• Mimétisme (peut-être) 

     

     

    Désir d’éternité 

     

    Si le désir est mimétique, d’où nous vient notre désir d’éternité ? Même parmi les plus endurcis de « ceux qui ne croient pas au ciel », combien ne cèderaient à la tentation d’éternité si l’occasion se présentait de vivre au-delà de la limite de leur vie ? La refuseront-ils si elle leur est offerte après leur mort ? J’en doute…

       Cela ne m’explique pas pourquoi ce désir d’éternité est si tenace. D’où vient-il ? Qui nous l’a insufflé ? Où l’avons-nous appris ? Est-ce pendant cette demi-éternité qui a précédé notre naissance ? Comme le dit Jean Cocteau dans Démarche d’un poète : « J’étais aussi mort avant de naitre que je le serai après avoir vécu. J’ai donc de l’abolition de la personnalité une interminable habitude. » La remarque est-elle seulement la griffe d’un poète facétieux, ou bien touche-t-elle à une vérité plus profonde ?

       Bien sûr, avoir le désir ne signifie pas que le désir doit se réaliser. Je continue quand même de m’interroger : d’où nous vient ce merveilleux désir ? 

     

     

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  • Education

     

     

     

    Plus haut 

     

              « L’enfant veut avant tout sortir de l’enfance,

              il veut qu’on l’ élève. » 

     

                                                    Alain

     

     

     

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  • Revenir à Hannah Arendt

     

     

     

     

    La beauté ne sert à rien 

     

    « Les cathédrales […] servaient certainement les besoins de la communauté, [mais] leur beauté élaborée ne pourra jamais être expliquée par ces besoins. »  

     

                                Hannah Arendt, La crise de la culture

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

    Troïlus et Cressida,

    par la Hillcrest High School, 2013.

     

    Le désir comme la guerre 

     

    TROILUS, attendant la venue de Cressida : 

     

    ‘I am giddy ; expectation whirls me round.
     The imaginary relish is so sweet
     That it enchants my sense.  What will it be,
     When that the watery palate tastes indeed
     Love’s thrice reputed nectar ? death, I fear me ;
     
    Swooning destruction, or some joy too fine, 
     
    Too subtle-potent, tuned too sharp in sweetness,
     For the capacity of my ruder powers.
     
    I fear it much ; and I do fear besides,
     That I shall lose distinction in my joys ;
     As doth a battle, when they charge on heaps
     The enemy flying.
     

     

    « Je suis comme ivre, l’attente me fait tourner la tête.

    Ce que j’imagine de la jouissance est tellement délicieux

    Que cela enchante tous mes sens. Qu’adviendra-t-il

    Quand mon palais humide goûtera pour de vrai

    Ce nectar qu’on dit qu’est l’amour ? La mort, je le crains ;

    Une destruction à n’en plus finir, une joie trop pointue,

    Trop forte et trop subtile, trop fine et trop douce

    Pour mes capacités grossières.

    Je crains cela absolument ; et par-dessus tout,

    De perdre tout discernement au milieu de l’extase,

    Comme dans une bataille où l’on charge, sans faire le détail,

    Les ennemis en fuite… » 

     

                                                Troilus and Cressida,  act III, sc. 2, l. 18-29

     

     

     

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  • Mimétisme

     

     

              Y a pas qu’ moi                        

     

    C’est curieux comme les « individus autonomes et sans attache », que tous prétendent être, nos contemporains, se retranchent derrière le mimétisme le plus ordinaire dès qu’ils se savent pris en faute ! Au lieu de se justifier, ou simplement de demander pardon, ils se réfugient « dans le groupe », pour se faire oublier croient-ils. Et ils lancent cette supplique, comme un sésame : « Y a pas qu’ moi… » La belle affaire ! J’ai souvent entendu mes élèves protester contre une sanction, qu’ils trouvaient évidemment injuste, en disant : « Je ne suis pas le seul dans la classe… » J’avais coutume de leur répondre : « Celui qui a tué quelqu’un sur la route et qui prétend ‘‘qu’il n’est pas le seul’’ a sûrement raison. On compte plusieurs milliers de morts sur les routes chaque année. Mais pour autant, cela ne le débarrasse pas de sa responsabilité. »

       Ce recours à l’anonymat est un réflexe révélateur. Il signifie : j’ai peur du jugement, je n’existe plus… Et pour disparaître, le meilleur moyen est de se noyer dans la masse. Le but est de renoncer à son identité, qui fait que l’on est soi et pas un autre. Dans la panique, on rêve d’être n’importe qui, absolument quelconque. Pourtant, s’il y a bien une chose devant laquelle on est seul, foncièrement seul, c’est bien sa culpabilité ! Alors, pour la fuir, on est prêt à abandonner sa personnalité, sa différence sacrée, on se met à adorer le mimétisme, jusqu’au caméléonisme.

       Devant sa mort comme devant sa faute, l’homme est seul. C’est pourquoi, sans doute, on parle de « jugement dernier ». Le christianisme, en « inventant » la culpabilité, n’a pas nui à l’homme, il l’a exalté dans ce qu’il a d’unique ; il l’a poussé jusqu’au dernier retranchement de la personne. Dommage pour les psychanalystes et leurs épigones plus ou moins talentueux, la culpabilité est un « chef-d’œuvre » de la civilisation. Ajoutons, pour être complet, que le christianisme a aussi « inventé » le pardon.  Deuxième principe difficile à appliquer.

     

                                                                                        

     

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