• L’empathie oubliée ?

     

     

     

    La vertu d’égoïsme*

     

    Ayn Rand (1905-1982), grande prêtresse du capitalisme libertarien, fervente partisane de l’individualisme, contre l’altruisme, contre toute forme de contrôle des États, a inspiré une foule de gens. Son livre principal, La Grève**, est devenu le deuxième livre le plus lu aux États-Unis après la Bible. Margaret Thatcher, Ronald Reagan, Alan Greenspan et la plupart des grosses têtes milliardaires d’aujourd’hui ont bien appris sa « leçon ». Les patrons en baskets des GAFA lui doivent beaucoup : Sundar Pichai, Tim Cook, Mark Zuckerberg et Jezz Bezos.

       Le paradoxe de la nouvelle civilisation connectée, c’est qu’au nom de la liberté absolue hautement revendiquée, au nom du principe que toute surveillance extérieure à soi est une entrave insupportable, les géants d’Internet ont décidé qu’ils n’ont de compte à rendre à personne ; ainsi les grosses têtes susnommées sont-elles en train de créer la prison à ciel ouvert la plus impitoyable qui ait jamais vu le jour.  Elles, les grosses têtes, ne veulent pas être contrôlées, mais elles contrôlent bel et bien des milliards d’internautes inconscients. Elles ne vivent d’ailleurs que de cela. Elles accumulent les données de tous les cliqueurs frénétiques de la planète, et elles les revendent (très cher) à des firmes commerciales gourmandes et peu regardantes, ou à des groupes d’influences (lobbies de toutes obédiences) qui manipulent les informations (big data) pour mieux manipuler les cliqueurs. L’infox (fake news) est devenue une activité très lucrative. Cambridge Analytica en est un tout petit exemple.

       Nous sommes supposés être autonomes, déculpabilisés, affranchis ! Nous avons atteint l’âge du Moi-Je décomplexé, croit-on… En réalité, le fichage général de la population mondiale dépasse en efficacité ce que les nazis, le KGB et la Stasi ont jamais rêvé de réaliser ! Avec mon téléphone, mon GPS, ma carte bancaire, je suis suivi en temps réel partout où je me déplace. Existe-t-il encore un « espace privé » ? Même mon blog est infesté de cookies, puces espionnes, mouchards informatiques. Désolation. Si nous ne voulons pas sombrer dans la folie de la persécution, nous devons nous envelopper d’une grosse carapace de méconnaissance… ou bien développer un niveau de conscience exceptionnel. C’est pourquoi j’en appelle si souvent à la conscience. Elle ne travaille pas en vase clos, elle n’est pas égoïste, elle ne fonctionne qu’en relation avec autrui. Je n’existe pas dans ma petite expression personnelle, j’existe quand je suis lu, entendu, évalué comme une personne, pas comme une statistique, pas une part de marché. J’existe quand je suis aimé. 

      

    * The Virtue of Selfishness, 1964.

    ** Altas Shrugged, 1957.

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

    Le sacrifice est une chose exaltante 

     

    Avant la bataille sanglante qui va l’opposer à son ennemi juré, Henry IV, Hotspur fanfaronne :

     

    Hotspur. Doomsday is near : die all, die merrily.

     

    HOTSPUR. – Le jour du Jugement approche ; allons mourir, mais joyeusement !

     

                                              Henry IV 1st part, act IV, sc. 1, l. 133.

     

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  • Portfolio

     

    Martin Luther King (1929-1968)

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Autonomie

     

     

    Anto Carte

     

    Comme des aveugles

     

    Plus la civilisation avance, plus nous sommes dépendants. Si nous évaluons le nombre de réseaux auxquels nous sommes reliés, le tableau est effrayant. Nous comptons sur les chaines de distribution alimentaire, et elles ne doivent pas être défaillantes sinon nos magasins seraient vides. Impensable ! Nous comptons sur les services de médecine, y compris la nuit et le dimanche ! Nous comptons sur la police, les pompiers, la poste, la distribution d’électricité, d’eau, de gaz. Si nous voulons tout savoir sur nos loisirs, nous cliquons sur Internet et la réponse est immédiate. Et tout cet entrelacs de connexions qui fonctionnent nous semble naturel. Nous sommes fâchés quand un grain de sable vient contrarier les beaux rouages de la machine sociale. Un train en retard, une route qui n’est pas déneigée, et nous pleurons comme des enfants. 

       Dans ce contexte absolument merveilleux, se sont développées une idéologie de l’autonomie à tout prix, une exaltation de la souveraineté totale, car l’individu moderne ne veut dépendre de personne. Tout vient de lui, croit-il, et tout y retourne comme son image dans un selfie. « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves », pourquoi se préoccuper du reste ? D’ailleurs, « le reste » est assuré. Quand je tourne le robinet, c’est moi qui produis l’eau, c’est bien connu ! Quand j’allume l’électricité, c’est moi qui éclaire la pièce. Quand je marche dans la rue, c’est moi qui l’ai nettoyée. Je sais que ce n’est pas vrai, mais je fais comme si. Je veux absolument que cela se passe comme si. Et je ne veux surtout pas avoir à remercier qui que ce soit ! Ni médecin, ni ingénieur, ni facteur… Plus belle la vie !

     

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  • Intelligence sensible 

     

     

     

    Sentiments et émotions

     

    La langue anglaise, qui possède un lexique largement plus étendu que le français, confond curieusement sentiment et émotion dans le même mot feeling. Elle est riche d’une multitude de synonymes, d’équivalents, de nuances, mais cela ne compense pas complètement la confusion des sentiments et des émotions.

       Je vois une araignée, j’ai peur : c’est une émotion. Je pense que je pourrais tomber malade, j’ai peur : c’est un sentiment. Le sentiment c’est la représentation de l’émotion, c’est son intériorisation, c’est son image dans la conscience. Les ordinateurs n’auront jamais de conscience tant qu’ils n’auront pas de sentiments, s’ils en ont jamais ! Ils manqueront longtemps (toujours peut-être) d’intériorité. « L’intelligence » qu’on leur fabrique n’a rien à voir ! On sait notamment grâce aux travaux d’Antonio Damasio que l’intelligence rationnelle a besoin de l’intelligence émotionnelle pour fonctionner. Sans émotion, l’intelligence est froide, calculatrice, un peu monstrueuse. Sans intelligence, l’émotion conduit aux passions les plus folles. Les sentiments sont l’interface indispensable entre les émotions chaudes et l’intelligence glacée.

       Les émotions ne s’apprennent pas, à proprement parler. L’intelligence n’est pas innée mais elle se cultive elle est nourrie par la culture. Les sentiments sont « acquis », ils peuvent être appris, je crois même qu’ils peuvent être enseignés. Sinon, pourquoi lire des romans, assister à des tragédies ? Pourquoi écouter Mozart ?

     

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