• Shakespeare 

     

     

     François II de France, par François Clouet.

    Pierre noire et sanguine de 1560. Le roi a 16 ans.

    Époux de Marie Stuart, il meurt après avoir régné moins d'un an et demi.

     

     

    W.H. for ever

     

    L’identification de W.H. peut paraître une quête un peu vaine. À quoi bon connaître la personne à laquelle les Sonnets sont dédiés ? Le peu de renseignements qui ont été rassemblés sur l’un ou l’autre des « élus » ne nous apprend pas grand-chose. Nous ne saurons jamais comment Shakespeare le voyait. Est-on sûr, d’abord, qu’il s’agissait de quelqu’un en particulier ? À cela nous pouvons répondre que la dédicace à W.H. n’est pas une erreur, ni un accident. Thomas Thrope, en la rédigeant en tête des Sonnets, voulait donner un signe, laisser une trace. « Mr. W.H. » n’est pas le mécène qui a soutenu Shakespeare pour la publication du recueil de poésie  comme Henry Wriothsley a pu l’être pour Vénus et Adonis et Le Viol de Lucrèce. Celui que Shakespeare tutoie dès le premier sonnet n’est pas une abstraction. Nous ne le connaissons pas, mais nous pouvons être certains que Shakespeare, lui, le connaissait.

       Est-ce si déterminant pour comprendre les Sonnets ? Il me semble que oui. Et pour deux raisons. La première est le fait que les Sonnets sont l’œuvre la plus personnelle de Shakespeare. Ils n’ont pas de source connue. Ils ne sont l’imitation de rien ni de personne. Ils ne paraissent inspirés que par l’expérience vivante de Shakespeare qui utilise 787 fois la première personne sur les 154 sonnets que comporte le recueil. Shakespeare ne parle pas par le truchement de personnages, comme au théâtre. Il ne porte pas de masque et plaide pour la sincérité. Comme l’a souligné René Girard : « S’imaginer qu’un écrivain comme Shakespeare ait pu passer sa vie entière à représenter un désir totalement étranger à sa propre expérience est d’une absurdité criante. » La deuxième raison vient de ce que Shakespeare a longtemps gardé les Sonnets pour lui-même probablement plus dune dizaine dannées , quil na manifesté aucun empressement à les publier. Jai souvent comparé ses Sonnets au Mémorial de Pascal. L’œuvre le touchait à un point tel qu’elle ne pouvait pas être rendue publique. On sait combien les artistes cherchent généralement la gloire plutôt que l’obscurité.

       Nous ne possédons pas beaucoup de manuscrits de Shakespeare, nous ne pouvons donc pas étudier ses brouillons, il nous reste Les Sonnets. À partir de ce constat, on peut dire que la véracité des sonnets devient un enjeu considérable. Il est à remarquer, au passage, que les inventeurs d’une identité cachée de Shakespeare imaginent généralement que le « dramaturge » était un prête-nom mais ils ne savent pas à qui attribuer le recueil ? Les poèmes qui le composent sont trop singuliers.

       Et W.H. dans tout cela ? Il vient seulement étayer, par sa présence, la réalité de l’implication de Shakespeare dans les Sonnets. J’ai toujours donné ma préférence à William Herbert, 3ème comte de Pembroke. Parmi les indices, je retiens la mention de son nom dans la dédicace du premier Folio de 1623, en ouverture de la préface :

     

    TO THE MOST NOBLE AND INCOMPARABLE PAIRE OF BRETHREN

    WILLIAM Earle of Pembroke, &c;. Lord Chamberlaine to the Kings most Excellent Majesty.

    AND

    PHILIP Earle of Montgomery,&c;. Gentleman of his Majesties

    Bed-Chamber. Both Knights of the most Noble Order

    of the Garter, and our singular good L O R D S.

     

       Associé à son frère Philip, William Herbert a manifestement aidé, au moins financièrement, les deux anciens acteurs de la troupe de Shakespeare, John Heminge et Henrie Condell, à rassembler et à faire publier la majeure partie de l’œuvre du grand maître. La collaboration des deux frères Herbert n’est pas anodine ; elle n’est pas moins importante que celle des anciens collaborateurs et admirateurs de Shakespeare qui ont tout fait pour que l’œuvre dramatique de leur maître ne soit pas perdue.

       Je vois dans la mention de William Herbert, en tête de l’ouvrage qui sert de référence universelle s’agissant de l’œuvre de Shakespeare, le signe que non seulement Shakespeare l’a bien connu, mais qu’il a été estimé de lui, sinon aimé. William Herbert se souvenait de lui, sept ans après sa mort, et il l’honorait en perpétuant sa mémoire. Il y a peu de sonnets qui vantent la réciprocité de la passion de Shakespeare pour son jeune prince. Ce dernier brille souvent par son absence. Mais cette absence même, que le poète déplore dans tant de sonnets, le rend extraordinairement présent.

