• Bonnes feuilles 

     

     

     

    Persona d'Ingmar Bergman

     

     

    Le prince Mychkine et les enfants

     

    « Là-bas… Là-bas il y avait des enfants, et moi je restais toujours avec les enfants de ce village, toute la bande qui allait à l’école. Non, je ne leur enseignais rien, pour ça, il y avait le maître d’école, Jules Thibaud ; ou c’est-à-dire que si, je leur enseignais des choses, mais, plutôt, j’étais tout le temps avec eux, comme ça. […] Je n’avais besoin de rien d’autre. Je leur disais tout, je ne leur cachais rien. Leurs pères et leurs familles se sont mis en colère, parce que les enfants, à la fin, ne pouvaient plus se passer de moi, ils étaient toujours massés autour de moi. […] Un enfant, on peut tout lui dire tout ; j’ai toujours été frappé par l’idée que les grands connaissent si mal les enfants, même les pères et les mères leurs propres enfants. Les enfants, il ne faut jamais rien leur cacher sous prétexte qu’ils sont petits, qu’il est trop tôt pour qu’ils comprennent. Quelle idée triste et malheureuse ! »

     

     

    Extrait de L’Idiot de Dostoïevski, traduit par André Markowicz.

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     Crédit : Grégory Colbert

     

    Vanité du désir

     

    Biron. Why, all delights are vain ; but that most vain,

    Which, with pain purchas’d, doth inherit pain.

     

    BIRON. – Ah, tous les plaisirs sont dérisoires ; mais le plus dérisoire de tous,

    C’est celui qu’on s’est procuré dans la souffrance et qui ne rapporte que souffrance.

     

    Peines d’amour perdues, acte I, scène 1, vers 72-73.

     

     

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  • État de conscience 

     

     

     

    Violence radicale

     

    La liberté

     

         « La liberté n’est pas un droit de l’homme, c’est un don de Dieu. »

                                                                                                                                                          Lacordaire

     

    Ce après quoi nous courons tous est devant nous. La liberté n’est pas à conquérir, nous l’avons déjà. Les énormes catastrophes, les lamentables bêtises qui ont été commises depuis les premiers temps d’homo sapiens (celui qui sait !) ne sont imputables à personne d’autre qu’à nous-mêmes. Nous étions libres de les éviter. Nous les avons perpétrées librement. Accuser ensuite le destin, Dieu, ou tout autre cause inconnue, est une hypocrisie et une lâcheté. Les fuites devant la liberté ont tous les visages. Les dernières en date sont les « conditions économiques » nous ne serions que ce que l’économie fait de nous , ou encore l’environnement social nous serions le strict produit de notre milieu. Bientôt nous serons ce que le numérique nous façonnera, pauvres transhumains ! Revendiquer le droit à « devenir soi-même » est encore une manière de s’aveugler sur sa liberté affolante. Nous sommes nous-mêmes aussi, d’abord, dans nos manquements. Mais la notion de faute a disparu des confessionnaux.

       Nous sommes, tous ensemble et individuellement, libres, et responsables, et nous ne supportons pas cela.

     

     

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  • Hommage 

     

     

     Le Crabe-tambour

     

    Jean Rochefort,

    ou l’élégance de l’âme

     

    Jean Rochefort, acteur grave et ironique, était interrogé un jour à la télévision. À la fin de la deuxième guerre mondiale, raconte-t-il, au moment de la Libération, encore adolescent, il assiste au spectacle de l’humiliation. Il garde pour toujours le souvenir précis d’une femme tondue, couverte de crachats. Un homme dans la foule saisit par les pieds le bébé de cette femme, maîtresse d’un soldat allemand. « J’ai cru, dit-il, et j’ai craint c’était devant la poste de Vichy quil allait fracasser la tête du nourrisson sur le mur. J’avais quatorze ans. Et je me suis dit : il faut que j’aille chercher ce bébé, il faut que je fasse quelque chose. Lâchement, je ne l’ai pas fait. Et il est bien normal que, étant encore en vie parce que je ne l’ai pas fait, je puisse au moins souffrir de temps en temps de ma lâcheté. »

     

    Extrait de Et mon tout est un homme.

     

     

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  • Interdividus 

     

     

     Tabou (1931) de F. W. Murnau

     

    « Le goût des autres »

     

    « Le goût des autres » vient à ceux qui savent s’oublier sans se renier. On peut aimer l’autre pour ce qu’on n’est pas : le multiculturalisme est sans doute la meilleure réponse à l’individualisme global. Ce que « je » cède à l’autre, « je » ne le perd pas. Éduquer ne devrait être rien d’autre que de conduire l’enfant hors de lui-même vers les autres. Puisqu’à la question « Que souhaitez-vous faire plus tard ? », bien peu savent répondre, autant demander aux enfants : « Qu’est-ce que les autres humains attendent de vous ? Qu’est-ce qu’ils auraient le bonheur de recevoir de vous ? » 

       L’important, c’est de regarder et d’écouter, de ne suivre que les forces centrifuges, de partir, de découvrir, de sentir les autres, c’est-à-dire con-sentir, sentir ensemble, s’exposer au lieu de s’opposer. Comment quitter cette peau dans laquelle on « se sent si mal » pour atteindre la peau des autres ? Comment s’exposer à l’autre ? Comment savourer sa propre existence dans la présence de l’Autre, et non pas sans la présence de l’Autre ?

     

    Extraits de La Génération virtuelle.

     

     

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