• Relire Rimbaud

     

     

     

    « Je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur : l’action n’est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. […] Quant au bonheur établi, domestique ou non… non, je ne peux pas. »

     

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  • Shakespeare 

     

     

    The Hollow Crown : Henry IV

     

    Doubles irréconciliables

     

    King Henry. Will Fortune never come with both hands full,

    But write her fair words still in foulest letters ?

    She either gives a stomach and no food,—

    Such are the poor, in health ; or else a feast,

    And takes away the stomach, — such are the rich,

    That have abundance, and enjoy it not.

     

    LE ROI HENRY. – Pourquoi faut-il que la Fortune n’arrive jamais les deux mains pleines,

    Et qu’elle n’écrive ses belles paroles qu’en lettres sombres ?

    Ou bien elle donne de l’appétit mais pas la nourriture :

    Ainsi vivent les pauvres en bonne santé. Ou bien elle offre un festin

    Et retire l’appétit : ainsi vivent les riches,

    Ils ont l’opulence et n’en jouissent pas.

     

                                                 Henry IV 2nd part, act IV, sc. 4, l.103-108.

     

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  • Éducation 

     

     

    Le corps à l’école 

     

    Les Africains ont une réalité physique bien différente des nordiques, bien plus forte. À croire qu’en perdant sa couleur, la peau a perdu sa qualité de contact, son goût. À la fin des cours, quand j’enseignais au Sénégal, les élèves étaient littéralement sur mon dos, à me toucher, comme pour vérifier ma présence, par curiosité surtout pour ma couleur bizarre et mes cheveux si plats... En Afrique, les enfants sont élevés contre le corps de leur mère, puis dans l’intimité étroite des frères de case, le toucher et l’ouïe priment sur la vue. En Europe, pas de chance, la vue est le premier sens, l’ouïe le second, le toucher est complètement négligé, sinon banni. Cette primauté de la vue est liée à une civilisation qui distancie, qui éloigne, qui sépare, qui isole (dès la naissance, les bébés européens sont tenus éloignés de leur mère, sauf pour les soins et l’allaitement). C’est sans doute comme cela que nous avons inventé « l’individu », distinct, différent, séparé, unique, solitaire. Je n’ai rien contre, fondamentalement. Avec l’individu, nous avons inventé la personnalité, l’affirmation de soi, l’opinion, la liberté, les droits de l’Homme et la démocratie, ce qui nous donne un bilan largement positif. Je ne m’en plains pas. Je remarque seulement que ce qu’on peut considérer comme un progrès civilisationnel se paie au prix exorbitant d’une perte physique quasi irrémédiable pour chacun. Mais comme je suis un obstiné, que je ne crois à l’universel que nourri par les cultures particulières, et sans doute aussi à cause de la formidable nostalgie que j’ai de l’Afrique, je ne me résous pas à couper les têtes des corps. Cette décapitation est à la fois cruelle et stupide. Elle engendre entropie et inefficacité dans le système éducatif, ce que je déplore, et elle est la cause d’un malaise et d’une souffrance généralisés, ce qui m’afflige. Pourquoi sommes-nous incapables de nous adapter aux corps, et pourquoi faut-il que ce soit toujours les corps qui s’adaptent à un environnement inconfortable ? Les constructeurs automobiles ont su créer des sièges de voiture plus agréables et plus sécuritaires qu’autrefois. Qu’est-ce qui nous empêche foncièrement de promouvoir un enseignement plus ergonomique ?

     

    Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

     

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  • État de la conscience

     

     Piss Christ par Andres Serrano

     

    Déchristianisation en cours

     

    La déchristianisation est toujours virulente. Les héritiers des Lumières n’ont pas de mots assez durs pour stigmatiser les horreurs de la religion, celle qu’ils connaissent, la religion chrétienne. Les blagues anticléricales, essentiellement anticatholiques, font toujours rire sur tous les médias. Comme si nous vivions aux temps de l’Inquisition, ou qu’il fallait encore se défaire de la morale bourgeoise du XIXe siècle ! Don Quichotte s’en prend toujours aux moulins de la bêtise. Félicitations. Le jeu est quand même un peu facile quand les moulins ne tiennent plus debout.

        En revanche, honteux de leur ethnocentrisme, les enfants des Lumières sont plein d’indulgence pour les croyances des autres. À peine font-ils la moue devant un Islam plus sacrificiel et ritualisé que les cultes chrétiens d’aujourd’hui. Ils éprouvent une certaine sympathie pour nombre de pratiques orientales étranges où des demi-dieux sont vénérés. Ils sourient aux fantaisies du calendrier chinois où les symboles animaliers sont pris au sérieux. Ils ont oublié qu’ils ont appris à penser librement à partir d’une culture qui s’est détachée du sacré et a valorisé la conscience individuelle. Tellement individuelle, veulent-ils se persuader, qu’ils en occultent l’origine de leur apprentissage…

       En se déchristianisant davantage, ils n’offensent qu’eux-mêmes. Quel degré de sécularisation faudra-t-il atteindre pour que leur conscience s’éclaire et qu’ils comprennent d’où ils viennent ? Quand se reconnaîtront-ils ? La question est iconoclaste même pour les plus iconoclastes des sceptiques et des rationalistes.

     

     

     

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  • Shakespeare

      

     

     

     

     

     

    Le miroir des autres

     

    Rosalind. The sight of lovers feedeth those in love.

     

    ROSALINDE. – Voir des amoureux nourrit ceux qui sont amoureux.

     

     

                                   Comme il vous plaira III, 4, 54.

     

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