• Neurones sans miroir

     

    Une société de services

     

    On nous avait promis, depuis plusieurs décennies, une « société de services », et c’est aujourd’hui l’un des secteurs où l’investissement est massif. Où en est-on ? Nous avons, globalement, remplacé le plus grand nombre possible de personnes « au service » des autres par des machines. Tout est dématérialisé, et hop là ! Le système fonctionne désormais comme un immense self-service autocentré (et pas mal cloudé). Et c’est nous, les néo-citoyens de ce meilleur des mondes, qui devons le faire marcher. Bonjour Joël. Bienvenue sur votre page perso. Tapez 1, tapez 2... Votre réponse est incompréhensible, veuillez recommencer depuis le début du processus. Il vous reste 30 secondes avant fermeture de ce site. Votre demande a été enregistrée sous le n° Mx65aj44W707. Veuillez vous souvenir de ce code pour toute opération ultérieure. Merci de votre visite.

       Qu’y a-t-il derrière la prétention du « service » ? Il n’y a personne. Une machine, par définition, ne rend aucun service, sauf à la confier à quelqu’un qui sait s’en servir. Vous êtes en panne. Vous attendez un dépanneur. Et c’est un « questionnaire de satisfaction » qu’on vous envoie. Tout ce qui est entre les mains des « spécialistes » de la com. est du vide.

       Jean-Michel Oughourlian a brillamment démontré, dans son essai Cet autre qui m’obsède (2017), que la machine bloque la connaissance et entrave l’apprentissage plutôt qu’elle ne les favorise. « Avec une machine à la place de l’expérimentateur humain, l’enfant, n’attribuant pas d’intention aux gestes robotiques de la machine, ne réagit pas. [...] Une machine ne réveille pas mes neurones miroirs parce qu’elle ne me ressemble pas. » Les adultes ne réagissent pas mieux, à part quelques geeks qui « parlent » IT couramment. En termes plus triviaux, les machines avec lesquelles nous « dialoguons » nous rendent bêtes.

       Le progrès informatique est spectaculaire. L’humain s’incline, régresse, avant de disparaître.

     

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  • État de la personne 

     

    C’est ce qui nous dépasse qui nous rend égaux.

     

    « S’il n’existe pas de vérité transcendante, par l’obéissance à laquelle l’homme acquiert sa pleine identité, il n’existe aucun principe sûr pour garantir des rapports justes entre les hommes. » 

                                                           Pape François, FRATELLI TUTTI.

     

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  • Poésie 

     

           Invictus                         WILLIAM ERNEST HENLEY (1849-1903)

     

    Out of the night that covers me,             Au milieu de la nuit qui me recouvre

       Black as the pit from pole to pole,           Comme dans un puits profond et noir,

    I thank whatever gods may be                Je remercie les dieux, quels qu’ils soient, 

       For my unconquerable soul.                     Pour mon âme imprenable.

     

    In the fell clutch of circumstance           Dans l’étau fatal où je me trouve

       I have not winced nor cried aloud.          Je n’ai ni geint ni pleuré. 

    Under the bludgeonings of chance        Sous les coups de matraque du hasard,

       My head is bloody, but unbowed.           Ma tête est ensanglantée mais reste haute.

     

    Beyond this place of wrath and tears    Au-delà de cet endroit de colère et de larmes

       Looms but the Horror of the shade,        Ne perce que l’horreur noire,

    And yet the menace of the years            Et malgré ce que me réservent les années,

       Finds and shall find me unafraid.            Je ne cèderai jamais à la peur.

     

    It matters not how strait the gate,         Qu’importe que la porte soit étroite

       How charged with punishments the scroll,        et que le registre des châtiments                                                                                                                          [ soit lourd,

    I am the master of my fate,                     Mon destin reste entre mes mains,

       I am the captain of my soul.                      Mon âme m’appartient. 

     

    C’est ce poème de l’anglais W. E. Henley  qui a servi de support spirituel à Nelson Mandela dans sa prison de Robben Island.

     

     

     

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  • 16-17 juillet 1942

     

    La mémoire lourde

     

    Si je prétends être français, je dois aussi assumer une partie du passé moche que mes ascendants m’ont légué. Le Vel’ d’Hiv’ fait partie de moi, il est une part de la culture dont j’ai héritée. L’État français, dont je suis citoyen, existait bel et bien au moment des faits horribles. Je ne sais pas très bien ce qu’est la repentance, mais le mal au cœur que je ressens, en y songeant, ressemble à une forme de culpabilité, comme un péché civique originel.

       Sans avoir jamais été innocents*, nous traînons tous une mémoire lourde. Les Allemands ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour assumer leur « passé nazi ». Les Japonais ont exprimé leurs regrets après les atrocités commises en Chine. Les États-Uniens n’ont jamais osé prononcer le mot « génocide » concernant leurs agissements pendant la Conquête de l’Ouest. Nous commençons seulement à admettre les horreurs commises pendant les colonisations du XIXe siècle. Comment se réconcilier avec le reste de l’humanité si nous ne reconnaissons pas nos torts mutuels ?

       Je ne parle pas de pardon ce serait trop beau , mais de réconciliation, quelque chose comme ce qu’ont réussi Desmond Tutu et Nelson Mandela en leur temps.

       Quand je suis reçu au Sénégal, à bras ouverts, je m’émerveille du bonheur qu’on me prodigue à foison, et je sens que s’effacent un peu les souvenirs du passé où quelques-uns des miens ont esclavagisés les ancêtres de mes amis. Le temps ne cicatrise rien, mais le cœur peut transcender la mémoire. Brave New World ! Que le monde est beau ! 

     

    * Titre du roman, situé en 1944, dans lequel j’ai essayé « d’expier » la tache originelle du vichysme.

     

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  • Shakespeare

    Mary Sydney Herbert

     

    Shakespeare autrice

     

    Il y a actuellement 27 prétendants au poste de Shakespeare. Le dernier en date était John Florio, découvert il y a cinq ans. Il ne manquait qu’une femme sur la liste pour qu’elle soit politiquement correcte. C’est chose faite. La 28ème prétendante est donc Mary Sidney*, comtesse de Pembroke (1561-1621), brillante lettrée, sœur du poète Philip Sidney. Elle était une femme d’influence. En comparaison, le pauvre William fait figure d’illettré !

       Incidemment, elle eut un fils du nom de William Herbert qui pourrait bien être le fameux W.H. des Sonnets. Pensez donc ! Ajouter un inceste à l’histoire sulfureuse du poète maudit... J’en suis tout émoustillé. Elle est aussi la mère de Philip Herbert, le frère de William, les deux ayant été les mécènes qui ont contribué à l’édition du Folio en 1623. C’était, autant dire, de l’autoédition.

     

    * d’après l’essai de la « chercheuse » américaine Robin P. William, Sweet Swan of Avon : Did a Woman Wrote Shakespeare ? 

       Le thème sera repris au théâtre en septembre, par Aurore Evain, sous le titre MARY SIDNEY, alias Shakespeare.

     

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