gloucester, aveugle, à la fin du Roi Lear, acte IV, scène 4.

     

    Chez Shakespeare, les idées sont toujours sensibles et les émotions toujours intelligentes. Le Quotient Intellectuel du poète équilibre parfaitement son Quotient Émotionnel. Une approche trop « intellectuelle » des Sonnets est nécessairement fausse. Le lecteur est invité à réfléchir en même temps qu’il pleure ou s’exalte.

       Nous touchons là, selon moi, au thème central du « projet » de Shakespeare. La question au cœur du livre est celle du désir. Shakespeare l’aborde de façon brûlante. Les émotions qu’il décrit relèvent toutes de la passion. À aucun moment, même dans les « sonnets de réflexion » les plus profonds, Shakespeare n’abolit son sentiment, ses affects. Le travail de pensée est fait « à chaud », même pour les poèmes les plus « écrits ». Shakespeare garde toute sa raison au milieu des douleurs sentimentales les plus terribles. Il peut réfléchir froidement sur des passions brûlantes. Cela n’est pas extraordinaire, c’est le but même qu’il s’assigne dans son travail de poète. C’est moins le désir qui l’intéresse que la compréhension de ce phénomène qu’on nomme le désir. Le cœur et la tête ne se séparent jamais, et c’est cela qui est fascinant. À aucun moment nous n’assistons à un combat d’idées mais toujours à une lutte entre des désirs vrais pour des personnes réelles. Nous ne connaissons pas W.H. ni la dame sombre, mais nous sommes sûrs que Shakespeare, lui, les connaissait ! À la lecture des Sonnets, on a souvent l’impression d’avoir compris tandis qu’on a seulement été ému. C’est l’effet que Shakespeare cherche à produire au théâtre. L’avantage des sonnets, c’est qu’on peut les relire, [ce qui] permet de revenir sur ce qui nous a d’abord émus pour mieux interpréter [ensuite] nos émotions. 

     

    Extrait de l’Introduction de l’édition bilingue

    de ma traduction des Sonnets chez L’Harmattan.

     

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  • L'universel

     

     

     

    « Chacun sa page s’il le faut, mais dans le même cahier. »    

     

      Daniel Maximin, 

    L’invention des désirades

     

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  • Mimétisme

     

     

    La chaîne, film de Stanley Kramer.

     

    La haine est un miroir 

     

    « La vénération la plus soumise et la rancune la plus intense, c’est là le sentiment que nous appelons haine », rappelle René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque. La haine est toujours un miroir. On ne se cherche un ennemi que parce que l’on est fasciné par son double. Répondre à la haine par la haine est absolument mimétique. Mais l’individu haineux ne veut pas voir qu’il se cherche dans celui qu’il exècre. Le double bind dissimule parfaitement sa fascination et son ressentiment.   

     

     

     

     

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  • Shakespeare  

     

    Third Earl of Pembroke

     

    Le visage de W. H. 

     

    On ne connait pas le visage du jeune homme sublime qui fascine Shakespeare et auquel il s’adresse tout au long des Sonnets. On sait qu’il est beau, qu’il est jeune, qu’il est noble, et c’est à peu près tout. Le poète se défend même de le décrire. Ainsi au sonnet 83, il reconnaît :  

     

            ‘I never saw that you did painting need,
             And therefore to your fair no painting set.’
     

     

            « Dresser votre portrait me paraît inutile ;

            Aussi n’ai-je jamais dépeint votre beauté. » 

     

       Je suis convaincu que W.H. a existé. Il n’est pas un fantasme sorti de la folle imagination de Shakespeare. Le poète en parle comme d’une personne vivante, dotée d’une présence et d’un rayonnement troublants. Il semble que Shakespeare ait été découragé dans ses tentatives de le décrire. W.H. était trop beau. Au sonnet 17, il avoue : 

     

            ‘Who will believe my verse in time to come
            
    If it were fill’d with your most high deserts ?
            
    Though yet heaven knows it is but as a tomb
            
    Which hides your life, and shows not half your parts.
            
    If I could write the beauty of your eyes,
            
    And in fresh numbers number all your graces,
            
    The age to come would say, ‘This Poet lies,
            
    Such heavenly touches ne’er touch’d earthly faces.’

     

            « Dans les temps à venir, qui croira mes sonnets,

            Tout surchargés qu’ils sont de vos plus hauts mérites ?

            Et Dieu sait qu’ils ne sont qu’un tombeau qui vous cache,

            Et, de vous tout entier, en taisent la moitié.

            Si j’exprimais sans fard la beauté de vos yeux,

            Et de noms singuliers nommais toutes vos grâces,

            On dirait après moi : « Ce poète est menteur,

            Nul visage ici-bas ne fut aussi céleste. »  

     

       J’ai toujours pensé, personnellement, que W.H. était William Herbert, 3ème Comte de Pembroke, né en 1580. On n’a retrouvé aucun portrait peint de William Herbert adolescent. Le tableau ci-dessus représente le comte à l’âge adulte. Il a belle prestance mais il n’a pas l’éclat de la jeunesse qui avait ébloui Shakespeare. William Herbert n’a pas eu de descendance, malgré les supplications du poète dans les vingt premiers sonnets du recueil. Le fils illégitime qu’il eut avec Mary Fitton, dame d’honneur de la Reine, mourut en bas âge. Il épousa, plus tard, une certaine Mary Talbot dont il n’eut aucun héritier. William était très lié à son frère Philip, de quatre ans son cadet. Tous deux grands protecteurs de Shakespeare, ils sont les dédicataires du premier Folio de 1623 qui rassemble toute l’œuvre connue du dramaturge. Philip a eu une famille nombreuse. Dans le tableau ci-dessous, on le voit en compagnie de ses enfants. On peut imaginer que les neveux de William lui ressemblaient un peu…

     

     

     

     

     

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