• Shakespeare

     

     

     

    Suis-je un lâche ?

     

    ‘Am I a coward ?

    Who calls me “villain” ? Breaks my pate across ?

    Plucks off my beard and blows it in my face ?

    Tweaks me by the nose ? Gives me the lie i’ th’ throat

    As deep as to the lungs ? Who does me this ?’

     

    « Suis-je un lâche ?

    Qui dit que je suis mauvais ? Qui me casse la tête ?

    Qui m’arrache la barbe pour me la jeter à la figure ?

    Qui me tord le nez et me renvoie mes mensonges dans la gorge

    Jusqu’aux poumons ? Qui me fait cela ? »

     

    Hamlet, Act II, sc. 2, l. 530-534

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Sacrifice 

     

     

     La maison des esclaves à Gorée :

    une parmi combien de centaines d'autres ?

     

    De l’esclavage

     

    La théorie qui veut que la « cause » de l’esclavage soit d’abord économique laisse à désirer. L’idée, chère à Voltaire, qu’il fallait des nègres dans les champs de cannes à sucre pour que la prospérité de l’Europe fût assurée, est trop courte. L’argument était tenu par les esclavagistes eux-mêmes. Quant aux esclavagistes modernes, qui justifient la misère des petites filles éthiopiennes qui produisent des vêtements « à bas coût », ils font la même chose. Le commerce triangulaire, c’était aussi de l’économie « à bas coût ». Mais le compte n’y est pas. L’abolition officielle de l’esclavage au XIXe siècle n’a pas ruiné l’Europe – pas plus que le traitement décent des petites Éthiopiennes ne ferait s’effondrer l’économie mondiale… Il faut comprendre plus loin.

       En marchant dans les rues étroites de l’île de Gorée, la gorge serrée et la colère en boule dans le ventre, on ne peut pas se contenter de la théorie du « bas coût ». Les Juifs n’ont pas été exterminés pour des raisons économiques. Ce serait faire insulte à leur mémoire que de le prétendre. Pareillement des Africains déportés aux Amériques. Les quelques Afro-Américains qui ont prétendu « chiffrer » le coût de la traite et demander réparation, deux siècles plus tard, ont aggravé la thèse « économique ». Cela revient à dire que, finalement, ils n’ont pas été payés le juste prix. Ça aurait été quoi, le juste prix ? Voilà une idéologie qui fait froid dans le dos.

       Si la « thèse économique » a les faveurs de beaucoup, c’est qu’elle est commode. Elle « explique » ce qui est injustifiable. Elle fonctionne d’autant mieux qu’elle tait l’essentiel. Elle est un gros masque de méconnaissance. Et que cache-t-elle sous son apparente logique ? Tout simplement le péché de l’Occident. La civilisation sortie du christianisme n’a aucune légitimité pour admettre l’esclavage elle, moins qu’aucune autre. Le christianisme a connu le succès que l’on sait sur la base de la libération de tous les esclaves. De fait, la sortie de l’Antiquité s’est produite au moment où les humains se sont libérés de cette malédiction atavique. Quand le Moyen Âge a renoué avec le servage, cela n’a eu qu’un temps. La « victoire » de la civilisation est scellée par la proclamation de la citoyenneté universelle.

       Comment expliquer, dès lors, que la civilisation qui a libéré l’homme c’en est le signe distinctif s’est reniée elle-même au point de retomber dans la barbarie de la traite d’êtres humains ? C’est que le « méchant » n’est jamais définitivement vaincu. Le mal ou pour mieux le nommer : le péché mord toujours. L’esclavagisme, perpétué sur quatre siècles, a été une formidable régression de l’Occident par rapport à ses fondements. Peut-être une régression irréversible, tandis que la Renaissance annonçait l’achèvement de l’homo faber. Cette régression a été suivie par des guerres de plus en plus sanglantes, conclues en apothéose à Hiroshima. Elle se prolonge dans l’injustice croissante faite à 90% de l’humanité. Comment se débarrasse-t-on d’un péché aussi lourd ? Peut-être par la contrition. Mais qui connait encore aujourd’hui le sens du mot « contrition » ?

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Citation 

     

     

    Jalousie

     

    « Jalousie ? Je m’en croyais prémuni. C’est face à face qu’on reconnaît l’ennemi. »

     

                                         Marc Guiguet 

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare 

     

     

     

     

    L’homme qui doute 

     

    HAMLET

                                  What is a man,

    If his chief good, and market of his time

    Be but to sleep and feed ? A beast, no more.

    Sure, He that made us with such large discourse,

    Looking before and after, gave us not

    That capability and godlike reason

    To fust in us unus’d. Now, whether it be

    Bestial oblivion, or some craven scruple

    Of thinking too precisely on th’ event, 

    A thought which, quarter’d, hath but one part wisdom

    And ever three parts coward, I do not know

    Why yet I live to say “This thing’s to do”.

     

                    Qu’est-ce qu’un homme

    Si le mieux qu’il ait à faire de son temps

    C’est de dormir et de manger ? Une bête, rien de plus.

    Certainement, notre Créateur en nous donnant la capacité

    D’apercevoir le passé et l’avenir, ne nous a pas

    Dotés d’une raison quasi divine

    Pour que nous la laissions moisir. Pourtant, soit par

    Oubli grossier, soit par quelque lâche scrupule

    Qui m’amène à trop réfléchir aux événements,  

    Une réflexion faite d’un quart de sagesse

    Et de trois quarts de lâcheté, je ne sais pas

    Pourquoi j’en suis toujours à me demander : voilà ce qu’il faut faire.

     

                                  Hamlet, act IV, sc.4, l. 33-43

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L'universel 

     

     

    La musique du monde

     

    Dans le mélange musical universel, l’individu risque-t-il de se perdre ? Un peu. Très peu. Il y gagne, pour lui-même, la constitution d’une personne. Il n’y a rien de plus personnel que le goût que nous avons tous pour la musique. Elle n’a pas besoin d’être traduite, ni convertie, ni altérée. C’est elle qui traduit nos émotions les plus pudiques. La musique est une affaire de cœur. Elle fusionne nos désirs. Ah, si nous pouvions penser comme on compose de la musique !  Mozart serait le premier philosophe du monde ! Il n’y a rien de plus apte à combiner les rythmes que la musique les Africains ont poussé très loin la connaissance qu’ils ont des rythmes et de leurs mélanges. Il n’y a rien, d’autre part, de plus sage que l’harmonie qui lie des notes entre elles pour composer des accords. Le global est cacophonique, l’universel est polyphonique. Dans notre semi-conscience planétaire, on a encore le choix entre un monde global de bruit et un universel mélodique.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire