• Shakespeare 

     

     

     

     Camille Claudel : L'Abandon

     

     

    L’obstacle de la beauté

     

    La difficulté principale que nous rencontrons à la lecture des Sonnets tient à leur perfection. Ils sont considérés, à juste titre, comme des chefs-d’œuvre d’écriture poétique et leur splendeur est un obstacle à notre compréhension. Subjugués par tant de beauté, nous ne voyons plus rien ! Shakespeare décrit ainsi la fascination qu’exerce la beauté, au sonnet 70 (vers 3-4) :

              The ornament of beauty is suspect,

              A Crow that flies in heaven’s sweetest air.

              « La beauté est suspecte et cela nous fascine,

              Comme un corbeau qui vole au milieu d’un ciel pur. »

       Éblouis comme nous le sommes par la langue si riche et si dense de Shakespeare, nous en oublions l’essentiel : pourquoi le poète s’est-il lancé dans ce projet singulier ? Souhaitait-il seulement faire de « la belle poésie » et étaler son habileté d’écrivain ? Cela parait douteux. Il avoue au sonnet 21 (vers 13-14) :

              ‘Let them say more that like of hear-say well, 

              I will not praise that purpose not to sell. 

              « Ignorez ces vantards qui aiment par ouï-dire :

              Ma louange est gratuite, et je n’ai rien à vendre. »

       Le dessein de Shakespeare n’est pas d’écrire pour écrire. Ce n’est pas un poète dilettante. « L’art pour l’art » n’est pas sa philosophie. Nous aurions du mal à le percevoir comme un esthète un peu dédaigneux, un aristocrate de la littérature méprisant ses pairs. Si Shakespeare a hésité longtemps à mettre ses Sonnets en avant, c’est parce qu’ils sont infiniment personnels, pour ne pas dire intimes. Et dans l’intimité de sa conscience, il n’était pas sûr d’avoir accompli ce que nous savons être une œuvre exceptionnelle.

     

    Extrait de la préface de mon édition bilingue commentée,

    Les Sonnets de Shakespeare, chez L’Harmattan.

     

        

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  • Sonnets 

     

     

     Chapelle Sixtine

     

     

    Michel-Ange aussi

     

    Sonnet à Tommaso Cavalieri

     

    […] che fie di me ? qual guida o qual scorta

    fie che con teco ma’ mi giovi o vaglia,

    s’appresso m’ardi e nel partir m’uccidi ?

     

    […] que devenir ? Quel guide ou même quelle escorte

    pourra me secourir et me garder de toi

    dont l’’approche me brûle et le départ me broie?

     

                          Extrait du sonnet XXX,

                                traduction de Pierre Leyris.

     

     

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  • Unité de l'espèce 

     

     

     

     Enfants du Sud-Kivu

     

    Totalité ou unité ?

     

    Le XXe siècle s’est caractérisé par l’accumulation des formes totalitaires de gouvernement. Les tyrans ont évidemment existé avant nous, à toutes les époques, mais à aucune comme la nôtre n’était apparue une organisation aussi raffinée. Hitler, Staline, Mussolini, Franco, Mao, Pol Pot, et quelques autres grandes figures emblématiques ont marqué leur temps. Certains sont encore vénérés. Quelques-uns sont toujours en place.

       Le totalitarisme capitaliste, quant à lui, a bien résisté. Toute la planète est désormais sous son pouvoir. Rien ne lui échappe : tout se vend, tout s’achète, toute la nature est exploitée et ses malheureux occupants avec. Triste Sud-Kivu. Les mots d’ordre sont management, productivité, compétitivité.  Certains trouvent leur avantage matériellement parlant. Je ne peux pas me plaindre, je fais partie de la minorité qui en profite. Mon confort est payé par le sacrifice d’autres humains. Malheureuses petites mains chinoises.

       Au totalitarisme industriel et au totalitarisme marchand d’origine, a succédé le totalitarisme financier. Né dans les deux dernières décennies du XXe siècle, on l’appelle mondialisation. Nous vivons, à n’en plus douter, dans un monde de totalité.

       Or, comme le dit Albert Camus, ce n’est pas la totalité que nous visons, c’est l’unité. La totalité, c’est un désir d’unité « dégradé », dit-il. Cette visée, ce désir d’unité sont irrésistibles. La « montée vers l’universel », qui doit réaliser l’unité des vivants, a été pervertie par sa caricature : le totalitarisme. Notons que c’est chaque fois pour le bien de l’humanité toute entière et la gloire du « genre humain » qu’on a chanté « la lutte finale », en allongeant la liste des victimes broyées par les révolutions (capitaliste aussi bien que communiste). Vous avez beaucoup souffert : encore un effort, camarades !

       Avec la mondialisation, on continue de « totaliser », d’accumuler, d’entasser, de compacter, de mettre en règle, alors qu’il faudrait distribuer, élargir, donner sa chance à tous, et d’abord aux petits. Au monde monochrome (plutôt noir) qui se répand comme une tache d’encre, il faudrait substituer un monde chatoyant, multicolore, bariolé ! L’unité n’est pas affaire de totalité mais de diversité. Le seul « uniforme » qui nous aille, c’est l’habit d’Arlequin.

     

     

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  • Éducation 

     

     

     

     

     

    Vocation

     

    Au bout de la vocation, nous trouvons une personne, comme la définissait le philosophe Emmanuel Mounier : « De qui relève l’éducation de l’enfant ? […]. Quel est son but ? Il n’est pas de faire mais d’éveiller des personnes. Par définition, une personne se suscite par appel, elle ne se fabrique pas par dressage. »  La personne est un « être-vers », pas seulement un « être-là ». Cet « être-vers » ne demande qu’à advenir. L’enfant est un être voué.

      Le maître n’a pas à se soucier de savoir en quoi son élève est doué, mais à quoi il est voué. Bien que cette vocation soit unique, singulière, l’enfant ne la connaît pas toujours clairement lui-même. C’est alors au maître de faire la lumière. Plus fondamentalement, le maître est cette lumière. J’aime cette idée d’un enseigneur source de lumière. Cette source, extérieure à l’enfant, un peu distante, un peu haute, lui sert d’inspiration. Par nécessité, le modèle est « au-delà ». Qui parle ? D’où parle-t-il ? Le savoir se nourrit de la connaissance que l’on fait lentement de son maître. Bien sûr, il restera toujours lointain, inaccessible ou il paraîtra tel, même après que l’élève laura dépassé. Jai connu nombre d’élèves que jai découverts plus intelligents, plus brillants que moi. Je le savais, eux ne le savaient pas…  Le bout de route que nous avons fait ensemble m’a comblé de bonheur. Eux ne s’en souviennent peut-être pas.

     

     

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  • James Joyce

     

     

     

     

    L’extase

     

    and then he asked me would I yes to say  yes my mountain flower and first I put my arms around him yes and drew him down to me so he could feel my breasts all perfume yes and his heart was going like mad and yes I said yes I will Yes.

     

    et alors il m’a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de montagne et d’abord j’ai mis mes bras autour de lui oui et je l’ai attiré sur moi pour qu’il sente ma poitrine toute parfumée oui et son cœur battait comme un fou et oui j’ai dit oui je veux Oui.

     

                                                                    James Joyce, Ulysse.

     

     

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