• Humeur 

     Ma pompe me parle

     

    Pourquoi, tandis que je fais le plein de carburant à la Station-Service – où aucun service n’est assuré – est-ce que « ma » pompe « me » parle ? Cela m’agace ! Elle me dit bonjour. Elle me rappelle gentiment quel carburant j’ai sélectionné. Elle m’invite à ne pas oublier mon ticket de carte bancaire. Que des banalités.

       Je crois comprendre pourquoi. Elle parle, en fait, ...aux conducteurs non-voyants. Ce qui, pour le coup, est un formidable service rendu. Je retire ce que j’ai écrit plus haut.

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Victimisation

       

     

    Vous ne serez jamais pardonnés

     

    La victimisation envahissante est un refoulé morbide. L’obsession de la stigmatisation, la repentance, la commisération vis-à-vis des animaux, en sont des manifestations quotidiennes. Les exemples abondent, ils explosent. Le souci des victimes, qui est apparu de façon significative au XIXe siècle – avec Henri Dunant en particulier – a été complétement perverti. La formidable prise de conscience de l’égalité fondamentale des humains a donné des fleurs magnifiques : nous allons célébrer le 10 décembre prochain le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

       Mais à côté de cet exemple enchanteur, nous avons développé une idéologie – l’équivalent d’une idéologie – qui nous paralyse. La victimisation n’a pas de résolution possible. C’est une forme de culpabilisation sans rédemption. Nous identifions les victimes et ne désignons jamais les persécuteurs – ou si peu. Faute de persécuteurs reconnus, la réconciliation est impossible, parce que le pardon est impossible. La « Commission de la vérité et de la réconciliation », initiée par Nelson Mandela et présidée par Mgr Desmond Tutu, a connu peu de répliques. La victimisation peut donc s’amplifier, sans être jamais saturée, puisqu’il n’y a personne pour pardonner.

       Sans pardon, la culpabilisation va s’aggraver. Elle va devenir d’autant plus stérile que le discours de déculpabilisation fait parti de l’idéologie de la victimisation. Ce discours a pour fonction de boucher les issues : il consiste à nous convaincre de n’être jamais des persécuteurs, toujours des victimes. C’est une formidable machine de méconnaissance. Comment nous sommes-nous mis dans un labyrinthe aussi tortueux ?

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Citation

     

           

                     « La joie est une boussole fiable. » 

                                                                               Stan Rougier

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Littérature sacrificielle

     

     

     

    Le Policier

     

    Les policiers, les polars m’ennuient. En littérature comme au cinéma. Je me dis, au bout de cinq minutes : « ils » finiront bien par trouver le coupable.

       Plus sérieusement, la traque au coupable me décourage. Elle ressemble tellement à la chasse au « bouc émissaire ». Je comprends les tragédies antiques et les drames romantiques où « le mort » est à la fin. Imagine-t-on Le rouge et le noir sans le double décès de Julien Sorel et de Mme de Rénal ? Imagine-t-on le roman de Stendhal en flashback ? L’inspecteur X enquête. Et que comprend-il de l’esprit de Julien et du cœur de Mme de Rénal ? Quel gâchis !

       Les policiers commencent généralement par un mort (au moins un). C’est la loi du genre. Ensuite, on se perd dans un labyrinthe d’hypothèses, des kyrielles de fausses pistes, l’auteur cherche à brouiller les indices pendant que l’enquêteur cherche à les débrouiller. L’embrouille est entretenue par des chapelets de conditionnels passés et des chaînes de phrases interrogatives auxquelles il ne faut surtout pas répondre…

       Tout cela revient à la description sempiternelle d’un sacrifice, dont on finit par connaître « le mobile » : il y a une raison pour tout. Après cela, bonnes gens, allez dormir tranquilles ! Mais rien n’est révélé. Rien n’est définitif. Surtout rien ne doit être définitif. Au prochain mort, on remet ça. Il faut bien vendre…

       Le comble – ou le génie – du genre, c’est l’humour qui enrobe la chose horrible. Est-ce prise de distance ? Est-ce gaieté morbide ? La mort vous va si bien ! Il s’agit simplement d’un camouflage, on cache l’horreur sous l’ironie, on dissimule le cadavre sous l’enquête, on occulte la mort. René Girard parlerait de méconnaissance savamment entretenue.

       Nous sommes incapables, aujourd’hui, d’inventer de jolis mythes, de beaux symboles qui parlent à notre esprit. L’esprit est mort comme le macchabée sur lequel on prétend enquêter. Ses cendres ont été poussées sous la moquette de la moquerie.



    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare 

    Un homme sans visage

     

    En même temps qu’il paraît en contradiction flagrante avec son époque, ou pour le moins en porte-à-faux, Shakespeare demeure un homme qui se confond avec ses semblables, un citoyen de son temps, attaché à la culture de son époque, à ses racines, en rivalité incessante avec ses pairs, dans le monde hyperconcurrentiel que pouvait être celui de la création artistique du Londres de la fin du XVIe siècle ! Sa différence et surtout sa supériorité par rapport à tous ses rivaux reposent sur le fait qu’il a compris mieux que personne la frénésie mimétique dans laquelle il vivait, il l’a analysée, il l’a maîtrisée, il a su l’exprimer, et finalement il nous a transmis la compréhension qu’il en avait, à travers ses pièces et sa poésie. Pour ce faire, il a fallu que son « implication », son engagement, l’investissement de toute sa personne fussent entiers, sans retenue. René Girard l’explique en ces termes : « La grandeur d’un écrivain en tant que révélateur mimétique implique inévitablement qu’à un moment de sa carrière il compose avec la vérité des doubles, et cette expérience ne peut se faire qu’à ses dépens et à ceux, très coûteux, de son ego mimétique. »

       Voilà très exactement de quoi les Sonnets sont faits. Ils valent mieux qu’une chronique biographique, ils sont plus forts et plus profonds que des annales ou un journal intime auquel Shakespeare renonce explicitement au sonnet 122 : 

    That poor retention could not so much hold.

    « Des Mémoires seraient sans doute insuffisants. »

       Les Sonnets sont d’abord le fruit de l’expérience vive de Shakespeare, en tant qu’amant, en tant que poète, en tant que dramaturge, en tant qu’homme public, ils sont l’aboutissement du travail d’un humain privilégié parmi ses frères humains, ses admirateurs et ses alliés tout autant que ses ennemis.

     

    Extrait de Shakespeare et son double, L’Harmattan.

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire