• Éducation 

     

     

      

    Educere, « conduire hors de »

     

    Éduquer, c’est « conduire hors de ». Il s’agit de sortir l’élève (ou l’enfant) de son monde clos, celui de l’enfance, pour l’ouvrir au monde large, celui de la connaissance, le monde des hommes. Comment, maintenant, le monde entre-t-il dans la classe ? Par la parole du maître d’abord, mais pas seulement par sa parole, par sa présence aussi. Le maître lui-même a une histoire, il est le représentant de toute une Histoire. Le monde étant trop grand pour la salle de classe, n’y entre qu’une représentation de celui-ci, n’y a accès que la culture, comme un reflet du monde. Pour être conduit « hors de », il faut être accompagné, il faut aussi être appelé, c’est la vocation même de l’enfant : suivre celui qui l’appelle. L’enseigneur est celui qui appelle.

       Fondamentalement, la vocation est une vertu d’enfance. Ainsi la décrit Aimé Césaire : « C’est mon enfance qui parle et me cherche. Et en celui que je suis / celui que je serai / se lève sur la pointe des pieds… »  Ma vérité, c’est ce que je serai quand je serai grand. Celui qui n’a plus de promesses à tenir, de celles qu’il s’est faites en étant enfant, est bien prêt de sa fin.

         Pour ne pas trahir son enfance, il faut ne pas tarir sa source, il faut comprendre sa promesse, la reconnaître, l’accepter, savoir qui l’a posée là, au cœur vif de l’enfance. La vocation n’est pas un don, c’est une voix. L’enfant a besoin d’un modèle transcendant, d’une force extérieure, d’une source, d’une autorité, d’un maître. Le parent, ou plutôt l’un des parents, peut tenir ce rôle, mais ce rôle est souvent trop difficile à jouer, à cause de la proximité inhérente à la parenté, à cause de l’intimité de l’affection et du risque terrible de confondre la vocation de l’enfant avec sa propre ambition d’adulte. 

     

       Pour être un bon appeleur, le maître doit être un peu loin, un peu haut. Le maître d’école devrait, idéalement, être celui qui appelle. Il est bien placé pour cela. C’est ainsi que je le nomme enseigneur. La maîtrise de son savoir est sa première qualité, celle qui, d’emblée, fascine. « Le savoir du spécialiste inspire confiance, de sorte que ni la force ni la persuasion ne sont nécessaires pour obtenir l’acquiescement. » Ainsi Hannah Arendt définit-elle l’autorité. Mais l’autorité toute seule ne suffit pas, c’est une vertu froide, trop raisonnée. Pour être complète, elle doit laisser une place aux élans du cœur. La vocation n’est rien sans la possibilité d’une transcendance. Il ne suffit pas d’élever l’enfant, il faut surtout l’amener vers l’avant. 

     

     

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  • Universel

     

     

    Crystal Palace en 1851

     

     

    La première Exposition Universelle

     

    La première « Exposition Universelle » ainsi nommée s’est tenue à Londres en 1851… il y a bientôt 170 ans ! Au milieu du XIXe siècle, la conscience universelle était bien à l’œuvre, mais on ne parlait pas encore de mondialisation (le mot n’est apparu qu’au début du XXe). Dans l’enthousiasme naïf de la révolution industrielle, les Européens étaient persuadés que la paix définitive serait assurée par la croissance économique. Il n’y avait qu’à produire, toujours plus, pensait-on, et la redistribution se ferait toute seule. « Nous vivons une période de transition extraordinaire, qui nous mène à cette fin glorieuse vers laquelle tend toute l’histoire : l'achèvement de l'unité de l'humanité », avait déclaré le Prince Albert.

       En fait d’universelle, l’exposition était surtout à la gloire de l’empire britannique. Parmi les quelque 14 000 exposants, plus de 7000 étaient britanniques. L’orgueil de la fière Albion était sans limite. Mais déjà, l’idée d’une unité de la planète se faisait jour, et l’on voulait croire que le capital lié à l’industrie allait sauver les pauvres humains qui n’avaient cessé de se faire la guerre depuis « l’aube des temps ».

       Le projet n’a pas complètement échoué. Une partie du monde une partie seulement mais non négligeable a connu la prospérité. Les guerres ont diminué de façon si spectaculaire que Michel Serres s’enthousiasme de la longévité de la paix ce qui est vrai à mon échelle, je n’ai jamais connu la guerre ! Mes ancêtres, même les plus proches, n’ont pas pu en dire autant.

       Il est clair que la fin de l’histoire est encore loin. Comment allons-nous passer de la prospérité à la justice ? Dès que l’on parle de partager les richesses, toutes les « catégories socio-professionnelles » hurlent qu’on les égorge. Mais comment peut-on partager sans prendre… à quelques-uns ?

       L’espèce humaine est encore loin de son « achèvement ». 

     

     

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  • La personne entière 

     

     

     

     

     

    L’âme et le corps

     

     

    L’esprit commence dans le corps, il n’est pas détaché du corps. L’intelligence est dans la main autant que dans la tête. L’âme est dans le corps autant que dans l’esprit. Que se passe-t-il à notre mort si l’âme se sépare du corps ? Il n’est pas sûr qu’elle s’en sépare. Peut-être reste-t-elle dans le corps et l’âme qui s’en va est celle de l’esprit. Ainsi l’âme des morts n’est-elle que la moitié de leur âme. Mais probablement que cette demi-âme vaut pour le tout. Et quand nous ressuscitons, l’âme du corps rejoint l’âme de l’esprit qui a erré en attendant sa moitié perdue. Que cela doit être beau, à ce moment-là !

     

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

     

     

    Nos doutes nous trahissent

     

    ‘Our doubts are traitors,

    And make us lose the good we oft might win,

    By fearing to attempt.’

     

    « Nos doutes nous trahissent,

    Et nous font perdre le bénéfice que nous pourrions gagner

    Par la seule crainte d’entreprendre. »

     

    Measure for Measure, Mesure pour mesure,

    Acte I, Scène 4 (scène 5 selon les éditions).

     

     

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  • Critique 

     

     

     

     

    par Jean-Marie Machet

     

    Une île au milieu du fleuve.  Le sujet essentiel du roman semble bien celui-ci : l’autre est-il accessible dans la fusion ? Le thème répétitif du multiple, de la division et de l’unité permet de comprendre que l’histoire du héros du roman est celui de la solitude de chaque individu. Dans son livre Nul n’est une île, Thomas Merton traitait de la vision chrétienne de la relation à l’autre. Dans le rapport à l’altérité, Joël Hillion prend ici le contre-pied. Saint-Louis est une métaphore : chacun est Une île au milieu du fleuve, même si des ponts comme le célèbre pont Faidherbe avec sa structure en bow-string peuvent donner à penser le lien avec l’autre, avec le continent de l’altérité. L’île vogue vers la haute mer, nous dit l’épilogue, mais c’est un rêve ; on peut douter que l’île La Mark, avec ses doutes et ses fragilités, son besoin de douceur et d’amour, soit en mesure d’affronter le grand large ; François reste un enfant qui veut être bercé. L’île se porte beaucoup mieux « bercée par un fleuve sage et régulier », en restant reliée par un pont au continent de l’autre. Le fleuve est celui du samsara des bouddhistes, celui de la quête indéfinie de l’objet de notre désir.

     

     

     

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