• Shakespeare

     

    Frank Bernard Dicksee

    Passion païenne 

     

    FRIAR LAWRENCE 

    O deadly sin ! O rude unthankfulness !

    Thy fault our law calls death, but the kind prince,

    Taking thy part, hath rush’d aside the law,

    And turn’d that black word “death” to “banishment” :

    This is dear mercy, and thou seest it not.

    ROMEO 

    ’Tis torture and not mercy ; heaven is here,

    Where Juliet lives… 

     

    FRÈRE LAURENCE. ─ Quel péché mortel ! Et quelle grossière ingratitude ! Selon notre loi, ta faute* méritait la mort. Mais notre Prince, dans sa clémence, a pris ton parti, il a écarté la loi et à ce mot sinistre, « la mort », il a préféré « le bannissement ». C’est une bénédiction, et toi tu ne vois rien !

    ROMÉO. ─ C’est une torture, pas une bénédiction. Le ciel est là où vit Juliette !  

     

                                       Romeo and Juliet, act III, sc. 3, l. 24-30

     

     

    Dans ses Lectures on Shakespeare, Samuel T. Coleridge commente : « Toute passion profonde est sans Dieu. » 

     

     

    * Il fait référence au meurtre de Tybalt.

     

     

     

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  • Idole

     

     

    La religion de l’argent 

     

    Quid des pourfendeurs de religions ? Que n’attaquent-ils plus souvent l’argent ? L’idole est-elle trop bien cachée ? On ne voit qu’elle ! Est-elle innocente ? C’est probablement le dieu le plus sanguinaire qui soit, le plus violent, le plus insatiable de tous les dieux. Ses victimes littéralement jonchent les rues. Est-il trop « anonyme » ? Impossible de ne pas le reconnaître, il est partout, on le nomme partout, il n’est question que de lui. Quant à ses adeptes, ils sont omniprésents. Ses serviteurs, ses ministres, ses grands prêtres sont connus de tous.

       Dans leur campagne zélée contre les religions, les militants athées oublient trop souvent leur propre maître. C’est qu’ils ne sont pas complètement désintéressés. Pourchassant le sacré, ils n’ont pas pour autant atteint la sainteté. Je ne peux pas leur en vouloir. Je voudrais seulement que nous n’oubliions pas, dans nos dénonciations, notre dieu occidental, quand nous nous permettons de faire la leçon aux pauvres hères qui se vouent à des divinités exotiques…

     

     

     

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  • Shakespeare

     

     

    Le péché est la chose

    la mieux partagée du monde 

     

    La chose que nous imitons le mieux, c’est la faute. L’imitation du bien est chose rare, l’imitation du mal est banale. Est-ce cela qu’on appelle le péché originel ? Le thème du « partage de la faute » est récurrent chez Shakespeare. Au sonnet 151, le poète déclare à sa maîtresse :


     
    ‘Then, gentle cheater, urge not my amiss,
    Lest guilty of my faults thy sweet self prove.’

     

    « Petite tricheuse, n’excite pas mon trouble,

    Tu te retrouverais coupable de mes fautes. » 

     

    On trouve un thème équivalent dans Le Roi Lear. 

     

    LEAR 

    ‘Thou rascal beadle, hold thy bloody hand.

    Why dost thou lash that whore? Strip thine own back.

    Thou hotly lust’st to use her in that kind

    For which thou whipp’st her.’ 

     

    « Toi, misérable petit fonctionnaire, arrête ta main sanguinaire !

    Pourquoi fouettes-tu cette putain ? Découvre plutôt ton dos.

    Tu meurs d’envie de faire avec elle

    Ce pour quoi tu la fouettes. » 

     

    Dans sa « folie », Lear absout tous les coupables : 

     

    ‘None does offend, none, I say , none : I’ll able ’em.’ 

     

    « Aucun n’est pécheur, aucun, je dis : aucun. Je te le garantis. » 

     

                                       King Lear, act IV, sc.6, l. 160-163

     

     

     

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  • Etat du monde 

     

     

    De la démocratie aujourd’hui 

     

    La démocratie a-t-elle encore un sens ? Comme Alexis de Tocqueville l’avait parfaitement envisagé il y a deux siècles, la démocratie ne peut pas fonctionner sans une forme de justice sociale, c’est-à-dire sans une répartition plus ou moins équitable des richesses. La démocratie n’est viable qu’en présence d’une importante classe moyenne. Elle a connu son apogée avec les Trente Glorieuses. Las ! l’extension des inégalités, les différences abyssales qui se creusent entre les très riches et les très pauvres, mettent à mal l’utopie démocratique telle que l’occident l’a connue.

       Tout prend l’eau. Les injustices ne sont pas seulement le fait des Banques qui jouent avec des « avoirs toxiques » et font payer leurs dettes colossales par les retraités (comme en Grèce). La « dette souveraine » est, dit-on, infinie. « Lequel d’entre nous se souvient d’avoir jamais emprunté cette somme énorme et à qui la rendre ? » demande ironiquement Michel Serres dans son dernier ouvrage*.

       L’injustice n’est pas seulement financière, elle est aussi écologique. Il est reconnu qu’à l’échelle de la planète, ce sont actuellement les pauvres qui paient le plus lourd tribu à la pollution, pollution qui profite d’abord aux riches dont ladite pollution est directement le produit de leur consommation !

       Quand, par-dessus le marché, les dirigeants ne respectent plus les résultats des consultations populaires ─ il n’y a pas que Viktor Orban ─ et que l’on constate le niveau déplorable du débat dans les préparations des nouvelles échéances, on peut craindre le pire pour ce qui reste de démocratie formelle sous nos latitudes. L’état lamentable de la campagne de Donald Trump aux États-Unis est révélateur à cet égard. Quel que soit le résultat des élections américaines en novembre, le débat en dessous du minimum décent qui l’accompagne laissera des traces sombres sur la conscience collective… Et il n’y a pas que les États-Unis !

       Comment sommes-nous tombés si bas ? Combien de lâchetés accumulées ont pu conduire à cette débâcle morale ? Pourra-t-on sortir de cette impasse, dans laquelle tout le monde se précipite comme s’il y avait urgence, en faisant l’économie d’une « résolution violente » ? Est-ce l’impossibilité où nous sommes d’avoir recours à une « résolution violente » qui nous maintient dans ce cul-de-basse-fosse ?

     

     

    * DARWIN, BONAPARTE ET LE SAMARITAIN

     

     

     

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  • Shakespeare

     

    Dogberry & Verges

     

    Aux innocents… 

     

    Borachio.

    ‘What your wisdoms could not discover, these shallow fools have brought to light.’

    « Ce que votre perspicacité n’a pas su découvrir, ces fous sans cervelle l’ont mis au jour. »  

     

                       Much Ado About Nothing, act V, sc 1, l. 239-240

     

     

     

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