• Shakespeare

     

     

     

    Comme une cerise double 

     

    Héléna, parlant d’Hermia : 

     

                                       ‘We grew together,

    Like to a double cherry, seeming parted ;

    But yet a union in partition,

    Two lovely berries moulded on one stem :

    So, with two seeming bodies, but one heart ;

    Two of the first, like coats in heraldry,

    Due but to one, and crowned with one crest.’ 

     

                                       « Nous avons grandi ensemble :

    On aurait dit une cerise double, apparemment séparée ;

    Nous étions unies par notre division même,

    Deux jolies baies accrochées à la même tige :

    Avec apparemment deux corps, mais un seul cœur ;

    Deux jumelles héraldiques unies

    Sur un même écusson, couronnées d’un unique cimier. »  

     

     

                                   A Midsummer Night’s Dream, Le Songe d’une nuit d’été,

                            acte III, scène 2, vers 208-214.

     

     

     

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  • Portfolio 

    Le baiser 

     

    « Bonheur fané, cheveux au vent
    Baisers volés, rêves mouvants…
     »
                     

     

                                 Charles Trenet

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

    Romeo + Juliet

    Shakespeare et la sexualité 

     

    Que n’a-t-on prêté au malheureux Shakespeare en matière de sexe ! Il commence sa « carrière » à dix-sept ans en mettant enceinte une femme de huit ans son ainée. Il aurait vécu, dit-on, dans un bordel tout le temps de son séjour à Londres. Évidemment, il était homosexuel autant qu’hétérosexuel : il a tout essayé, vous dis-je. Son œuvre dramatique est emplie de paillardises, le plus souvent dissimulées : fallait-il qu’il soit hypocrite ! Hormis son mariage précipité avec Anne Hathaway, nous n’avons pas le début d’une preuve de ces allégations. Quant à son théâtre, on prétend y avoir découvert des tombereaux de grossièretés : à force de chercher des sous-entendus partout, on les y a trouvés.

       Mettons les choses au point. La vérité est qu’on trouve plutôt moins de « gauloiseries » dans ses pièces que dans celles de ses contemporains, et quasiment aucun gros mot (‘four letter word’). Quand il parle de sexe, Shakespeare n’a pas peur de le regarder en face ─ comme dans les sonnets 129 et 151. Quand il a envie de faire rire la galerie, il prête à ses personnages un langage leste, ou graveleux, selon leurs caractères : Petruccio dans La Mégère apprivoisée ne parle pas comme Falstaff dans Les Joyeuses commères de Windsor, ni comme Mercutio dans Roméo et Juliette. Il y a une espèce de « tradition gay » qui veut que les homosexuels abondent dans ses pièces. Pour un couple comme Achille et Patrocle dans Troïlus et Cressida dont la réputation remonte à l’Antiquité, il n’y a pas de doute. Mais ni Corialan et Aufidius (dans Corialan), ni Protée et Valentin (dans Les Deux gentilshommes de Vérone) ne couchent ensemble. Antonio aime Sébastien (dans La Nuit des Rois) comme Shakespeare aime W.H. dans les Sonnets, sans jamais le toucher. La plupart des critiques ne connaissent pas la théorie mimétique et croient voir une « homosexualité latente » dès qu’un personnage prend un autre personnage du même sexe pour modèle. Shakespeare lui-même a dû s’interroger plus d’une fois sur cette fascination qu’exerce le modèle et il a, en quelque sorte, anticipé sur « la théorie du genre ».

       Ce qui est remarquable, dans l’œuvre de Shakespeare, si on l’examine dans sa totalité, c’est que les figures vertueuses se multiplient dans les pièces de la fin de carrière (1606-1610). Ferdinand (dans La Tempête) est félicité par Prospero pour son abstinence. Des femmes sublimes comme Hermione et Perdita (dans Un conte d’hiver), ou Imogène (dans Cymbeline) sont des modèles de sexualité retenue, de pureté et de fidélité. Le pauvre Shakespeare serait-il devenu puritain avec l’âge ? Non, il a simplement compris les méfaits du désir (‘Desire is death’, sonnet 147) et il sait que le désir sexuel est aussi ravageur que le désir de puissance, autant que toute la violence que déclenche la rivalité mimétique. Mais qui peut accompagner Shakespeare jusqu’à cette sagesse ? On lui préfère l’auteur salace qui fait rire sans frais les spectateurs peu exigeants… Si l’on veut comprendre Shakespeare, il faut avoir le courage de le lire jusqu’au bout, même si cela dérange nos petites conventions de lecteurs postmodernes. 

