• En panne d'universel 

     

     

     

      

    À quand la mondialisation ?

     

    Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour voir apparaître, enfin, quelque chose qui ressemble à la mondialisation ? La seule véritable instance politique mondiale, celle qui peut réguler les pouvoirs des nations, c’est, pour l’instant, l’ONU et son Conseil de sécurité. Or, selon les circonstances, « les cinq » votent les uns contre les autres, par opportunisme, au nom de leurs intérêts particuliers et de leur stratégie d’alliances ou de défiance. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France s’insurgent contre Bachar el-Assad, le massacreur du peuple syrien, pendant que la Russie et la Chine usent de leur droit de veto. Ce qui devrait être le centre de la conscience mondiale n’est qu’un bac à sable où des enfants capricieux se disputent leurs jouets. C’est pathétique.

       Si ceux qui sont en charge des affaires du monde n’ont pas conscience d’eux-mêmes, s’ils sont incapables de mesurer le monde à l’échelle du monde, que font-ils là où ils sont ? De quoi sont-ils responsables ? Comment se sont-ils vu attribuer leur titre de « maîtres du monde » ? Comment exercent-ils leur fonction régalienne ?

       Que dire, pareillement, des instances mondiales chargées de contrôler l’économie ? Le FMI, la Banque mondiale sont à la solde de Goldman Sachs, HSBC, et autres philanthropes… Qu’en est-il de la communication, Google, Facebook et compères ? Ils se refusent à réguler les flux et devant le déferlement de violence et de pornographie, ils se contentent de solliciter « l’accord parental ». C’est dérisoire.

       En l’absence d’un gouvernement mondial, comment pouvons-nous globalement nous gouverner ? Qu’est-ce que c’est que cette tribu sans chef, sans rites, sans communauté ? C’est notre planète primitive avant l’apparition de la culture !

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

      

    Érotisme

     

    ‘Call it not love, for Love to heaven is fled, 

    Since sweating Lust on earth usurp'd his name.’

     

    « N’appelez pas cela de l’amour, car l’amour s’est envolé au ciel

    Depuis que, sur terre, la luxure trempée de sueur a usurpé son nom. »

     

    Venus and Adonis 

     

     

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  • Relire Steinbeck 

     

     

     Le sacrifice d'Isaac par Chagall

     

    La bonté des bourreaux

     

    Charles et son frère Adam se sont battus très violemment. Charles, le plus fort, a blessé gravement Adam. Ce dernier se tait.

     

    Charles was not sorry. He had very simply fulfilled himself. Charles did not tell his father about the beating. […] In the months that followed he turned a gentleness on Adam. His speech became softer toward him. He did not punish him anymore. Almost nightly he lectured him, but not violently. And Adam was more afraid of the gentleness than he had been at the violence, for it seemed to him that he was being trained as a sacrifice, almost as though he was being subjected to kindness before death, the way victims intended to the gods were cuddled and flattered so that they might go happily to the stone and not outrage the gods with unhappiness.

     

    Charles ne s’excusa pas. Il pensait qu’il avait fait ce qu’il avait à faire. Charles ne dit pas un mot à son père de la raclée [qu’il avait infligée à Adam].  Dans les mois qui suivirent, [Charles] se montra gentil avec Adam. Il lui parlait avec plus de douceur. Il ne le punit plus. Il lui faisait la leçon presque chaque soir, mais sans violence. Et Adam craignait encore plus sa gentillesse qu’il n’avait craint sa violence, car il lui paraissait qu’on le préparait au sacrifice, comme si on le traitait avec bonté avant sa mort, comme les victimes dédiées aux idoles qui sont choyées et flattées afin qu’elles aillent joyeusement s’allonger sur la pierre et n’outragent pas les dieux avec leur chagrin.

     

    John Steinbeck, À l’est d’Eden, Chapitre 7

     

     

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  • Education 

     

     

      

    Réciprocité

     

    Que n’ai-je appris de mes compagnons d’aventure mes élèves , dans le cadre étroit de la classe ? J’ai toujours vécu mon enseignement dans l’attente, dans la quête, dans le désir de recevoir, dans l’impatience. Comme tous les amoureux transis, j’ai parfois été douloureusement déçu. Mais j’ai aussi connu des moments de grâce, j’ai pu être témoin de la réalisation des promesses que quelques-uns m’avaient faites sans le savoir. Ces engagements tacites (comme s’ils étaient secrets) ont connu leur aboutissement parfois dans le temps très bref d’une année scolaire, le plus souvent après un temps beaucoup plus long : on n’est pas toujours là quand le bourgeon devient fruit. Mais avant le fruit, j’ai souvent eu la chance de contempler des fleurs magnifiques ! Après avoir cessé d’être la lumière, je me suis retrouvé éclairé à mon tour. Peut-on décrire une plus délicate forme de bonheur ?

     

    Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

      

    La réputation

     

    CASSIO 

    Reputation, reputation, reputation ! Oh, I have lost my reputation ! I have lost the immortal part of myself, and what remains is bestial. My reputation, Iago, my reputation !

    IAGO 

    As I am an honest man, I thought you had received some bodily wound. There is more sense in that than in reputation. Reputation is an idle and most false imposition, oft got without merit and lost without deserving. You have lost no reputation at all unless you repute yourself such a loser.

     

    CASSIO. – La réputation, la réputation ! Ah, j’ai perdu ma réputation ! J’ai perdu la partie impérissable de moi-même, il ne me reste plus que la partie bestiale. Ma réputation, Iago, ma réputation !

    IAGO. – Sur ma foi, j’ai cru que vous aviez reçu une blessure physique. Cela fait plus mal qu’un coup à la réputation. La réputation est une croyance stérile on ne peut plus fausse ; on l’obtient souvent sans mérite, et on la perd sans le faire exprès. Vous n’avez rien perdu de votre réputation tant que vous ne vous croyez pas vous-même perdu de réputation.

     

                                     Othello, acte II, scène 3, l. 257 et s.

     

    De manière constante dans La Tragédie d’Othello, Iago se revendique comme autonome, il ne craint le jugement de personne, il se moque des conventions, il est « libre ». Il est extraordinairement moderne. Il est le personnage « sympathique » de la pièce. Comme Hitchcock le rappelait, pour réussir une bonne histoire, il faut un bon méchant. Shakespeare l’avait compris et si nous sommes dupes, lui ne l’est pas.

     

     

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