• Sacrificiel 

     

     

     

     

    Voir des gens mourir

     

    C’est la distraction préférée des téléspectateurs. Thrillers, Fantasy, policiers, films noirs, toutes les séries offrent leur lot de cadavres tous les soirs, tous les jours, à toute heure. On mesure pour les besoins de la publicité, les marchands sont à l’affût le taux d’audience, le volume d’hémoglobine répandue, le nombre de décès violents, et les chaines rivalisent dans les mises en scène macabres bien sanglantes, bien spectaculaires. Comme disait Boris Vian : « Faut qu’ça saigne… »

       Par intervalles, nous avons droit à l’info, « l’actualité », c’est-à-dire à la rengaine des attentats, des accidents, des rapts, des assassinats. On appelle ça « les nouvelles ». Il n’y a rien de plus banal et répétitif.

       Si l’on retirait des médias le temps accordé aux voyous, aux malfrats, aux assassins en tous genres, aux violents, il y aurait beaucoup de place… pour la publicité. Mais il n’y aurait plus personne pour la regarder.

     

     

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  • Relire Steinbeck 

     

     

     

     

     

    Quand un enfant a souffert

     

    ‘Once a boy has suffered rejection, he will find rejection even where it does not exist—or, worse, will draw it forth from people simply by expecting it.’

     

    « Quand un enfant a souffert d’être rejeté, il retrouvera partout ce rejet, même là où il n’est pas, ou pire, il l’attirera sur lui du simple fait qu’il s’y attend. »

     

                                                                               À l’est d’Eden

     

     

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  • Crise mimétique 

     

     

     

     

     

    La fin du modèle occidental

     

    Mondialisation oblige, avec la fin des États (ou leur affaiblissement spectaculaire), nous assistons au réveil des empires : les Chinois en rêvent, les Turcs, les musulmans, les Russes, les Africains aussi. Le recul du « modèle occidental » est partout visible. Les progrès économiques des nations hors d’Europe et loin des États-Unis poussent les peuples à une fierté retrouvée après la parenthèse coloniale (1880-1960), les humiliations des États anciennement dominés et la lente et difficile décolonisation (1960-2000).

     

    Paradoxe

     

    C’est au moment où presque toute la planète (la Corée du nord doit attendre encore un peu), est devenue capitaliste, c’est-à-dire qu’elle a adopté, accepté le modèle économique européen, c’est à ce moment-là que les peuples réalisent qu’ils ne veulent plus suivre les Européens à la lettre. Ils s’émancipent et rejettent leur modèle avec violence parfois.

       Il n’y a rien de plus normal. C’est la « crise d’adolescence » des nations. Avant de ressembler complètement à son modèle, le futur adulte commence par l’abhorrer. La crise est plus ou moins querelleuse en fonction de la compréhension de ses parents.

       Cette situation inquiète ceux qui ne comprennent rien au désir mimétique : c’est-à-dire à peu près tout le monde ! Plus les ex-colonisés (aujourd’hui la Chine, demain l’Afrique) vont se rapprocher des comportements des Occidentaux, plus il va se trouver de leaders, de penseurs pour honnir leur modèle. Daech en est la caricature. Et ils s’en approcheront d’autant plus qu’ils proclameront haut et fort qu’ils ne veulent pas du modèle occidental. D’où, par exemple, les campagnes forcenées contre l’homosexualité, en Russie, en Tchétchénie, en Arabie Saoudite, en Afrique… L’égalité sera la dernière porte qui cèdera, notamment l’égalité des femmes et celle des minorités sexuelles. On prend le modèle économique (en gros : on prend l’argent), mais pas la démocratie qui nivelle les différences. C’est à l’instant où nous nous ressemblons le plus que nous voulons nous différencier le plus.

     

    Effet miroir

     

    En parallèle au rejet de l’Occident par « les autres », il s’en trouve en Occident qui rejettent « les autres ». Ils ne veulent plus servir de modèle. Le conflit est parfaitement mimétique, ironiquement symétrique. Les poussées populistes n’ont pas de cause économique, ni culturelle, ni même « historique », elles sont le résultat de la montée de l’universel, avec sa transition par la phase de « mondialisation ». Les populistes sont cohérents quand ils ne veulent pas entendre parler de la mondialisation. Ils sont idiots, mais ils sont logiques.

       Comment surmonter cette barrière de la méconnaissance, cette illusion du « on est chez nous » ? Le slogan « consommer français » ou « consommer anglais », ou « consommer américain » est révélateur de l’espèce d’auto-cannibalisme des populistes et de l’extrême droite qui proclament la « suprématie mâle blanche ». Cette consanguinité est bien le signe d’une dégénérescence, d’un déclin. Et tant mieux, dans un sens : ce qui résiste à l’universel s’autodétruit !

     

    Plus large

     

    Plus le monde va s’unifier, plus il va s’opposer à lui-même, se déchirer. Satan mène le bal ! Nous appréhendons cette unité en train de se former comme une fatalité. Pour ne pas la voir, nous pouvons être violents. Comment éviter le pire déjà expérimenté au XXe siècle avec deux guerres mondiales ? Il n’y a qu’une seule réponse : en en appelant, plus que jamais, à l’intelligence. Et surtout à la conscience. Puisque la méconnaissance de nos ressemblances est, de fait, la cause du mal, lutter contre la méconnaissance apparaît comme une mission impérieuse. La crise mimétique ne peut se résoudre que dans l’acceptation consciente de la montée irréversible de l’universel. La route est encore longue.

       Déjà un bon nombre d’individus ont compris que cette unité est « en train de se former ». Comment, à quel moment, dans quelle heureuse circonstance allons-nous passer de la conscience individuelle, solitaire, parcellaire, à une conscience collective ? Je sais que cela aura lieu. Je ne le verrai sans doute pas. Mais la levée du brouillard a commencé et cette aube est passionnante à observer.

     

     

     

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     Derek Jacobi

     

    La maladie

     

    LEAR

         Infirmity doth still neglect all office 

    Whereto our health is bound ; we are not ourselves 

    When nature, being oppressed, commands the mind 

    To suffer with the body.

     

    La maladie nuit souvent au travail,

    Quand celui-ci dépend de la santé ; nous ne sommes pas nous-mêmes

    Quand la nature épuisée entraîne l’esprit

    À souffrir avec le corps.

     

    King Lear, act II, sc. 4, l. 106-109. 

     

     

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  • Éducation

     

      

     

    « Construire une personne humaine »

     

    Il n’y a pas que les déchets nucléaires et nos résidus plastiques que nos enfants devenus adultes devront gérer. Il y a aussi l’état dans lequel nous aurons laissé les relations humaines. En éduquant nos héritiers, comment construisons-nous les liens qui les feront tenir en société ? C’est-à-dire : en bonne intelligence.

       Rien n’est moins facile que de construire une personne humaine. Personne ET humaine. C’est pourtant l’unique entreprise digne de l’éducation. Je parle de construire « une personne humaine », pas un individu, pas un consommateur, pas un ayant-droit, pas même un citoyen, mais bien une personne à part entière. Il s’agit d’ailleurs moins de « construire » (de toutes pièces) que d’amener à l’existence, de faire surgir l’humanité de la personne que chacun porte en soi, comme une promesse. Nous ne sommes pas « humains » de naissance. L’humanité n’est pas innée, elle s’acquiert et elle passe par l’éducation.

       Comme si Dieu, en se reposant le septième jour, avait pris ses congés trop tôt. Le travail n’était manifestement pas fini. En prenant le relais de Dieu, en avons-nous suffisamment conscience ? En avons-nous la force ? Et surtout avons-nous la ferveur nécessaire ?

     

     

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