• Éducation

     

     

     

    Homo faber

     

    On enseigne aux petits esprits vierges à admirer très tôt la technologie toute puissante. Par facilité, par obéissance, par distraction aussi, ils succombent à cette vénération (et puis, de toute façon, « ils devront vivre avec elle, c’est l’avenir ! »). Tout le monde a déjà assisté à cette scène surréaliste, et plutôt comique, de l’enfant à qui l’on vient d’offrir un beau cadeau électronique (un jouet téléguidé, ou un petit robot qui marche tout seul) et qui préfère jouer avec le carton d’emballage, tellement plus créatif, tellement plus modelable, si parfaitement adapté aux besoins du petit homo faber.

       Cherchez l’erreur.

     

     

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  • Crise du désir

       

    Dieu est mort : et après ? 

     

    La fin du religieux :

    pour quel commencement ?

     

    Malgré l’idée répandue – et attribuée abusivement à André Malraux – qui prétend que le « XXIe siècle sera religieux », il semble bien plus sûr que nous vivons la fin du religieux. La désacralisation généralisée, qui suit la déchristianisation, et qui s’accompagne d’une mondialisation laïque, est dans la logique même du message évangélique qui a déclenché la fin du sacré.

       Cette crise du religieux se manifeste de façons souvent contradictoires. Pour une part, elle apparaît comme une énorme « crise mimétique », comme René Girard l’a décrite, à l’échelle mondiale. Le déchainement du matérialisme, qui touche même les musulmans les plus croyants et les plus assidus, nous mène vers une crise du désir qui est en réalité une perte du désir, un dépérissement du désir. Comment renoncer à la richesse, aux avantages de la prospérité ?

       Comme toutes les crises majeures, cet effondrement est caché par une exacerbation des désirs – essentiellement des désirs marchands ! Cette crise du désir est une forme grave d’acédie, « une maladie de l’âme », comme l’appelle Jean-Claude Guillebaud*. C’est aussi une crise des modèles – décrite généralement comme une « perte de repères ». Nos contemporains ne veulent plus de modèles, obsédés qu’ils sont par leur autonomie, leur moi-je, leur culture selfique. La perte des modèles s’accompagne logiquement de la crise de l’autorité – à l’école, à la tête des États, parmi les intellectuels, partout.

       Ayant lu Marcel Gauchet, nous ne pouvons pas nous étonner du phénomène : nous vivons bien la fin du religieux. Ce qui est surprenant, c’est la résurgence, ici ou là, de manifestations religieuses extrémistes spectaculaires. Mais ne s’agirait-il pas plutôt du chant du cygne des archaïques ? Pour Jean-Claude Guillebaud, « plus une croyance est fragile et inquiète, moins elle est assurée, plus elle devient dogmatique. Ce sont les croyances faibles ou immatures qui engendrent mécaniquement l’intolérance. » Le terrorisme n’est pas une manifestation de force, c’est un cri de désespérance de pauvres esprits ayant perdu toute lumière. Paradoxalement, le terrorisme médiatisé à outrance nous distrait de l’essentiel : le déclin du religieux. Drôle de distraction !

       René Girard a beaucoup parlé de la violence de la crise mimétique, il n’a quasiment rien dit sur l’essoufflement du désir. Il y a là des concepts nouveaux à inventer. Le véritable problème, angoissant et presque sans réponse aujourd’hui, est celui-ci : puisque le religieux s’efface, par quoi allons-nous le remplacer ? Sûrement pas par du religieux laïque parfois aussi belliqueux et intolérant que les croyances qu’il prétend combattre. Pas davantage par le gavage des 7 milliards d’humains à l’image des Occidentaux repus. La planète ne le supportera pas. Sur quelles bases pouvons-nous alors construire du « vivre ensemble » ? Sommes-nous vraiment capables d’inventer une culture et une civilisation nouvelles sans fondement religieux et sans origine violente. Sinon, par quelle violence devrons-nous passer pour « refonder le monde » ? Question absurde puisque nous voyons bien que la violence ne fonde plus rien. Les terroristes le démontrent tous les jours. Ce qui n’est pas fondé sur la violence peut-il être fondé sur l’amour ? On ose à peine poser la question tant elle paraît déstabilisante. Et pourtant !

