• Sacrificiel 

     

     

    Les droits des animaux 

     

    La reconnaissance des droits des animaux est une histoire vieille de plusieurs milliers d’années, elle remonte au moment où nos ancêtres sont passés du sacrifice humain au sacrifice animal. En choisissant de sacrifier les animaux qui leur étaient les plus proches, les animaux domestiques, en les utilisant comme victimes expiatoires à leurs dieux, les humains les ont élevés au rang de quasi humains. Remplacer le sacrifié humain par un sacrifié animal, est le signe d’une avancée sans précédent dans la pensée symbolique, c’est un pas décisif dans le progrès de la civilisation, cela signifie de façon irréversible que l’animal a des droits équivalents à ceux d’un homme, puisqu’il le représente devant les divinités. Il n’y a pas de dignité plus élevée, sinon celle d’être roi. L’animal totémique, d’ailleurs, « agit » comme un roi tutélaire.

       Quelques millénaires plus tard, alors que le travail d’effacement des origines a fait son œuvre, des individus bien intentionnés découvrent qu’il ne faut pas faire de mal aux animaux. « Les défenseurs des droits des animaux jugent que ces derniers ne devraient plus être considérés comme des objets que l’on peut posséder ou utiliser, mais qu’ils devraient être considérés comme des personnes légales. » (source Wikipédia). Les « défenseurs des animaux » ne font finalement rien d’autre que ce que leurs ancêtres les plus lointains ont fait en les offrant en holocauste à leurs dieux jaloux : ils leur confèrent pareillement le titre de « personne ». Le paradoxe est aveuglant et embrouille les opinions. Les adeptes de la « libération des animaux » ont souvent chez eux des chats ou des chiens… Pourtant, en les ayant domestiqués, ils les ont esclavagisés, rien de moins.

       MAIS la culture chrétienne est passée par là. Il n’y a plus de « vraies personnes » que des victimes. Or les animaux sont incontestablement victimes de nos pratiques alimentaires, de nos loisirs (cirque, corrida, zoos), de notre consommation (chaussures, sacs). Pour les « dévictimiser », il nous faudrait tous devenir véganes et lutter contre l’emploi des laisses qui entravent les animaux… Pour les mêmes raisons que nos ancêtres archaïques, qui ont assimilé les animaux aux victimes humaines, nous reproduisons notre mimétisme avec l’animal, mais pour le résultat inverse.

       Ce pourrait être presque comique. Comme sont comiques ces messages à la fin des génériques de films, dans lesquels on a vu des humains s’entretuer allègrement dans une violence insoutenable, et qui précisent : « Aucun animal n’a été maltraité durant le tournage ». Les « personnes animales » ont souvent plus de chance que la plupart des « animaux humains ». 

     

     

     

     

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  • Mimétisme

     

     

    « Le plus grand commandement » 

     

    Retour à nos sources.

       Le dixième commandement du Décalogue dit : « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain, ni son esclave, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni quoi que ce soit qui lui appartienne.»

       Dans Matthieu, chapitre 22, versets 34 à 39, on lit : « Les pharisiens apprirent qu’il [Jésus] avait réduit au silence les sadducéens. Ils se rassemblèrent et l’un d’eux, professeur de la loi, lui posa cette question pour le mettre à l’épreuve: ‘‘Maître, quel est le plus grand commandement de la loi ?’’ Jésus lui répondit : ‘‘Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée. C’est le premier commandement et le plus grand. Et voici le deuxième, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.’’ »

       L’histoire du christianisme ─ la nôtre donc ─ est enfermée entre ces deux injonctions. Elle commence par une exclusion de la convoitise, c’est-à-dire de la jalousie, c’est-à-dire du mimétisme qu’on appelle aussi rivalité ou envie. L’ordre est négatif : tu ne feras pas ceci… Jésus, en interprétant la loi, inverse la perspective, il invite à aimer son prochain, c’est-à-dire son semblable, celui justement avec lequel nous avons le plus de ressemblance, celui avec lequel nous sommes le plus en rivalité.

       Il s’agit bien du même commandement. Mais puisque nous ne comprenons que les définitions négatives, il nous faut sans cesse revenir au dixième commandement du Décalogue pour accéder au sens du « deuxième » commandement de Jésus ─ en fait le premier, l’équivalent du premier. Notre culture est inscrite dans ce schéma : l’interdiction du mimétisme. Or, le monde moderne, à l’image de son économie, tourne radicalement le dos à ses sources, il ne fonctionne que sur l’injonction au mimétisme, il encourage à la concurrence, à la compétition, à l’antagonisme des égaux, à la dispute, il pousse à la lutte de tous contre tous. Le « progrès », inventé par les Lumières, de ce point de vue, est une immense régression.

