• Les Sonnets

     

              

     Shakespeare in Love

     

     

     L’amour vainqueur du temps

     

                            Sonnet 115

     

    Those lines that I before have writ do lie,
    Even those that said I could not love you dearer ;
    Yet then my judgement knew no reason why
    My most full flame should afterwards burn clearer.
    But reckoning time, whose million’d accidents
    Creep in ’twixt vows, and change decrees of Kings,
    Tan sacred beauty, blunt the sharp’st intents,
    Divert strong minds to the course of alt’ring things :
    Alas why, fearing of time's tyranny,
    Might I not then say, ‘Now I love you best’,
    When I was certain o’er in-certainty,
    Crowning the present, doubting of the rest ?
       Love is a Babe, then might I not say so,
       To give full growth to that which still doth grow.

     

     

    Ces vers que j’ai écrits autrefois sont menteurs,

    Quand j’ai cru ne jamais vous aimer davantage :

    Car ma pauvre raison alors ne savait pas

    Que ma flamme pourrait brûler d’un feu plus clair.

     

    Mais le temps calcule autrement ; mille accidents

    Bousculent nos serments et les décrets des rois ;

    Il fane la beauté, émousse les désirs,

    Brise les esprits forts au gré des circonstances.

     

    Pourquoi donc, redoutant du temps la tyrannie,

    Ai-je affirmé à tort : « Je vous aime le mieux » ? 

    Je n’avais simplement aucune incertitude,

    Je croyais au présent et me moquais du reste.

     

    L’amour est un enfant ; lors, j’aurais dû me taire

    Pour laisser s’épanouir ce qui grandit encore.

     

     

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  • Théorie mimétique

     

    Le modèle

     

     

     

    L’œuvre originale n’est souvent qu’une « copie » qu’on ne reconnait pas. Même les très grands génies travaillent à partir de modèles ! Mais la copie ressemble rarement au modèle, pas plus que L’Âge d’airain de Rodin ne ressemble à Auguste Neyt, le jeune soldat belge de 22 ans qui a posé pour le sculpteur. Dans l’acte artistique, comme dans la « construction » de soi-même, la « création » n’est jamais le reflet du « modèle ». Elle en est la métamorphose.  

     

     

     

     

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  • Les Sonnets

      

     Shakespeare par Picasso

     

    Faute de sources

     

    On ne connaît pas de « sources » aux Sonnets de Shakespeare, comme on connaît, peu ou prou, les sources des intrigues de ses pièces de théâtre. Si les Sonnets sont la seule œuvre de l’écrivain dont nous ignorons la source originelle, c’est sans doute parce que le poète n’avait pas besoin d’inspiration, il a puisé dans sa vie même.

       Nous connaissons, hélas, trop peu de choses tangibles et vérifiables sur la vie du grand homme, et le peu que nous en connaissons ne nous sert à rien. Les informations dont nous disposons concernent essentiellement l’homme de théâtre et très peu le poète. D’une certaine façon, l’ignorance où nous nous trouvons peut s’avérer être une chance. En effet, même si nous connaissions dans le détail la biographie complète de Shakespeare, si nous savions tout sur son enfance, sa famille, sa formation, ses lectures, ses voyages, ses rencontres, ses engouements et ses loisirs préférés, nous n’en saurions sans doute pas davantage que nous n’en savons déjà en le lisant. Au contraire même. Nous ramènerions toute sa culture et tout son savoir aux influences multiples qu’il a dû subir, et nous nous persuaderions que nous en savons assez. C’est ce que tentent de faire, mais en vain, ses divers « biographes ». Ne sachant rien de sûr concernant sa vie, ils examinent son époque, ils analysent la situation politique de la période élisabéthaine, ils étudient les œuvres de ses contemporains, ils scrutent toutes les productions de son temps, et se disent que la personnalité de Shakespeare doit fatalement être quelque chose comme la résultante de toutes ces données éparses. Aussi pertinents et érudits soient-ils, ils demeurent à la surface des choses et ne pénètrent ni l’œuvre de Shakespeare ni la réalité de l’homme qui l’a produite. Pour une raison simple : Shakespeare est différent de tous ses contemporains, il tranche radicalement sur son époque, il est en rupture absolue avec la culture ambiante où il a évolué. Comme s’il avait vécu constamment en lutte avec son environnement social et culturel ─ ce qui est plus que probable ─, il est original, et avant toute autre chose, c’est un être singulier.

     

     

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  • Histoire du temps

     

     

     

     

    Fébrilité passive

     

    Les vrais changements sont longs à être assimilés. L’écriture, inventée il y a 5000 ans, n’est pas encore répandue sur toute la planète. La valeur intrinsèque de la personne humaine, révélée par le christianisme il y a 2000 ans, en est encore aux balbutiements. La démocratie moderne, telle qu’elle a été conçue au moment de l’Indépendance des États-Unis et sous la Révolution française, se fait attendre. L’esclavage, aboli officiellement il y aura bientôt 200 ans, connaît des regains d’activité…

       Tout ce qui est brutal est provisoire. C’est tellement vrai que nos joyeux inventeurs d’aujourd’hui, tout stressés qu’ils sont, ne nous promettent rien qui ne sera obsolète avant 10 ans. Plus notre monde s’accélère, plus il fait du surplace. N’ayez pas peur de descendre en marche, le train ne va pas bien vite en réalité !

     

     

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  • Transmission

     

     

     

    Répétition à l’Ecole de Danse de l'Opéra de Paris 

     

    Mémoire vivante

     

    En créant, en 1713, le Conservatoire de Danse, ancêtre de l’École de Danse de l’Opéra de Paris, Louis XIV est à l’origine d’une tradition de grande valeur. L’École française de danse est mieux qu’une institution, elle est la mémoire vivante de la danse.

       La danse ne peut pas être conservée dans un musée. Un ballet qui n’est pas dansé meurt tout simplement. Les tentatives d’écriture de la danse, pour louables qu’elles soient, ne remplacent pas l’enseignement oral donné par les professeurs de l’École. Les meilleurs soutiens du « répertoire », le « Louvre » de la danse, ce sont les petits rats qui apprennent les rôles que leurs maîtres ont appris de leurs maîtres…

       Plus que la littérature, la poésie ou le théâtre, la danse est un art de l’instant. Répéter les belles chorégraphies du passé n’est pas rétrograde. Au contraire, cela apporte de la vie à ce qui, sans cela, disparaitrait à jamais. C’est la mémoire du corps par excellence. Et cette mémoire, pour rester vivante, doit passer de corps en corps, de générations en générations, comme une espèce d’ADN qui se transmet de façon immatérielle. Cette éducation est proprement une merveille.

     

       Que mon petit-fils appartienne à cette noble institution ne me rend pas fier, cela me rend plus humain, plus universel.

     

     

     

     

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