• Mimétisme

     

     

    La gratitude

     

    La gratitude consiste à rendre un bien pour un bien reçu. C’est du « bon mimétisme », basée sur la reconnaissance de notre symétrie.

        À l’opposé, l’ingratitude est un repli sur soi, le refus du parallélisme, l’affirmation de la supériorité de son autonomie sur la réciprocité.

       Il est difficile, et souvent long, d’apprendre aux enfants à dire simplement merci. La gratitude n’est pas naturelle – malgré nos neurones miroirs. Nous nous imitons les uns les autres à longueur de temps, mais nous ne voulons jamais le reconnaître. Nous croyons « spontanément » en notre absolue indépendance. La gratitude est une brèche dans le miroir du mimétisme. Comment en venons-nous à admettre que nous ne sommes pas seuls, que nous dépendons d’un autre, de beaucoup d’autres ? Comment en venons-nous surtout à leur « rendre la pareille », par un geste de bonté ?

       La gratitude est une riposte généreuse, heureuse, gratuite la plupart du temps. Elle est l’inverse exactement de la vengeance. Elle est beaucoup plus rare.

       Nous craignons tellement de devoir quelque chose à quelqu’un que, pour ne pas embarrasser notre prochain, nous répliquons souvent à un remerciement : « de rien », « ou « il n’y a pas de quoi ». C’est-à-dire : « pas de symétrie entre nous ». Les Anglo-saxons, plus honnêtes, répondent « welcome ». C’est-à-dire : « je te suis reconnaissant de ta reconnaissance ». Trop compliqué pour un esprit cartésien.

       Nous n’aimons pas être remerciés. Et pour ne pas l’être, il suffit de ne rien donner. « Et la prochaine fois, ne me demande rien. »

     

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  • « L’homme diminué »

     

     

    Des machines sans empathie

     

    Pour améliorer les performances de l’Intelligence Artificielle, les ingénieurs en informatique font appel à des milliers de « tâcherons » qui analysent, classent, ordonnent à l’infini les expressions de millions de cobayes. La « reconnaissance » des sentiments par les robots est le produit statistique de millions de tests synthétisés à partir de l’enregistrement de millions d’expressions faciales qui ont été préalablement reconnues par des vrais humains.

       Quand on pense qu’un bébé commence à reconnaître les visages ‒ de sa mère, de ses proches ‒ quelques heures seulement après sa naissance, comment fait-il ? Il n’a pas eu le temps d’assimiler des millions d’expressions faciales. Il a simplement utilisé ses neurones miroirs et ses formidables capacités d’empathie avec lesquelles il est né ! C’est hyper simple et hyper efficace… Et pendant ce temps-là, les petits robots s’épuisent à apprendre comment reconnaître ‒ même pas interpréter les sentiments humains. À mon avis, ils en ont encore pour un moment !

     

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  • Infox  

     

     

     

     

    Sonnet 140

     

     

              Now this ill-wresting world is grown so bad,

              Mad slanderers by mad ears believèd be.

     

              Ce monde tordu est devenu si mauvais

              Que les déments prêtent l’oreille aux médisants. 

     

              

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  • Albert Camus 

     

     

     

    L’adorable vie 

     

    « …la lumière qui s’adoucissait imperceptiblement rendait les espaces du ciel encore plus vastes, si vastes que l’enfant sentait les larmes monter en lui en même temps qu’un grand cri de joie et de gratitude envers l’adorable vie. »

     

                                                       Albert Camus, Le Premier homme.

     

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  • Shakespeare

     

     

    Pauvre Orsic

     

    Shakespeare se moque des individus qui se croient autonomes et ne sont que des copieurs. C’est le cas de Laërte et d’Orsic dans Hamlet. Le pauvre Orsic, personnage très secondaire, est la risée d’Hamlet (V, 2, 190 et s) :

     

    Hamlet. He did comply with his dug before he sucked it. Thus has he (and many more of the same bevy that, I know, the drossy age dotes on) only got the tune of the time, and outward habit of encounter, a kind of yeasty collection, which carries them through and through the most fond and winnowed opinions ; and do but blow them to their trial, the bubbles are out. 

     

    HAMLET. – Il s’est sûrement incliné devant le sein de sa nourrice avant de le sucer. Il sait ainsi (comme combien d’autres flagorneurs du même acabit dont je sais notre époque infectée) se mettre au goût du jour et revêtir les accoutrements à la mode, boursoufflé par cette espèce de levure qui les pousse aux opinions les plus affables et les plus communément ressassées. Mais si on les met à l’épreuve et qu’on souffle dedans, la bulle éclate.  

     

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