• Incarnation

     

     

    La nature exposée par Michel-Ange 

     

    La pudeur

     

    « La pudeur physique ne signifie pas que le corps est impur, mais que je suis infiniment plus que ce corps regardé, ou saisi. […] Je ne suis pas confus d’être cette nudité, ou ce personnage, mais de paraître n’être que cela. Le contraire de la nudité est la vulgarité. »

     

                                     Emmanuel Mounier, Le Personnalisme, 1949.

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  • Shakespeare

     

     

     

     

    Mon rival, mon amour

     

    Hotspur est le rival de Hal, futur Henry V. L’affrontement se prépare. Le mimétisme de Hotspur et Hal est intense.

     

    Vernon. By my soul. I never in my life

    Did hear a challenge urg’d more modestly,

    Unless a brother should a brother dare

    To gentle exercise and proof of arms.

    He gave you all the duties of a man,

    Trimm’d up your praises with a princely tongue,

    Spoke your deservings like a chronicle,

    Making you ever better than his praise

    By still dispraising praise valu’d with you ;

    And, which became him like a prince indeed,

    He made a blushing cital of himself,

    And chid his truant youth with such a grace

    As if he master’d there a double spirit

    Of teaching and of learning instantly.

    […]

    Hotspur. Cousin, I think thou art enamorèd

    On his follies : never did I hear

    Of any Prince so wild a liberty.

    But be he as he will, yet once ere night

    I will embrace him with a soldier’s arm,

    That he shall shrink under my courtesy.—

     

    VERNON. – Sur mon âme, de ma vie, je n’ai jamais

    Entendu un défi lancé plus modestement,

    Sinon par un frère à un frère

    Voulant s’exercer galamment à une passe d’armes.

    Il vous a rendu tous les honneurs possibles,

    Ornant ses louanges d’un langage princier,

    Il a décrit vos mérites comme une chronique,

    Vous mettant au-dessus de son éloge,

    Disant qu’aucun éloge ne vaut autant que vous.

    Puis, se montrant en cela vraiment princier,

    Il a, en rougissant, critiqué son propre comportement,

    Il a grondé sa jeunesse turbulente avec tant d’élégance

    Qu’il semblait alors possédé un double esprit,

    Capable de s’enseigner et d’apprendre en même temps.

    […]

    HOTSPUR. – Ah, cousin ! Je crois que tu es amoureux

    De ses folies. Je n’ai jamais entendu

    D’aucun prince une liberté aussi folle !

    Mais, qu’il soit ce qui lui plaît. Avant qu’il soit nuit,

    Je l’embrasserai dans mes bras de soldat,

    Et l’étoufferai le plus cordialement du monde.

     

                                Henry IV 1st part, act V, scene 2, lines 5.1-74

     

    Double langage sauf l’aveu : « Je crois que tu es amoureux ». Nous avons, grâce à Vernon, les deux discours côte à côte : celui de Hal et celui de Hotspur. L’amour et la haine se confondent. Ce n’est pas aussi franc qu’entre Coriolan et Aufidius, mais cela y ressemble.

     

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  • L’universel dévoyé

     

     

     

    Mondialisation mafieuse 

     

    Dans le monde post-guerre froide, « l’hybridation » est devenue la règle et non plus l’exception, générant des entités inclassables : guérillas marxistes vivant du trafic de cocaïne ; gangsters salafisés ; sectes religieuses vouées au terrorisme ; financiers spéculateurs et criminels ; paramilitaires mutant en cartels de la drogue… Tous les entrepreneurs du crime tendent à changer d’échelle et d’image. Ils sont partout, ils sont méconnaissables. 

       La figure du prédateur mondialisé est aujourd’hui celle du petit criminel global qui se présente souvent sous l’aspect plus « noble » du terroriste.  

     

    d’après Jean-François Gayraud, La Théorie des hybrides,

    CNRS éditions.

     

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  • Poésie

     

     

    autosacrifice

     

    « Je me crois en enfer, donc j’y suis. »

     

    Arthur Rimbaud

     

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  • Mimétisme

     

     

     

    Du bon usage de l’empathie

     

    Éthologie : Jeremy Rifkin* fait de l’épouillage et du toilettage des grands singes un signe d’empathie et un support de la communication. Il y voit même l’origine du langage humain. Quid du pique-bœuf à bec rouge, quid du « pou de la baleine » (crustacé qui vit sur le dos des cétacés), quid des « poissons nettoyeurs » que les requins tolèrent ? Quelle communication y a-t-il entre ces espèces ? Les parasites et les symbiotes manifestent la complémentarité des espèces au sein de la nature, mais leur « dialogue » doit être bien mince. En quoi le pique-bœuf se soucie-t-il du buffle qu’il picore ? Quel dialogue avons-nous nous-mêmes avec les bactéries qui « travaillent » dans notre intestin ? Les virus ont besoin des organismes pour survivre. Est-ce de l’entraide, de la solidarité, de l’altruisme ? Je me permets d’exprimer un petit doute.

       L’empathie, découverte récemment, alors qu’elle a toujours existé, est tellement à la mode qu’on la retrouve désormais partout. Et on la trouve partout parce qu’on la cherche partout. Cette nouvelle manie n’a rien à voir avec l’empathie, mais tout avec le mimétisme… Et en « bon » mimétique, il ne faut pas dire que c’est du mimétisme.

       Tant pis si je l’ai dit. « Pratiquer » l’empathie sans en connaître les fondements mimétiques n’est pas seulement insuffisant, c’est faux. J’ai essayé de le démontrer dans mon dernier essai**. L’éthologie observe que « l’entraide » entre espèces est un besoin vital. Nuance : chez les humains, les besoins (empathiques) sont largement bousculés par les désirs (mimétiques). L’anthropomorphisme exacerbé vis-à-vis des organismes vivants (animaux et plantes) est une forme d’aveuglement rassurant – puisque nous en revenons toujours, égoïstement, à nous-mêmes, à notre image : parce que « cela nous ressemble », nous pensons que c’est vrai.

       Cette vogue – vaguement compassionnelle – n’est pas sans rapport avec les progrès du doux sur le dur, comme dirait Michel Serres***. Et il faut s’en réjouir. Mais si nous en venons à réduire la morale à la seule recommandation qu’il « faut être gentil », nous n’irons pas très loin.

     

    * Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Les Liens qui libèrent, 2011.

    ** L’alter de mon ego. L’Harmattan, 2017.

    *** Relire utilement Le Parasite de Michel Serres. Grasset, 1980.

     

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