     

    * * * * * 

     

    Je tire une bonne partie de mon information du passionnant livre de Stanley Wells, Shakespeare, Sex and Love (Oxford University Press, 2010), dans lequel l’auteur reconnaît qu’« aucune preuve n’est donnée quant aux sens seconds » qu’on trouverait dans des pièces comme Peines d’amour perdues, ‘no evidence is given for the subsidiary sense’. Sincère dans sa recherche, Stanley Wells s’étonne de l’évolution du poète qui le conduit à devenir l’homme pacifique et réconcilié avec lui-même que l’on connait, quand il se retire à Stratford.

     

     

     

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  • L'universel

     

     

     

    Universels à la naissance 

     

    Nous sommes facilement émerveillés par la diversité des langues. Pourtant rien n’est plus trompeur que cette diversité. Nous ne naissons pas « divers », mais universels, avec dans notre cerveau inachevé la capacité de les apprendre toutes. Nous possédons, avant même d’avoir respiré, tous les caractères linguistiques communs à toutes les langues du monde ─ ce qu’on appelle les « universaux ». Le nourrisson est capable de discriminer la quasi-totalité des phonèmes humains, c’est-à-dire les 600 consonnes et 200 voyelles environ qu’on trouve dans toutes les langues. Un nouveau-né chinois peut apprendre le zoulou sans la moindre difficulté. Un petit Inuit, placé dans l’environnement convenable, parlera la langue aborigène d’Australie sans effort.  Un Indien du Mato Grosso peut parler l’anglais sans le moindre accent…

       Hélas, en apprenant sa langue maternelle, l’enfant oublie tous les autres phonèmes qu’il était capable d’entendre à la naissance. La conquête de notre identité se paie au prix de la perte de notre universalité ; elle est le fruit de l’apprentissage ; elle est aussi une espèce de sacrifice. Réapprendre son universalité est une tâche longue et difficile. Cela peut prendre toute une vie. Certains n’essaient même pas.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

    The Acting Company

     

    HAMLET à HORATIO 

     

                                       ‘Give me that man

    That is not passion’s slave, and I will wear him

    In my heart’s core, ay, in my heart of heart,

    As I do thee.’

                                       « Montre-moi un seul homme

    Qui ne soit pas l’esclave de ses passions, et je le porterai

    Au fond de mon cœur, oui, dans le cœur de mon cœur,

    Comme je le fais de toi. » 

     

                                          Hamlet, act III, sc. 2, l. 64-66. 

     

    Non, Hamlet n’est pas amoureux d’Horatio, comme certains metteurs en scène sans imagination se sont permis de les présenter quelquefois. Hamlet aspire à un désir pur, exempt de passion, sans réplique, sans enjeu, sans contrepartie, un désir non mimétique en un mot (un désir impossible sans doute). Il cherche une vérité qui ne soit pas « faite d’emprunts » (sonnet 125). Horatio, avec sa générosité, son désintéressement, son humilité, son absence d’ambition personnelle, est un personnage exemplaire. Il donne et ne réclame rien pour lui-même. Et Shakespeare le met en face d’Hamlet que les corruptions du monde dégoûtent. Horatio est un « modèle ». D’où le désir d’imitation qu’il exerce sur Hamlet. Comme Coriolan le dit d’Aufidius : ‘I would wish me only he’, « Je voudrais n’être personne d’autre que lui. »

       Seul Horatio aura le droit de parler d’Hamlet après sa mort : 

     

    ‘O good Horatio, what a wounded name,

    Things standing thus unknown, shall live behind me !

    If thou didst ever hold me in thy heart,

    Absent thee from felicity awhile,

    And in this harsh world draw thy breath in pain,

    To tell my story.’ 

     

    « Oh, bon Horatio ! mon nom aura reçu un coup fatal,

    Si les choses demeurent mal connues, quand j’aurai cessé de vivre.

    Si j’ai jamais tenu une place dans ton cœur,

    Ne cours pas tout de suite vers ton paradis,

    Et dans ce monde affreux souffre de retenir ton souffle,

    Afin de raconter mon histoire. »      

     

                                          (V, 2, 352-357)

     

     

     

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