• Mimétisme 

     

     

     

     

     

     

    Humain, forcément humain

     

    Il n’y a rien que nous percevons que nous n’assimilions à de l’humain. Montaigne le savait. « Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition », disait-il. Mais la proposition ne s’arrête pas là. Elle ne s’arrête même pas du tout. Tout ce que nous touchons, nous l’humanisons. Tout ce que nous pensons, ressentons, jugeons, admirons, est « enrobé » d’humain. Tout ce que nous savons de la nature, c’est grâce à notre culture que nous le savons. Même ce que nous croyons n’avoir pas appris passe par notre culture. Il n’y a pas de savoir sans apprentissage, façonné par le langage. Nous parlons tous une langue humaine. Tout ce que nous regardons est filtré par nos représentations. Ce que nous appelons rouge n’est rouge que parce qu’on nous a appris à reconnaître le rouge. Il n’y a pas plus de vérité entre le dessin de l’atome et l’atome lui-même qu’entre Roméo et Juliette et l’amour. 

       Notre empathie naturelle, notre mimétisme spontané, font que   nous voyons de l’humain partout autour de nous. Nous parlons à notre téléphone comme s’il pouvait nous répondre personnellement. Hélas, les marchands ont fabriqué des téléphones qui enregistrent notre voix et qui « répondent ». Souvent n’importe quoi, mais ils répondent ! Nous insultons notre GPS quand il nous donne une mauvaise indication, en fait, une direction que nous ne voulions pas : nous lui prêtons des intentions. Les nouveaux robots sont conçus avec des « yeux », des « bras » et des « jambes », non pas parce qu’ils en ont besoin, mais pour nous rassurer, pour les rendre familiers. Sinon, nous verrions aussitôt que ce sont des machines, et plutôt bêtes dans l’ensemble…

       Ce réflexe, c’est ce que nous appelons de l’animisme. Nous rejetons l’animisme comme appartenant aux cultures primitives, or, nous faisons la même chose. En pire, évidemment, puisque nous sommes convaincus d’être objectifs, rationnels, matérialistes. Telle est la grande illusion des post-modernes ! Les découvertes récentes sur l’empathie nous apprennent que le petit d’homme, à peine né, imite son environnement, il se focalise exclusivement sur son environnement humain. Et heureusement pour lui. Comment s’humaniserait-il autrement ?

       Les étonnements naïfs des éthologues et autres défenseurs de la cause animale reposent sur la reconnaissance, chez les animaux, de comportements qui ressemblent aux nôtres. Et comment ces doctes observateurs reconnaîtraient-ils des comportements qui ne ressemblent pas aux nôtres ? Ils ne le pourraient pas. Ils passeraient simplement à côté. Leur observation est faussée par leur science même. Les animaux que nous observons ne sont pas des animaux naturels, ce sont des animaux observés, passés au crible de notre intelligence.

       Dans un avenir pas si lointain, les enfants « hors sol » qui seront conçus in vitro et naîtront après une gestation « hors utérus », ne seront certainement pas nostalgiques du lien originel qui unissait leurs lointains ancêtres à leur mère. Élevés par des petits robots gentils qui ne les contrarieront jamais, débarrassés de leur « environnement humain », à quoi ressembleront-ils ? Quand ce temps arrivera, j’espère qu’il restera quelques grands singes pour les prendre en charge et recommencer le long processus d’hominisation qui aura été interrompu.

     

     

     

     

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  • Éducation 

     

     The runaway by Norman Rockwell

     

    Comment le petit d’homme

    devient-il un homme ?

     

    L’émergence du petit d’homme en tant que personne est une chose merveilleuse et complexe. Pour s’affranchir, il doit partir. Mais il ne peut partir seul. « Je » veut atteindre « tu », mais pour cela il a besoin d’un « il », ou d’un « elle », c’est-à-dire d’un maître, d’un guide, d’un modèle. À qui veut-il ressembler ? La première personne veut s’incarner dans la deuxième personne, mais ne le peut pas sans l’aide (l’appui, la main, le souffle) d’une troisième personne. La personne humaine ne « se » construit pas, à proprement parler, elle « se » conjugue. Advenir à l’humanité n’est pas un petit jeu binaire, c’est un grand mystère trinitaire.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

     

     

    Ceux qui dissimulent leurs forfaits

     

    CORDELIA.

    Time shall unfold what plighted cunning hides : 

    Who cover faults, at last shame them derides.