       À quel commencement assistons-nous ?

     

     

    * Jean-Claude Guillebaud, La foi qui reste, L’Iconoclaste, 2017.

     

     

     

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  • Portfolio : les cinq sens

     

    La vue

     

     

     

     

     

     

     

              « Fermons les yeux pour voir. » 

     

    James Joyce

     

     

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  • Éducation 

      

     

    Perte de mémoire

     

    Tout en se battant contre la chronologie en Histoire et en Lettres, l’École a attaqué sur un deuxième front. La mémoire individuelle, la mémoire tout court a été dégradée à un niveau subalterne, elle ne mérite même pas une évaluation…  Encore un peu tolérée en classes primaires (vraiment très primaires) avec les tables de multiplication et quelques récitations, elle est ostracisée dans le Secondaire, dédaignée souverainement dans le second cycle. On a réussi à convaincre les élèves que la mémoire est à l’usage exclusif des imbéciles. Tout ce qu’il importe de faire à l’École désormais, c’est de s’informer et de discuter. Retenir semble faire partie des activités qui vont de soi. Or, je constate que la mémoire ne va pas de soi : elle repose sur la concentration, la répétition, le désir. Elle fonctionne aussi avec l’attente : ce que je retiens, c’est pour demain, pour plus tard. La mémoire est « l’organe » du futur.

       Sans mémoire pour le futur, que reste-t-il à la petite boule folle qui tourne sur elle-même ? Il ne lui reste que son étourdissement. Nous assistons au triomphe du court terme. Le retour sur investissement doit être rapide. Le futur est aussi opaque ou dangereux. Le futur est dangereux parce qu’il est opaque. Même la littérature d’anticipation manque dramatiquement d’imagination. La science-fiction, sous toutes ses formes écrites et visuelles, est vieillotte. Ah ! la Guerre des Étoiles, avec ses armures en plastique bon marché et ses sabres au laser toc (on dirait plutôt des tubes au néon). Je ne comprends pas qu’elle ne fasse rire personne. Quant aux effets spéciaux : un peu de pyrotechnie et des coups de grosse caisse. Les spectateurs du temps de Molière s’amusaient autant au théâtre à machinerie. Voilà ce qui justifie l’ignorance de l’Histoire : les vieilles recettes paraissent nouvelles à ceux qui ne les ont jamais connues auparavant. Et l’on prétend la génération nouvelle désenchantée. Je n’en connais pas de plus ingénue !

     

       

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  • L’universel

     

     Crédit : UNICEF

     

    La globalisation marchande

     

    Vite récupérée par la machine marchande, alors que celle-ci n’en est pas à l’origine, la mondialisation a connu, en s’accélérant au XXe siècle, un boom extraordinaire. Tout a explosé. Les riches se sont enrichis comme jamais auparavant. Conjointement à l’enrichissement des riches, la paupérisation des pauvres va grandissant. Elle se globalise, en quelque sorte. Peut-être pas en chiffres absolus, mais sûrement par la différence abyssale des revenus. L’illustration la plus crue est à rechercher dans le domaine de la santé. D’un côté, plutôt au Nord et à l’Ouest de la planète, certains représentants de l’espèce humaine peuvent dépenser des sommes colossales pour des soucis d’ordre strictement esthétique, pour se refaire une « image ». De l’autre côté, plutôt au Sud, on meurt toujours d’une piqûre de moustique. Le fossé, l’abîme qui séparent la santé des riches de la santé des pauvres révèlent à quel point l’égalité proclamée entre les hommes est bafouée, et comment l’humanité a renoncé lâchement à l’universalité. C’est ainsi que s’est mise en place une mondialisation SANS universalité.

     

    Extrait de Et mon tout est un homme.

     

     

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