• Mimétisme 

     

     

     

     

    Comment accepter sa défaite ?

     

    Quand la rivalité se transforme en conflit, en affrontement, en duel, arrive le moment où l’un des adversaires, vaincu, doit rendre les armes.

       Les animaux supérieurs, presque aussi mimétiques que les humains, possèdent une réflexe (un instinct ?) qui fait, par exemple, que le mâle vaincu dans la conquête de la meilleure femelle s’humilie devant le mâle vainqueur. Chez les loups, le « mâle dominant » est « reconnu » comme le plus fort, sa domination n’est remise en cause que le jour où sa force a décliné et que sa faiblesse est reconnue par toute la meute. En attendant, après le sacrifice du vaincu (mais pas sa mise à mort), le groupe se réconcilie et « fonctionne » c’est-à-dire que la rivalité mimétique est temporairement suspendue.

       Chez les primates évolués que sont les humains, la situation est plus compliquée. Le vaincu ne s’avoue pas souvent vaincu. Que se passe-t-il alors, s’il ne rend pas les armes ? Il succombe au ressentiment. Même éliminé, il continue de penser : « ça aurait dû être moi ». Il reste dans un esprit de vengeance vengeance qu’il ne peut assouvir puisqu’il est vaincu. Le ressentiment est un poison funeste à distillation lente.

       La culture, prolongeant la nature, a « prévu » la situation. Celui qui n’a pas été choisi par le suffrage universel est censé féliciter son concurrent plus heureux. La compétition sportive se termine, si tout va bien, par la poignée de main du vaincu au champion triomphant. Mais manifestement la culture ne suffit pas. Les représailles ne sont jamais complètement éteintes : « Tu verras au prochain tour ! » Le désir de « montée aux extrêmes » ne s’affaiblit que lentement. Est-il jamais dominé ?

       C’est merveille que les États européens ne continuent pas de se faire la guerre, après des siècles de tueries réciproques. Comment nos contemporains ont-ils abandonné le slogan vengeur : « Malheur aux vaincus » ? Dans les années 1920, les Français scandaient encore : « L’Allemagne paiera ». Après 1945, on a préféré le plan Marshall, et puis on a « oublié » la dette de l’Allemagne. Non seulement l’Allemagne a accepté sa défaite, mais ses vainqueurs aussi ont accepté sa défaite, d’une certaine façon. Il n’a pas été tenu rigueur aux enfants des fautes des parents. 

       Que s’est-il passé au milieu du XXe siècle pour que cette lumière apparaisse ? Comment la conscience collective a-t-elle avancé jusqu’à ce point de non-retour ? Merveille supplémentaire, ce moment de grâce correspond, à peu près, à ma naissance !

     

     

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  • Superlatifs

     

     

     

     

    Hallelujah

     

     

    La plus belle chanson de Leonard Cohen, dans sa plus belle interprétation, celle de Pentatonix, dans un clip magnifique. À écouter casque Hi-fi sur les oreilles.

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

     

     

     

     

                                                           Sonnet 73 

     

    That time of year thou mayst in me behold,
    When yellow leaves, or none, or few, do hang
    Upon those boughs which shake against the cold,
    Bare ruin’d choirs, where late the sweet birds sang.
    In me thou see’st the twi-light of such day
    As after Sun-set fadeth in the West,
    Which by and by black night doth take away,
    Death’s second self that seals up all in rest.
    In me thou see’st the glowing of such fire,
    That on the ashes of his youth doth lie,
    As the death-bed, whereon it must expire,
    Consum’d with that which it was nourish’d by.
       This thou perceiv’st, which makes thy love more strong,
       To love that well, which thou must leave ere long.

     

     

     

    Tu vois sans doute en moi ce moment de l’année

    Où les feuilles jaunies, ou si peu, presque aucune,

    Se pendent aux rameaux, et transies par le froid,

    Forment un chœur piteux quand les oiseaux sont morts.

     

    En moi, tu vois un crépuscule équivalent,

    Après que le soleil disparaît au couchant,

    Et qu’insensiblement la nuit noire l’emporte,

    Décalque de la mort, sous le sceau du sommeil.

     

    En moi, tu vois ce feu vif et incandescent

    Sur les cendres duquel repose sa jeunesse,

    Et c’est un lit de mort, elle y doit expirer,

    Consumée par cela même qui l’a nourrie.

     

    Ce que tu vois ici retrempe ton amour : 

    Chéris bien cet amour avant de t’en défaire. 

     

     

     

     

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  • Analyse mimétique 

     

     

     

     

     

    Le sacre (suite)

     

    Le déchaînement de la macronmanie, qui est à peu près égale à la macronphobie, est révélateur d’une civilisation qui n’a pas dépassé le stade de la recherche de ses fondements autour d’une « victime émissaire ». Nous constatons à quel point les consciences ne sont pas encore mûres quand nous voyons les tombereaux de sottises qui ont été énoncées ne serait-ce que dans les huit jours qui ont suivi l’élection d’Emmanuel Macron à la présidentielle (les réseaux sociaux en débordent). L’homme est autant vénéré qu’il est haï, alors qu’il n’a pas encore eu le temps d’exercer son mandat. Nous savons, depuis René Girard, que le propre du « héros mythique » est d’être à double face, son aura est aussi positive que négative, sa « sacralité » est proportionnelle au différentiel entre ces deux pôles négatif et positif. Le « héros » lui-même n’est pas foncièrement responsable de cet état, c’est le collectif qui fabrique ses idoles. Accuser les médias, les « puissances de l’argent » et autres « forces occultes », de cette situation, c’est clairement déplacer l’éclairage de la foule vers le bouc émissaire, c’est faire tourner à plein régime la méconnaissance. Mon Dieu, que nous sommes archaïques !

       Si l’on ne veut plus de chef, de surhomme ou de demi-dieu, dans nos palais républicains, il faut tout de suite supprimer le suffrage universel. Mais dans l’immédiat, ça va faire mal. Car ceux qui s’en prennent, mimétiquement, au chef, sont ceux-là mêmes qui se sont divisés en se battant pour prendre sa place. Évidemment, les gros balourds : le responsable de leur défaite c’est celui qui les a battus. Quelle naïveté !

       Le président n’est ni un dieu ni une victime, le dernier en date moins que les autres. Il a postulé pour un poste qu’il quittera tôt ou tard. La réversibilité de la démocratie est un jeu mimétique « chacun son tour » , mais c’est aussi un système qui repose sur la responsabilité. L’idée est proprement géniale, et elle marche même pour ceux qui ne l’ont pas comprise.

     

     

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  • James Joyce

     

     

     

     

    L’extase

     

    and then he asked me would I yes to say  yes my mountain flower and first I put my arms around him yes and drew him down to me so he could feel my breasts all perfume yes and his heart was going like mad and yes I said yes I will Yes.

     

    et alors il m’a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de montagne et d’abord j’ai mis mes bras autour de lui oui et je l’ai attiré sur moi pour qu’il sente ma poitrine toute parfumée oui et son cœur battait comme un fou et oui j’ai dit oui je veux Oui.

     

                                                                    James Joyce, Ulysse.

     

     

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