• Mon prochain défiguré

    Le bon Samaritain par Vincent van Gogh

    d'après Delacroix. 

    Les opprimés

     

    Les racistes, les persécuteurs, les imbéciles qui « craignent » l’envahissement des migrants, les « souverainistes » qui rejettent les étrangers, sont incapables de rencontrer des personnes humaines. Les pauvres hères qu’ils auront jamais croisés, ceux qu’ils auront méprisés sans les connaître, tous les « autres » ne leur paraissent pas être des personnes humaines à part entières : ce sont des opprimés. Celui qu’on a ostracisé est méconnaissable. Et si l’on ne se reconnaît pas dans un opprimé, on est perdu pour ce qui est de sa propre hominisation. Les « différentialistes » ne croiseront jamais leur semblable.

       Qui a retenu la « leçon » de Nelson Mandela ? « Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur liberté. »

     

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  • L’amour sert-il à quelque chose ?

     

     

    La tendresse

     

    « C’est l’amour qui se fait proche et se concrétise. C’est un mouvement qui part du cœur et arrive aux yeux, aux oreilles, aux mains. [...] Les plus petits, les plus faibles, les plus pauvres doivent susciter notre tendresse. Ils ont le droit de prendre possession de notre âme, de notre cœur. »

     

    Lettre encyclique du pape François, 3 octobre 2020.

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  • Shakespeare

     

     

    Iago est un macho !

     

    Iago. She that was ever fair, and never proud ;

    Had tongue at will and yet was never loud,

    Never lack’d gold and yet went never gay ;

    Fled from her wish, and yet said, “Now I may,”

    She that, being anger’d, her revenge being nigh,

    Bade her wrong stay and her displeasure fly ;

    She that in wisdom never was so frail,

    To change the cod’s head for the salmon’s tail ;

    She that could think, and ne’er disclose her mind,

    See suitors following, and not look behind :

    She was a wight, – if ever such wights were, –

    Des. To do what ?

    Iago. To suckle fools and chronicle small beer.

    Des. O most lame and impotent conclusion !

     

    IAGO. – Celle qui a toujours été belle sans être jamais prétentieuse,

    Qui, ayant la parole facile, a toujours su tenir sa langue,

    Qui, n’ayant jamais manqué d’argent, ne s’est jamais montrée frivole,

    Qui s’est détournée de son désir en disant « je pourrais bien » ;

    Celle qui, en colère et tenant sa vengeance à portée de main,

    A su faire taire son offense et son déplaisir ;

    Celle qui n’a jamais failli à sa sagesse

    Pour échanger une morue contre un saumon ;

    Celle qui ne manquait pas d’idées et les a gardées pour elle ;

    Qui, suivie par ses soupirants, n’a jamais regardé derrière elle :

    Celle-là serait une femme bonne à nulle autre pareille…

    DESDEMONE. – Bonne à quoi ?

    IAGO. – À donner la tétée et à tenir sa maison.

    DESDEMONE. – Ah, la conclusion est boiteuse et débile !

     

                                                     Othello, II, 1, 149- 162.

     

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  • Portfolio

    Deux 

     

    « Deux n’est pas constitué de la somme de deux unités, au contraire c’est un qui est une fraction de deux. »

                                                                  Stéphane Breton

     

     

     

     

     

     

     

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  •  Éducation

     

     

    Le bachotage permanent

     

    Le baccalauréat tend de plus en plus à devenir un examen à points. Cela facilite l’organisation des épreuves, et tout le monde est content.

       La Covid a bon dos d’avoir poussé au contrôle continu. La réforme était dans les tuyaux depuis longtemps. Il ne manquait qu’un prétexte pour la mettre en marche, on le tient enfin. Cela va bouleverser l’enseignement, et en profondeur.

       Le résultat immédiat est que les élèves, à partir de la classe de première, vont se trouver en bachotage permanent. Au lieu d’une période de bachotage sur les dernières semaines avant le bac, cela va durer deux ans. Or l’on sait que pendant le bachotage on n’apprend rien, on ingurgite. On se prépare pour l’assaut final, et la dernière bataille livrée, on oublie tout. Que restera-t-il d’un parcours de mini-bac étalé sur deux années, l’effort se concentrant nécessairement sur l’obstacle devant soi et rien d’autre ? Peu de chose. À cela va s’ajouter la fatale modification des épreuves qui vont devenir de plus en plus techniques. Elles seront plus faciles à corriger, elles pourront aussi être uniformisées sur tous les établissements. On parlera de plus de justice dans le contrôle. Elles finiront par être corrigées par des machines. On parlera d’objectivité. Les scores seront publiés en temps réels pour supprimer le stress de l’attente des résultats de l’examen couperet. Chaque élève connaîtra ainsi son taux de progression au jour près, sa courbe de croissance ou de décroissance. Quels types d’épreuves pourront passer par la moulinette des machines intelligentes ? Uniquement des QCM ou exercices à réponses prévisibles, c’est-à-dire rien de créatif, rien de personnel. Vous aurez le bac quand vous aurez parfaitement « renseigné » le questionnaire formaté qu’on vous aura soumis.

       Le temps scolaire va s’en trouver considérablement modifié. À l’apprentissage long on substituera les apprentissages immédiatement contrôlables. Le temps ne sera plus consacré à former des esprits mais à gonfler les performances des candidats : une forme de dopage généralisé. L’école va enfin ressembler à un jeu vidéo en ligne.  Il était temps qu’elle se mette au goût du jour ! Nous tenons là, à portée de main, nos futurs transhumains dont la cybersphère a tant besoin. La prochaine étape consistera à commencer les épreuves au plus tôt : ne laissons pas les inégalités s’installer entre les petits alphas. De la petite enfance à l’âge adulte encore provisoirement calé à 18 ans le parcours sera tout tracé.

       Et l’éducation dans tout cela ? Je crois que le mot sera vite désuet. Dis, grand-père, c’était comment quand tu as passé le bac ?

     

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