• Shakespeare

     

     

    Romeo + Juliet

    Shakespeare et la sexualité 

     

    Que n’a-t-on prêté au malheureux Shakespeare en matière de sexe ! Il commence sa « carrière » à dix-sept ans en mettant enceinte une femme de huit ans son ainée. Il aurait vécu, dit-on, dans un bordel tout le temps de son séjour à Londres. Évidemment, il était homosexuel autant qu’hétérosexuel : il a tout essayé, vous dis-je. Son œuvre dramatique est emplie de paillardises, le plus souvent dissimulées : fallait-il qu’il soit hypocrite ! Hormis son mariage précipité avec Anne Hathaway, nous n’avons pas le début d’une preuve de ces allégations. Quant à son théâtre, on prétend y avoir découvert des tombereaux de grossièretés : à force de chercher des sous-entendus partout, on les y a trouvés.

       Mettons les choses au point. La vérité est qu’on trouve plutôt moins de « gauloiseries » dans ses pièces que dans celles de ses contemporains, et quasiment aucun gros mot (‘four letter word’). Quand il parle de sexe, Shakespeare n’a pas peur de le regarder en face ─ comme dans les sonnets 129 et 151. Quand il a envie de faire rire la galerie, il prête à ses personnages un langage leste, ou graveleux, selon leurs caractères : Petruccio dans La Mégère apprivoisée ne parle pas comme Falstaff dans Les Joyeuses commères de Windsor, ni comme Mercutio dans Roméo et Juliette. Il y a une espèce de « tradition gay » qui veut que les homosexuels abondent dans ses pièces. Pour un couple comme Achille et Patrocle dans Troïlus et Cressida dont la réputation remonte à l’Antiquité, il n’y a pas de doute. Mais ni Corialan et Aufidius (dans Corialan), ni Protée et Valentin (dans Les Deux gentilshommes de Vérone) ne couchent ensemble. Antonio aime Sébastien (dans La Nuit des Rois) comme Shakespeare aime W.H. dans les Sonnets, sans jamais le toucher. La plupart des critiques ne connaissent pas la théorie mimétique et croient voir une « homosexualité latente » dès qu’un personnage prend un autre personnage du même sexe pour modèle. Shakespeare lui-même a dû s’interroger plus d’une fois sur cette fascination qu’exerce le modèle et il a, en quelque sorte, anticipé sur « la théorie du genre ».

       Ce qui est remarquable, dans l’œuvre de Shakespeare, si on l’examine dans sa totalité, c’est que les figures vertueuses se multiplient dans les pièces de la fin de carrière (1606-1610). Ferdinand (dans La Tempête) est félicité par Prospero pour son abstinence. Des femmes sublimes comme Hermione et Perdita (dans Un conte d’hiver), ou Imogène (dans Cymbeline) sont des modèles de sexualité retenue, de pureté et de fidélité. Le pauvre Shakespeare serait-il devenu puritain avec l’âge ? Non, il a simplement compris les méfaits du désir (‘Desire is death’, sonnet 147) et il sait que le désir sexuel est aussi ravageur que le désir de puissance, autant que toute la violence que déclenche la rivalité mimétique. Mais qui peut accompagner Shakespeare jusqu’à cette sagesse ? On lui préfère l’auteur salace qui fait rire sans frais les spectateurs peu exigeants… Si l’on veut comprendre Shakespeare, il faut avoir le courage de le lire jusqu’au bout, même si cela dérange nos petites conventions de lecteurs postmodernes. 

     

    * * * * * 

     

    Je tire une bonne partie de mon information du passionnant livre de Stanley Wells, Shakespeare, Sex and Love (Oxford University Press, 2010), dans lequel l’auteur reconnaît qu’« aucune preuve n’est donnée quant aux sens seconds » qu’on trouverait dans des pièces comme Peines d’amour perdues, ‘no evidence is given for the subsidiary sense’. Sincère dans sa recherche, Stanley Wells s’étonne de l’évolution du poète qui le conduit à devenir l’homme pacifique et réconcilié avec lui-même que l’on connait, quand il se retire à Stratford.

     

     

     

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  • L'universel

     

     

     

    Universels à la naissance 

     

    Nous sommes facilement émerveillés par la diversité des langues. Pourtant rien n’est plus trompeur que cette diversité. Nous ne naissons pas « divers », mais universels, avec dans notre cerveau inachevé la capacité de les apprendre toutes. Nous possédons, avant même d’avoir respiré, tous les caractères linguistiques communs à toutes les langues du monde ─ ce qu’on appelle les « universaux ». Le nourrisson est capable de discriminer la quasi-totalité des phonèmes humains, c’est-à-dire les 600 consonnes et 200 voyelles environ qu’on trouve dans toutes les langues. Un nouveau-né chinois peut apprendre le zoulou sans la moindre difficulté. Un petit Inuit, placé dans l’environnement convenable, parlera la langue aborigène d’Australie sans effort.  Un Indien du Mato Grosso peut parler l’anglais sans le moindre accent…

       Hélas, en apprenant sa langue maternelle, l’enfant oublie tous les autres phonèmes qu’il était capable d’entendre à la naissance. La conquête de notre identité se paie au prix de la perte de notre universalité ; elle est le fruit de l’apprentissage ; elle est aussi une espèce de sacrifice. Réapprendre son universalité est une tâche longue et difficile. Cela peut prendre toute une vie. Certains n’essaient même pas.

     

     

     

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  • Citation

     

     

    La lumière et la chaleur 

     

    « La lumière joue et rit à la surface des choses, mais, seule, la chaleur pénètre. »

                                                              Gaston Bachelard

     

     

     

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  • Shakespeare : 1+1=1 

     

     

    PETITE MORT, ballet de Jiri Kylian

     

    THE PHOENIX AND THE TURTLE
    A POEM BY WILLIAM SHAKESPEARE
     

    (1601) 

     

    So they loved, as love in twain
    Had the essence but in one;
    Two distincts, division none;
    Number there in love was slain.

    Hearts remote, yet not asunder;
    Distance, and no space was seen
    'Twixt the turtle and his queen:
    But in them it were a Wonder.
     

      

    So between them love did shine,
    That the turtle saw his right
    Flaming in the phoenix' sight;
    Either was the other's mine.

    Property was thus appall'd,
    That the self was not the same;
    Single nature's double name
    Neither two nor one was call'd.

    Reason, in itself confounded,
    Saw division grow together;
    To themselves yet either neither;
    Simple were so well compounded,

      

    That it cried, 'How true a twain
    Seemeth this concordant one!'

      

    Le Phénix et la Tourterelle

    (extrait) 

     

       Ils s’aimaient si bien que leur amour double était comme un être unique. Distincts l’un de l’autre mais jamais divisés. Dans leur amour, le nombre ne comptait pas.

       Cœurs séparés, mais pas désunis ! On voyait la distance, mais jamais le vide, entre la tourterelle et son roi. Et cela tenait du prodige.

       L’amour irradiait tellement entre eux que la tourterelle voyait son propre feu briller dans le regard du phénix. Chacun était le moi de l’autre.

       Le bon sens s’y perdait ! L’identité n’est pas la ressemblance. Leur nature était unique sous un double nom, on n’aurait su dire s’ils étaient un ou deux.

       La raison, confondue, voyait leur union croître avec leur division ; absorbés l’un dans l’autre, et pourtant distincts l’un de l’autre, ces êtres étaient si bien assemblés

       Qu’on se demandait comment leur couple pouvait donner l’impression d’une harmonie aussi singulière.

     

     

     

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  • Portfolio

    Paul Gauguin 

    ou les couleurs du désir

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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