• Parution : mon dernier essai

     

     

    ET WILLIAM DEVINT SHAKESPEARE

     

    Ma proposition, dans le prolongement de mes précédents travaux sur Les Sonnets, repose sur l’idée que la transformation de Shakespeare au cours de sa carrière n’est pas le fruit du hasard mais celui de l’expérience, de son expérience unique. Je pose l’hypothèse que cette expérience décisive est inscrite dans Les Sonnets. Au-delà de leur rédaction, Shakespeare se libère peu à peu des contraintes imitatives et affirme sa singularité. L’analyse croisée des Sonnets et des pièces de théâtre sont une clé qui permet d’ouvrir les portes à peine closes de toute l’œuvre.

       Mon essai ne s’adresse pas en priorité aux « spécialistes ». J’espère intéresser tout amateur de Shakespeare qui veut en savoir plus sur cet illustre inconnu. En soulevant une partie du voile sur les mystères qui entourent encore la vie et l’œuvre du Barde, j’interroge sa production pour savoir ce que Shakespeare dit de lui-même. Mon essai est une sorte de portrait-robot du plus grand dramaturge et poète de langue anglaise.

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare 

     

      

    La poésie n’est jamais prise au sérieux

    (et pourtant, si l’on savait mieux...)

     

    Viola vient présenter son compliment à la comtesse Olivia.

     

         Olivia. Come to what is important in ’t : I forgive you the praise.

         Viola. Alas ! I took great pains to study it, and it’s poetical.

         Olivia. It is more like to be feigned…

     

         OLIVIA. – Venons-en à ce qui est important : je vous dispense de l’éloge.

         VIOLA. – Hélas ! j’ai eu grand-peine à l’étudier, et il est poétique.

         OLIVIA. – Raison de plus pour qu’il soit faux…

     

                                                   La Nuit des rois, I, 5, 189-192.

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Et moi, et moi

     

     

    Égoportrait

     

    Égoportrait est la traduction québécoise de selfie. L’invention du mot est bienvenue. « L’égoportrait est une autre façon de dire que l’on existe dans des univers où cette urgence d’exister est devenue une maladie, au sens figuré s’entend », selon la définition de Fabien Deglise, journaliste et chroniqueur québécois.

       Y a-t-il vraiment « urgence d’exister » ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une « urgence de se montrer » ? Ne peut-on exister sans se montrer ? Pourquoi y a-t-il urgence ? Les autonomes contemporains sont obsédés par le regard des autres, soit pour le fuir, soit pour le quémander, souvent en même temps. Comment sortir de l’aporie ?

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Éducation

     

     

    Lynchage à l’école

     

    « Il existe [...] beaucoup de lynchages spontanés. Ils doivent correspondre à des emballements mimétiques très vigoureux qui ne rencontrent devant eux aucun obstacle légal, institutionnel »*. En écrivant cela, René Girard ne pensait pas spécialement à l’école. Son propos est très général. Il évoque ici les mythes et les crises mimétiques archaïques. Cependant, son analyse s’applique comme un gant aux cas de « harcèlements à l’école » que nous connaissons aujourd’hui. Si la violence entre enfants – entre pairs – s’exerce si facilement dans la cour de récréation, c’est parce « l’obstacle légal, institutionnel » a disparu. Cet obstacle, c’était, traditionnellement, le maître, l’adulte en position d’adulte. La « pédagogie moderne » a aboli cette différence et a voulu que l’enfant soit traité à égalité avec l’adulte. Cela a entraîné un retrait de l’adulte et les enfants ont été abandonnés à eux-mêmes. Qu’en résulte-t-il ? Ce qu’on appelait autrefois « des hordes sauvages », avec leurs règles, leur violence collective, leurs dérives de boucs émissaires, leurs lynchages répétitifs. On n’en est pas revenu à la lapidation archaïque. Encore que... les harcèlements systématiques via les réseaux sociaux sont des lapidations virtuelles. Pas tout à fait virtuelles, puisque les victimes « choisies » en souffrent, en meurent parfois – par suicide.

       Le harcèlement enfantin n’est donc pas le fait d’une surconsommation de vidéo, d’Internet ou de Facebook, mais le résultat direct de la démission des adultes. S’il faut désigner les coupables, ce sont les parents, les profs, les psys, les spécialistes de l’éducation moderne et les rois de la com. Évidemment, tous ces gens-là ne veulent pas le savoir. Ce serait bien la première fois que les persécuteurs authentiques se dénonceraient ! Il faut donc le dire calmement et fermement. Les enfants ne sont pour rien dans la violence qu’ils exercent. Ils ne sont pas « naturellement violents ». Ce sont les adultes qui les poussent à la violence.

       La gravité du phénomène n’est pas seulement à voir dans ses manifestations spectaculaires, mais au contraire dans la dissimulation – par méconnaissance honteuse – des agents coupables de la violence. Dit autrement, en se tabassant entre eux, les enfants supplient qu’un ordre, qu’une autorité soient rétablis. Tout ce que les adultes ne veulent pas entendre. Le phénomène va donc continuer, malgré les déplorations des parents – des adultes au sens large – et les victimes seront toujours les mêmes : les faibles, les démunis, ici les enfants ! 

     

    * René Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair, 1999.

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Victimisme 

     

    "Et les vraies victimes ?

    - Elles l'ont bien cherché !" 

     

    Coupable-victime

     

    De toutes les perversités de la victimologie, la pire surenchère, sans doute, est la confusion faite entre coupable et victime. Il est commun aujourd’hui de voir tous les délinquants médiatisés se prétendre des victimes... Ils ne reconnaissent pas leurs fautes et se disent victimes de harcèlement médiatique. En somme, ils sont victimes de leur propre succès comme transgresseurs.

       Il est une manière encore plus perverse si c’est possible de jouer du victimisme, c’est de se rendre coupable... pour passer pour une victime. Est-ce possible ? De quoi parle-t-on ? Si l’on prend les exemples de Jean Genet (1910-1986) ou de Pierre Goldman (1944-1979), on voit deux personnages poussés à la violence, aux exactions, à l’outrage, accusés, puis condamnés... et revendiquant bien haut le statut de victimes. Et elles obtiennent ce label tant convoité grâce à des intellectuels tels que Jean-Paul Sartre qui les admirent sans réserve.

       Ces coupables-victimes ont-ils un plan préétabli pour entrer dans ce rôle ambigu ? Leur perversité est-elle préméditée ? Pas tant que ça. Leur fascination première est pour la violence – ce qui, jusque-là, est banal. Ils la font subir à quelques vraies victimes innocentes (pléonasme), puis ils la revendiquent pour eux-mêmes. Ceci est mieux qu’une substitution, c’est une inversion pure et simple.

       Ce type de mimétisme est particulièrement tordu : il en vient à ce que les bourreaux se confondent avec leurs victimes ! Comme s’ils étaient autant victimes de la violence qu’ils ont exercée que de celle à laquelle ils n’ont pas résisté. L’argument est souvent utilisé par les avocats. La violence, croient-ils, ne vient pas d’eux, ils n’en sont pas coupables. Il faut donc les plaindre...  

       C’est ainsi que Régis Debray a dressé un monument au Che Guevara (1928-1967).

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire