• Portfolio 

    Courbes 

     

     « Et avant que le monde ne se défasse, imaginer le partage de la beauté… »

                        Christiane Taubira, Murmures à la jeunesse

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Shakespeare

     

    Portrait d'adolescent

    par François de Hérain

     

    Sonnet 126 

     

    O thou my lovely Boy, who in thy power
    Dost hold time’s fickle glass, his sickle, hour ;
    Who hast by waning grown, and therein show’st
    Thy lovers withering, as thy sweet self grow’st.
    If Nature (sovereign mistress over wrack)
    As thou goest onwards still will pluck thee back,
    She keeps thee to this purpose, that her skill
    May time disgrace and wretched minutes kill.

    Yet fear her, O thou minion of her pleasure,
    She may detain, but not still keep her treasure !
    Her Audit (though delay’d) answer’d must be,
    And her Quietus is to render thee.
      
    (                                                    )
       (                                                    )
     

     

    Ô toi, charmant garçon, qui tiens en ton pouvoir

    Le miroir capricieux du temps, et son verdict ;

    Toi, à contre-courant, qui fais que ceux qui t’aiment

    Se flétrissent quand tu ne cesses d’embellir ;

    La nature, sainte patronne des naufrages,

    Prétend te retenir tandis que tu avances ;

    Elle veut te garder pour exercer son art, 

    Et corrompant le temps, elle entrave sa marche.

    Crains-la pourtant, ô toi mignon de son plaisir !

    Son trésor bien gardé ne l’est pas pour toujours.

    Tôt ou tard, elle aussi devra rendre des comptes :

    Et pour payer son dû, elle t’affranchira.

    (                                                       )

    (                                                       )

     

                                                                                           

     

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  • Etat de la personne

     

     

    Franz Schubert

    Irremplaçables 

     

    Avons-nous vraiment besoin de Beethoven ? L’humanité avait-elle besoin de Schubert, ou de Mozart ? Évidemment, une fois qu’ils sont là, une fois que nous avons assimilé leurs créations, après que nous avons appris à respirer avec eux, ils nous paraissent « nécessaires ». Mais si maman Mozart avait fait une fausse couche, nous ne nous serions jamais aperçu de rien. Pire que cela, Mozart ne nous manquerait pas. Il n’y a aucun déterminisme qui puisse « expliquer » l’apparition de Mozart sur cette planète ─ sauf après coup, mais l’explication est un peu courte.

       Si Mozart n’était pas apparu, personne ne l’aurait remplacé. C’est là la différence entre l’art et la science. Ce qui n’a pas été découvert aujourd’hui le sera demain. Ce qui n’a pas été exprimé aujourd’hui (par un homme humain) ne le sera jamais. L’œuvre artistique n’est pas une invention comme les autres. On ne peut pas imiter Mozart, ni Michel-Ange, ni Shakespeare. On peut les copier mais on ne peut pas les remplacer. Ils sont irremplaçables. Pas seulement uniques (comme notre ADN est unique), mais irremplaçables. Suis-je moi-même remplaçable ? Peut-on trouver quelqu’un de simplement « équivalent » à moi ? Non. Je me désole quelquefois de n’avoir fait quasiment aucun adepte de mes pratiques pédagogiques, mais j’ai fini par comprendre qu’il n’y avait que moi pour être enseigneur comme je l’ai été. Le mimétisme, que je crois puissant, ne marche pas comme une répétition. À chaque imitation, quelque chose de nouveau apparaît. Il ne s’agit pas d’une différence infinitésimale ; il s’agit à chaque fois d’une révolution. Humains trop humains, nous sommes de mauvais plagiaires !

     

     

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  • Citation

     

     

     

    « L’intelligence ne peut être menée que par le désir. »

     

                           Simone Weil, Attente de Dieu.

     

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  • Shakespeare

     

    Romeo + Juliet

     

     Des « sonnets sucrés » ?

     

    Une tradition bien accrochée veut que Shakespeare ait été connu à son époque comme l’auteur de « sonnets sucrés », parallèlement à sa réputation de dramaturge. Les sonnets que nous connaissons sont tout sauf « sucrés ». Ils peuvent être précieux parfois, mais le plus souvent ils sont violents, amers, déchirants. Réduire Shakespeare à un auteur de compliments pour la Saint Valentin est une ineptie : « Ah ! te comparerai-je à un beau jour d’été ? » Il n’a quand même pas écrit que ça !

       Le malentendu remonte à 1598. Cette année-là, un certain Francis Meres, ami de Shakespeare, a publié un ouvrage, Palladis Tamia : Wit’s Treasury, ouvrage qui pour nous est d’un immense intérêt : il présente la première chronologie des pièces de Shakespeare, celle de la dernière décennie du XVIe siècle. Dans le même livre, Meres parle de ‘the witty soul of Ovid lives in mellifluous and honey-tongued Shakespeare’, « l’âme spirituelle des vies d’Ovide [qu’on retrouve] dans la langue doucereuse et mielleuse de Shakespeare ». Il n’évoque pas seulement Vénus et Adonis et Le Viol de Lucrèce, qui avaient connu un beau succès dans les années 1593-1594, il dit clairement qu’ont circulé ‘his sugred sonnets among his private friends’, « ses sonnets sucrés parmi ses amis privés ».

       L’information est passionnante… dans ce qu’elle ne dit pas. Il paraît évidemment que Shakespeare a fait lire à ses amis, à ses amis seulement, quelques-uns des sonnets qu’il était en train d’écrire. Mais lesquels ? Il est tout aussi évident qu’il a choisi ses « sonnets sucrés » de préférence à d’autres, ceux qui révèlent son talent et ne disent rien de sa personnalité intime. Pour les plus « secrets », il a fallu attendre encore plus de dix ans pour qu’il accepte (peut-être) de les voir publier.  Cela en dit long sur ce qu’il savait de sa création. Elle n’était pas à mettre entre toutes les mains.

       Nouveau malentendu ! Avait-il peur des « révélations » que ses Sonnets contenaient ? S’était-il trop « livré » en les écrivant ? Avait-il honte de son homosexualité ? Toutes ces hypothèses sont sans fondement. La réalité est probablement plus subtile et plus profonde. Shakespeare craignait d’abord d’être incompris. Mieux encore, il savait qu’il serait mal compris. Sa recherche de la vérité et son interrogation inquiète de la conscience sont un cheminement difficile qu’un « lecteur de poésie » ordinaire ne s’attend pas à trouver dans un recueil de poèmes. Ayant découvert tout seul toutes les vanités du désir, le mimétisme, la méconnaissance, Shakespeare avait deviné que « cela ne passerait pas ». D’ailleurs, « cela » ne passe toujours pas. Les Sonnets sont largement incompris encore aujourd’hui ─ au moins autant que la théorie mimétique est contestée…

       Était-ce orgueil de sa part de sous-estimer la capacité de ses lecteurs à saisir toute sa pensée ? Non, il s’agissait seulement de clairvoyance. Quand on constate la masse de sottises qui ont pu être dites, notamment sur Les Sonnets, on comprend qu’il avait raison de prendre des précautions. La merveille, c’est qu’il ait consenti, en fin de carrière, à voir ses Sonnets publier ─ malgré tout. Quel niveau de conscience, quelle sérénité, quelle maîtrise de lui-même avait-il atteints alors ? Voilà bien le mystère le plus grand que Shakespeare a emporté avec lui…

     

     

     

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