• L'universel 

     

     

    La musique du monde

     

    Dans le mélange musical universel, l’individu risque-t-il de se perdre ? Un peu. Très peu. Il y gagne, pour lui-même, la constitution d’une personne. Il n’y a rien de plus personnel que le goût que nous avons tous pour la musique. Elle n’a pas besoin d’être traduite, ni convertie, ni altérée. C’est elle qui traduit nos émotions les plus pudiques. La musique est une affaire de cœur. Elle fusionne nos désirs. Ah, si nous pouvions penser comme on compose de la musique !  Mozart serait le premier philosophe du monde ! Il n’y a rien de plus apte à combiner les rythmes que la musique les Africains ont poussé très loin la connaissance qu’ils ont des rythmes et de leurs mélanges. Il n’y a rien, d’autre part, de plus sage que l’harmonie qui lie des notes entre elles pour composer des accords. Le global est cacophonique, l’universel est polyphonique. Dans notre semi-conscience planétaire, on a encore le choix entre un monde global de bruit et un universel mélodique.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

    Near Death Experience 

     

    ROMEO se penche sur Juliette qu’il croit morte :

     

    How oft, when men are at the point of death,

    Have they been merry ! which their keepers call

    A lightning before death ! O ! how may I

    Call this a lightning ? O my love, my wife !

    Death, that hath suck’d the honey of thy breath,

    Hath had no power yet upon thy beauty.

     

    Roméo. Il arrive souvent que des hommes à la dernière agonie connaissent un accès de joie ! Un éclair avant la mort, comme disent ceux qui les accompagnent. Ah ! comment appeler cela un éclair ? Ô mon amour, ma femme ! La mort qui a sucé le miel de ton souffle n’a pas encore eu de pouvoir sur ta beauté…

     

     

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  • Mimétisme 

     

     

     

    Tous sauf un.

     

    La pesanteur

     

    « Le collectif est l’objet de toute idolâtrie, c’est lui qui nous enchaîne à la terre. » 

                                                 Simone Weil, La Pesanteur et la grâce.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     François II de France, par François Clouet.

    Pierre noire et sanguine de 1560. Le roi a 16 ans.

    Époux de Marie Stuart, il meurt après avoir régné moins d'un an et demi.

     

     

    W.H. for ever

     

    L’identification de W.H. peut paraître une quête un peu vaine. À quoi bon connaître la personne à laquelle les Sonnets sont dédiés ? Le peu de renseignements qui ont été rassemblés sur l’un ou l’autre des « élus » ne nous apprend pas grand-chose. Nous ne saurons jamais comment Shakespeare le voyait. Est-on sûr, d’abord, qu’il s’agissait de quelqu’un en particulier ? À cela nous pouvons répondre que la dédicace à W.H. n’est pas une erreur, ni un accident. Thomas Thrope, en la rédigeant en tête des Sonnets, voulait donner un signe, laisser une trace. « Mr. W.H. » n’est pas le mécène qui a soutenu Shakespeare pour la publication du recueil de poésie  comme Henry Wriothsley a pu l’être pour Vénus et Adonis et Le Viol de Lucrèce. Celui que Shakespeare tutoie dès le premier sonnet n’est pas une abstraction. Nous ne le connaissons pas, mais nous pouvons être certains que Shakespeare, lui, le connaissait.

       Est-ce si déterminant pour comprendre les Sonnets ? Il me semble que oui. Et pour deux raisons. La première est le fait que les Sonnets sont l’œuvre la plus personnelle de Shakespeare. Ils n’ont pas de source connue. Ils ne sont l’imitation de rien ni de personne. Ils ne paraissent inspirés que par l’expérience vivante de Shakespeare qui utilise 787 fois la première personne sur les 154 sonnets que comporte le recueil. Shakespeare ne parle pas par le truchement de personnages, comme au théâtre. Il ne porte pas de masque et plaide pour la sincérité. Comme l’a souligné René Girard : « S’imaginer qu’un écrivain comme Shakespeare ait pu passer sa vie entière à représenter un désir totalement étranger à sa propre expérience est d’une absurdité criante. » La deuxième raison vient de ce que Shakespeare a longtemps gardé les Sonnets pour lui-même probablement plus dune dizaine dannées , quil na manifesté aucun empressement à les publier. Jai souvent comparé ses Sonnets au Mémorial de Pascal. L’œuvre le touchait à un point tel qu’elle ne pouvait pas être rendue publique. On sait combien les artistes cherchent généralement la gloire plutôt que l’obscurité.

       Nous ne possédons pas beaucoup de manuscrits de Shakespeare, nous ne pouvons donc pas étudier ses brouillons, il nous reste Les Sonnets. À partir de ce constat, on peut dire que la véracité des sonnets devient un enjeu considérable. Il est à remarquer, au passage, que les inventeurs d’une identité cachée de Shakespeare imaginent généralement que le « dramaturge » était un prête-nom mais ils ne savent pas à qui attribuer le recueil ? Les poèmes qui le composent sont trop singuliers.

