• Don et contre-don 

     

     

    La réciprocité  

     

    « ‘’Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous-mêmes, faites-le pour eux’’ (Matthieu 7, 12 et Luc 6, 31). [...] La règle de réciprocité la plus élémentaire dans nos relations [trouve sa] formulation ici. Mais c’est une réciprocité sans calcul, sans équivalence : ‘’tout ce que vous voudriez...’’. Le champ ouvert du désir (fragile) est infini... »

     

                          Gaël Giraud & Felwine Sarr, L’Économie à venir.

     

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  • Louis Armstrong 

     

    Noir, juif et descendant d’esclaves

     

    Louis Armstrong est décédé il y a cinquante ans, le 6 juillet 1971. Il était né (probablement) le 4 août 1901 à la Nouvelle Orléans. Sa mère avait seize ans. Son père a tout de suite abandonné le foyer. Louis a été élevé par sa grand-mère Joséphine, qui était née esclave.

       A l’âge de sept ans, il a été « recueilli » par les Karnoffsky, une famille juive originaire de Lituanie. Le petit Louis a été bercé par les chants yiddish que lui chantait Mrs Karnoffsky.

       Très tôt, Louis découvre que les Karnoffsky souffre de la même discrimination que lui. Quoi, les blancs rejettent aussi d’autres blancs ? « Je n’avais que sept ans mais j’ai facilement découvert le traitement non chrétien que les blancs faisaient subir à la famille juive pauvre chez qui je travaillais », a-t-il confié dans ses Mémoires. En fait, il ne faisait que des petits boulots. Par exemple, il jouait du cornet, dans la rue, pour les Karnoffsky qui étaient chiffonniers : il attirait ainsi la clientèle.

       Louis Armstrong parlait parfaitement le Yiddish. Jusqu’à la fin de ses jours, il a porté sur lui, autour du cou, une Étoile de David en souvenir de son enfance chez les Karnoffsky.

    *

     

       J’ai expliqué, dans Crise du désir, en quoi la musique que nous écoutons est universelle. « On peut dire que notre musique commune a été modelée aux États-Unis entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe ― avant de se répandre sur toute la planète et d’être adoptée par tous. Pour ce qui est des rythmes, pas de doute, ils sont directement issus des musiques (interdites) des esclaves africains à qui il ne restait souvent plus rien d’autre de leur ancienne culture. Quant aux harmonies, elles ont été importées d’Europe centrale et d’Europe de l’Est par les émigrés juifs persécutés et pauvres, émigrés en Amérique. En somme, notre musique commune est le cadeau que nous ont fait les opprimés… contre rien. »

       Louis Armstrong en est l’incarnation parfaite.

     

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  • Césaire / Shakespeare 

     

    J'avais moi-même mis en scène

    LaTragédie du Roi Christpohe en 1975

    avec mes élèves du Prytanée de Saint-Louis du Sénégal

     

    Poètes et dramaturges 

     

    Le rapprochement entre Aimé Césaire et William Shakespeare n’est pas fortuit. Ils sont tous les deux poètes, et le lyrisme de l’un vaut bien la fougue verbale de l’autre. Ils sont tous les deux dramaturges, même si la production théâtrale de Césaire est modeste en comparaison de celle de Shakespeare. Pourtant, Une saison au Congo, et encore plus La Tragédie du Roi Christophe ne manquent pas de points communs avec le Barde anglais. La liberté de composition des pièces, le foisonnement des personnages (plus de quarante pour Le Roi Christophe), l’écriture poétique et surtout les thèmes (l’histoire de « souverains » élevés et déchus) font des tragédies de Césaire des espèces de répliques des drames classiques écrits quatre siècles plus tôt.

       Curieusement, c’est avec Une tempête, ouvertement inspirée de La tempête de Shakespeare, que Césaire se montre le moins convaincant. La copie est à la fois trop proche du modèle (même intrigue, mêmes personnages...) et très éloignée du propos de Shakespeare : le vieux sage de La Tempête a été remplacé par un colon un peu mal luné qui exploite des esclaves, notamment Caliban qui se rebelle. Littéralement, Prospéro a perdu ses pouvoirs magiques. L’écriture elle-même est faible : dans Une tempête, Césaire semble avoir perdu la formidable force poétique du Roi Christophe, par exemple. Le poète antillais s’est-il brûlé les ailes en s’approchant d’un peu trop près du soleil shakespearien ?

     

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  • La violence et le sacré

     

     

    La colère*

     

    La colère est encore l’expression du pouvoir qu’exerce sur moi le méchant. Par ma colère, il me tient ! Je crois même que ma révolte le réjouit. Cela fait partie des « séductions de l’injustice » dont parle saint Paul. Que serait le pouvoir s’il n’était pas injuste ? Quel « sentiment » le méchant aurait-il de son pouvoir sans ma souffrance ? L’injustice n’est pas « un accident de parcours » sur la voie royale de la réalisation de l’Homme, et de sa marche irrésistible vers la conquête de sa liberté, elle est, très largement, le combustible de l’Histoire. Et injustice suprême, la colère des opprimés entretient le feu.

       Ma colère, comme mon ressentiment, instille en moi un poison indétectable et permanent. Comme l’explique James Alison : « La colère est une passion inutile parce qu’elle nous donne l’impression d’être bons. » Combien de massacres ont-ils été commis par les violents qui se donnaient ainsi « l’impression d’être bons » ?

       Peut-on vivre sans colère ? C’est aux grandes personnalités non-violentes qu’il faut le demander : Martin Luther King, Nelson Mandela. Leur passage sur terre n’a pas été moins efficace que celui de Staline, de Mao ou des Khmers rouges.

     

    * Je ne parle pas de la mauvaise humeur, si typique du caractère français, qui n’est qu’un prurit superficiel.

     

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  • Je ne suis pas un influenceur

     

     

    Je donne à penser, c’est tout.

     

    Vous ne trouverez pas sur mon blog de produit « placé », de publicité dissimulée, je ne cherche pas à vendre de marchandise autre que quelques idées qui me tiennent à cœur. Mon blog ne me rapporte rien que des visites de curieux et d’insatisfaits de la marche du monde. Je partage avec eux, avec vous, mes enthousiasmes et mes indignations et je ne les monnaie pas. Si je peux avoir une quelconque influence, c’est en faisant connaître ceux qui m’ont influencé : Shakespeare, René Girard, Michel Serres, Rimbaud et quelques autres grands esprits.

       Si je donne à penser, je n’aurai pas perdu mon temps.

     

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