• Miroir des autres 

     

     

     

     

     

    La marque d’origine

     

    « Nous sommes d’un pays qu’on ne quitte jamais,

    Qu’on garde en soi comme un secret. »

     

    Dans sa chanson, Louis Capart chante l’île de Sein, son « caillou ». Innée par nature et acquise par culture, la marque d’origine est indélébile. On n’oublie jamais son enfance. Ceci est vrai partout, pour tout le monde. Même pour ceux que la misère emporte loin de chez eux sur les chemins de l’exil et de l’humiliation.

       Tous les nationalistes et autres souverainistes le savent. Ils tiennent à leur souche comme à la prunelle de leurs yeux ! Et ils n’ont pas tort : on ne change pas ses racines, on les ressent toujours, même quand elles ont été arrachées. La douleur est alors comme un membre fantôme.

       Quand les mêmes nationalistes prétendent, après cela, que les émigrés quittent leur terre d’un cœur léger, pour venir envahir des territoires où ils ne sont pas les bienvenus, ils se trompent. Ils succombent à une forme de cécité sévère, ils souffrent de déficience empathique. Par hypertrophie de leur ego, ils ne regardent plus leurs égaux comme des humains. Grave dérèglement. L’exil est toujours une douleur.

     

     

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  • Shakespeare

     

     

    Luke Rollason's production

     

     

    Le changement

     

    ‘Never came reformation in a flood.’

     

    « Les réformes ne sont jamais venues dans un déluge »

     

                                   Henry V, acte I, sc. 1, v. 33.

     

     

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  • Mimétisme

     

     

     

     

    La peur d’imiter

     

    Notre obsession de l’autonomie (que nous appelons notre « liberté ») fait que, souvent, sans raison, nous nous refusons à l’imitation, même bonne. À deux doigts de faire le même geste que notre voisin, nous exerçons notre droit de retrait. Nous reculons. Nous n’imitons vraiment bien qu’inconsciemment protégé par notre méconnaissance. Mais que nous soyons surpris en train d’imiter, et aussitôt la honte s’empare de nous. Dans le meilleur des cas, le fou rire nous prend. Dans les situations plus extrêmes, l’envie d’éliminer celui que nous imitons nous saisit. C’est de sa faute si nous le copions, nous persuadons-nous immédiatement. Il est coupable de nous pousser à renoncer à notre sainte autonomie (à notre liberté, à notre souveraineté, selon le vocabulaire choisi).

       Que n’inventons-nous pas comme stratagèmes pour éviter d’imiter, et surtout pour que cela ne paraisse pas ! Les mises en scène d’évitements sont risibles, pour les observateurs extérieurs, mais dramatiques pour leurs acteurs. Nous accumulons les prétextes, les faux-semblants, les fuites, l’imagination n’a pas de limites. « Et puis, d’abord, c’est moi qui l’ai vu le premier ! » La phrase n’est pas seulement une boutade entendue dans les cours de récréation, elle est le fondement de bien des gestes politiques, voire la cause de guerres véritables. Allez contester le site d’Hébron aux Juifs ou aux Musulmans et, selon le parti que vous prenez, vous êtes un traitre ou un renégat. Allez dire à Kim Jong-un qu’il est ridicule (et effrayant) avec ses prétentions atomiques. Puisque les Grands ont la bombe, il revendique le droit pour les Petits d’en faire autant. Pensée infantile : « T’as fait une grosse bêtise, j’ai bien le droit de faire la même ! »

       Pire que la peur d’imiter, la hantise d’être imité est une forme de délire. « Il me suit comme mon ombre », pense-t-on d’un inconnu qu’on suspecte d’imitation.  « Au suivant ! », hurlait Jacques Brel. Dans son désespoir, il se lamentait : « Et puis dans mon délire, j’en arrive à me dire, qu’il est plus humiliant d’être suivi que suivant. » Non, ce n’est pas plus humiliant, sauf pour un orgueilleux.

       La bonne mimésis, celle, par exemple, du disciple devant le maître qu’il aime, est un délice. C’est un hommage rendu au modèle, et pour celui qui la reconnaît, c’est une grâce. Les petits enfants, dans la cour de récréation, jouent à se faire peur. Mais ils savent que c’est un jeu. La « bonne imitation », ils la pratiquent toute la journée : en écoutant et en imitant leur maître. Les enfants ne se trompent pas. Les « grandes personnes » sont pitoyables.

     

     

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  • Effet de miroir

     

     

     

     Jorge Donn

     

     

    Le reflet de la matière

     

    L’esprit est-il le reflet de la matière, ou bien, par un jeu de miroir qui nous échappe, ne serait-ce pas plutôt la matière qui est le reflet de l’esprit ? Le corps est-il dans notre esprit (comme les images cérébrales nous le montrent) ou bien l’esprit est-il dans notre corps ? Il suffit de regarder les danseurs, les artisans, les comédiens, pour comprendre qu’ils pensent avec leur corps. Qui, du corps ou de l’esprit, dirige l’autre ? Que signifie : avoir le cœur sur la main ?

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

    L’ambition

     

    Pride went before, ambition follows him.

     

    « L’orgueil est parti devant, l’ambition marche dans ses pas. »

     

                                        Henry VI, deuxième partie, Acte I, sc. 1, v. 179.

     

     

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