• Shakespeare

     

     

     

    Suis-je un lâche ?

     

    ‘Am I a coward ?

    Who calls me “villain” ? Breaks my pate across ?

    Plucks off my beard and blows it in my face ?

    Tweaks me by the nose ? Gives me the lie i’ th’ throat

    As deep as to the lungs ? Who does me this ?’

     

    « Suis-je un lâche ?

    Qui dit que je suis mauvais ? Qui me casse la tête ?

    Qui m’arrache la barbe pour me la jeter à la figure ?

    Qui me tord le nez et me renvoie mes mensonges dans la gorge

    Jusqu’aux poumons ? Qui me fait cela ? »

     

    Hamlet, Act II, sc. 2, l. 530-534

     

     

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  • L'universel 

     

      

    La diversité universelle 

     

    Il faut toujours en revenir au commencement. Y a-t-il un homme universel ? Existe-t-il une nature humaine ? Est-elle modifiable sans se pervertir, sans se renier ? Éduquer ne revient-il pas toujours à créer de toutes pièces un individu non naturel ? « Si on aime quelqu’un, on l’aime tel quel, disait François Truffaut. On ne veut pas le changer. Parce que si on réussissait, il ne serait plus lui. »  Combien de systèmes éducatifs n’ont eu d’autre but que de fabriquer « l’homme idéal » pour n’aboutir qu’à la réalisation de monstres ? Tous les régimes totalitaires ont pratiqué le rapt d’enfants pour assouvir leur volonté de puissance. On en tremble d’effroi.

         La diversité universelle n’a de sens que dans le mélange général. Tout ce qui rapproche, accroche, joint, soude et attache… fabrique de l’universel à partir de la diversité. Ce qui se partage et ne s’achète pas (avant que les marchands ne s’en emparent), l’eau, l’air, les saisons, mais aussi les émotions, l’affection, l’irrépressible « besoin » que nous avons des autres, tout ce qui forme et fonde des ensembles, mouvants, changeants (mais aussi résistants), tisse l’universel avec les fils de la diversité. Tout ce qui englobe (l’environnement naturel, et plus encore l’environnement culturel) fait du tout avec du partiel. Tout ce qui rassemble contribue au tout de l’homme.

     

     

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  • Les Sonnets 

     

      

    Sait-on aimer ?

    De la méconnaissance à la vérité

     

    Globalement, les Sonnets « parlent » d’amour, de séduction, de passion, de jalousie, de joie suffocante et de bonheur impossible, d’espérances et d’insatisfactions perpétuelles, de rivalités, de calomnie, de l’inconstance de la beauté et du besoin jamais assouvi que nous avons d’être aimés. Le thème majeur est celui du désir. Le désir est l’énergie de notre existence, son combustible (Shakespeare parle de ‘substantial fuel ’ au sonnet 1, vers 6). En même temps, le désir est ce qui nous pousse dans toutes les impasses, vers tous les échecs, d’où ce cri final au sonnet 147 (vers 8) : ‘Desire is death ’, « Le désir c’est la mort ». Shakespeare parcourt tout le chemin qui va de l’éblouissement aveugle (qu’en terme girardien on appelle la méconnaissance) à la vérité sur le désir, une révélation qui est le produit de la conscience, ainsi qu’il le proclame au sonnet 151 (vers 2) : …who knows not conscience is born of love ? ’, littéralement : « qui n’a pas compris que la conscience naît de l’amour ? »

       La conscience, c’est le désir maîtrisé.

     

     

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  • Sacrifice 

     

     

     La maison des esclaves à Gorée :

    une parmi combien de centaines d'autres ?

     

    De l’esclavage

     

    La théorie qui veut que la « cause » de l’esclavage soit d’abord économique laisse à désirer. L’idée, chère à Voltaire, qu’il fallait des nègres dans les champs de cannes à sucre pour que la prospérité de l’Europe fût assurée, est trop courte. L’argument était tenu par les esclavagistes eux-mêmes. Quant aux esclavagistes modernes, qui justifient la misère des petites filles éthiopiennes qui produisent des vêtements « à bas coût », ils font la même chose. Le commerce triangulaire, c’était aussi de l’économie « à bas coût ». Mais le compte n’y est pas. L’abolition officielle de l’esclavage au XIXe siècle n’a pas ruiné l’Europe – pas plus que le traitement décent des petites Éthiopiennes ne ferait s’effondrer l’économie mondiale… Il faut comprendre plus loin.

       En marchant dans les rues étroites de l’île de Gorée, la gorge serrée et la colère en boule dans le ventre, on ne peut pas se contenter de la théorie du « bas coût ». Les Juifs n’ont pas été exterminés pour des raisons économiques. Ce serait faire insulte à leur mémoire que de le prétendre. Pareillement des Africains déportés aux Amériques. Les quelques Afro-Américains qui ont prétendu « chiffrer » le coût de la traite et demander réparation, deux siècles plus tard, ont aggravé la thèse « économique ». Cela revient à dire que, finalement, ils n’ont pas été payés le juste prix. Ça aurait été quoi, le juste prix ? Voilà une idéologie qui fait froid dans le dos.

       Si la « thèse économique » a les faveurs de beaucoup, c’est qu’elle est commode. Elle « explique » ce qui est injustifiable. Elle fonctionne d’autant mieux qu’elle tait l’essentiel. Elle est un gros masque de méconnaissance. Et que cache-t-elle sous son apparente logique ? Tout simplement le péché de l’Occident. La civilisation sortie du christianisme n’a aucune légitimité pour admettre l’esclavage elle, moins qu’aucune autre. Le christianisme a connu le succès que l’on sait sur la base de la libération de tous les esclaves. De fait, la sortie de l’Antiquité s’est produite au moment où les humains se sont libérés de cette malédiction atavique. Quand le Moyen Âge a renoué avec le servage, cela n’a eu qu’un temps. La « victoire » de la civilisation est scellée par la proclamation de la citoyenneté universelle.

       Comment expliquer, dès lors, que la civilisation qui a libéré l’homme c’en est le signe distinctif s’est reniée elle-même au point de retomber dans la barbarie de la traite d’êtres humains ? C’est que le « méchant » n’est jamais définitivement vaincu. Le mal ou pour mieux le nommer : le péché mord toujours. L’esclavagisme, perpétué sur quatre siècles, a été une formidable régression de l’Occident par rapport à ses fondements. Peut-être une régression irréversible, tandis que la Renaissance annonçait l’achèvement de l’homo faber. Cette régression a été suivie par des guerres de plus en plus sanglantes, conclues en apothéose à Hiroshima. Elle se prolonge dans l’injustice croissante faite à 90% de l’humanité. Comment se débarrasse-t-on d’un péché aussi lourd ? Peut-être par la contrition. Mais qui connait encore aujourd’hui le sens du mot « contrition » ?

     

     

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  • Citation 

     

     

    Jalousie

     

    « Jalousie ? Je m’en croyais prémuni. C’est face à face qu’on reconnaît l’ennemi. »

     

                                         Marc Guiguet 

     

     

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