• Shakespeare 

     

     

    Portrait d’un fat 

    Malvolio est imbu de sa personne, narcissique, à l’ego surdimensionné. Il est décrit par la servante Maria : 

    Maria. He has been yonder i’ the sun, practising behaviour to his own shadow. 

    MARIA. – Il est là-bas au soleil à apprendre des poses à son ombre.  

                                         La Nuit des rois, acte II, scène 5, ligne 16. 

    Autre portrait : 

    Maria. [He is] an affectioned ass, that cons state without book, and utters it by great swarths ; the best persuaded of himself ; so crammed, as he thinks, with excellences, that it is his ground of faith, that all that look on him love him. 

    MARIA. – [C’est] un âne plein d’affectation, qui sait tout sans avoir jamais rien appris et qui étale son savoir par brassées ; il n’écoute que lui-même ; il est si bouffi de sa perfection qu’il croit, dur comme fer, que tous ceux qui le voient le trouvent immédiatement aimable. 

                                           La Nuit des rois, acte II, sc. 3, 148 et s.

     

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  • Sacrificiel

     

     

     

    L’homme sacrificiel

     

    L’homme est sacrificiel, il ne peut pas s’en empêcher. Peut-être même doit-il son origine au sacrifice. René Girard a montré* que le sacrifice a donné naissance aux civilisations, qu’il est le fondement de toutes les cultures. Au cours des millénaires, le sacrifice s’est affaibli. On est passé du sacrifice humain (archaïque), au sacrifice animal (de substitution), puis au sacrifice purement symbolique (le sacrifice de la messe). La sécularisation depuis les Lumières, la déchristianisation (au moins apparente) ont continué à dévaloriser le sacrifice. Au point qu’aujourd’hui, on glorifie l’homme égoïste, l’individu autonome auréolé de son « estime de soi ». Est-ce le triomphe définitif de l’humanisme ?

       Le sacrifice aurait-il disparu ? Ceux qui le croient voient dans l’expansion de l’empathie une forme de réconciliation universelle. Cela est vrai, mais il semble que l’homme sacrificiel n’a pas pour autant rendu les armes. Il se cache mais il est toujours agissant.

       Question. Après les animaux (de mieux en mieux protégés), que nous reste-t-il à sacrifier ? À l’heure de la mondialisation, il reste la planète toute entière. La pollution galopante, que rien ne semble pouvoir arrêter, que des hommes archaïques encouragent encore, est la forme la plus insidieuse du sacrifice de la nature. Pourquoi tant d’acharnement contre notre malheureuse planète ? C’est la nature qui doit payer pour notre confort, notre sécurité, notre bonne conscience. Quand il n’y a pas quelqu’un pour payer un bouc émissaire il faut quelque chose. La nature est devenue notre bouc émissaire.

       Après la nature, que restera-t-il encore à sacrifier ? L’homme tout simplement, nous tous, globalement. Son sacrifice est déjà en route. Tous les cerveaux qui conçoivent de remplacer l’homme par des machines, des robots qu’ils baptisent « intelligents », les mêmes cerveaux qui rêvent de robotiser l’homme tout entier, d’en faire un cyber-humain, un homme « augmenté », font ce que les plus primitifs de nos ancêtres ont accompli il y a 200 000 ans environ : ils ont recours au sacrifice humain. Quel bénéfice en tireront-ils ? Par le moyen du sacrifice, nos ancêtres avaient fondé des civilisations, nous allons éliminer la nôtre, l’ultime, l’unique civilisation universelle, issue de toutes les civilisations qui ont couvert notre planète.

       À moins que… À moins que quoi ? À qui pouvons-nous nous en remettre ? Après avoir chassé les dieux, après avoir chanté que « Dieu est mort », quel recours nous reste-t-il ? Nous-mêmes, exclusivement. Ce n’est pas rassurant.

       À moins que… À moins que nous éradiquions notre goût du sacrifice, définitivement. Bouddha, Jésus-Christ et quelques saints y sont parvenus. Ce miracle peut-il se renouveler à notre échelle globale ? Cela paraît presque impensable.

       À moins que… Il faut chercher encore, et ne pas détacher notre recherche de notre espérance.

     

     

    * La Violence et le sacré, Des choses cachées depuis la fondation du monde.

     

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  • Citation

     

     

           « L'argent des uns n'a jamais fait le bonheur des autres. »

                                                                                     Pierre Dac 

                               Arrière-pensées - Éditions du Cherche Midi

     

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  • Incarnation

     

     

    L’affiche vide

     

    Alors que nous nous enfonçons dans un monde de plus en plus matériel, nous nous enveloppons d’une idéologie où le corps tend à disparaitre. Nous l’avons remplacé par des robots qui travaillent à notre place, des avatars qui jouent à notre place, des pseudos qui pensent à notre place.

       Pourtant, le corps s’affiche partout. C’est un mauvais signe. Il a été récupéré par les industries du spectacle et du commerce, et par celle, très proche, du sport professionnel. Le corps est une vitrine, un slogan, un porte-marque, pas une réalité. L’industrie des cosmétiques a pour finalité de cacher les corps réels au profit de corps virtuels. « J’ai appris que vous vous fardiez. À la bonne heure ! Dieu vous a donné un visage et vous vous en fabriquez un autre », pleure Hamlet*.  

       Dans la « société du spectacle », le corps devient une affiche. Le tatouage est une customérisation du corps. Dans une civilisation de l’autonomie, cela est pure contradiction, puisque « mon » corps ne m’appartient plus, il appartient à celui ou celle qui me regarde. « Mon » corps est comme extraterritorialisé, et le sujet est tout simplement aliéné.

       La laideur fait peur, et paradoxalement, la négligence vestimentaire est la règle – signe que nous ne nous aimons pas. Qui s’habille encore « pour dîner », ou pour aller au théâtre ? Cet oubli de soi est foncièrement sacrificiel.

       Sous l’influence du puritanisme anglo-saxon et du développement des bienfaits de l’hygiène, nous n’osons plus nous toucher. Si un ami antillais se lance dans une longue conversation avec moi sans me lâcher la main, je m’en trouve tout embarrassé.

       Nous n’aimons pas nos corps. Que dire du corps de l’autre ?

     

     

    *‘I have heard of your paintings too, well enough ; God hath given you one face, and you make yourselves another.’

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Suffrage 

    OCTAVIUS CÆSAR 

    It hath been taught us from the primal state, 
    That he, which is, was wish’d, until he were ;
    And the ebb’d man, ne’er lov’d, till ne’er worth love,
    Comes dear’d by being lack’d.  

     

    OCTAVE CÉSAR  

    Nous savons, depuis l’aube des temps,

    Que celui qui est au pouvoir n’a été désiré que jusqu’à ce qu’il y fût ;

    Et l’homme déchu, qui n’était pas aimé quand il aurait dû l’être,

    Est apprécié dès l’instant où il n’est plus là.

     

                                                   Antony and Cleopatra, act I, sc. 4, l. 41-44

     

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