• Mimétisme

     

     

    La chaîne, film de Stanley Kramer.

     

    La haine est un miroir 

     

    « La vénération la plus soumise et la rancune la plus intense, c’est là le sentiment que nous appelons haine », rappelle René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque. La haine est toujours un miroir. On ne se cherche un ennemi que parce que l’on est fasciné par son double. Répondre à la haine par la haine est absolument mimétique. Mais l’individu haineux ne veut pas voir qu’il se cherche dans celui qu’il exècre. Le double bind dissimule parfaitement sa fascination et son ressentiment.   

     

     

     

     

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  • Shakespeare  

     

    Third Earl of Pembroke

     

    Le visage de W. H. 

     

    On ne connait pas le visage du jeune homme sublime qui fascine Shakespeare et auquel il s’adresse tout au long des Sonnets. On sait qu’il est beau, qu’il est jeune, qu’il est noble, et c’est à peu près tout. Le poète se défend même de le décrire. Ainsi au sonnet 83, il reconnaît :  

     

            ‘I never saw that you did painting need,
             And therefore to your fair no painting set.’
     

     

            « Dresser votre portrait me paraît inutile ;

            Aussi n’ai-je jamais dépeint votre beauté. » 

     

       Je suis convaincu que W.H. a existé. Il n’est pas un fantasme sorti de la folle imagination de Shakespeare. Le poète en parle comme d’une personne vivante, dotée d’une présence et d’un rayonnement troublants. Il semble que Shakespeare ait été découragé dans ses tentatives de le décrire. W.H. était trop beau. Au sonnet 17, il avoue : 

     

            ‘Who will believe my verse in time to come
            
    If it were fill’d with your most high deserts ?
            
    Though yet heaven knows it is but as a tomb
            
    Which hides your life, and shows not half your parts.
            
    If I could write the beauty of your eyes,
            
    And in fresh numbers number all your graces,
            
    The age to come would say, ‘This Poet lies,
            
    Such heavenly touches ne’er touch’d earthly faces.’

     

            « Dans les temps à venir, qui croira mes sonnets,

            Tout surchargés qu’ils sont de vos plus hauts mérites ?

            Et Dieu sait qu’ils ne sont qu’un tombeau qui vous cache,

            Et, de vous tout entier, en taisent la moitié.

            Si j’exprimais sans fard la beauté de vos yeux,

            Et de noms singuliers nommais toutes vos grâces,

            On dirait après moi : « Ce poète est menteur,

            Nul visage ici-bas ne fut aussi céleste. »  

     

       J’ai toujours pensé, personnellement, que W.H. était William Herbert, 3ème Comte de Pembroke, né en 1580. On n’a retrouvé aucun portrait peint de William Herbert adolescent. Le tableau ci-dessus représente le comte à l’âge adulte. Il a belle prestance mais il n’a pas l’éclat de la jeunesse qui avait ébloui Shakespeare. William Herbert n’a pas eu de descendance, malgré les supplications du poète dans les vingt premiers sonnets du recueil. Le fils illégitime qu’il eut avec Mary Fitton, dame d’honneur de la Reine, mourut en bas âge. Il épousa, plus tard, une certaine Mary Talbot dont il n’eut aucun héritier. William était très lié à son frère Philip, de quatre ans son cadet. Tous deux grands protecteurs de Shakespeare, ils sont les dédicataires du premier Folio de 1623 qui rassemble toute l’œuvre connue du dramaturge. Philip a eu une famille nombreuse. Dans le tableau ci-dessous, on le voit en compagnie de ses enfants. On peut imaginer que les neveux de William lui ressemblaient un peu…

     

     

     

     

     

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  • Etat de la personne

     

     

     

    « À force de soucis » 

     

    Le souci, et singulièrement le souci de soi, est devenu la préoccupation première de nos contemporains individus autonomes et déculpabilisés. On appelle aussi ce souci inquiétude, instabilité, tracas, angoisse. Quelquefois, il est baptisé stress, anxiété, ou il est qualifié de dépression. Il y a des médicaments pour cela.  Ce mal est caractérisé par un sentiment de frustration quasi permanent, il affecte particulièrement les possédants, plus rarement les pauvres. C’est une maladie endogène, favorisée par l’environnement mimétique exacerbé de l’époque, que certains soignent… avec plus de compétition. Bien que ce mal-être soit vieux comme le monde, il est en passe de devenir le mal du siècle. Le Christ demandait déjà, il y a vingt siècles : « Qui de vous pourrait, à force de soucis, augmenter d’une coudée la longueur de sa vie ? » Propos rapportés par Luc (12, 25).

     

     

     

     

     

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  • Retour du religieux archaïque

     

     

    Orthorexie 

     

    « L’orthorexie (du grec orthos, « correct », et orexis, « appétit ») est un ensemble de pratiques alimentaires caractérisé par l’ingestion d’une nourriture saine et le rejet systématique des aliments perçus comme malsains. Une alimentation saine se caractérise par la consommation de produits frais, naturels, et le refus d’aliments raffinés, industriels ou transformés. » (définition proposée par Wikipédia)

       Nous assistons aujourd’hui à un phénomène étrange. Dans notre civilisation sécularisée, débarrassée, croyons-nous, des tabous religieux ancestraux, réapparaissent des comportements qui ressemblent à s’y méprendre aux anciens interdits sur la nourriture. Des peurs archaïques reviennent, liées à l’idée d’empoisonnement éternel syndrome de la persécution. Les repas sont ainsi normalisés, codifiés, selon des préceptes rigoureux : tu ne mangeras pas gras, ni trop abondamment, tu renonceras aux produits d’origine animale, tu préféreras le cru au cuit, etc. Karl Marx avait dénoncé la religion comme étant l’opium du peuple, on voit qu’un monde sans religion avouée produit des croyances qui sont le nouvel opium des individus. La déchristianisation des Européens, la « déislamisation » des enfants d’émigrés déracinés, nous conduisent tout droit à un retour (sournois, non-dit) à un religieux archaïque. Le bénéfice est nul, peut-être est-il même négatif car les « orthorexiques » ne savent pas qu’ils finissent par se comporter de manière quasi religieuse.

       Le phénomène est d’autant plus surprenant dans une culture anciennement christianisée où les rites alimentaires ont été progressivement éliminés. Nous avons, semble-t-il, tout oublié des paroles de Jésus-Christ telles qu’elles sont rapportées par saint Matthieu (15, 10-20) : « Jésus appela la foule et lui dit : ‘‘Écoutez et comprenez ! Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui rend l’homme impur ; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui rend l’homme impur.’’ […] Prenant la parole, Pierre lui dit : ‘‘Explique-nous cette parabole.’’ Jésus lui répondit : ‘‘Êtes-vous encore sans intelligence, vous aussi ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche passe dans le ventre pour être éliminé ? Mais ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c’est cela qui rend l’homme impur. Car c’est du cœur que procèdent les mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations. C’est cela qui rend l’homme impur, mais manger sans se laver les mains ne rend pas l’homme impur.’’ » On ne peut pas être plus explicite.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

    L’amertume du désir 

     

    ‘But O, how bitter a thing it is to look into happiness through another man’s eyes.’ 

     

    « Hélas, qu’il est amer de contempler le bonheur par les yeux d’un autre ! » 

     

                                              As You Like It, Comme il vous plaira,

                                                                          Acte V, scène 2.

     

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