• Les Sonnets 

     

     

     

     

    Résurrection  

     

    Dans les Sonnets, le but que le poète s’est assigné est de perpétuer la mémoire de W.H., son « bien absolu », son « presque paradis ». Il veut le sauver de la destruction définitive. Il doit trouver un moyen de maintenir la vie :

     

              ‘[…] till the judgement that your self arise,

              You live in this, and dwell in lovers’ eyes.’ 

             

              « En attendant le jour de la résurrection,

              Vous vivez dans les yeux de tous ceux qui vous aiment. »   (Sonnet 55)

     

       Quel moyen la poésie a-t-elle de faire revivre ce qui a disparu ? Le poète a besoin pour cela que ses sonnets soient relus, qu’ils soient réanimés par la lecture. Ceux qui liront ses vers (‘lovers’ eyes’) participeront ainsi à la résurrection de W.H. :

             

                ‘You still shall live (such virtue hath my pen)

                 Where breath most breathes, even in the mouths of men.’

     

                 « Par la vertu de mes écrits, vous vivrez donc

                 Là où souffle la vie : sur les lèvres des hommes. »   (Sonnet 81)

     

       Le souffle qui peut faire revivre W.H. est-il celui de la Genèse, quand Dieu souffla sur le monde pour lui donner vie ? Il est d’abord celui des lecteurs des Sonnets qui, en relisant les vers de Shakespeare, leur donnent vie.

     

     

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  • Citation

     

     

     

     

    L’indifférence

     

    « Descartes l’avait déjà vu avec une admirable clarté : la liberté d’indifférence est le plus bas degré de la liberté. »

     

                                                                           Gabriel Marcel

     

     

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  •  Théorie mimétique

     

     

     

     

    Comment Donald Trump se représente la planète.

     

     

    Trump, le terroriste

     

    La vérité de Trump, c’est que c’est un nihiliste, un anarchiste, comme le monde n’en a pas connu depuis la fin du XIXe siècle. Il ne jouit que de casser, de fracasser. Il croit à « la destruction créatrice ». C’est un petit garçon qui ne joue pas aux voitures, il les pulvérise. Il ne croit avoir gagné qu’après avoir démoli son adversaire. C’est un « sacrificiel » au sens le plus archaïque du terme. Il ne ressent de plaisir que devant la violence, le spectacle de la violence. Et celle qu’il préfère est celle qu’il déclenche lui-même. Triste sire.

       Son « ange noir », son « âme damnée », son ombre, son inspirateur, c’est Steve Bannon, un fasciste ouvertement anti-juif, anti-musulman, anti-noir, anti-femme, anti-homosexuel, anti-pauvre, anti-système, de la pire espèce. C’est un défenseur des « valeurs chrétiennes », version Ku Klux Klan et « suprématie blanche ». Avec son site Breitbart News, il diffuse la haine à grande échelle, sans retenue, à flots constants. La parole est libre aux États-Unis. Le problème, c’est qu’il est invité au bureau ovale. Il a l’oreille de Trump. Steve Bannon avoue lui-même qu’il a reçu comme un appel, il a compris sa vocation, en assistant à l’effondrement des Tours jumelles en 2001. La vision l’a littéralement mis en transe. Le plus beau spectacle depuis Hiroshima. Ce qu’il voyait, c’est ce qu’il avait toujours rêvé de faire : un coup d’éclat destructeur d’une ampleur inégalée. Sa campagne anti-terroriste forcenée ne s’explique que parce que les djihadistes sont ses modèles. Ils le fascinent. Il les hait d’un amour sans borne. C’est quand même lui qui avait suggéré à Donald Trump d’interdire l’entrée sur le territoire états-unien de TOUS les musulmans de la planète…

       À présent qu’il est presque aux manettes, il cherche à réaliser son rêve apocalyptique, via le président-marionnette qui est en place. Son délire peut enfin se matérialiser, croit-il. Faut-il s’en inquiéter ? Un peu, bien sûr. Mais le pire n’est pas certain. Tout simplement parce que Trump, qui n’aime que ses ennemis, réussit à faire l’unanimité contre lui. C’est un réflexe mimétique élémentaire. Dans un premier temps, cette haine universelle contre sa personne l’exalte. Il jouit de sa propre persécution. N’a-t-il pas déclaré qu’il est l’homme politique qui a été le plus « lynché médiatiquement » de toute l’histoire des États-Unis ? Sa paranoïa le perdra.

