• L’amour sert-il à quelque chose ?

     

     

    Repliements identitaires

     

    Pour Edgar Morin*, « la crise au cœur de l’humanité », met en péril la « communauté de destin de l’humanité ». « Les angoisses que suscite l’énorme crise entrainent des repliements identitaires », dit-il.

       Toujours, hélas, en quête d’un bouc émissaire, les archaïques modernes semblent incapables de s’adapter au monde qu’ils ont construit de leurs mains. Ils ne conçoivent de « communauté » que comme un cercle restreint, minuscule, fermé sur lui-même. Et pour se convaincre de la justesse de l’entre-soi, rien de tel que de haïr tous ceux qui, de près  ou de loin, paraissent différents. Comme nos voisins humains sont de moins en moins différents, les rivalités s’exacerbent, tout fait obstacle. La haine gonfle. Les cercles se rétrécissent.

       L’unité de l’espèce, plus nécessaire aujourd’hui que jamais, s’affole, craquelle, prête à tomber en miettes.

       Il semble bien que face à la solidarité inévitable, les humains ne savent pas s’aimer les uns les autres.

     

    *Réveillons-nous, Denoël 2022.

     

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  • Shakespeare

     

     

    Sonnet 60 

     

    Like as the waves make towards the pebbled shore,
    So do our minutes hasten to their end,
    Each changing place with that which goes before,
    In sequent toil all forwards do contend.
    Nativity, once in the main of light,
    Crawls to maturity, wherewith being crown’d,
    Crookèd eclipses ’gainst his glory fight,
    And time that gave doth now his gift confound.
    Time doth transfix the flourish set on youth,
    And delves the parallels in beauty’s brow,
    Feeds on the rarities of nature’s truth,
    And nothing stands but for his scythe to mow.
       And yet to times in hope, my verse shall stand
       Praising thy worth, despite his cruel hand.

     

     

    Ainsi que vont mourir les vagues sur les grèves,

    Nos minutes pressées se hâtent vers leur fin ; 

    Chacune chasse l’autre et bientôt la remplace,

    C’est leur tâche incessante et leur combat commun.

     

    La naissance, tout auréolée de lumière,

    Gravit tous les degrés jusqu’à maturité,

    Mais sa gloire bientôt se retrouve éclipsée,

    Et le temps généreux vient reprendre ses dons. 

     

    Le temps brouille et défait l’éclat de la jeunesse, 

    Il taille des sillons sur son front idéal,

    Dévorant les trésors offerts par la nature ;

    Plus rien ne lui survit là où passe sa faux.

     

    J’espère cependant, en chantant tes vertus,

    Que mes vers tiendront bon contre sa main cruelle.

     

     

     

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  • L’homme-espèce

     

    La poignée de mains des premiers hommes

     

    Quand on retrouve à Lascaux, dans la grotte Cosquer, ou la grotte Chauvet, ou ailleurs, des empreintes presque identiques de « mains négatives » peintes sur les parois, on est stupéfait par la ressemblance des dessins, par la technique utilisée, toujours la même. Ces gravures datent de 18 000 à 30 000 ans. Elles ont été réalisées à des périodes différentes, dans des lieux différents, à coup sûr par des humains différents. Il ne s’agit pas de « tradition », ni d’un acte culturel transmis de générations en générations, mais d’une réalisation humaine, exclusivement humaine, chaque fois retrouvée, comme réinventée de millénaire en millénaire... S’agissant de mains humaines, il y a là une forme de signature, marquée par des hommes conscients de laisser quelque chose pour longtemps même s’ils ne raisonnaient pas en dizaines de milliers d’années ! Comme si, dans la diversité extraordinaire des premiers humains, sujets à des conditions de vie si diverses, l’espèce se répétait partout, une et indivisible. Comme si les premières tribus comme les grandes nations d’aujourd’hui tout en se disputant les territoires, les ressources, les femelles reproductrices, ne savaient pas faire autre chose que le même chose.

     

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  • Poésie

     

    Andrée Chedid (1920-2011) 

            Mon autre

            Mon semblable

            En cette chair

            Qui nous compose

            En ce cœur

            Qui se démène

            En ce sang

            Qui cavalcade

            En ce complot

            Du temps

            En cette mort

            Qui nous guette

            En cette fraternité

            De nos fugaces vies

            Mon semblable

            Mon autre

            Là où tu es

            Je suis.

     

    Rythmes, Éditions Gallimard, 2003. 

     

     

     

     

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  • Sacrificiel

     

    Hans Memling, 1471.

     

    « Dieu reconnaitra les siens »

     

    La « justification » la plus hypocrite des persécuteurs et des bourreaux, par laquelle ils se déchargent de toute responsabilité, tient dans la formule : « Dieu reconnaitra les siens ». La maxime a servi de cache-péché à bien des massacres, des Croisades aux guerres modernes. Elle peut encore servir.

       Dieu a bon dos. S’Il reconnaît les siens, que fera-t-Il des autres ?

     

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