• Shakespeare 

     

     

     

     Derek Jacobi

     

    La maladie

     

    LEAR

         Infirmity doth still neglect all office 

    Whereto our health is bound ; we are not ourselves 

    When nature, being oppressed, commands the mind 

    To suffer with the body.

     

    La maladie nuit souvent au travail,

    Quand celui-ci dépend de la santé ; nous ne sommes pas nous-mêmes

    Quand la nature épuisée entraîne l’esprit

    À souffrir avec le corps.

     

    King Lear, act II, sc. 4, l. 106-109. 

     

     

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  • Éducation

     

      

     

    « Construire une personne humaine »

     

    Il n’y a pas que les déchets nucléaires et nos résidus plastiques que nos enfants devenus adultes devront gérer. Il y a aussi l’état dans lequel nous aurons laissé les relations humaines. En éduquant nos héritiers, comment construisons-nous les liens qui les feront tenir en société ? C’est-à-dire : en bonne intelligence.

       Rien n’est moins facile que de construire une personne humaine. Personne ET humaine. C’est pourtant l’unique entreprise digne de l’éducation. Je parle de construire « une personne humaine », pas un individu, pas un consommateur, pas un ayant-droit, pas même un citoyen, mais bien une personne à part entière. Il s’agit d’ailleurs moins de « construire » (de toutes pièces) que d’amener à l’existence, de faire surgir l’humanité de la personne que chacun porte en soi, comme une promesse. Nous ne sommes pas « humains » de naissance. L’humanité n’est pas innée, elle s’acquiert et elle passe par l’éducation.

       Comme si Dieu, en se reposant le septième jour, avait pris ses congés trop tôt. Le travail n’était manifestement pas fini. En prenant le relais de Dieu, en avons-nous suffisamment conscience ? En avons-nous la force ? Et surtout avons-nous la ferveur nécessaire ?

     

     

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  • L'universel 

     

     

     

     

     

    Musique pour tous

     

    La musique que nous écoutons aujourd’hui, celle que tout le monde écoute quotidiennement, a été élaborée au XXe siècle. Ses rythmes, ses harmonies, d’où viennent-ils ?

       Pour simplifier – mais pas tant que ça –, on peut dire que notre musique commune a été modelée aux États-Unis entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe – avant de se répandre sur toute la planète. Pour ce qui est des rythmes, pas de doute, ils sont directement issus des musiques (interdites) des esclaves africains à qui il ne restait souvent plus rien d’autre de leur ancienne culture. Quant aux harmonies, elles ont été importées d’Europe centrale et d’Europe de l’est par les émigrés juifs persécutés et pauvres, émigrés en Amérique.

       En somme, notre musique commune est le cadeau que nous ont fait les opprimés… contre rien. Nous ne l’avons pas achetée, nous l’avons seulement copiée, adaptée, transposée, interprétée. Nous nous la sommes tellement bien appropriée que nous ne savons plus d’où elle vient. Et nous croyons qu’elle est à nous.

       Quelle merveille de constater que la musique est la seule chose que les esclavagistes, les racistes, les satrapes de toute couleur et de toute confession, n’ont pu enfermer dans leurs prisons. Même derrière des barreaux, on l’entend dehors ! C’est le plus beau présent qu’aient pu nous faire les exclus, et nous ne l’avons pas mérité. Quand je dis « nous », j’entends : nous tous sur la planète Terre. C’est une miraculeuse injustice. Ne nous privons pas de la savourer.

     

     

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  •  Shakespeare

     

     

     

     

    Les mots qui tuent

     

    PISANIO

    What shall I need to draw my sword ? the paper

    Hath cut her throat already. – No, 'tis slander,
    Whose edge is sharper than the sword, whose tongue
    Outvenoms all the worms of Nile, whose breath
    Rides on the posting winds and doth belie
    All corners of the world ; kings, queens and states,
    Maids, matrons, nay, the secrets of the grave
    This viperous slander enters.

     

    Qu’ai-je besoin de tirer l’épée ? Cette lettre

    Lui a déjà tranché la gorge… Car c’est la calomnie qui tue,

    Elle dont la langue est plus venimeuse que les serpents du Nil,

    Elle dont l’haleine se sert du vent comme coursier,

    Et qui trompe sous tous les horizons : les rois, les reines, les États,

    Les filles innocentes, les matrones, que dis-je ? Dans les secrets de la tombe

    La calomnie pénètre comme une vipère.

     

    Cymbeline, act III sc. 4, l. 33-40.

     

     

    Aujourd’hui, Shakespeare remplacerait-il ‘slander’ par Facebook, Twitter, Fake News, Wikileaks ?

     

     

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  • Poésie 

     

     

     

     

     

     

    Printemps

     

    Mon Bien-aimé élève la voix,

    il me dit :

    « Viens donc, ma bien-aimée,

    ma belle, viens.

    Car voilà l’hiver passé,

    c’en est fini des pluies, elles ont disparu.

    Sur la terre les fleurs se montrent.

    La saison vient des gais refrains,

    le roucoulement de la tourterelle se fait entendre,

    sur notre terre.

    Le figuier forme ses premiers fruits

    et les vignes en fleurs exhalent leur parfum.

    Viens donc, ma bien-aimée,

    ma belle, viens !

    Ma colombe, cachée au creux des rochers,

    en des retraites escarpées,

    montre-moi ton visage,

    fais-moi entendre ta voix ;

    car ta voix et douce

    et charmant ton visage. »

     

                                       LE CANTIQUE DES CANTIQUES, 2, 10-14.

     

     

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