• Shakespeare

     

    Traduction

     

    Traduire est toujours une manière de passer en jugement, comme on dit « être traduit devant un tribunal ». Le jugement est d’abord celui du traducteur qui doit interpréter sa partition, c’est-à-dire transposer dans la musique d’une langue b ce qui a été composé dans une langue a. Le deuxième jugement (la « cour d’appel »), c’est celui du lecteur (ou de l’auditeur) qui n’a d’autres pièces à conviction que le texte transposé. Exceptionnellement, il peut y avoir « cassation ». Cela ne se produit que pour des textes rares, les « grands auteurs » ou la Bible.

       Qui suis-je pour prétendre traduire Shakespeare ? Je n’ai pas plus de droit à cela que le poète n’en avait pour aimer W.H. Sonnet 49 : 

     

              To leave poor me thou hast the strength of laws,
              Since why to love I can allege no cause.

     

      Tu as, pour me quitter, la force de la loi, 

      Quand je n’ai, pour t’aimer, nulle cause qui tienne.

     

       Ma seule « cause qui tienne », c’est évidemment mon amour éperdu pour Shakespeare. L’amour excuse-t-il vraiment tout ?

     

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  • Revenir à Michel Serres

     

     

     

    COMMENT AIMER ?

     

    « Je t’aime de toutes les façons. [...] Tu es les autres, les vivants et le monde, sans aucune exception. »

                                                         Michel Serres, Relire le relié 

     

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  • Jeunesse victimaire

     

    Branding

     

    Il ne suffit pas de revendiquer « son droit à la différence » (à moins d’être cul-de-jatte, surdoué aux échecs ou porteur d’une maladie génétique rare). L’important, c’est de manifester sa différence. Il faut réussir son coming out. Dans notre culture virtualisée, désincarnée, c’est sur le corps que la différence va se porter par prédilection. Toutes les opinions se valent, mais « mon » corps est unique ; c’est sur lui que je vais exercer le droit à « ma » différence. La mode est un moyen trop futile (on en change comme de chemise), il faut donc trouver quelque chose d’irréversible et de palpable. Ainsi se sont répandues les pratiques du bodybuilding, optimisé par l’absorption de produits dopants, ou celle du tatouage, avec son avatar mystico-masochiste : le piercing. L’étape suivante est le branding (!) en vogue dans les pays anglo-saxons, c’est-à-dire le marquage au fer rouge, comme le bétail. Ceux qui trouvent que la torture n’est jamais assez raffinée peuvent encore essayer le cutting, le peeling et autres scarifications tribales et décadentes. Tous ces signes sont autant de marques d’humiliation, traditionnellement réservées aux esclaves, aux condamnés, aux déchus, aux sous-hommes. Que le bourreau soit la victime elle-même change-t-il quelque chose à leur signification ?

       Ceux qui prétendent que le piercing (et consorts) est une mode comme une autre sont les mêmes qui estiment que le cannabis est une friandise comme une autre. C’est oublier le caractère auto-sacrificiel du procédé. Attenter à son corps, s’infliger des cicatrices, même pas rituelles, cela relève de l’exercice autopunitif pur et simple. Pour que la bravoure soit vécue dans toute sa corporalité, les adeptes décorent d’un piercing une partie bien intime de leur anatomie : les seins, le nombril ou le sexe l’exhibition est finalement réservée à soi-même. Qui osera condamner l’excision après cela ? Sans doute s’agit-il d’une espèce d’écriture hiéroglyphique, une sorte de geste particulière de la « légende personnelle » écrite sur le parchemin de sa propre peau. Moi-Je mérite toutes les souffrances, tous les sacrifices.  

      

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  • Albert Camus 

     

    Pas sans le concours de tous

     

    « Servir une civilisation qui ne peut naître sans le concours de tous. »                

                                                               Carnets (1956).

     

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  • Shakespeare

     

    Falstaff, le paillard 

     

    Falstaff. Why, there is it : come sing me a bawdy song ; make me merry. I was as virtuously given as a gentleman need to be ; virtuous enough ; swore little ; diced not above seven times a week ; went to a bawdy-house once in a quarter — of an hour ; paid money that I borrowed, three of four times ; lived well and in good compass : and now I live out of all order, out of all compass.

     

    FALSTAFF.  Allez ! viens me chanter une chanson paillarde et rends-moi joyeux. J’ai été aussi vertueux qu’un gentleman doit l’être ; oui, plutôt vertueux ; j’ai peu juré ; je n’ai pas joué aux dés plus de sept fois par semaine ; je suis allé au bordel jamais plus d’un quart d’heure ; j’ai remboursé l’argent que j’avais emprunté, trois fois sur quatre ; j’ai bien vécu et en parfait équilibre : et maintenant je vis dans le désordre, dans tous les sens. 

     

                                                                               Henry IV Part 1

     

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