• Shakespeare 

     

     

     

     

     

    Ne peut-on désirer trop de ce qui est bon ? 

     

    Orlando. Wilt  thou have me ?

    Rosalind. Ay, and twenty such.

    Orl. What say’st thou ?

    Ros. Are you not good ?

    Orl. I hope so.

    Ros. Why then, can one desire too much of a good thing?

     

    ORLANDO. – Veux-tu de moi ?

    ROSALINDE. – Oui, et de vingt comme vous.

    ORLANDO. – Que dis-tu ?

    ROSALINDE. – N’êtes-vous pas bon ?

    ORLANDO. – J’espère que si.

    ROSALINDE. – Eh bien, ne peut-on désirer trop de ce qui est bon ?

     

     Comme il vous plaira, As You Like It, act IV, sc. 1, l. 117-122

     

     

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  • Unité de l'espèce 

     

     

     

     Enfants du Sud-Kivu

     

    Totalité ou unité ?

     

    Le XXe siècle s’est caractérisé par l’accumulation des formes totalitaires de gouvernement. Les tyrans ont évidemment existé avant nous, à toutes les époques, mais à aucune comme la nôtre n’était apparue une organisation aussi raffinée. Hitler, Staline, Mussolini, Franco, Mao, Pol Pot, et quelques autres grandes figures emblématiques ont marqué leur temps. Certains sont encore vénérés. Quelques-uns sont toujours en place.

       Le totalitarisme capitaliste, quant à lui, a bien résisté. Toute la planète est désormais sous son pouvoir. Rien ne lui échappe : tout se vend, tout s’achète, toute la nature est exploitée et ses malheureux occupants avec. Triste Sud-Kivu. Les mots d’ordre sont management, productivité, compétitivité.  Certains trouvent leur avantage matériellement parlant. Je ne peux pas me plaindre, je fais partie de la minorité qui en profite. Mon confort est payé par le sacrifice d’autres humains. Malheureuses petites mains chinoises.

       Au totalitarisme industriel et au totalitarisme marchand d’origine, a succédé le totalitarisme financier. Né dans les deux dernières décennies du XXe siècle, on l’appelle mondialisation. Nous vivons, à n’en plus douter, dans un monde de totalité.

       Or, comme le dit Albert Camus, ce n’est pas la totalité que nous visons, c’est l’unité. La totalité, c’est un désir d’unité « dégradé », dit-il. Cette visée, ce désir d’unité sont irrésistibles. La « montée vers l’universel », qui doit réaliser l’unité des vivants, a été pervertie par sa caricature : le totalitarisme. Notons que c’est chaque fois pour le bien de l’humanité toute entière et la gloire du « genre humain » qu’on a chanté « la lutte finale », en allongeant la liste des victimes broyées par les révolutions (capitaliste aussi bien que communiste). Vous avez beaucoup souffert : encore un effort, camarades !

       Avec la mondialisation, on continue de « totaliser », d’accumuler, d’entasser, de compacter, de mettre en règle, alors qu’il faudrait distribuer, élargir, donner sa chance à tous, et d’abord aux petits. Au monde monochrome (plutôt noir) qui se répand comme une tache d’encre, il faudrait substituer un monde chatoyant, multicolore, bariolé ! L’unité n’est pas affaire de totalité mais de diversité. Le seul « uniforme » qui nous aille, c’est l’habit d’Arlequin.

     

     

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  • Culpabilité 

     

     

     

    Pina Bausch 

     

    Pourquoi t’as tout éteint ?

     

     

    L’utilisation systématique du sombre, du noir, l’absence de lumière, au cinéma, au théâtre, dans la mode vestimentaire, dans les arts en général, sont révélatrices d’un comportement collectif inquiétant. Que cherche-t-on à dissimuler ? Qu’est-ce que nous ne voulons pas voir ? Sans jeu de mots, il s’agit bien d’une poussée d’obscurantisme. Nous jetons dans l’obscurité ce qui nous gêne. En terme girardien, nous avons affaire à la méconnaissance, qui va de pair avec la révélation de la violence sacrificielle, notre violence sacrificielle.

