• Préscience

     

    De la complexité du monde

     

    L’actualité de Pierre Teilhard de Chardin 

     

    Il faudrait peu de choses pour actualiser la pensée de Teilhard de Chardin (1881-1955). Ses intuitions, qui remontent maintenant à un siècle, étaient justes. Il n’y a que le vocabulaire qui a changé. Ainsi, quand il parle de « planétisation », nous comprenons « mondialisation ». Il n’avait pas idée d’Internet, mais il parlait déjà de « noosphère », ou « sphère de la pensée humaine ». Celle-ci contient toutes les consciences de l’humanité et représente la réunion de toutes les capacités humaines à penser. Quel serait son étonnement devant Google et Wikipédia ?

       Parmi les choses que nous aurions encore à apprendre de lui, il y a cette notion de « centréité » ─ le mot n’est pas très joli ─ qu’il définit par : « Être plus, c’est s’unir davantage. » C’est en effet en se nouant sur elle-même que l’humanité progresse dans son humanisation. Pour Teilhard, le « premier homme » « ne peut être qu’une foule ». C’est l’alpha. L’émergence de la conscience permet (ensuite) l’apparition de la personne. Le travail n’est jamais terminé ! L’Oméga attend toujours. Et il attendra encore tant que nous n’aurons pas retrouvé « la flèche du temps ».

       Pour Teilhard, la sélection darwinienne « cesse » avec l’Homme. Dans la compétition animale, remarque-t-il, « le plus fort déplace le plus faible et finit par l’étouffer. » Mais chez l’Homme, « la suppression s’accompagne toujours de quelque assimilation, […] le vaincu réagit encore sur le vainqueur pour le transformer. » Le processus ne s’arrête pas, l’Homme « n’est pas autre chose que l’Évolution devenue consciente d’elle-même. » Quelle responsabilité ! La tâche est si lourde que devant la conscience que nous avons du travail à accomplir, le découragement nous guette. « Rien ne continuera plus si nous quittons la table », prévient Teilhard. On a l’impression que la prédiction est en voie de réalisation. Et il insiste : « Le siècle dernier [le XIXe] a connu les premières grèves systématiques dans les usines. Le prochain ne s’achèvera certainement pas sans des menaces de grève dans la Noosphère. » Nous y sommes. Ce que je désigne, quant à moi, par « la crise du désir », Teilhard la décrit déjà : « L’Humanité, sans le goût de vivre, cesserait bientôt d’inventer et de créer pour une œuvre qu’elle saurait d’avance condamnée. » Il ne suffit pas de pardonner à « ceux qui ne savent pas ce qu’ils font ». Comment pardonner désormais à ceux qui ne veulent pas savoir ce qu’ils ont à faire ? Le pire réflexe dans l’ignorance des conséquences de la « planétisation », la façon la plus pernicieuse de ne pas assumer notre responsabilité collective, c’est le repli sur soi, l’hypertrophie de l’autonomie, la maladie du moi absolu. Teilhard prévient : « une impasse à éviter : l’isolement », « se faire plus seul pour être davantage ».

       Internet n’est pas la noosphère, il n’en est que la caricature. La connaissance est éparpillée, éclatée, mais elle n’est toujours pas « centrée ».  Il nous manque une conscience globale. Tristesse de l’Écologie. « ‘‘Je’’ […], se fermant au reste, parvient à se constituer aux antipodes du Tout. [ …] Nous reculons […] devant l’association d’un Ego avec ce qui est Tout. » Comme je l’ai dit par ailleurs, « entre le monde et moi, il n’y a rien ». Plus précis encore, Teilhard dit : « Universel et Personnel (c’est-à-dire ‘‘centré’’) croissent dans le même sens et culminent l’un dans l’autre en même temps. » Aujourd’hui, Internet est un espace qui n’a pas de centre : on voit le chemin qu’il reste à parcourir. Nous vivons dans la mondialisation mais nous n’avons pas encore pensé la mondialisation. Nous avons fabriqué du « collectif » en négligeant « la personne », ainsi gaspillons-nous nos chances d’évolution. Comme Internet n’est que le brouillon de la noosphère, l’individu moderne n’est que l’avatar de la personne.

