• Unité de l'espèce 

     

     

     

     Enfants du Sud-Kivu

     

    Totalité ou unité ?

     

    Le XXe siècle s’est caractérisé par l’accumulation des formes totalitaires de gouvernement. Les tyrans ont évidemment existé avant nous, à toutes les époques, mais à aucune comme la nôtre n’était apparue une organisation aussi raffinée. Hitler, Staline, Mussolini, Franco, Mao, Pol Pot, et quelques autres grandes figures emblématiques ont marqué leur temps. Certains sont encore vénérés. Quelques-uns sont toujours en place.

       Le totalitarisme capitaliste, quant à lui, a bien résisté. Toute la planète est désormais sous son pouvoir. Rien ne lui échappe : tout se vend, tout s’achète, toute la nature est exploitée et ses malheureux occupants avec. Triste Sud-Kivu. Les mots d’ordre sont management, productivité, compétitivité.  Certains trouvent leur avantage matériellement parlant. Je ne peux pas me plaindre, je fais partie de la minorité qui en profite. Mon confort est payé par le sacrifice d’autres humains. Malheureuses petites mains chinoises.

       Au totalitarisme industriel et au totalitarisme marchand d’origine, a succédé le totalitarisme financier. Né dans les deux dernières décennies du XXe siècle, on l’appelle mondialisation. Nous vivons, à n’en plus douter, dans un monde de totalité.

       Or, comme le dit Albert Camus, ce n’est pas la totalité que nous visons, c’est l’unité. La totalité, c’est un désir d’unité « dégradé », dit-il. Cette visée, ce désir d’unité sont irrésistibles. La « montée vers l’universel », qui doit réaliser l’unité des vivants, a été pervertie par sa caricature : le totalitarisme. Notons que c’est chaque fois pour le bien de l’humanité toute entière et la gloire du « genre humain » qu’on a chanté « la lutte finale », en allongeant la liste des victimes broyées par les révolutions (capitaliste aussi bien que communiste). Vous avez beaucoup souffert : encore un effort, camarades !

       Avec la mondialisation, on continue de « totaliser », d’accumuler, d’entasser, de compacter, de mettre en règle, alors qu’il faudrait distribuer, élargir, donner sa chance à tous, et d’abord aux petits. Au monde monochrome (plutôt noir) qui se répand comme une tache d’encre, il faudrait substituer un monde chatoyant, multicolore, bariolé ! L’unité n’est pas affaire de totalité mais de diversité. Le seul « uniforme » qui nous aille, c’est l’habit d’Arlequin.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

    Dans une larme

     

    ‘O father, what a hell of witchcraft lies 

    In the small orb of one particular tear.’

     

    « O mon père ! quel enfer de sorcellerie repose

    Dans la sphère minuscule d’une seule larme. »

     

    A Lover’s Complaint, l. 288-289. 

     

     

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  • Citation

     

     

     

     

                 « Il y a de l’Universel dans toutes les cultures. »

     

                                            Paul Ricœur, Soi-même comme un autre.

     

     

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  • Culpabilité 

     

     

     

    Pina Bausch 

     

    Pourquoi t’as tout éteint ?

     

     

    L’utilisation systématique du sombre, du noir, l’absence de lumière, au cinéma, au théâtre, dans la mode vestimentaire, dans les arts en général*, sont révélatrices d’un comportement collectif inquiétant. Que cherche-t-on à dissimuler ? Qu’est-ce que nous ne voulons pas voir ? Sans jeu de mots, il s’agit bien d’une poussée d’obscurantisme. Nous jetons dans l’obscurité ce qui nous gêne. En terme girardien, nous avons affaire à la méconnaissance, qui va de pair avec la révélation de la violence sacrificielle, notre violence sacrificielle.

       Plus notre conscience avance et nous savons désormais reconnaître les vraies victimes plus avance aussi notre culpabilité, et aujourd’hui elle est globale. Nous ne sommes pas innocents du dernier massacre à Kaboul, de l’exploitation de la misère en Afrique, de l’injustice faite aux femmes, aux homosexuels, etc. Tout simplement parce que nous savons. Nous ne pouvons plus faire comme si nous ne savions pas. Nous ne pouvons pas être pardonnés pour notre ignorance. L’extraordinaire montée de la conscience** nous oblige, et elle est vraiment mondiale. Évidemment, cela est insupportable. Nous cherchons, comme les premiers sacrificateurs, à nous cacher cette vérité. Nous n’allons pas jusqu’à penser que les victimes sont seules coupables, qu’après tout, elles l’ont bien cherché encore qu’on trouve ici ou là quelques fondamentalistes, des extrémistes, des Tea Party et autres antimondialistes que ce genre de post-vérité ne dérange pas. Que nous le voulions ou pas, nous avons tous, collectivement, des comptes à rendre sur l’état de la planète : l’état de la justice, l’état de la nature, etc.

       Et si le progrès s’accompagnait d’une merveilleuse reconnaissance de notre culpabilité ? Quelle lumière sommes-nous capables de jeter sur nos actions comme sur nos inactions ? On en est loin encore… mais pas si loin, finalement.

     

     

     

    * voir L’envahissement du noir page 32

    ** appelons-la « conscience collective », ou « noosphère » comme Teilhard de Chardin.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

     

     

    En excusant une faute 

     

    Oftentimes excusing of a fault
    Doth make the fault the worse by the excuse ;
    As patches set upon a little breach
    Discredit more in hiding of the fault
    Than did the fault before it was so patch’d. 

     

    Souvent, en excusant une faute,

    On l’aggrave par notre clémence ;

    Comme les pièces cousues sur un petit accroc

    Déprécient l’ouvrage, en cachant le défaut,

    Bien plus qu’avant qu’on l’ait rapiécé.

     

     

                                            King John, act IV, sc.2, l. 30-34. 

     

     

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