       Ce qui me fait penser que sa chute est proche le temps médiatique étant beaucoup plus court que le temps historique , c’est que la conscience universelle est à l’œuvre. On le voit bien aux réactions à la déclaration solennelle de Trump contre l’accord de Paris. La conscience universelle est souvent silencieuse. C’est la forme la plus discrète de la mondialisation qui, elle, s’étourdit dans le buzz insignifiant – buzz que Trump adore, évidemment ! Le choc de la provocation de Trump a fait sortir de leur réserve les consciences timides. La violence est toujours bruyante. La paix reste longtemps muette avant de paraître au jour.

       Mais, chut ! Je n’ai rien dit. Attendons que le colosse s’écroule tout seul. Il travaille à sa propre destruction. Il n’est pas interdit, malgré tout, de donner un coup de pouce au destin. J’espère l’avoir fait, à proportion de mes moyens.

     

     

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  • Éducation

     

     

      Dead Poets Society

     

    « En m’attachant, je deviens libre. »

     

    L’Enfance, c’est la promesse mêlée au désir ! La pédagogie du lien valorise donc le cœur. Je ne peux apprendre ─ moi, élève, ego, individu ─ que de l’autre ; je ne peux être éduqué que par l’autre. Je ne peux m’élever qu’en me livrant à l’autre ─ qui, à son tour, me délivre de mon ignorance. C’est l’autre qui me délie de mes faiblesses. En m’attachant à lui, je deviens libre. Non pas autonome, mais libre. Apprendre, c’est d’abord découvrir son prochain. C’est aussi être découvert par lui : reconnaître l’autre en soi, l’alter dans mon ego. Être le prochain de son prochain. Le médiateur, l’accoucheur, le révélateur, l’enseigneur, l’autre absolu, est l’agent unique et indispensable de mon hominisation, de mon humanisation. De lui, je dépends corps et âme.

     

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  • État de conscience 

     

     

     

     

    Progrès

     

    Au siècle des Lumières, illuminés par leur optimisme tout neuf, les philosophes ne doutaient pas que le progrès scientifique était indissociable du progrès moral. La science et la sagesse devaient avancer de concert. Deux siècles plus tard, nous pouvons nous interroger.

       Nous constatons qu’effectivement le progrès scientifique, exponentiel, spectaculaire, que nous avons connu depuis la fin du XVIIIe siècle, a été accompagné de bouleversements sociaux et comportementaux considérables. Pour autant, le progrès moral est-il à la hauteur des espérances ? À bien des égards, nous pouvons répondre oui. Malgré le sentiment général, à contre-courant de la réalité vécue, nos sociétés avancées sont largement plus pacifiées qu’elles n’étaient, les violences urbaines, civiles, ont diminué extraordinairement, la tolérance pour les minorités (ethniques, sexuelles ou autres) est sans comparaison avec ce qu’il en était encore ne serait-ce qu’il y a 50 ans ! Mais cela ne nous satisfait pas entièrement.

       Proportionnellement mais est-ce chiffrable ? , nous avons le sentiment que le comportement moral des citoyens d’aujourd’hui n’est pas aussi « avancé » que la science. Nous craignons même qu’il ait régressé. La science, justement, est accusée de notre dégénérescence morale : le transgénisme, la GPA, le clonage représentent-ils moralement un progrès ?

       Il semble que ce qui a manqué dans la progression parallèle de la science et de la morale, c’est le développement de la responsabilité. Ce qui a été engrangé collectivement n’a, contre toutes apparences, pas été le cas individuellement.  Il semble même que le « principe responsabilité » pour parler comme Hans Jonas , au lieu de s’accroître, a plutôt diminué, sous l’effet de l’expansion de l’égoïsme individuel, largement encouragé par le confort accru que la technologie issue des progrès scientifiques nous a apporté. Le relâchement de la morale sexuelle en est l’exemple le plus criant. L’objet du désir, réduit à n’être qu’un objet sexuel, n’est plus rien d’autre qu’un objet. Que reste-t-il de la personne ? Le constat est triste.

       Qu’a-t-il manqué finalement ? Simplement un progrès de la conscience au moins égal au progrès de la science. Nous avons privilégié l’esprit aux dépens de l’âme (quand nous n’avons pas irréparablement congédié l’âme). Mais rien n’est perdu. Avec la décroissance, avec la perception de plus en plus claire de la finitude du monde et des limites de la connaissance, nous approchons, je crois, d’une ère nouvelle où l’âme prendra le dessus sur l’esprit. Ceci est une utopie, c’est-à-dire un lieu inconnu vers lequel nous avançons sans le voir encore… Mais nous avançons quand même. Ce progrès-là n’est pas inéluctable. Et tant mieux. Nous devons tenir pour certain que le progrès moral ne dépendra pas seulement de nos savoirs, mais bien davantage de notre conscience, de notre volonté, et de nos désirs communs de nos désirs mis en commun. J’ai hâte de vivre en 2100…

     

     

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