• Reniement

     

     

     

    La perte de l’humain

     

    Quelle curieuse habitude de toujours tenter « d’expliquer » notre humanité à partir de l’économie, de la sociologie, de nos « racines », de notre éducation, du climat, de la nature, de notre ADN ou des bactéries qui se promènent dans notre intestin ! Nous ne cherchons plus notre destin dans les étoiles, mais c’est tout comme. Que cache cette manie du déterminisme ? Qu’y a-t-il de si grave que nous cherchions toujours à nous dissimuler ? À force de ramener l’humain à l’inhumain, nous allons y arriver : nous finirons bien par la perdre notre humanité. Et en plus, nous l’aurons bien cherché !

       Plutôt que de débusquer l’inhumain dans l’humain, je préfère la démarche des bons pédagogues qui eux cherchent à faire émerger l’humain dans les personnes en devenir : les enfants. J’admire l’obstination du docteur Itard à s’interroger sans relâche sur les sources d’humanité de Victor de l’Aveyron, l’enfant sauvage. Comment les déceler ? Comment leur offrir un moyen d’expression ? Je pense à la scène inoubliable du film de François Truffaut où, luttant contre sa propre émotion, Itard « punit » Victor sans motif, pour voir s’il est capable de se révolter, et sa joie quand Victor hurle et sort en pleurant du placard…

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

     

    Les fruits de la corruption 

     

    Aragon. O ! that estates, degrees, and offices,

    Were not deriv’d corruptly ! and that clear honour

    Were purchas’d by the merit of the wearer !

    How many then should cover, that stand bare !

    How many be commanded, that command !

    How much low peasantry would then be glean’d

    From the true seed of honour ! And how much honour

    Pick’d from the chaff and ruin of the times,

    To be new varnish’d ! 

     

    ARAGON. Ah, si les possessions, les distinctions et les bonnes places

    N’étaient pas les fruits de la corruption ! Si l’honneur propre

    N’était acheté que par le mérite de son propriétaire !

    Combien iraient vêtus qui sont nus !

    Combien seraient commandés qui sont aux commandes !

    Comment l’ivraie misérable serait séparée

    Du bon grain de l’honneur !  Et comment l’honneur

    Qu’on ramasse sur la paille et les ruines de l'époque

    Reprendrait de son éclat !

     

    Le Marchand de Venise, acte II, scène 9, l. 39-47.

     

     

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  • Vocabulaire

     

     

     

     

    Masculine

     

    Cela ne me dérange pas de dire « Madame la ministre », « la prof de ma fille », pas plus que de parler d’un « sage-femme »… Mais de là à sexualiser tout le vocabulaire, il y a un saut assez difficile à franchir. Le genre des mots est arbitraire. La mort, chez Shakespeare, est masculin/e. Faudrait-il dire « le mort » plutôt que « la mort » pour ne pas entacher le genre d’une connotation trop négative ? Être puni pour « délit de connotation », c’est un comble !

       Le « masculin grammatical », en français, est en fait du neutre. Quand je dis « il pleut », je ne sache pas que la pluie soit au masculin ! Devrais-je plutôt dire « elle pleut » ? Que le masculin soit du neutre, c’est plutôt humiliant pour les machos ! Dire que le masculin « l’emporte » sur le féminin dans une énonciation est simplement une idiotie. Il n’y a aucune victoire des mâles à dire « les enseignants » pour désigner une profession féminisée à plus de 80%. Avant de changer la grammaire, on pourrait déjà faire en sorte de renforcer la parité à l’école, côté prof…

       S’il faut corriger toute la littérature pour se mettre en conformité avec les nouvelles exigences du genre, ça va être dur. Pauvre Rimbaud ! Voilà à présent que « Je est UNE Autre ». S’il faut doubler, dans la conversation, « les militants » par « les militantes », « les adhérents » par « les adhérentes », « les citoyens » par « les citoyennes », etc., on ne s’en sortira plus. Le temps de finir sa phrase, on ne saura plus ce qu’on voulait dire. L’accord des participes passés est déjà assez compliqué comme cela !

       Quid de la ponctuation ? N’est-il choquant que la virgule soit féminine quand le point est masculin ? N’y a-t-il pas là une hiérarchie insidieuse et culpabilisante ?

       Que faire, dans l’armée, des « sentinelles », des « ordonnances » qui sont généralement des hommes ? Est-il humiliant pour un homme d’être « une vedette », « une star » ? Et que faire d’homo sapiens ? Faudra-t-il introduire le vocable femina sapiensa ? Combien de corrections à apporter dans les livres scientifiques, les manuels scolaires ?

       Je me convertirai à la nouvelle grammaire le jour où je serai sûr que l’ancienne est respectée. Commençons par une espèce plutôt qu’un espèce.

       Le mot le plus beau qui désigne l’être humain, c’est le mot « personne », et en français, il est grammaticalement féminin. Je le trouve admirable. Il vaut mille fois « individu ». Je suis extrêmement fier d’être UNE personne. Qu’on ne me retire pas ça !

     

     

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  • Shakespeare

     

     

     

     

     

    La joie silencieuse

     

    Claudio. Silence is the perfectest herald of joy : I were but little happy, if I could say how much.

     

    CLAUDIO. – Le silence est le héraut le plus parfait de la joie : je ne serais pas bien heureux si je pouvais dire combien je le suis.

     

    Much Ado About Nothing, act II, scene 1. 

     

     

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  • Interdividuel

     

     

     

    Reconnaissance

     

    C’est l’AUTRE qui fait que je suis JE. De ma dépendance peut naître un amour bon. Le seul amour que j’ai à manifester, c’est ma reconnaissance. Reconnaissance ne signifie pas seulement remerciement, même si Françoise Dolto la définit comme une « dette d’amour ». Il faut comprendre la re-connaissance comme « se » reconnaître dans l’AUTRE, et connaître qu’on est aimé ! À voir comment vivent les habitants de notre planète, cela paraît la chose la plus improbable. Françoise Dolto précise pourtant : « L’amour vrai ne crée aucune dépendance. »  En effet, il ne la crée pas, il en est le produit, l’aboutissement, c’est la dépendance qui crée l’amour. Cette « inversion des valeurs chrétiennes » passe mal, généralement.

       La charité, c’est le bien que je fais à l’autre quand je donne. L’amour du prochain, c’est le bien que l’autre me fait quand je reçois.

      

     

     

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