• Shakespeare 

     

     

    Shakespeare, premier girardien 

     

    Nulle part mieux que dans les Sonnets le mécanisme mimétique n’est mis en lumière avec autant de soin. Shakespeare paraît avoir expérimenté sur lui-même les ravages du désir mimétique. Fasciné par son modèle idéal, W.H., jeune homme sublime qui semble accumuler sur sa seule personne toutes les qualités du monde, le poète essaie de comprendre et d’interpréter le pouvoir qu’une telle séduction exerce sur lui. D’où vient-elle ? Quelle est sa force ? Quels sont ses effets ? Shakespeare, bien avant René Girard, perçoit les mirages du désir mimétique, les pièges tendus, la rivalité mimétique, la méconnaissance qui nous cache la vérité sur notre désir. Non seulement il lève le voile sur les mystères du désir mais il parvient à en déceler les artifices et à triompher de ses pièges. Sa découverte des tromperies du désir ne l’a pas poussé, comme beaucoup de « sages », à la désillusion amère mais à la compréhension la plus éclairée qui soit d’un phénomène universel (le désir mimétique) le plus universellement ignoré.

       Nous n’avons pas seulement avec les Sonnets un parfait « traité de mimétisme ordinaire » ce qui serait déjà considérable , nous possédons aussi la transcription, presque pas à pas, du travail de conscience d’un homme seul qui découvre le mimétisme, l’expérimente sur sa personne, cherche à l’interpréter, parvient à le révéler, pour lui-même d’abord, et pour nous enfin, ses lecteurs anonymes. Avant d’être une « théorie », telle que René Girard a pu la construire et l’argumenter, le mimétisme est une expérience, une épreuve. Shakespeare s’exprime en « poète girardien ». On est surpris par l’extraordinaire maîtrise de l’homme qui parvient, après un long travail sur lui-même, à un dépassement de tous ses tourments et obstacles et à une espèce de victoire sur la mimésis. Évitant le sacrifice violent, il approche d’une vision sublime de l’amour à peine imaginable. 

     

    Extrait de la préface de mon essai paru chez L’Harmattan, Le Désir mis à nu.

     

     

     

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  • Etat de conscience

     

     

    Lesbos 2016

     

    Qu’est-ce qu’une victime ? 

     

    Parlant de lui-même, Jésus dit : « Ils m’ont haï sans motif. » (Jean, 15, 25). Déjà annoncée par les Psaumes 35, 19 et 69, 5, la révélation de la victime est limpide et définitive avec Jésus-Christ. Nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savions pas reconnaître une victime ─ une vraie, pas un pantin coupable qui, sous les feux des médias, se prétend une victime ! 

     

       Qui sont donc les victimes ? Ceux que nous haïssons sans motif. La liste est longue :

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  • Education 

     

     

    On n’apprend bien qu’avec le cœur 

     

        Éduquer ne relève pas d’un simple cahier des charges, il ne saurait y être question de rendement, d’efficacité et encore moins de croissance et de profit. Éduquer, c’est d’abord entrer en relation avec. L’éducation « fonctionne » bien plus avec le cœur qu’avec la tête apprendre dépend davantage du désir que de la raison. Mais comment valoriser l’affectif, le sentiment et l’émotion, à une époque où, plus que jamais, l’antique séparation opérée par les Grecs entre l’esprit et le corps fige toutes les approches humaines ? D’un côté, nous faisons travailler l’intellect, le plus abstrait possible, par exemple sous forme de chiffres. Les chiffres sont neutres, ils sont froids, ils sont sûrs (enfin, presque toujours). Ils sont tangibles et permettent de comparer les résultats, c’est-à-dire de sélectionner les individus qui les manipulent. De l’autre côté, nous exploitons le corps, le plus détaché possible de la personne, le corps objectif  ou le corps modèle : corps d’athlète qu’on travaille et qu’on dope, un corps réduit à ses performances, ou corps consommateur. Corps d’exhibition, corps objet, mais pas un « sujet » !

       Comment puis-je m’y prendre à présent, moi simple enseigneur, devant un être coupé en deux ? Pire que cela, je dois prendre en charge une personne dont la tête est censée mériter une attention publique, tête sociale en quelque sorte, et un corps rétréci et limité au domaine privé, corps interdit dans la classe, corps présent comme s’il n’existait pas.

       Entre l’intellect survalorisé et le corps intouchable, j’ai la faiblesse de croire qu’il y a un cœur et c’est lui qui m’intéresse prioritairement, c’est lui que je place « au cœur » de l’éducation. Ce cœur-là se manifeste chez les meilleurs artistes autant que chez les enfants. Lié aux passions, il est accusé de nuire au bon fonctionnement de la raison. C’est « l’erreur de Descartes ». Bien qu’étouffé par la culture, il est reconnaissable pour qui sait en déceler les signes délicats, les symptômes discrets. Je ne prise rien tant, personnellement, que les émotions intelligentes et les idées belles et sensibles. Elles brillent chez les artistes, elles scintillent chez les enfants.  

     

    Extrait de mon essai sur l’éducation,

    Et mon tout est un homme.

     

     

     

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  • Parution

     

     

     

    Les Sonnets en version audio 

     

    Je viens d’achever l’enregistrement des 154 sonnets de Shakespeare, dans ma traduction originale. L’édition se présente sous forme d’une double CD audio vendu au prix de 16 €. Vous pouvez passer commande en cliquant sur Contact en haut à gauche de cette page et en me laissant vos coordonnées. Merci.

     

     

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  • L'universel

     

    Walkabout by Nicolas Roeg

     

    Qui sommes-nous tous ensemble ? 

     

    « Ce sont les hommes, et non pas l’homme,

    qui vivent sur terre et habitent le monde. » 

     

                                                                                                       Hannah Arendt 

     

    Qui suis-je ? Qui sommes-nous ? Et d’abord, qui sommes-nous tous ensemble ? La culture qui soude les groupes humains, par laquelle les hommes se reconnaissent, en sous-ensembles, a pour fonction première de distinguer, de différencier, de séparer. La culture affirme, mais surtout divise, sélectionne, retranche, écarte, interdit. Avec la modernité, les contours des sociétés tendent pourtant à devenir de plus en plus flous, tandis que les cultures se fondent doucement et finissent par se confondre. Sous la pression de la globalisation, il ne reste plus aux individus qu’à se différencier tout seuls.

        Persuadé qu’il est urgent pour lui de désappartenir, l’individu contemporain s’isole et s’étiole dans son petit moi sécurisé. Tandis que l’universel confirme la ressemblance entre les humains et proclame l’unité de l’Homme, l’égoïste se réfugie dans son « droit à la différence » et s’inquiète du « choc des cultures ». Quel épouvantail est donc ce choc des cultures ? Un enfant qui meurt à Beverley Hill ne ressemble-t-il pas à un enfant qui meurt au Darfour ? Ma protestation n’est pas ici celle d’un Occidental blanc aisé, en bonne santé. Je dis cela parce que je suis Africain, je suis Amérindien, je suis Aborigène. Ne puis-je pas être aussi bien l’un que l’autre ? Je reprends à mon compte les paroles du poète haïtien Léon Laleau, et j’essaie, comme lui,

             « d’apprivoiser avec des mots de France

             ce cœur qui m’est venu du Sénégal. »

       Que m’importe ma culture d’origine si elle m’aveugle sur mon hominisation, si elle me dissimule l’essentiel !  

     

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