       Le « progrès » n’a pas complètement manqué sa cible. Nous avons ─ plutôt bien ─ universalisé les vaccinations, accru le confort (au moins sur une partie de la planète), mais s’est accrue encore plus vite la circulation de la drogue, des armes et de la pornographie. Par combien d’échecs l’Évolution doit-elle passer pour « réussir » ? Poétique et chrétien, Teilhard s’alarme : « Tant qu’il absorbe ou paraît absorber la personne, le Collectif tue l’amour qui voudrait naître. » Pour sa part, il n’a jamais désespéré de le voir naître malgré tous les obstacles qu’il voyait que l’humanité lui oppose.

       L’amour à naître n’est pas loin, mais il est empêché ─ par nous. Pour conclure avec Teilhard de Chardin, on peut estimer qu’au XXe siècle, Nelson Mandela a été plus utile au progrès de l’humanité que Steve Jobs.  

     

    Les citations sont extraites du Phénomène humain (1955).

     

     

    Pierre Teilhard de Chardin en 1917

     

     

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  • Edition : ma dernière production

     

    Les Éditions du Club Zéro proposent une nouvelle traduction des Sonnets de Shakespeare en édition bilingue, 164 pages, au prix de 14 €. 

     

                       SHAKE-SPEARES

      

              SONNETS 

     

      

      Edition bilingue

    Traduction de Joël Hillion  

    Éditions du Club Zéro  

     

    L’ouvrage peut être commandé en me contactant directement : cliquez sur Contact ci-dessus. 

     

    Attention, cette édition est distincte de celle publiée chez L’Harmattan dans laquelle les Sonnets sont commentés sur 774 pages !

     

     

     

     

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    Enfance 

     

     

    HOOK de Steven Spielberg

     

    L’enfance ne nous quitte jamais 

     

    James Matthew Barrie écrit dans la préface de Peter Pan : «  Certains prétendent que nous sommes des êtres différents à différentes époques de notre vie, non sous l’effet d’un quelconque effort de notre volonté, mais parce que la nature, de dix ans en dix ans, le veut ainsi. Je n’en suis pas convaincu. Je pense que l’on reste la même personne tout au long de la vie, passant d’une époque à l’autre comme on le ferait d’une pièce dans une autre, tout en restant à l’intérieur d’une même maison. Si nous déverrouillons les portes du passé, nous pouvons nous revoir tels que nous étions, occupés à devenir ce que nous sommes devenus… »

     

     

     

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  • Nouvelle édition 

     

     

    Illustration de couverture : Jean-Noël Duchevet. 

     

    Les Sonnets de Shakespeare

    Traduction et commentaires

    Édition bilingue  

     

    Après huit ans de travail, de passion et de patiente obstination, je suis enfin parvenu au bout de ma quête. Vient de paraître, chez L’Harmattan, ma traduction en édition bilingue des Sonnets de Shakespeare, abondamment commentée. Mon étude est approfondie. Je ne crois pas qu’on trouve l’équivalent dans le monde francophone.

       Les Sonnets sont l’œuvre la plus personnelle de Shakespeare. Non seulement ils sont beaux, mais ils sont aussi une clé irremplaçable pour comprendre le poète-dramaturge qui a sans doute été l’auteur le plus secret de sa génération. Le ‘gentle Shakespeare’ ne donnait pas prise. Dans ses Sonnets, il ne parle qu’à lui-même, et dans l’espèce de long monologue que représente le recueil, il révèle sa vérité sur le désir, la passion, la haine, la conscience, l’amour.

       Pour avoir accès à cette vérité, il fallait fouiller très profond. C’est ce que je présente sur 770 pages de notes et de commentaires. Les sonnets sont étudiés vers par vers, parfois mot à mot, tant l’écriture de Shakespeare est dense. On a prétendu que sa poésie n’était pas aussi riche de sens que son théâtre. Je crois pouvoir démontrer qu’elle est aussi puissante. Sans doute est-elle moins accessible. Il était donc nécessaire de l’étudier dans le plus grand détail.

       Fidèle à l’analyse que l’on trouve dans Shakespeare. Les Feux de l’envie, j’ai suivi la méthode de René Girard pour décrypter les Sonnets. Ceux-ci apparaissent comme le « champ d’expérimentation » de Shakespeare sur le désir et ils éclairent de façon éclatante l’œuvre du dramaturge autant que celle du poète. Écrits à la première personne*, ils nous révèlent Shakespeare « de l’intérieur ». C’est fascinant ! 

