• Relire Rimbaud

     

      

     

    Rimbaud blessé, tableau de Jef Rosman

     

         « La charité nous est inconnue. Mais nous sommes polis. »

     

     

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  • Méconnaissance

     

     

     

     

    « On m’ la fait pas. »

     

    Devant l’avalanche de « nouvelles » qui ne sont pas des nouvelles, sous le poids des informations fausses distillées à dessein pour embrouiller les consciences ce qu’on appelle l’infox , se développent des « théories du complot » qui sont encore plus fausses que les fausses nouvelles… Terrorisé par ce qu’il ne maîtrise pas, confronté à des fantômes plus vrais que ceux de Macbeth, le petit malin qui a peur qu’on lui assène une vérité dérangeante préfère s’en inventer une. C’est une réaction semblable à la panique qui consiste à courir vers le danger en voulant le fuir.

       Au fond de cette méconnaissance active, agissante, il y a la quête sourde d’un bouc émissaire. Le mal guette, l’individu tourmenté veut un coupable tout de suite. Mais il n’en connait aucun. Il en conclut « qu’on lui cache quelque chose ». Réflexe typique du persécuté qui s’invente un persécuteur.

       Ce pourrait être anodin, une sorte de « défense de l’escargot ». Mais quand cela produit Le Protocole des Sages de Sion, qu’au bout de la ligne les foules sidérées se déchaînent, et que cela fait six millions de Juifs exterminés, on en a froid dans le dos.

       La « théorie du complot » est une perversion. Elle est parente de la rumeur, de la calomnie, sa puissance aujourd’hui est multipliée par les réseaux. C’était un des thèmes favoris de Shakespeare. Le mensonge, qui se répand comme une contagion, le révoltait alors qu’il était en quête perpétuelle et inquiète de la vérité. Dans la deuxième partie de Henry IV, il ironise en grinçant des dents :

     

                                           « La Rumeur est un pipeau

         Dans lequel soufflent soupçons, jalousies et conjectures,

         Un instrument si facile à jouer et si maniable

         Que le monstre imbécile à mille têtes  

         La multitude toujours discordante et chicaneuse  

         Peut en jouer. »

     

    Henry IV, part II, induction.

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Rufus Sewell dans le rôle de Fortinbras

     

    Sauf un peu de gloire

     

    Ironie d’Hamlet. Prêt à l’exil, se sachant hors-jeu, il regarde le monde avec un regard détaché tandis que les autres continuent de croire qu’il est fou. Sur le chemin de l’exil, il croise l’armée de Fortinbras.

     

    Ham. Good sir, whose powers are these ?

    Cap. They are of Norway, sir.

    Ham. How purpos’d, sir, I pray you ?

    Cap. Against some part of Poland.

    Ham. Who commands them, sir ?

    Cap. The nephew to old Norway, Fortinbras.

    Ham. Goes it against the main of Poland, sir,

    Or for some frontier ?

    Cap. Truly to speak, and with no addition,

    We go to gain a little patch of ground,

    That hath in it no profit but the name.

    To pay five ducats, five, I would not farm it ;

    Nor will it yield to Norway, or the Pole,

    A ranker rate, should it be sold in fee.

    Ham. Why, then the Polack never will defend it.

    Cap. Yes, it is already garrison’d.

    Ham. Two thousand souls, and twenty thousand ducats,

    Will not debate the question of this straw :

    This is the imposthume of much wealth and peace,

    That inward breaks and shows no cause without

    Why the man dies.—I humbly thank you, sir.

     

    HAMLET. – Cher monsieur, à qui sont ces forces ?

    LE CAPITAINE. – Elles sont au roi de Norvège, monsieur.

    HAMLET. Où se dirigent-elles, monsieur, s’il vous plait ?

    LE CAPITAINE. – Contre une certaine partie de la Pologne.

    HAMLET. – Qui les commande, monsieur ?

    LE CAPITAINE. – Le neveu du vieux Norvège, Fortinbras.

    HAMLET. – Marche-t-il vers le centre de la Pologne, monsieur,

    Ou vers quelque frontière ?

    LE CAPTAINE. – Pour parler franc, et sans exagérer,

    Nous partons conquérir un petit lopin de terre

    Qui ne peut rapporter aucun profit sauf un peu de gloire.

    Pour cinq ducats, cinq, je ne voudrais pas le louer.

    Et cela ne rapporterait à la Norvège, pas plus qu’à la Pologne,

    Un meilleur prix s’il fallait le vendre.

    HAMLET. – Alors, les Polonais ne voudront jamais le défendre !

    LE CAPITAINE. – Mais si, il y a déjà une garnison sur place.

    HAMLET. – Deux mille âmes, vingt mille ducats,

    Vont trancher la dispute de ce fétu de rien.

    Voilà un abcès de richesse et de paix

    Qui crève au-dedans et ne justifie visiblement pas

    Qu’un homme meurt. Je vous remercie humblement, monsieur.

     

                                           Hamlet, IV, 4, 9-29

     

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  • Enfance

     

     

     

     

    « Pour la sagesse africaine, les tout-petits enfants émergent de l’au-delà. Ils en sont sortis il n’y a pas longtemps. Ils ont encore des liens qui les rattachent au monde de l’invisible. »

     

    Paul N’Da, Alliances à plaisanterie, L’Harmattan, 2017.

     

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  • État de conscience

     

     

     

    Intelligences

     

    Entre l’intelligence étonnante des animaux supérieurs – et même des abeilles – et l’intelligence prodigieuse des humains, quelle est la différence ? Les humains ont ceci de particulier qu’ils sont capables de se tromper. Ils sont même capables de se tromper prodigieusement ! Erreur de parcours ? Défaillance du logiciel ? Non, c’est la fonction première de l’intelligence humaine de se tromper – et ensuite de recommencer…

       À cette capacité prodigieuse s’ajoute celle, perverse, de tromper les autres. Les animaux aussi trompent leurs adversaires, par des ruses tactiques de défense. Mais pour tromper leurs semblables, les hommes sont nettement supérieurs aux animaux les plus supérieurs.

       Peut-être cette double capacité – tromper les autres et se tromper soi-même – est-elle la même chose, au fond ? L’autre n’est jamais que notre miroir.

       Reste à comprendre pourquoi nous trompons et nous nous trompons avec une telle facilité. C’est que notre croyance l’emporte toujours sur notre savoir. Nous ne sommes vraiment efficaces que lorsque nous croyons à notre savoir. Mais la plupart du temps nous croyons que nous savons, et cela nous contente. Tous crédules, donc. Et dérisoire facilité des gourous et des tyrans.

       Comment faire confiance à notre savoir ? Comment choisir la vérité et écarter l’erreur ? Hélas, nous ne disposons que de notre intelligence pour faire le tri ! La petite boussole de notre intelligence est notre conscience, mais hélas encore ! elle est souvent déréglée.

     

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