• La personne entière 

     

     

     

     

     

    L’âme et le corps

     

     

    L’esprit commence dans le corps, il n’est pas détaché du corps. L’intelligence est dans la main autant que dans la tête. L’âme est dans le corps autant que dans l’esprit. Que se passe-t-il à notre mort si l’âme se sépare du corps ? Il n’est pas sûr qu’elle s’en sépare. Peut-être reste-t-elle dans le corps et l’âme qui s’en va est celle de l’esprit. Ainsi l’âme des morts n’est-elle que la moitié de leur âme. Mais probablement que cette demi-âme vaut pour le tout. Et quand nous ressuscitons, l’âme du corps rejoint l’âme de l’esprit qui a erré en attendant sa moitié perdue. Que cela doit être beau, à ce moment-là !

     

     

     

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  • Éducation

     

    La joie d’éduquer

     

    Plus de treize milliards d’années après le big bang, aux confins extrêmes ou à la bordure de l’univers, là où je me trouve, je me sens investi du devoir de continuer la Création et je sens que mon énergie est intacte comme à l’infime première parcelle de la première seconde du grand commencement. Ce n’est pas l’ennui qui vous guette quand vous avez six milliards et plus de semblables tous différents à rencontrer. Il n’y a pas de raison de vous décourager quand vos interlocuteurs ont cinq ans ou quinze ans, et qu’ils sont beaux, et qu’ils ne demandent qu’à découvrir de quels désirs ils sont capables ! 

       La joie d’éduquer ne se satisfait pas de petits expédients. Le partage n’est pas un marchandage. L’enseigneur n’est pas un distributeur de culture, c’est un inventeur de relations, un « semeur d’hommes », comme le disait Léopold Sédar Senghor. Il est la navette, jamais en repos, du grand métier à tisser universel de l’hominisation. À la fin d’une heure de cours, je me suis souvent demandé combien de synapses nouvelles mes élèves avaient pu créer, combien de mises en relation inattendues avaient été faites, combien d’ouvertures s’étaient présentées pour de nouveaux attachements. À combien de nouveaux objets toutes ces relations s’attacheraient-elles ? À y regarder de près, il semble qu’il ne se soit pas passé grand-chose depuis le big bang, tant il reste à faire. Le travail est loin d’être terminé.

       Il reste à accomplir, à révéler, à vivifier des êtres qui ne demandent qu’à s’émerveiller ─ l’étonnement est la première vertu du philosophe, c’est aussi celle du nouvel éduqué ─ dans le chatoiement et l’incandescence des désirs enfantins. Le feu est prêt à prendre, la mèche attend une simple étincelle. Et dire qu’il me suffit d’être cette étincelle, toujours la même depuis le premier magnifique feu d’artifice de l’univers quand il n’était qu’un point minuscule. J’ai ce pouvoir et je ne l’exerce que si je ne le garde pas pour moi. Si j’étais savant, je pourrais dire que l’éducation est une branche de l’anthropologie, peut-être sa branche majeure. Si j’étais philosophe, je dirais, comme Giuseppe Fornari, que « l’éducation ne regarde pas seulement la transmission de la culture mais la formation et l’existence même de l’être humain. »

     

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  • Mimétisme 

     

     

     

     

    Stigmatiser

     

    La grande hantise des éducateurs, des gens des médias, des « politiquement corrects », des psychologues, des spécialistes de la com., c’est de se rendre coupable de stigmatisation. Qu’est-ce-à-dire ? Qu’est-ce que ce nouveau tabou apparu tardivement dans notre monde déchristianisé ?

       Originellement, le mot veut dire marquer un condamné au fer rouge. Le coupable devait porter la marque de son infamie jusqu’à la fin de ses jours. Il n’y avait pas de rémission possible. Les Puritains américains ont inventé, au XVIIe siècle, la Lettre écarlate (qui a donné à Nathaniel Hawthorne le thème d’un roman magnifique). La coupable, qui avait enfanté hors mariage, devait porter sa honte publiquement, devant la « communauté », sous la forme d’une lettre rouge cousue sur son vêtement : A pour adultère. Aujourd’hui, par effet de dévaluation des mots (suite à leur inflation), stigmatiser veut simplement dire faire honte. Pourquoi ne dit-on pas « faire honte » ? La notion paraît désuète, tandis que « stigmatiser », ça a une autre allure !

       Dans notre civilisation hyper mimétique, soumise à l’hégémonie de l’image, la honte n’a jamais connu de jours meilleurs. Nous ne culpabilisons plus, nous voilà débarrassés de cette « tare judéo-chrétienne ». Nous avons remplacé le péché par la honte. Ou plutôt, le péché ayant été rejeté bruyamment par la porte, la honte est revenue discrètement par la lucarne mal fermée. Elle prend toutes les formes de harcèlement possibles. Elle repose sur la comparaison incessante, jusque dans les palmarès, les concours, les « jeux », les scores sur Facebook ou Twitter, la mise en concurrence des employés des entreprises auxquels on fixe des objectifs comparatifs. Quand avez-vous relevé le nombre de likes sur votre nom pour la dernière fois ? La honte remplace notre conscience qui, ô horreur, pourrait nous faire culpabiliser. Notre culture est celle de la sélection, de l’élimination, du rejet, mais nous ne devons pas le dire.

       Le tabou de la stigmatisation est un cache-misère, tandis que nous sommes obsédés par la comparaison, la dispute, la gagne. Si vous restez à côté du podium, vous êtes nul ! La stigmatisation de la stigmatisation est un serpent qui se mord la queue.

       Peut-on, pour autant, accepter qu’on stigmatise les handicapés, les autistes, les homosexuels, les étrangers, les SDF, toutes les minorités qui ne sont pas « conformes » ? Il faudrait aussi renoncer à la comparaison bête, à la concurrence déchaînée, à la mode, à la pression médiatique, aux hit-parades, aux classements, à toutes les formes de compétition.

       Allons plus loin. Pourquoi la stigmatisation est-elle si effrayante ? Parce que, comme la honte, elle ne s’efface pas.  « La honte ne meurt pas », dit Shakespeare dans Richard II. On peut pardonner une faute, mais on ne peut pas effacer la trace de la honte. L’infamie est indélébile comme un tatouage. « Faire honte » est un péché, mais nous ne savons plus ce qu’est un péché, nous ne savons même pas le nommer.

     

    *

     

    Si vous êtes d’accord, ne cherchez pas à cliquer sur le cœur   j’aime. Je n’en ai pas mis.

     

     

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  • Portfolio : les cinq sens

     

    Le goût

     

         « Le goût est un baiser que la bouche se donne. »

      

    Michel Serres

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • État de conscience 

     

     

     

     

     

     

    La catastrophe inutile

     

    Blindés par l’avalanche de mauvaises nouvelles qui inondent les médias quotidiennement, nous nous moquons comme d’une guigne des vraies catastrophes – notamment écologiques. C’est malin !

     

     

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