• Shakespeare

     

    La jalousie est un poison 

     

         Emilia. But jealous souls will not be answer’d so ;

         They are not ever jealous for the cause,

         But jealous for they’re jealous : ’t is a monster

         Begot upon itself, born on itself.

     

         ÉMILIA. – Les âmes jalouses ne veulent rien entendre.

         Elles n’ont pas besoin de cause pour être jalouses.

         Elles sont jalouses parce qu’elles sont jalouses. C’est comme un monstre

         Conçu de lui-même et né de lui-même.

     

                                                       Othello, III, 4, 162-165. 

     

       La jalousie pousse à l’élimination du modèle-obstacle, en croyant que le rival une fois disparu, « je » pourrai prendre sa place et « ma » jalousie disparaîtra. Dans Le Conte d’hiver, Shakespeare est encore plus explicite. Léonte « comprend » que la jalousie est en train de se saisir de lui. Il en est conscient et ne peut pas l’empêcher :

     

         Leontes. With what’s unreal thou co-active art, 
         And fellow’st nothing. Then, ’t is very credent,
         Thou may’st co-join with something ; and thou dost,
     
         And that beyond commission ; and I find it,
         And that to the infection of my brains,
         And hardening of my brows. 

     

         LÉONTE. – Tu copules avec l’irréel,

         Et tu n’enfantes rien. Mais tu peux aussi bien

         T’associer avec quelque chose de réel – comme maintenant ,

         Sans être sollicité : je le sais à cause

         De l’infection de mon cerveau

         Et du durcissement de mon front.

     

                                          Le Conte d’hiver, I, 2, 141-146. 

     

       Dans le duel d’Othello et Iago, on voit bien que la jalousie, on se la fabrique soi-même. L’être jalousé n’y est pour rien. L’être désiré (le tiers) non plus n’y est pour rien. Désolé pour les coquettes et les séducteurs...

       Iago, jaloux à mort du Général Othello, parce qu’il croit qu’il lui fait de l’ombre, ne fait que transfuser son fiel dans les veines de son supérieur et rival. C’est le poison de la jalousie qu’il inocule à Othello. Sa perversion le pousse à faire en sorte qu’Othello s’élimine tout seul.

       Le « désir d’être » n’est jamais satisfait. S’il y a quelque chose d’ontologique et d’universel dans ce phénomène, c’est cette béance dans l’être qui, se sachant incomplet, comble son vide, son manque, son désir par de l’illusion. Et le jaloux doit sans cesse « vérifier » que son illusion est « vraie ». Sonnet 119 :

     

    What potions have I drunk of Siren tears

    Distill’d from Limbecks foul as hell within!

     

    J’en ai bu des potions de larmes de sirènes,

    Provenant d’alambics infects comme l’enfer !

     

       La jalousie, c’est l’enfer qu’on porte en soi, hell within.

     

    *

     

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  • « N'être plus qu’à demi. »

     

     

    La perte de l’ami 

     

    « Depuis le jour que je le perdis, je ne fais que traîner languissant ; et les plaisirs mêmes qui s’offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte. Nous étions à moitié de tout, il me semble que je lui dérobe sa part. J’étais déjà si fait et accoutumé à être deuxième partout qu’il me semble n’être plus qu’à demi. »

                                       Montaigne, Les Essais, De l’amitié - Livre I, CHAPITRE  29.

     

    Montaigne avait vingt-cinq ans quand il a rencontré La Boétie qui en avait vingt-huit. La Boétie mourut à trente-deux ans.

     

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  • Poésie 

     

    La Boétie, sonnet XV

     

    Ce n’est pas moy que l’on abuse ainsi :

    Qu’à quelque enfant ses ruses on employe,

    Qui n’a nul goust, qui n’entend rien qu’il oye :

    Ie sçay aymer, ie sçay haïr aussi.

     

    Contente toy de m’avoir jusqu’icy

    Fermé les yeulx, il est temps que i’y voye :

    Et que meshuy, las et honteux ie soye

    D’avoir mal mis mon temps et mon soucy.

     

    Oserais tu, m’ayant ainsi traicté,

    Parler à moi iamais de fermeté ?

    Tu prends plaisir à ma douleur extresme :

     

    Tu me deffends de sentir mon tourment :

    Et si veulx bien que je meure en t’aymant.

    Si ie ne sens, comment veulx tu que j’ayme ?

     

     

    Étienne de La Boétie (1530-1563). Le sonnet est cité par Montaigne dans ses Essais.

     

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  • Le meilleur des mondes

     

     

    Le bonheur, c’est un truc qu’ils vendent

     

    sur TF1 en prime time, ou je me trompe ?

     

    ― Nous arrivons à la phase ultime de notre jeu. Votre cagnotte est actuellement de 45 €, et vous souhaitez continuer ?

       ― ... Oui.

       La lumière s’assombrit dans le studio. Un projecteur unique éclaire la candidate émue. Musique de fond un peu glaçante.

       ― Attention, voici la question : quel roi de France a été assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610 ?

       ― ...

       ― Je peux vous aider : son nom commence par un H... enfin, son prénom.

       ― ... Henri ?

       ― Oui, mais il me faut son numéro.

       ― Henri 4.

       ― C’est fantastique ! Vous venez de gagner un million d’euros !

       La salle est debout. Émotion. Éclats de joie. Scintillants et flonflon !

     

    Le bonheur est devenu un produit marchand. L’emballage est essentiellement virtuel. C’est un spectacle. Aucun rapport avec un sentiment profond et fugace comme la vie. Il est un « droit », inscrit dans la Constitution américaine (sic). Il est un slogan pour posteurs sur Facebook. Quand on voit ce qu’« ils » en ont fait !

     

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  • Récit d’une Passion

     

     

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