       Les milieux « autorisés », c’est-à-dire les universitaires, ont toujours été réticents à nommer W.H. Cette précaution est honorable. Mais elle exclut de l’ouvrage le « personnage » central, ce qui est bien gênant. Certains sont allés jusqu’à penser que W.H. n’existait pas du tout, ou bien qu’ils étaient plusieurs. Ce n’est pas en effaçant les traces qu’on retrouve le chemin…

     

     

     

     

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  • Portfolio 

     

    La ronde

     

    « Le premier sapiens n’est pas celui qui a enterré son premier mort, mais le premier qui, en frappant dans ses mains, s’est mis à danser en riant aux éclats. Évidemment, il n’était pas seul. Les débuts de l’humanité ressemblent, sans nul doute, à une espèce de chorégraphie joyeuse, à une sarabande rieuse. Avant de peindre sa main sur la paroi de sa caverne, notre ancêtre l’avait tendue à un autre, qui lui-même…  Et ensemble ils avaient formé une farandole. Sapiens pouvait partir à la conquête du monde. »

     

    Extrait de Et mon tout est un homme.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Education 

     

     

    Enfants prisonniers

     

    « Natural England, l’agence environnementale publique anglaise, a enregistré la réduction de la liberté de déplacement des enfants d’une même famille, sur quatre générations. En 1926, George Thomas, 8 ans, pouvait se promener seul et pêcher dans un étang à près de dix kilomètres. En 1950, au même âge, son beau-fils Jack marchait trois kilomètres aller et retour jusqu’à l’école, seul. En 1979, sa petite-fille, Vicky, allait elle aussi seule à l’école (et à la piscine), à un kilomètre et demi de chez elle. En 2007, fin de la récré : Edward, le fils de Vicky et arrière petit-fils de George n’a pas le droit de s’éloigner de plus d’une centaine de mètres de la maison. Il va à l’école en voiture, joue sous la surveillance de ses parents et fait du vélo dans des endroits ‘‘sécurisés’’. » *

       Et dans le même temps, on prétend que les enfants sont autonomes. En tout cas, ils sont élevés selon cette idéologie-là. Nous en arrivons à cette contradiction absurde qu’ils sont autonomes mais pas indépendants. Ils passent, seuls, des heures infinies devant des écrans de toutes sortes et ils n’ont pas le droit de sortir. Ils ne sont même pas sous la surveillance de leurs parents, ils sont sous la surveillance de machines à images et à bruits. Ils sont « captifs », comme le proclament triomphalement les annonceurs. Autant dire qu’ils sont détenus, internés, on leur interdit d’explorer le monde autrement que virtuellement. Qui rendra jamais compte de cette dérive de l’éducation ? Qui en tirera les conséquences réelles ?

     

    * Source, Télérama, N° 3493-3494.

     

     

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  • Shakespeare

     

    Mise en scène de Peter Brook, 1974,

    avec François Marthouret.

    L’esclave jaune 

     

    TIMON, digging :

                                          What is here ?
     Gold ? yellow, glittering, precious gold ? No, gods,
     I am no idle votarist : roots, you clear heavens !
     Thus much of this will make black white, foul fair,
     Wrong right, base noble, old young, coward valiant.
     Ha ! you gods, why this? what this, you gods? Why, this !
     
    Will lug your priests and servants from your sides.
    […]
    This yellow slave
     Will knit and break religions, bless the accurs’d,
     Make the hoar leprosy ador’d, place thieves
     And give them title, knee and approbation
     With senators on the bench.
     

     

    TIMON, creusant le sol :

                                          Qu’est-ce que c’est que ça ?

    De l’or ? Ce précieux métal, jaune et brillant, de l’or ? Ô dieux, non !

    Je ne fais pas des vœux à la légère. Des racines, par le ciel clément !

    Un rien de cela rendrait blanc le noir, beau le laid,

    Vrai le faux,  noble l’ignoble, jeune le vieux, téméraire le lâche…

    Ah, dieux ! À quoi bon cela ?  Qu’est-ce que cela, ô dieux ? Justement !

    C’est ce qui écarte de vous vos prêtres et vos ministres.

    […]

    Cet esclave jaune

    Noue et dénoue les religions, il bénit les maudits,

    Fait adorer la lèpre repoussante, établit les voleurs

    Et leur accorde titre, respect et approbation,

    Jusque sur les bancs des sénateurs.  

     

                                Timon of Athens, Timon d’Athènes*,

                                Acte IV, scène III, vers 25-38. 

     

    * Pièce écrite en collaboration avec Thomas Middleton.

     

     

     

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  • Éducation

     

     

    Qu’est-ce qu’un jeu ? 

     

     Le bonheur est un jeu d’enfant. Voilà le secret. Un jeu, c’est-à-dire ce qu’on met en jeu, qu’on manipule, qui offre du jeu, qui bouge entre vos mains, qui se transforme selon votre volonté. Cela a bien peu de rapport avec les « jeux » des médias dans lesquels la seule chose qui joue c’est la roue qui donne le numéro gagnant. Cela est également très éloigné du jeu vidéo, la « PlayStation » où le joueur est cloué à sa console, assigné, assujetti, tandis que l’image joue pour lui ─ le mot « station » exprime bien l’inertie du spectateur ! Dans un jeu d’enfant, le jouet c’est l’enfant, c’est lui qui se joue le numéro, avec quelques accessoires qu’on appelle à tort des jouets, alors que ce ne sont que des accessoires. Si je dis que le bonheur est un jeu d’enfant c’est que, dans le jeu, l’enfant se découvre, se forme, se joue, se fait, s’invente. Le bonheur est toujours lié à la création ─ encore plus même qu’à la découverte. Quand on parle de « jeu éducatif », on formule un pléonasme. Un jeu qui n’est pas éducatif n’est pas un jeu, c’est un amusement. Il y a la même différence en anglais entre « play » et « game ». J’ai souvent beaucoup de mal à expliquer la différence à mes élèves. La grammaire est un jeu, comme les maths, comme la poésie. L’enseignement est un jeu. Mais si l’on tombe dans l’amusement, on se distrait, on perd son temps, littéralement on ne joue plus le jeu.  

     

    Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

     

     

     

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