• L'universel 

     

     

     

     

     

     

    Musique pour tous

     

    La musique que nous écoutons aujourd’hui, celle que tout le monde écoute quotidiennement, a été élaborée au XXe siècle. Ses rythmes, ses harmonies, d’où viennent-ils ?

       Pour simplifier – mais pas tant que ça –, on peut dire que notre musique commune a été modelée aux États-Unis entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe – avant de se répandre sur toute la planète. Pour ce qui est des rythmes, pas de doute, ils sont directement issus des musiques (interdites) des esclaves africains à qui il ne restait souvent plus rien d’autre de leur ancienne culture. Quant aux harmonies, elles ont été importées d’Europe centrale et d’Europe de l’est par les émigrés juifs persécutés et pauvres, émigrés en Amérique.

       En somme, notre musique commune est le cadeau que nous ont fait les opprimés… contre rien. Nous ne l’avons pas achetée, nous l’avons seulement copiée, adaptée, transposée, interprétée. Nous nous la sommes tellement bien appropriée que nous ne savons plus d’où elle vient. Et nous croyons qu’elle est à nous.

       Quelle merveille de constater que la musique est la seule chose que les esclavagistes, les racistes, les satrapes de toute couleur et de toute confession, n’ont pu enfermer dans leurs prisons. Même derrière des barreaux, on l’entend dehors ! C’est le plus beau présent qu’aient pu nous faire les exclus, et nous ne l’avons pas mérité. Quand je dis « nous », j’entends : nous tous sur la planète Terre. C’est une miraculeuse injustice. Ne nous privons pas de la savourer.

     

     

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  •  Shakespeare

     

     

     

     

    Les mots qui tuent

     

    PISANIO

    What shall I need to draw my sword ? the paper

    Hath cut her throat already. – No, 'tis slander,
    Whose edge is sharper than the sword, whose tongue
    Outvenoms all the worms of Nile, whose breath
    Rides on the posting winds and doth belie
    All corners of the world ; kings, queens and states,
    Maids, matrons, nay, the secrets of the grave
    This viperous slander enters.

     

    Qu’ai-je besoin de tirer l’épée ? Cette lettre

    Lui a déjà tranché la gorge… Car c’est la calomnie qui tue,

    Elle dont la langue est plus venimeuse que les serpents du Nil,

    Elle dont l’haleine se sert du vent comme coursier,

    Et qui trompe sous tous les horizons : les rois, les reines, les États,

    Les filles innocentes, les matrones, que dis-je ? Dans les secrets de la tombe

    La calomnie pénètre comme une vipère.

     

    Cymbeline, act III sc. 4, l. 33-40.

     

     

    Aujourd’hui, Shakespeare remplacerait-il ‘slander’ par Facebook, Twitter, Fake News, Wikileaks ?

     

     

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  • Méconnaissance 

     

     

     

     

     

    L’empathie

     

    L’empathie est à la mode. Boris Cyrulnik nous a familiarisé avec cette notion, en même temps qu’avec la résilience. Les psychologues, les « spécialistes » de la com., les scientifiques qui se consacrent aux neurosciences , les « coaches » en programmation neurolinguistique, et autres gourous, nous servent de l’empathie à toutes les sauces. La découverte des neurones miroirs, dans les années 1990, a confirmé la tendance.  Aujourd’hui, tout le monde parle de l’empathie comme si elle avait toujours existé.

       En fait, elle a toujours existé. Il y a déjà 2000 ans, un certain Jésus, vivant non loin de Jérusalem, l’avait décrite de la façon suivante : « Aime ton prochain comme toi-même. » Évidemment, personne n’y a jamais rien compris. Pourtant, « comme toi-même », c’est assez explicite ! Allons-nous progresser dans notre connaissance à présent que la notion d’empathie a été vulgarisée ? A-t-on vraiment besoin d’un mot savant pour en venir enfin à « aimer son prochain comme soi-même » ? J’en doute. Je crains même que le mot savant ne dissimule un peu plus la chose qu’il ne la révèle. Mais peut-être aussi nous laisserons-nous plus facilement convaincre par une vérité que nous croyons avoir inventée. L’amour du prochain passe peut-être par cet égoïsme-là.

     

     

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  • Citation

     

     

     

     

     

    « N’oublie jamais le lieu d’où tu pars, mais laisse-le, et rejoins l’universel. »

     

    Michel Serres

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

    Black is beautiful

     

    Étrange défense de la couleur noire dans la bouche d’un personnage sombre et cruel comme Aaron, le Maure dans Titus Andronicus. Aaron est décrit, pendant toute la pièce, comme un sauvage violent, un traitre, un monstre froid, un démon. Mais voici comment il se décrit lui-même :

     

    Aaron. Coal-black is better than another hue,

    In that it scorns to bear another hue.

     

    AARON. – Le noir profond est plus beau que toute autre couleur,

    Par la raison qu’il dédaigne prendre toute autre couleur.

     

    Titus Andronicus, Act IV, sc. 2, l. 100-101.

     

     

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