       Plus notre conscience avance et nous savons désormais reconnaître les vraies victimes plus avance aussi notre culpabilité, et aujourd’hui elle est globale. Nous ne sommes pas innocents du dernier massacre à Kaboul, de l’exploitation de la misère en Afrique, de l’injustice faite aux femmes, aux homosexuels, etc. Tout simplement parce que nous savons. Nous ne pouvons plus faire comme si nous ne savions pas. Nous ne pouvons pas être pardonnés pour notre ignorance. L’extraordinaire montée de la conscience* nous oblige, et elle est vraiment mondiale. Évidemment, cela est insupportable. Nous cherchons, comme les premiers sacrificateurs, à nous cacher cette vérité. Nous n’allons pas jusqu’à penser que les victimes sont seules coupables, qu’après tout, elles l’ont bien cherché encore qu’on trouve ici ou là quelques fondamentalistes, des extrémistes, des Tea Party et autres antimondialistes que ce genre de post-vérité ne dérange pas. Que nous le voulions ou pas, nous avons tous, collectivement, des comptes à rendre sur l’état de la planète : l’état de la justice, l’état de la nature, etc.

       Et si le progrès s’accompagnait d’une merveilleuse reconnaissance de notre culpabilité ? Quelle lumière sommes-nous capables de jeter sur nos actions comme sur nos inactions ? On en est loin encore… mais pas si loin, finalement.

     

     

     

    * appelons-la « conscience collective », ou « noosphère » comme Teilhard de Chardin.

     

     

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  • Éducation 

     

     

     

     

     

    Vocation

     

    Au bout de la vocation, nous trouvons une personne, comme la définissait le philosophe Emmanuel Mounier : « De qui relève l’éducation de l’enfant ? […]. Quel est son but ? Il n’est pas de faire mais d’éveiller des personnes. Par définition, une personne se suscite par appel, elle ne se fabrique pas par dressage. »  La personne est un « être-vers », pas seulement un « être-là ». Cet « être-vers » ne demande qu’à advenir. L’enfant est un être voué.

      Le maître n’a pas à se soucier de savoir en quoi son élève est doué, mais à quoi il est voué. Bien que cette vocation soit unique, singulière, l’enfant ne la connaît pas toujours clairement lui-même. C’est alors au maître de faire la lumière. Plus fondamentalement, le maître est cette lumière. J’aime cette idée d’un enseigneur source de lumière. Cette source, extérieure à l’enfant, un peu distante, un peu haute, lui sert d’inspiration. Par nécessité, le modèle est « au-delà ». Qui parle ? D’où parle-t-il ? Le savoir se nourrit de la connaissance que l’on fait lentement de son maître. Bien sûr, il restera toujours lointain, inaccessible ou il paraîtra tel, même après que l’élève laura dépassé. Jai connu nombre d’élèves que jai découverts plus intelligents, plus brillants que moi. Je le savais, eux ne le savaient pas…  Le bout de route que nous avons fait ensemble m’a comblé de bonheur. Eux ne s’en souviennent peut-être pas.

     

     

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  • Portfolio 

     

     

    Le garçon qui pleure

     

    Résidu archaïque de l’entrainement obligatoire au combat il fallait bien protéger les femelles et leurs petits dans la horde primitive –, la répression de l’émotion chez les garçons continue d’être considérée comme une vertu. En oubliant la frustration qui l’accompagne et les conséquences néfastes d’une telle censure. On sait aujourd’hui qu’un Q.I. non contrôlé par un Q.E. équilibré gêne à la prise de décision. Pas d’émotions pour un soldat : on lui demande de ne pas penser. Mais s’agissant d’un adulte accompli, la répression des émotions est une cause d’irresponsabilité, aggravée par le fait que cette répression est occulte (elle opère par méconnaissance).

       Le mélodrame et le conte « à l’eau de rose » sont bons pour les filles. Quel mépris pour « le sexe faible » ! Mais le garçon, lui, doit se montrer résistant aux émotions. Quand on dit « se montrer », on révèle qu’il n’est pas exempt d’émotions, mais il doit d’abord les cacher faute de les contenir complètement. Quant aux hommes qui « ne ressentent rien », il faut plutôt les plaindre que les critiquer, voire les craindre. Le « Che » n’éprouvait rien, dit-on, en écoutant de la musique. Il ne faisait pas la différence entre une berceuse et une marche militaire. Il était également capable d’exécuter froidement, dans le stade de La Havane, pendant la Révolution cubaine, les opposants au nouveau régime. Quel homme ! Imagine-t-on le « Che » en larmes ? Imagine-t-on Poutine en train de pleurer ?

       Nous sommes conditionnés à aimer les brutes.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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