• Education 

     

     

     

    C’est du toc

     

    Vous appelez un service téléphonique et espérez avoir affaire à un assistant : on vous met en ligne avec un ‘helper ’. Pour attirer peut-être le client ballot, les services connectés sont dénommés ‘my ’ ceci, ‘my ’ cela. Vous croyez avoir quelques amis fidèles qui viennent prendre de vos nouvelles sur un des réseaux sociaux, las ! ce sont des ‘followers ’. Vous avez besoin d’un peu d’argent liquide ; n’allez pas déranger votre banquier, allez directement au ‘cash point ’.

       Autrefois, il y a très longtemps de cela, dans les années 1980, François Mitterrand avait créé le Haut Conseil de la Francophonie. Celui-ci renouait avec la belle ambition de Joachim du Bellay et de ses amis de la Pléiade qui en 1549 avaient publié une Défense et Illustration de la Langue française. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? À peu près rien. Et l’on parle d’alléger encore l’enseignement de la grammaire à l’école quand il faudrait continuer d’enseigner la langue française jusqu’en Terminale. L’appauvrissement de l’usage de notre langue est tel que certaines Grandes Écoles ont inséré dans leur cursus… des cours de français.

       Le niveau de français des professionnels de la radio hormis sur R.F.I. et, le plus souvent, France Culture est à pleurer. Il faut dire que leur niveau d’anglais est encore pire ! Ceci explique peut-être cela. Je ne dis rien de la prononciation qui révèle que les speakers confondent, par exemple, les voyelles claires et les voyelles sombres. Les mêmes « professionnels » de la parole manipulent avec une extrême maladresse les subordinations. Or, la subordination est d’une richesse incroyable en français, elle structure la logique, elle étaie la pensée. Le même sort est réservé aux prépositions, en voie d’extinction, remplacées par une « agglutination » qui est contraire au génie de notre langue on entend par exemple : un « service santé » au lieu d’un « service de santé ». Je ne parle pas non plus des simples accords des pluriels al/aux, des féminins sabotés et autres délicatesses de notre langue passées à la trappe.

       Qui sont les nouveaux « normateurs » de la langue ? Les communicants. Quelle est leur formation ? Elle est assurée par des « écoles de commerce ». Autant dire que ce sont les marchands, les bonimenteurs, qui définissent désormais le « bon usage » du français ou ce qui en tient lieu. Sur son bureau, Léopold Sédar Senghor ne se séparait jamais de son Grévisse. Il est vrai qu’avec François Mitterrand, il appartient à une autre époque.

       Les langues, comme les civilisations, sont mortelles. Peut-être même sont-elles encore plus vulnérables que les civilisations. Quand vous aurez perdu complètement votre langue, je ne donnerai pas cher de votre personne…

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Citation 

     

     

     NDT

     

    L’impossible contact

     

    « Toujours ces flous douloureux de l’impossible contact. » 

     

    Marc Guiguet

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare

     

     

     

    Suis-je un lâche ?

     

    ‘Am I a coward ?

    Who calls me “villain” ? Breaks my pate across ?

    Plucks off my beard and blows it in my face ?

    Tweaks me by the nose ? Gives me the lie i’ th’ throat

    As deep as to the lungs ? Who does me this ?’

     

    « Suis-je un lâche ?

    Qui dit que je suis mauvais ? Qui me casse la tête ?

    Qui m’arrache la barbe pour me la jeter à la figure ?

    Qui me tord le nez et me renvoie mes mensonges dans la gorge

    Jusqu’aux poumons ? Qui me fait cela ? »

     

    Hamlet, Act II, sc. 2, l. 530-534

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L'universel 

     

      

    La diversité universelle 

     

    Il faut toujours en revenir au commencement. Y a-t-il un homme universel ? Existe-t-il une nature humaine ? Est-elle modifiable sans se pervertir, sans se renier ? Éduquer ne revient-il pas toujours à créer de toutes pièces un individu non naturel ? « Si on aime quelqu’un, on l’aime tel quel, disait François Truffaut. On ne veut pas le changer. Parce que si on réussissait, il ne serait plus lui. »  Combien de systèmes éducatifs n’ont eu d’autre but que de fabriquer « l’homme idéal » pour n’aboutir qu’à la réalisation de monstres ? Tous les régimes totalitaires ont pratiqué le rapt d’enfants pour assouvir leur volonté de puissance. On en tremble d’effroi.

         La diversité universelle n’a de sens que dans le mélange général. Tout ce qui rapproche, accroche, joint, soude et attache… fabrique de l’universel à partir de la diversité. Ce qui se partage et ne s’achète pas (avant que les marchands ne s’en emparent), l’eau, l’air, les saisons, mais aussi les émotions, l’affection, l’irrépressible « besoin » que nous avons des autres, tout ce qui forme et fonde des ensembles, mouvants, changeants (mais aussi résistants), tisse l’universel avec les fils de la diversité. Tout ce qui englobe (l’environnement naturel, et plus encore l’environnement culturel) fait du tout avec du partiel. Tout ce qui rassemble contribue au tout de l’homme.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Les Sonnets 

     

      

    Sait-on aimer ?

    De la méconnaissance à la vérité

     

    Globalement, les Sonnets « parlent » d’amour, de séduction, de passion, de jalousie, de joie suffocante et de bonheur impossible, d’espérances et d’insatisfactions perpétuelles, de rivalités, de calomnie, de l’inconstance de la beauté et du besoin jamais assouvi que nous avons d’être aimés. Le thème majeur est celui du désir. Le désir est l’énergie de notre existence, son combustible (Shakespeare parle de ‘substantial fuel ’ au sonnet 1, vers 6). En même temps, le désir est ce qui nous pousse dans toutes les impasses, vers tous les échecs, d’où ce cri final au sonnet 147 (vers 8) : ‘Desire is death ’, « Le désir c’est la mort ». Shakespeare parcourt tout le chemin qui va de l’éblouissement aveugle (qu’en terme girardien on appelle la méconnaissance) à la vérité sur le désir, une révélation qui est le produit de la conscience, ainsi qu’il le proclame au sonnet 151 (vers 2) : …who knows not conscience is born of love ? ’, littéralement : « qui n’a pas compris que la conscience naît de l’amour ? »

       La conscience, c’est le désir maîtrisé.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire