• Perte des liens 

     

     

     

     Particularismes

     

    Il semble impossible de s’attacher à l’humanité toute entière, elle paraît trop grande pour moi encore qu’un bel échantillon de ses représentants se trouve dans ma rue, dans ma ville, dans le même train que moi. Devant la conscience universelle qui monte et se fait de plus en plus claire, les individus reculent et se réfugient, archaïquement, dans leur ethnie, leur tribu, leur clan, leur bande, ils s’enferment dans leur cercle, leur secte, leur confrérie consanguine autant de vocables réunis sous l’étiquette de « communautés ». Cette maladie de l’appartenance est bien compréhensible, elle est le symptôme du manque de liens, de la perte d’attachements, du déficit de tendresse humaine. La peur gagne. Cette « maladie » se caractérise par l’hypertrophie proclamée de la différence. Touche pas à mon image et je croirai mon identité préservée. Puisque l’unité est impossible, ou trop difficile, jouissons de notre diversité, mais chacun dans son compartiment. Le melting pot est redouté, l’individu a peur de s’y diluer. On lui préfère la mosaïque, la balkanisation universelle, la lutte des clans ayant remplacé la lutte des classes. La globalisation, sous la poussée des frayeurs individualistes, devient, selon l’expression de Jean-Claude Guillebaud, « une simple galaxie d’organisations particularistes fonctionnant en réseaux. »  L’Internet est son temple. Les jeunes sont ses adeptes les plus assidus.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Le Viol de Lucrèce par Le Tintoret

     

    Les circonstances

     

    ‘O Opportunity ! thy guilt is great !’

     

    « O circonstances, votre faute est grande ! »

     

                                         Le Viol de Lucrèce

     

    Les circonstances ont toujours été le prétexte, le refuge, la « bonne excuse » des lâches, des tricheurs et des hypocrites. Pour éviter d’être accusé, il suffit d’accuser… les circonstances. C’est facile.

     

     

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  • Autonomie absolue 

     

     

     

     

     

    L’enfer de soi

     

     

         ‘What potions have I drunk of Siren tears
         Distill’d from Limbecks foul as hell within…


         « J’en ai bu des potions de larmes de sirènes,

         Provenant d’alambics infects comme l’enfer… »

     

                                                   Sonnet 119

     

       Shakespeare parle de ‘hell within’, c’est l’enfer de soi, l’enfer enfermement.

     

    *

     

    L’individu qui « choisit » sa drogue est persuadé d’exercer sa liberté. Délié du monde, il croit être affranchi de « l’enfer des autres » et il se retrouve dans « l’enfer de soi ». De tous les produits qui magnifient la solitude tout en irradiant le Moi imaginaire, la drogue est évidemment le plus efficace. Ce qui explique son succès, sa diffusion facile, les profits insensés qu’elle génère… La drogue est le plus court chemin de soi à soi. C’est l’enfermement intégral, c’est le retour à l’utérus prénatal. Sous l’effet des stupéfiants, le cerveau génère ses propres images, le drogué se consomme lui-même. Je n’est plus un Autre, Je est Je. ‘I am I ’, hurle Richard III comme un drogué. Dans sa détresse extrême, il n’a plus qu’autre recours que lui-même. Le triomphe éblouissant du MOI-JE est l’apothéose de sa déchéance. Cet être sublimé proche du non-être, le drogué, est un suicidé en sursis. Pas toujours en sursis. 

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

     

    Le lait de la tendresse humaine

        

        ‘Yet do I fear thy nature ;

         It is too full o’ the milk of human kindness,

         To catch the nearest way.’

     

         « Ah, je redoute ta nature :

         Elle est trop pleine du lait de la tendresse humaine

         Pour que tu choisisses le plus court chemin. »

     

    Lettre à Lady Macbeth, Acte I, Scène 5, vers 16-18.

     

     

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  • Archaïque 

     

     

     

     

    Le progrès

     

    Quand nous faisons défiler un texte sur un écran, nous reproduisons ce que faisaient les anciens qui lisaient sur des rouleaux. L’invention du livre, qui remonte au IIe ou IIIe siècles de notre ère, sous forme de codex, semblait un progrès irréversible, définitif. Or, nous sommes retournés au rouleau. Quand nous écrivons avec notre doigt sur une tablette, nous ressemblons aux Babyloniens qui agissait de même il y a 3700 ans !

       Ce que nous appelons la révolution numérique n’est-elle qu’un recommencement ? Absolument pas. Le « mythe de l’éternel retour » ne repose sur aucun fondement. C’est un mythe archaïque. On aura beau faire, la pendule ne tourne pas à l’envers.

       S’il y a du progrès quelque part, il faut le chercher ailleurs.

     

     

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