• Archaïque 

     

     

     

    Le serpent de Satan

     

    Romeo Castellucci, metteur en scène, plasticien, scénographe, etc., adore le scandale. Ça l’amuse. Il en vit. C’est son fonds de commerce. Sa performance intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu a été censurée dans certaines villes. Il en est comblé. Ce qu’on lui reproche d’abord, c’est d’avoir mis en scène des enfants qui projettent des objets sur l’image du Christ. Extraordinaire « invention », quand on se rappelle que Jésus demandait qu’on laissât venir à lui les petits enfants ! Cette inversion est censée nous laver de notre crasse religieuse. Romeo Castelucci est persuadé de faire œuvre civilisationnelle en s’amusant à son petit jeu de massacre.

       Ce qu’il oublie – j’espère involontairement – c’est que Jésus a déjà été massacré il y a 2000 ans et qu’on n’a pas besoin de lui pour cela. Dans sa méconnaissance, il se comporte exactement comme les assassins du Christ, comme la foule la plus indifférenciée, comme la meute banale de Jérusalem au temps de Ponce Pilate. Romeo Castellucci n’est pas un avant-gardiste, c’est un archaïque, et de l’espèce la plus obscure.    Comme il fait scandale, il se sent exister. Piètre renommée. Comme il est – parfois – censuré, il est convaincu de toucher un point sensible. Ce qu’il oublie, c’est qu’il est censuré par des individus tout aussi archaïques que lui. Minable compétition.

       Romeo Castelluci est non seulement archaïque, il est aussi ignare – ce qui n’est pas contradictoire. Il cherche à désacraliser le champion de la désacralisation : Jésus lui-même. C’est Jésus qui a déconstruit tout le sacré archaïque. Il a remplacé le sacré antique par l’amour du prochain. La transgression scénique du pauvre metteur en scène d’aujourd’hui aurait plutôt tendance à le resacraliser en en faisant une victime exemplaire. Voilà comment le serpent de Satan se mord la queue !

     

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  • Anniversaire

    14 mai 1948, création de l'État d'Israël 

     

     

     

    Shalom 

     

    Quand, en 1960, je vois le film d’Otto Preminger, Exodus, je suis enthousiasmé. Je me précipite sur le livre de Leon Uris et je le lis d’une traite. Je pleure sur les amours contrariées de Dov et Karen. Je confonds Israël et la Terre Promise. Je m’exalte à la vision des persécutés qui reçoivent une maison où habiter. Je ne sais pas sur quel fond de violence cette fausse paix se construit.

       Aujourd’hui, je pleure sur une région entière dévastée par 70 ans de guerre. Jusqu’à quand ?

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Portrait d’un fat 

    Malvolio est imbu de sa personne, narcissique, à l’ego surdimensionné. Il est décrit par la servante Maria : 

    Maria. He has been yonder i’ the sun, practising behaviour to his own shadow. 

    MARIA. – Il est là-bas au soleil à apprendre des poses à son ombre.  

                                         La Nuit des rois, acte II, scène 5, ligne 16. 

    Autre portrait : 

    Maria. [He is] an affectioned ass, that cons state without book, and utters it by great swarths ; the best persuaded of himself ; so crammed, as he thinks, with excellences, that it is his ground of faith, that all that look on him love him. 

    MARIA. – [C’est] un âne plein d’affectation, qui sait tout sans avoir jamais rien appris et qui étale son savoir par brassées ; il n’écoute que lui-même ; il est si bouffi de sa perfection qu’il croit, dur comme fer, que tous ceux qui le voient le trouvent immédiatement aimable. 

                                           La Nuit des rois, acte II, sc. 3, 148 et s.

     

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  • Sacrificiel

     

     

     

    L’homme sacrificiel

     

    L’homme est sacrificiel, il ne peut pas s’en empêcher. Peut-être même doit-il son origine au sacrifice. René Girard a montré* que le sacrifice a donné naissance aux civilisations, qu’il est le fondement de toutes les cultures. Au cours des millénaires, le sacrifice s’est affaibli. On est passé du sacrifice humain (archaïque), au sacrifice animal (de substitution), puis au sacrifice purement symbolique (le sacrifice de la messe). La sécularisation depuis les Lumières, la déchristianisation (au moins apparente) ont continué à dévaloriser le sacrifice. Au point qu’aujourd’hui, on glorifie l’homme égoïste, l’individu autonome auréolé de son « estime de soi ». Est-ce le triomphe définitif de l’humanisme ?

       Le sacrifice aurait-il disparu ? Ceux qui le croient voient dans l’expansion de l’empathie une forme de réconciliation universelle. Cela est vrai, mais il semble que l’homme sacrificiel n’a pas pour autant rendu les armes. Il se cache mais il est toujours agissant.

       Question. Après les animaux (de mieux en mieux protégés), que nous reste-t-il à sacrifier ? À l’heure de la mondialisation, il reste la planète toute entière. La pollution galopante, que rien ne semble pouvoir arrêter, que des hommes archaïques encouragent encore, est la forme la plus insidieuse du sacrifice de la nature. Pourquoi tant d’acharnement contre notre malheureuse planète ? C’est la nature qui doit payer pour notre confort, notre sécurité, notre bonne conscience. Quand il n’y a pas quelqu’un pour payer un bouc émissaire il faut quelque chose. La nature est devenue notre bouc émissaire.

       Après la nature, que restera-t-il encore à sacrifier ? L’homme tout simplement, nous tous, globalement. Son sacrifice est déjà en route. Tous les cerveaux qui conçoivent de remplacer l’homme par des machines, des robots qu’ils baptisent « intelligents », les mêmes cerveaux qui rêvent de robotiser l’homme tout entier, d’en faire un cyber-humain, un homme « augmenté », font ce que les plus primitifs de nos ancêtres ont accompli il y a 200 000 ans environ : ils ont recours au sacrifice humain. Quel bénéfice en tireront-ils ? Par le moyen du sacrifice, nos ancêtres avaient fondé des civilisations, nous allons éliminer la nôtre, l’ultime, l’unique civilisation universelle, issue de toutes les civilisations qui ont couvert notre planète.

       À moins que… À moins que quoi ? À qui pouvons-nous nous en remettre ? Après avoir chassé les dieux, après avoir chanté que « Dieu est mort », quel recours nous reste-t-il ? Nous-mêmes, exclusivement. Ce n’est pas rassurant.

       À moins que… À moins que nous éradiquions notre goût du sacrifice, définitivement. Bouddha, Jésus-Christ et quelques saints y sont parvenus. Ce miracle peut-il se renouveler à notre échelle globale ? Cela paraît presque impensable.

       À moins que… Il faut chercher encore, et ne pas détacher notre recherche de notre espérance.

     

     

    * La Violence et le sacré, Des choses cachées depuis la fondation du monde.

     

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  • Citation

     

     

           « L'argent des uns n'a jamais fait le bonheur des autres. »

                                                                                     Pierre Dac 

                               Arrière-pensées - Éditions du Cherche Midi

     

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