• Education

     

     

     

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              « L’enfant veut avant tout sortir de l’enfance,

              il veut qu’on l’ élève. » 

     

                                                    Alain

     

     

     

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  • Mimétisme

     

     

              Y a pas qu’ moi                        

     

    C’est curieux comme les « individus autonomes et sans attache », que tous prétendent être, nos contemporains, se retranchent derrière le mimétisme le plus ordinaire dès qu’ils se savent pris en faute ! Au lieu de se justifier, ou simplement de demander pardon, ils se réfugient « dans le groupe », pour se faire oublier croient-ils. Et ils lancent cette supplique, comme un sésame : « Y a pas qu’ moi… » La belle affaire ! J’ai souvent entendu mes élèves protester contre une sanction, qu’ils trouvaient évidemment injuste, en disant : « Je ne suis pas le seul dans la classe… » J’avais coutume de leur répondre : « Celui qui a tué quelqu’un sur la route et qui prétend ‘‘qu’il n’est pas le seul’’ a sûrement raison. On compte plusieurs milliers de morts sur les routes chaque année. Mais pour autant, cela ne le débarrasse pas de sa responsabilité. »

       Ce recours à l’anonymat est un réflexe révélateur. Il signifie : j’ai peur du jugement, je n’existe plus… Et pour disparaître, le meilleur moyen est de se noyer dans la masse. Le but est de renoncer à son identité, qui fait que l’on est soi et pas un autre. Dans la panique, on rêve d’être n’importe qui, absolument quelconque. Pourtant, s’il y a bien une chose devant laquelle on est seul, foncièrement seul, c’est bien sa culpabilité ! Alors, pour la fuir, on est prêt à abandonner sa personnalité, sa différence sacrée, on se met à adorer le mimétisme, jusqu’au caméléonisme.

       Devant sa mort comme devant sa faute, l’homme est seul. C’est pourquoi, sans doute, on parle de « jugement dernier ». Le christianisme, en « inventant » la culpabilité, n’a pas nui à l’homme, il l’a exalté dans ce qu’il a d’unique ; il l’a poussé jusqu’au dernier retranchement de la personne. Dommage pour les psychanalystes et leurs épigones plus ou moins talentueux, la culpabilité est un « chef-d’œuvre » de la civilisation. Ajoutons, pour être complet, que le christianisme a aussi « inventé » le pardon.  Deuxième principe difficile à appliquer.

     

                                                                                        

     

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  • Citation

     

     

     

    « L’homme se croyait un fils de famille. Il s’aperçoit qu’il n’est que le descendant de singes qui ont eu de la chance. C’est pour ça qu’il a l’arrogance et les angoisses des parvenus. »  

     

                                 Gaston Berger

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

    Romeo + Juliet

    Shakespeare et la sexualité 

     

    Que n’a-t-on prêté au malheureux Shakespeare en matière de sexe ! Il commence sa « carrière » à dix-sept ans en mettant enceinte une femme de huit ans son ainée. Il aurait vécu, dit-on, dans un bordel tout le temps de son séjour à Londres. Évidemment, il était homosexuel autant qu’hétérosexuel : il a tout essayé, vous dis-je. Son œuvre dramatique est emplie de paillardises, le plus souvent dissimulées : fallait-il qu’il soit hypocrite ! Hormis son mariage précipité avec Anne Hathaway, nous n’avons pas le début d’une preuve de ces allégations. Quant à son théâtre, on prétend y avoir découvert des tombereaux de grossièretés : à force de chercher des sous-entendus partout, on les y a trouvés.

