• L’Évolution

     

     

    Inachèvement

     

    L’homme s’est longtemps cru un être fini dans un univers infini : « Rappelle-toi que tu es mortel, blablabla. » Or, c’est l’inverse qui est vrai. Les hommes sont infinis dans un monde fini. Et c’est bien là le drame. Nos désirs toujours en expansion ne seront pas tous satisfaits. À moins qu’il s’agisse d’un besoin d’au-delà, d’un désir d’éternité, mais ceux-ci ne seront satisfaits qu’après notre mort. En attendant, quelle espérance ?

       Il reste à parfaire ce qui est inachevé. L’Évolution ne s’est pas arrêtée avec homo sapiens. Elle continue. La « parousie » de l’homme est en suspens. Nous commençons à peine à apercevoir la plénitude possible – sauf quelques mystiques, peut-être. Stan Rougier s’émerveille : « L’homme est une espèce en voit d’apparition. » Qui ne sent, en effet, que nos désirs sont tellement en-deçà de nos espérances ? Il n’est pas question de rêver d’un Surhomme nietzschéen – pauvre Superman franchement ridicule ! Il n’est pas raisonnable d’imaginer que le transhumanisme est l’avenir de l’homme : du bricolage à la Frankenstein.

       Que faut-il mettre à la place de tous nos manques ? J’ai ma petite idée. Toutes les propositions sont les bienvenues – pourvu qu’elles soient généreuses, constructives et belles, si possible.

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

    Désir et insatisfaction

     

    Friar. What we have we prize not to the worth,

    Whiles we enjoy it, but being lack’d and lost,

    Why, then we rack the value, then we find

    The virtue, that possession would not show us,

    Whiles it was ours.

     

    LE MOINE. – Ce que nous possédons, nous ne l’estimons pas à sa juste valeur

    Tant que nous en jouissons, mais que la chose vienne à manquer ou que nous l’ayons perdue,

    Alors, nous en mesurons tout le prix et découvrons

    La qualité que notre bien ne nous montrait pas

    Quand nous étions en sa possession.

     

                                           Much Ado About Nothing, IV, 1, 219-223.

     

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  • Exclusion  

     

    Tous sauf…

     

         Toutes des salopes sauf ma mère.

         Tous des chauffards sauf moi.

         Tous mal élevés sauf mes gosses.

         Tous incompétents sauf mon pote.

         Tous ignares sauf les Français.

         Tous crétins sauf dans mon parti.

         Tous les mêmes sauf moi.

     

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  • La vie vivante

     

     

    Faites comme si vous étiez éternels

     

    « Je n’en reviens pas d’exister. Je n’en reviendrai jamais. Surtout si c’est pour toujours ! »

                                                                           Stan Rougier

     

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  • Shakespeare & Girard 

     

     

    « La bonne échelle »  

     

    « Comment un principe de séparation peut-il être principe d’union ? Quand la distance s’abolit entre les hommes, quand ils se rapprochent trop les uns des autres, que se passe-t-il ? »* Il se passe… tout ce qu’Ulysse évoque dans son discours de l’acte I de Troïlus et Cressida (acte I, scène 3, vers 126-135 ) :

     

    Ulyss. This chaos, when degree is suffocate, 
    Follows the choking.
    And this neglection of degree it is,
    That by a pace goes backward, with a purpose
    It hath to climb. The general’s disdain’d
    By him one step below ; he, by the next ;
    That next, by him beneath ; so, every step,
    Exampled by the first pace that is sick
    Of his superior, grows to an envious fever
    Of pale and bloodless emulation. 

     

    ULYSSE. –  Quand la bonne échelle est exsangue,

    C’est le chaos qui s’ensuit.

    Cet écart de la mesure est tel

    Qu’il revient à reculons et progresse

    Jusqu’au sommet. Le général est méprisé,

    Lui qui a méprisé son inférieur, qui lui-même méprise le suivant,

    Et le suivant celui qui lui est inférieur. À chaque étape,

    À l’exemple de celui qui a été contaminé

    Par son supérieur, grossit la fièvre de l’envie

    Dans une pâle et creuse compétition.

     

       La catastrophe arrive quand, dans une situation mimétique, la « médiation interne » (indifférenciée) se substitue à la « médiation externe » (différenciée). René Girard explique : « Tant que modèles et imitateurs vivent dans des mondes séparés, ils ne peuvent pas devenir rivaux. »

       La « panne de l’ascenseur social », c’est-à-dire de la possibilité de gravir l’échelle (‘degree’) de la promotion, conduit à une crise mimétique majeure. Nous y sommes. Cette « panne de l’ascenseur social » est aggravée par l’accélération de l’uniformisation des modes de vie (des modes tout court).    Tous les chantres de la « différence » n’y pourront rien. La planète se rétrécit et nous ne pouvons pas empêcher ce mouvement. À moins que… Cherchez comment. 

     

    * René Girard, Les Feux de l’envie

     

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