       L’Histoire efface toujours les traces de ses origines et oublie ses fondements. Cette règle amnésique est universelle. Teilhard de Chardin l’a abondamment commentée. Le « progrès » passe-t-il nécessairement par un retour de l’archaïque ? En tout cas, un retour par l’archaïque ? Nous le constatons tous les jours. Mais à quel prix ? Pollution, destruction des ressources naturelles, sacrifice des espèces, injustice généralisée (mondialisée), terrorisme… Matthieu ─ mais aussi Luc, et Marc de même ─ rapporte encore ces paroles de Jésus au moment de la Passion, comme un avertissement : « Mon Père, dit-il, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (26, 42) Certains esprits modernes prétendent que la coupe est bonne à boire, qu’il n’y a rien de meilleure, qu’il faut l’ingurgiter jusqu’à la lie. Si nous les croyons, tant pis pour nous.

     

     

     

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  • Education

     

     

    Nos « valeurs » 

     

    Les nouvelles générations ne vivent pas sans repères ni valeurs contrairement à ce qu’on craint. Simplement les « valeurs » qu’elles se sont appropriées ne sont pas très reluisantes.

       Quelles sont, en effet, les « valeurs » laissées en héritage  aux êtres les plus influençables de la société ?  En voici une petite liste non-exhaustive :

       - l’argent (il faut être « plus riche que riche ») ;

       - la violence (banalisée par les médias, les jeux vidéo, etc.) ;

       - l’immédiateté (« je veux tout, tout de suite ») ;

       - la facilité (au bout de la télécommande) ;

       - la réussite clinquante (valeur essentielle de la génération StarAc’) ;

       - la compétition aveugle (avec son revers d’injustice) ;

       - l’envie (perversion de l’ambition) ;

       - l’autocongratulation (pudiquement rebaptisée « estime de soi ») ;

       - l’intolérance vis-à-vis des personnes (avec la « vanne » comme mode favori de dialogue).

       Ces substituts de valeurs (ou plutôt ces caricatures de valeurs) sont propagés par la machine marchande qui nous gouverne. Nos enfants sans dieu ni maître, autres que l’argent et l’envie, nous font peur. Nous ne voulons pas nous reconnaître en eux, et pourtant ce sont bien nos enfants ! Et nous entrevoyons, avec effroi, qu’ils nous préparent une forme de mondialisation sur le modèle de Sa majesté des mouches 

     

     

     

    Extrait de mon essai Et mon tout est un homme.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

    Magie du théâtre 

     

    PROSPERO vient de mettre fin à la féérie qu’il présentait à Ferdinand, et aux spectateurs du Globe par la même occasion. Il défait l’illusion et déclare :       

     

    ‘You do look, my son, in a mov’d sort,

    As if you were dismay’d. Be cheerful, sir.

    Our revels now are ended. These our actors,

    As I foretold you, were all spirits and

    Are melted into air, into thin air :

    And like the baseless fabric of this vision,

    The cloud-capp’d towers, the gorgeous palaces,

    The solemn temples, the great globe itself ─

    Yea, all which it inherit ─ shall dissolve,

    And like this insubstantial pageant faded,

    Leave not a rack behind.’ 

     

    « Eh bien, mon garçon, vous avez l’air tout ému,

    Comme décontenancé. Tout va bien, monseigneur.

    Nos divertissements à présent sont terminés. Nos acteurs,

    Comme je vous l’ai dit, étaient tous des esprits et

    Ils ont fondu dans l’air léger, ils se sont évaporés.

    Et pareils à cette chimère que vous venez de voir,

    Les tours couronnées de nuages, les palais somptueux,

    Les temples solennels, ce globe grandiose lui-même ─

    Oui, et tout ce qu’il contient ─ vont disparaître.

    À l’image de ce beau spectacle irréel évanoui,

    Ils ne laisseront pas la moindre brume derrière eux. » 

     

                       The Tempest, act IV, sc. 1, l. 148-156.

     

     

    À comparer à cet extrait de L’Échange de Paul Claudel : 

     

    « Le théâtre. Vous ne savez pas ce que c’est ? […]

    Il y a la scène et la salle. Tout étant clos, les gens viennent là le soir, et ils sont assis par rangées les uns derrières les autres, regardant.  […]

    L’homme s’ennuie, et l’ignorance lui est attachée depuis sa naissance.

    Et ne sachant de rien comment cela commence ou finit, c’est pour cela qu’il va au théâtre.
    Et il se regarde lui-même, les mains posées sur les genoux.
    Et il pleure et il rit, et il n’a point envie de s’en aller
    . »
     

     

     

     

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  • Portfolio

    Norman Rockwell 

     

    Enfances américaines

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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