     

    Le temps dévoilera ce que la ruse cache sous ses replis :

    Ceux qui dissimulent leurs forfaits, la honte finit par les faire choir.

     

                                                      King Lear, act I, sc. 1, l. 284-285.

     

     

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  • Iconoclastes 

     

     

    Jérôme Bel

     

    Que faire de la transgression

    s’il n’y a plus de tabou ?

     

    Dans le domaine de la transgression, les « artistes » littéralement se surpassent. Les tabous se faisant numériquement de plus en plus rares, il devient difficile de choquer sur scène, dans les films ou dans les livres. Frustré de n’avoir plus de barrière à franchir, l’individu ne se sent plus exister. N’exerçant plus son audace, ne pratiquant plus l’outrage, il se morfond dans les conventions. Que faut-il briser pour sortir de la routine et rejoindre la cohorte bienheureuse des exclus ? Il est indispensable de se persuader qu’on va toujours plus loin que les autres. En matière de sexualité, par exemple, les artistes n’ont plus grand-chose à cacher. Aussi leurs « audaces » consistent-elles, la plupart du temps, à affirmer d’un air outragé que tous les tabous ne sont pas encore tombés. Grands sauveurs d’une humanité aveuglée par des siècles d’abrutissement judéo-chrétien, ils arrivent à temps pour nous libérer des vilains interdits qui nous aliènent, disent-ils. Et les voilà transcendés ! Ils créent de la censure pour pouvoir prétendre qu’ils s’en moquent. Ils jouent à se faire peur, mais le grand méchant loup est mort et les enfants ne rient plus !

       En matière de spectacle de la violence, le champ est encore plus largement ouvert. Il est facile de pratiquer la surenchère dans l’horreur banale, de la montrer et de s’en repaître. Le sang fait toujours son petit effet. Mais où est l’audace ? S’étourdir de la violence est l’acte le plus banal, le plus primitif, le plus archaïque qui soit. Nos artistes « modernes », en avance sur leur époque, comme ils veulent s’en convaincre, auraient dû logiquement tourner le dos à ce genre de représentation éculée depuis longtemps. Mais rien n’y fait. La « hardiesse » de certains d’entre eux est affligeante, tant elle relève d’une pensée niaise. Michel Henry compare ce type de divertissement à la description que donne l’Apocalypse d’un spectacle qui consiste à « animer la statue de la Bête de telle façon que la statue de la Bête parle. » (saint Jean, 13,15).

        L’idée qu’il n’y aurait bientôt plus de tabou paraît sacrilège et désespère les transgresseurs eux-mêmes. Il est iconoclaste d’affirmer qu’il n’y a plus d’idoles à brûler, que la transgression tourne à vide et que les transgresseurs à la fin nous ennuient ! Il n’y a plus de règles auxquelles il faille désobéir. Le désœuvrement nous guette.

       

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  • Mon nouveau roman 

     

     

     

     

     

     

    Quand il débarque à Dakar pour la première fois, François La Marck ne connaît de l’Afrique que ce qu’il en a rêvé. Il part travailler à Saint-Louis comme anesthésiste, au début des années soixante, au lendemain des « indépendances ». L’expérience qu’il va traverser lui fera découvrir un continent au-delà de toutes ses attentes. Il s’attachera à des personnes uniques, aux personnalités singulières. Il connaîtra la passion autant que les souffrances. Il en sortira métamorphosé.

     

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    Bien que j’aie largement puisé dans mon expérience au Sénégal, où j’ai enseigné pendant quatre ans au Prytanée Militaire de Saint-Louis dans les années 70, mon roman est d’abord une fiction, une pure fiction. Les événements sont imaginaires, autant que les personnages, même si les rencontres que mon héros est amené à faire, sa découverte étonnée de l’Afrique, ses émotions, les liens qu’il noue et la transformation qu’il connaît à travers son aventure singulière sont inspirés par mes souvenirs toujours vifs du Sénégal.

       Comme mon personnage principal, jeune et innocent, j’étais parti pour donner le meilleur de moi-même, et je suis revenu en ayant reçu infiniment plus que ce que j’avais donné. Mon roman, je l’espère, manifeste toute ma gratitude envers un pays, un continent, que j’ai adorés et où je compte encore d’excellents amis.

     

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      Pour commander le livre, cliquer sur le lien : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=54110

     

     

     

     

     

     

     

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