     

    * Les mots à la première personne (‘I’, ‘me’, ‘my’, ‘mine’, ‘myself’) sont au nombre de 787 dans l’ensemble du recueil. C’est dire si Shakespeare est présent dans les Sonnets !

     

     

    ISBN : 978-2-343-05491-9              54 € 

     

    Cliquez sur ce Lien pour L’Harmattan

     

     

    Mon site : http://shakespeare.sonnets.free.fr

     

     

     

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  • Mimétisme

     

     

    Respecte ma ressemblance ! 

     

    La critique récurrente faite à la théorie mimétique qui explique que beaucoup de penseurs honnêtes ou d’intellectuels sincères reculent devant l’hypothèse girardienne est due au fait que la théorie est globalisante. On la redoute comme « totalisante », ou un peu trop catholique, au sens premier du terme. René Girard agace parce qu’il veut tout expliquer avec la mimésis, entend-on souvent. Et c’est vrai que la théorie mimétique ne peut être comprise qu’en tenant compte de l’universel, dans sa dimension universelle. Car la globalisation, économiquement (et pudiquement) rebaptisée mondialisation, effraie. On accepte de consommer universel mais on rejette avec dégoût l’idée que l’espèce humaine soit absolument identique à elle-même d’un bout à l’autre de notre minuscule planète. Il n’y a pourtant qu’une et une seule espèce humaine… Nous le savons, mais nous n’avons pas intégré cette vérité à nos modes de penser, à notre culture quotidienne. Dans la crainte légitime de l’uniformisation, ou de l’indifférenciation, nous mettons en avant nos différences, nos histoires nationales, nos traditions, nos religions, notre langue, notre gastronomie. Tout fait différence. Ce comportement est rassurant : chacun dans sa niche, bien à l’abri des autres. « Tu haïras ton prochain comme personne. » La perversion de ce système, c’est la xénophobie, le racisme, le rejet universel (c’est le cas de le dire) de l’AUTRE.

       Prisonniers de ce principe, nous nous faisons peur, et comme nous ne pouvons empêcher de nous retrouver toujours plus serrés les uns contre les autres, de plus en plus modèles les uns pour les autres, nous devons, dans l’improvisation et la précipitation, construire une morale de la tolérance. Cette morale se résume en peu de mots : « respecte ma différence ». Le statu quo nous assure la paix sociale dans un sain environnement laïc. Mais nous n’avons jamais fait autre chose depuis l’aube de toutes les civilisations que de respecter nos différences, en les tenant « bien à distance » ! C’est au nom de la différence que nous avons fait les guerres, que nous avons construit des murs que nous appelons des frontières, que nous nous sommes protégés des invasions, des immigrations, des étrangers de tout poil. Nous sommes obsédés par nos différences. Malheureusement,  nous ne savons pas faire la paix avec nos différences. Si les Européens, depuis 70 ans, ne se font plus la guerre, c’est qu’ils ont fini par accepter tant bien que mal d’être à peu près pareils. Cela ne se passe pas sans récriminations, sans nostalgie, quand ce n’est pas avec une espèce de répulsion d’être assimilés à des Allemands, à des Anglais, pourquoi pas à des Albanais ? La construction européenne est tout ce qu’on peut concevoir de non naturel. Et pourtant elle tourne…

       Que se passerait-il si nous commencions à accepter vraiment notre ressemblance ? S’il n’y avait plus « ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme… », comme le suggère saint Paul dans sa lettre aux Galates (3, 28) ? Cette injonction vieille de 20 siècles nous fait encore trembler. Pourtant, imperceptiblement, cette évidence finit par entrer dans les consciences, à défaut d’« entrer dans les mœurs » dans sa version laïque, citoyenne ou économique. Il y a encore un long chemin à parcourir pour accepter de nous habiller en « taille unique ». Nous devons pourtant aller au bout de la logique de saint Paul et ajouter qu’il n’y aura bientôt plus ni patron ni employé, ni noir ni blanc, ni Arabe ni Juif, ni hétérosexuel ni homosexuel… À chacun de prolonger la liste dans la joie ou dans l’effroi.

     

     

     

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