• Shakespeare

      

     

     

     

     

     

    Le miroir des autres

     

    Rosalind. The sight of lovers feedeth those in love.

     

    ROSALINDE. – Voir des amoureux nourrit ceux qui sont amoureux.

     

     

                                   Comme il vous plaira III, 4, 54.

     

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  • Sacrificiel

      

    Le mythe du paradis perdu

     

    Les éthologues et tous les fervents penseurs de la « zoopolitique » s’extasient devant la formidable organisation des animaux, en groupes, en meutes, en « sociétés » animales. Quelle perfection, quel modèle d’organisation ! Des fourmis aux loups, les exemples abondent. Ah, la tristesse de nous comparer aux animaux qui font tout si bien… Comme si nous avions perdu une espèce de sagesse en devenant humains*.

       Après avoir, pendant des millénaires fait des animaux nos substituts sacrificiels, l’angoisse saisit l’homme post-moderne chez qui le sacrificiel s’efface de plus en plus, voir tend à disparaître. L’exaltation du sacrifice recule jusque dans les cérémonies officielles. On ne commémore plus les victoires en oubliant les millions de morts qui les ont précédées, on commémore les victimes en oubliant les victoires qu’elles ont permises… Nous voulons nous souvenir de la violence commise et non de la « gloire » du combat.

       Notre comportement est analogue vis-à-vis des animaux. Nous les avons longtemps sacrifiés, nous les avons mangés, mais nous en sommes aujourd’hui à la repentance : que n’avons-nous pas perpétré comme horreurs envers eux ! Honte à nous.

       La démarche a sa logique. Mais de là à accorder aux animaux toutes les vertus, cela relève d’une victimisation culpabilisante trompeuse, un aveuglement historique, une sorte de reniement de notre propre culture, des fondements de notre culture.

       C’est pure naïveté. Le monde « parfait » des animaux, qui sont nos lointains ancêtres, ressemble au paradis perdu. Qu’est-ce que nous avons perdu en devenant humains ? Comme tous les mythes, celui du paradis perdu est révélateur d’un sacré occulté. Pour des esprits qui ont avancé jusqu’à ce point, c’est un progrès extraordinaire qui se paie par une incroyable régression mentale : le sacré opère toujours. Peut-être la civilisation n’avance-t-elle qu’à reculons. La conscience résiste. Elle ne veut pas voir complètement ce que, pourtant, elle a mis au jour.

     

     

    *Voir Révolutions animales, ouvrage collectif sous la direction de Karine Lou Matignon, Arte éditions, Les Liens qui libèrent, 2016.

     

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  • Portfolio 

    Charité sélective

     

     1975 Vietnam

     

     1980 Cambodge

     

    1985 Éthiopie

     

    1997 Afrique 

     

     2017 Syrie

     

    2018 Yemen 

     

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  • « L’homme diminué »

     

    Le Mouchard, film de John Ford, 1935. 

     

    Mouchards

     

    L’utilisation sans discernement de l’intelligence artificielle risque de conduire à des comportements indésirables. Et pourquoi utiliserions-nous l’IA avec discernement, persuadés que nous sommes que les machines pensent plus vite et plus efficacement que nous ?

       Les outils de l’information entre les mains des nouveaux DRH peuvent être redoutables. L’IA est censée tout mesurer, tout interpréter du comportement de l’employé... puis rendre des comptes sous forme de tableaux, de statistiques. Officiellement, ces procédures doivent aider le DRH à une « meilleure » prise de décision. Mais le « DRH augmenté » ne se base que sur des données chiffrées qui a priori ne font pas sens. Leur « donner du sens » est aléatoire et périlleux. Que faire d’une collecte d’informations sur le temps passé par l’employé sur Internet, sur ses temps de pause, sur sa fréquentation de la machine à café, voire ses visites aux toilettes ? Que « signifie » une statistique sur son vocabulaire, la récurrence d’expressions utilisées dans ses courriels, ou son emploi des virgules ? Tout peut être compté, tout compte ! Cette « évaluation » permet, prétend-on, de prendre des « décisions objectives ». Par définition, une décision ne pouvant pas être « objective », dans quel travers pervers tombe-t-on ?

       Les robots de l’IA sont avant tout des mouchards. Ils surveillent, ils calculent, ils comptabilisent, ils totalisent le plus souvent à l’insu de l’employé, du client ou du passant dans la rue. « Souriez, vous êtes pucé ». Mouchard en robotique se dit cooky. Quelle espèce d’empathie le robot peut-il avoir avec les personnes qu’il surveille ? Littéralement aucune. Ah, mais, justement, dit-on, c’est là que le rôle de l’humain est primordial ! Fort des données collectées à l’insu de la « personne cible », le « responsable » peut prendre des « décisions objectives ». Il risque le plus souvent de ne prendre aucune décision du tout. Il se contentera, par paresse bien compréhensible, d’appliquer les résultats que sa machine lui aura fournis. Si l’IA n’est plus un moyen mais une fin, le mouchardage devient la norme, tout simplement.

       Car il y a pire que la paresse. Il y a la fascination que ces machines surpuissantes exercent sur nous. Qui osera prendre une décision allant à l’encontre des données statistiques, « objectives », irréfutables qu’il/elle aura devant les yeux ? Personne. La « réalité augmentée » est une idole bien plus terrifiante que toutes les divinités vénérées pendant l’antiquité.

       Il faut ici relire l’Apocalypse de saint Jean, chapitre 13, quand il parle de « la Bête » :

    13 Elle produit de grands signes, jusqu’à faire descendre le feu du ciel sur la terre aux yeux des hommes ;

    14 elle égare les habitants de la terre par les signes qu’il lui a été donné de produire en présence de la Bête […].

    15 Il lui a été donné d’animer l’image de la Bête, au point que cette image se mette à parler, et fasse tuer tous ceux qui ne se prosternent pas devant elle.

    16 À tous, petits et grands, riches et pauvres, hommes libres et esclaves, elle fait mettre une marque sur la main droite ou sur le front,

    17 afin que personne ne puisse acheter ou vendre, s’il ne porte cette marque-là : le nom de la Bête ou le chiffre de son nom.

     

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  • Shakespeare

     

     

    La clé

     

    Shakespeare paraît souvent obscur – à juste titre. Soit le dramaturge se cache derrière ses personnages, soit le poète se protège derrière une poésie sublime, si brillante qu’elle nous aveugle. Il le savait. Ainsi confie-t-il au sonnet 52 :

              So am I as the rich whose blessed key,

              Can bring him to his sweet up-lockéd treasure.  

              « Je ressemble à un riche ayant une clé d’or

              Qui donne seule accès à son trésor caché. »  

       En disant ceci, il parlait, bien sûr, de sa passion pour W.H., mais la confidence vaut pour sa poésie aussi. Pour ouvrir le coffre bien fermé de sa pensée et de son cœur, il faut beaucoup de patience, il faut d’abord vibrer dans la sensibilité unique de Shakespeare, et seulement après, avec un peu de chance, on découvre des palais grandioses. Sa poésie n’est donc pas un obstacle, c’est l’instrument qu’il faut jouer pour entendre sa musique.

       Shakespeare n’est pas un homme secret – encore que sa discrétion, sa retenue soient légendaires. Celui que Ben Jonson appelait le ‘gentle Shakespeare’ ne donnait pas prise. Le découvrir est comme une révélation. Mais n’en est-il pas ainsi de tous les êtres authentiques ?

     

     

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