       Et W.H. dans tout cela ? Il vient seulement étayer, par sa présence, la réalité de l’implication de Shakespeare dans les Sonnets. J’ai toujours donné ma préférence à William Herbert, 3ème comte de Pembroke. Parmi les indices, je retiens la mention de son nom dans la dédicace du premier Folio de 1623, en ouverture de la préface :

     

    TO THE MOST NOBLE AND INCOMPARABLE PAIRE OF BRETHREN

    WILLIAM Earle of Pembroke, &c;. Lord Chamberlaine to the Kings most Excellent Majesty.

    AND

    PHILIP Earle of Montgomery,&c;. Gentleman of his Majesties

    Bed-Chamber. Both Knights of the most Noble Order

    of the Garter, and our singular good L O R D S.

     

       Associé à son frère Philip, William Herbert a manifestement aidé, au moins financièrement, les deux anciens acteurs de la troupe de Shakespeare, John Heminge et Henrie Condell, à rassembler et à faire publier la majeure partie de l’œuvre du grand maître. La collaboration des deux frères Herbert n’est pas anodine ; elle n’est pas moins importante que celle des anciens collaborateurs et admirateurs de Shakespeare qui ont tout fait pour que l’œuvre dramatique de leur maître ne soit pas perdue.

       Je vois dans la mention de William Herbert, en tête de l’ouvrage qui sert de référence universelle s’agissant de l’œuvre de Shakespeare, le signe que non seulement Shakespeare l’a bien connu, mais qu’il a été estimé de lui, sinon aimé. William Herbert se souvenait de lui, sept ans après sa mort, et il l’honorait en perpétuant sa mémoire. Il y a peu de sonnets qui vantent la réciprocité de la passion de Shakespeare pour son jeune prince. Ce dernier brille souvent par son absence. Mais cette absence même, que le poète déplore dans tant de sonnets, le rend extraordinairement présent.

       Les milieux « autorisés », c’est-à-dire les universitaires, ont toujours été réticents à nommer W.H. Cette précaution est honorable. Mais elle exclut de l’ouvrage le « personnage » central, ce qui est bien gênant. Certains sont allés jusqu’à penser que W.H. n’existait pas du tout, ou bien qu’ils étaient plusieurs. Ce n’est pas en effaçant les traces qu’on retrouve le chemin…

     

     

     

     

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  • Education 

     

     

     

     

    Neurones miroirs

     

    Les dernières expérimentations en matière de neurones miroirs montrent que les petits hommes, dès leur naissance, sont les champions de l’imitation. Les neurones miroirs se mettent en action dès les premiers instants de leur vie mondaine. La première imitation a été enregistrée sur un bébé, né à terme, 42 minutes seulement après sa naissance.

       Autre résultat remarquable, le nouveau-né imite de préférence les humains, leurs mimiques (mot révélateur), mais aussi leurs émotions : un adulte peureux fait peur, un adulte heureux rassure. D’où l’importance de la « figure d’attachement », comme le rappelle Boris Cyrulnik. Placés devant une machine, les bébés (testés par les scientifiques) n’imitent rien, comme si leurs dispositions naturelles les amenaient à recopier l’humain d’abord. Ils commencent ainsi leur hominisation, qui sera suivie de leur humanisation… Pour parvenir à son humanité, le petit homme a besoin d’un environnement humain.

       Cela paraît une évidence. Or, nous découvrons de plus en plus de bonnes mères et de bons pères qui laissent leurs bébés s’amuser avec des téléphones, des écrans, des mini-tablettes. Et ils s’enthousiasment en constatant avec quelle déroutante facilité leurs petits génies manipulent le miroir magique.

       Je ne sache pas que l’informatique puisse rendre qui que ce soit idiot. Le danger n’est pas énorme. Mais il faut savoir exactement ce que l’on fait. L’appareil électronique, qui fonctionne à l’intelligence artificielle, est déjà une imitation de l’humain. En tapotant la vitre aux lumières vives, l’enfant est amené à modéliser, non pas sur un humain, mais sur un artefact, une copie d’humain avec toutes les insuffisances que celle-ci comporte.

       Quand on parle de sécurité, les fabricants de tablettes pour bébé, les scientifiques mis à contribution, certifient que les machines sont sans risque pour la santé : pas de cancer précoce à craindre, en gros. Les psychologues bien en cour assurent même que l’intelligence des petits peut se trouver « augmentée » par le processus. Dans une civilisation de la performance, l’argument est définitif. Mais quelle intelligence « augmentée » les petits geeks vont-ils développer ? Tant que l’enfant imite son parent qui, lui aussi, joue devant un écran, il remplit complètement sa mission d’apprentissage. Mais livré seul à la machine savante, il n’imite qu’un robot. Comme nous ne nous « construisons » que par imitation, je reste perplexe, vaguement inquiet quand même.

       Puisqu’il est tellement question aujourd’hui d’homme augmenté, cherchons prioritairement à augmenter l’environnement humain des petits humains, donnons-leur plus d’éducateurs, offrons-leur plus d’amis authentiques plutôt que virtuels, accordons aux parents plus de temps à consacrer à leur descendance. Un câlin est sans doute plus bénéfique qu’une séance de jeu de pouces sur une glace froide.

     

     

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