• Bonnes feuilles

      

     

    Ce que l’empathie n’est pas

     

    Ce que l’empathie n’est pas, ce à quoi on la confond souvent, c’est une simple « éthique de la sollicitude ». Elle n’est pas le care, elle n’est pas l’altruisme, elle n’est pas du bouddhisme recyclé pour bobos en mal de transcendance, elle n’est pas la bienveillance (il ne suffit pas « d’être gentil »), pas la Programmation neurolinguistique (PNL), pas une technique de communication. Elle n’est pas une morale, elle n’est pas un succédané d’ONG à usage personnel, elle ne repose pas sur la vigilance, la prévenance, la bienfaisance, elle n’est pas une forme d’entraide. Elle n’est pas un « principe de précaution ». Elle est un peu tout cela à la fois. Tous ces comportements s’en approchent, mais ils passent à côté de l’essentiel : l’importance du modèle. Puisque nous imitons spontanément, puisque nos neurones miroirs fonctionnent même à notre insu, cela signifie que nous sommes perpétuellement en quête de modèles. Et pour comprendre cela, la théorie mimétique nous ouvre une voie royale.

       Avant la mode pour l’empathie, avant l’engouement récent pour la résilience, avant la découverte des neurones miroirs en 1996 par le Pr. Giacomo Rizzolatti et son équipe de l’Université de Parme, René Girard avait mis au jour le mécanisme mimétique qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau. Les neurones miroirs, qu’on appelle aussi « neurones échos » ou « neurones empathiques », ne sont ni plus ni moins que des « neurones mimétiques ». La découverte majeure du Pr. Rizzolatti n’a fait que confirmer l’intuition extraordinaire de René Girard.

     

    Extrait de L’alter de mon ego, éditions L’Harmattan, 2017.

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

    La morgue des puissants

     

    Ventidius, un capitaine de Marc Antoine, vient de remporter une bataille décisive. Quelle reconnaissance espère-t-il ?

     

    Ventidius.                           O Silius, Silius,

    I have done enough. A lower place, note well,

    May make too great an act. For learn this, Silius :

    Better to leave undone, than by our deed

    Acquire too high a fame, when him we serve’s away.

    Cæsar and Antony have ever won

    More in their officer than person. […]

    Who does i’ the wars more than his captain, can

    Become his captain’s captain ; and ambition,

    The soldier’s virtue, rather makes choice of loss

    Than gain which darkens him.

    I could do more to do Antonius good,

    But ’t would offend him, and in his offense

    Should my performance perish.

     

    VENTIDIUS. –                  Ô, Silius, Silius !

    J’en ai fait assez. Un subalterne, note bien cela,

    Peut parfois accomplir un acte trop éminent. Retiens bien cela, Silius :

    Il vaut mieux laisser nos actions inachevées plutôt que, les ayant accomplies

    En l’absence de notre chef, nous acquérions une trop grande renommée.

    César et Antoine doivent d’avoir gagné

    À leurs officiers davantage qu’à eux-mêmes. […]

    Celui qui, à la guerre, fait plus que son capitaine, peut

    Devenir le capitaine de son capitaine ; et l’ambition,

    Qui est la vertu du soldat, préférera une défaite

    À une victoire qui lui fait de l’ombre.

    Je pourrais faire davantage pour le bien d’Antoine,

    Mais cela le vexerait, et ce camouflet

    Annihilerait mon exploit.

     

                                Antoine et Cléopâtre, acte III, scène 1, lignes 11-27.

     

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  •  Poésie

     

     

     

           Tu as fait la nuit, j’ai fait la lampe.

           Tu as fait la glaise, j’ai fait le vase.

           Tu as fait le désert, j’ai fait le jardin.

     

    Mohamed Iqbal

     

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  • Archaïque 

     

     

     

    Le serpent de Satan

     

    Romeo Castellucci, metteur en scène, plasticien, scénographe, etc., adore le scandale. Ça l’amuse. Il en vit. C’est son fonds de commerce. Sa performance intitulée Sur le concept du visage du fils de Dieu a été censurée dans certaines villes. Il en est comblé. Ce qu’on lui reproche d’abord, c’est d’avoir mis en scène des enfants qui projettent des objets sur l’image du Christ. Extraordinaire « invention », quand on se rappelle que Jésus demandait qu’on laissât venir à lui les petits enfants ! Cette inversion est censée nous laver de notre crasse religieuse. Romeo Castelucci est persuadé de faire œuvre civilisationnelle en s’amusant à son petit jeu de massacre.

       Ce qu’il oublie – j’espère involontairement – c’est que Jésus a déjà été massacré il y a 2000 ans et qu’on n’a pas besoin de lui pour cela. Dans sa méconnaissance, il se comporte exactement comme les assassins du Christ, comme la foule la plus indifférenciée, comme la meute banale de Jérusalem au temps de Ponce Pilate. Romeo Castellucci n’est pas un avant-gardiste, c’est un archaïque, et de l’espèce la plus obscure.    Comme il fait scandale, il se sent exister. Piètre renommée. Comme il est – parfois – censuré, il est convaincu de toucher un point sensible. Ce qu’il oublie, c’est qu’il est censuré par des individus tout aussi archaïques que lui. Minable compétition.

       Romeo Castelluci est non seulement archaïque, il est aussi ignare – ce qui n’est pas contradictoire. Il cherche à désacraliser le champion de la désacralisation : Jésus lui-même. C’est Jésus qui a déconstruit tout le sacré archaïque. Il a remplacé le sacré antique par l’amour du prochain. La transgression scénique du pauvre metteur en scène d’aujourd’hui aurait plutôt tendance à le resacraliser en en faisant une victime exemplaire. Voilà comment le serpent de Satan se mord la queue !

     

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  • Anniversaire

    14 mai 1948, création de l'État d'Israël 

     

     

     

    Shalom 

     

    Quand, en 1960, je vois le film d’Otto Preminger, Exodus, je suis enthousiasmé. Je me précipite sur le livre de Leon Uris et je le lis d’une traite. Je pleure sur les amours contrariées de Dov et Karen. Je confonds Israël et la Terre Promise. Je m’exalte à la vision des persécutés qui reçoivent une maison où habiter. Je ne sais pas sur quel fond de violence cette fausse paix se construit.

       Aujourd’hui, je pleure sur une région entière dévastée par 70 ans de guerre. Jusqu’à quand ?

     

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