       Mettons les choses au point. La vérité est qu’on trouve plutôt moins de « gauloiseries » dans ses pièces que dans celles de ses contemporains, et quasiment aucun gros mot (‘four letter word’). Quand il parle de sexe, Shakespeare n’a pas peur de le regarder en face ─ comme dans les sonnets 129 et 151. Quand il a envie de faire rire la galerie, il prête à ses personnages un langage leste, ou graveleux, selon leurs caractères : Petruccio dans La Mégère apprivoisée ne parle pas comme Falstaff dans Les Joyeuses commères de Windsor, ni comme Mercutio dans Roméo et Juliette. Il y a une espèce de « tradition gay » qui veut que les homosexuels abondent dans ses pièces. Pour un couple comme Achille et Patrocle dans Troïlus et Cressida dont la réputation remonte à l’Antiquité, il n’y a pas de doute. Mais ni Corialan et Aufidius (dans Corialan), ni Protée et Valentin (dans Les Deux gentilshommes de Vérone) ne couchent ensemble. Antonio aime Sébastien (dans La Nuit des Rois) comme Shakespeare aime W.H. dans les Sonnets, sans jamais le toucher. La plupart des critiques ne connaissent pas la théorie mimétique et croient voir une « homosexualité latente » dès qu’un personnage prend un autre personnage du même sexe pour modèle. Shakespeare lui-même a dû s’interroger plus d’une fois sur cette fascination qu’exerce le modèle et il a, en quelque sorte, anticipé sur « la théorie du genre ».

       Ce qui est remarquable, dans l’œuvre de Shakespeare, si on l’examine dans sa totalité, c’est que les figures vertueuses se multiplient dans les pièces de la fin de carrière (1606-1610). Ferdinand (dans La Tempête) est félicité par Prospero pour son abstinence. Des femmes sublimes comme Hermione et Perdita (dans Un conte d’hiver), ou Imogène (dans Cymbeline) sont des modèles de sexualité retenue, de pureté et de fidélité. Le pauvre Shakespeare serait-il devenu puritain avec l’âge ? Non, il a simplement compris les méfaits du désir (‘Desire is death’, sonnet 147) et il sait que le désir sexuel est aussi ravageur que le désir de puissance, autant que toute la violence que déclenche la rivalité mimétique. Mais qui peut accompagner Shakespeare jusqu’à cette sagesse ? On lui préfère l’auteur salace qui fait rire sans frais les spectateurs peu exigeants… Si l’on veut comprendre Shakespeare, il faut avoir le courage de le lire jusqu’au bout, même si cela dérange nos petites conventions de lecteurs postmodernes. 

     

    * * * * * 

     

    Je tire une bonne partie de mon information du passionnant livre de Stanley Wells, Shakespeare, Sex and Love (Oxford University Press, 2010), dans lequel l’auteur reconnaît qu’« aucune preuve n’est donnée quant aux sens seconds » qu’on trouverait dans des pièces comme Peines d’amour perdues, ‘no evidence is given for the subsidiary sense’. Sincère dans sa recherche, Stanley Wells s’étonne de l’évolution du poète qui le conduit à devenir l’homme pacifique et réconcilié avec lui-même que l’on connait, quand il se retire à Stratford.

     

     

     

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  • L'universel

     

     

     

    Universels à la naissance 

     

    Nous sommes facilement émerveillés par la diversité des langues. Pourtant rien n’est plus trompeur que cette diversité. Nous ne naissons pas « divers », mais universels, avec dans notre cerveau inachevé la capacité de les apprendre toutes. Nous possédons, avant même d’avoir respiré, tous les caractères linguistiques communs à toutes les langues du monde ─ ce qu’on appelle les « universaux ». Le nourrisson est capable de discriminer la quasi-totalité des phonèmes humains, c’est-à-dire les 600 consonnes et 200 voyelles environ qu’on trouve dans toutes les langues. Un nouveau-né chinois peut apprendre le zoulou sans la moindre difficulté. Un petit Inuit, placé dans l’environnement convenable, parlera la langue aborigène d’Australie sans effort.  Un Indien du Mato Grosso peut parler l’anglais sans le moindre accent…

       Hélas, en apprenant sa langue maternelle, l’enfant oublie tous les autres phonèmes qu’il était capable d’entendre à la naissance. La conquête de notre identité se paie au prix de la perte de notre universalité ; elle est le fruit de l’apprentissage ; elle est aussi une espèce de sacrifice. Réapprendre son universalité est une tâche longue et difficile. Cela peut prendre toute une vie. Certains n’essaient même pas.

     

     

     

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