• Autonomie

     

     

    Anto Carte

     

    Comme des aveugles

     

    Plus la civilisation avance, plus nous sommes dépendants. Si nous évaluons le nombre de réseaux auxquels nous sommes reliés, le tableau est effrayant. Nous comptons sur les chaines de distribution alimentaire, et elles ne doivent pas être défaillantes sinon nos magasins seraient vides. Impensable ! Nous comptons sur les services de médecine, y compris la nuit et le dimanche ! Nous comptons sur la police, les pompiers, la poste, la distribution d’électricité, d’eau, de gaz. Si nous voulons tout savoir sur nos loisirs, nous cliquons sur Internet et la réponse est immédiate. Et tout cet entrelacs de connexions qui fonctionnent nous semble naturel. Nous sommes fâchés quand un grain de sable vient contrarier les beaux rouages de la machine sociale. Un train en retard, une route qui n’est pas déneigée, et nous pleurons comme des enfants. 

       Dans ce contexte absolument merveilleux, se sont développées une idéologie de l’autonomie à tout prix, une exaltation de la souveraineté totale, car l’individu moderne ne veut dépendre de personne. Tout vient de lui, croit-il, et tout y retourne comme son image dans un selfie. « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves », pourquoi se préoccuper du reste ? D’ailleurs, « le reste » est assuré. Quand je tourne le robinet, c’est moi qui produis l’eau, c’est bien connu ! Quand j’allume l’électricité, c’est moi qui éclaire la pièce. Quand je marche dans la rue, c’est moi qui l’ai nettoyée. Je sais que ce n’est pas vrai, mais je fais comme si. Je veux absolument que cela se passe comme si. Et je ne veux surtout pas avoir à remercier qui que ce soit ! Ni médecin, ni ingénieur, ni facteur… Plus belle la vie !

     

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  • Intelligence sensible 

     

     

     

    Sentiments et émotions

     

    La langue anglaise, qui possède un lexique largement plus étendu que le français, confond curieusement sentiment et émotion dans le même mot feeling. Elle est riche d’une multitude de synonymes, d’équivalents, de nuances, mais cela ne compense pas complètement la confusion des sentiments et des émotions.

       Je vois une araignée, j’ai peur : c’est une émotion. Je pense que je pourrais tomber malade, j’ai peur : c’est un sentiment. Le sentiment c’est la représentation de l’émotion, c’est son intériorisation, c’est son image dans la conscience. Les ordinateurs n’auront jamais de conscience tant qu’ils n’auront pas de sentiments, s’ils en ont jamais ! Ils manqueront longtemps (toujours peut-être) d’intériorité. « L’intelligence » qu’on leur fabrique n’a rien à voir ! On sait notamment grâce aux travaux d’Antonio Damasio que l’intelligence rationnelle a besoin de l’intelligence émotionnelle pour fonctionner. Sans émotion, l’intelligence est froide, calculatrice, un peu monstrueuse. Sans intelligence, l’émotion conduit aux passions les plus folles. Les sentiments sont l’interface indispensable entre les émotions chaudes et l’intelligence glacée.

       Les émotions ne s’apprennent pas, à proprement parler. L’intelligence n’est pas innée mais elle se cultive elle est nourrie par la culture. Les sentiments sont « acquis », ils peuvent être appris, je crois même qu’ils peuvent être enseignés. Sinon, pourquoi lire des romans, assister à des tragédies ? Pourquoi écouter Mozart ?

     

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  • Éducation

      

     

    Les décrocheurs

     

    L’enseigneur est donneur de modèles. Il est aussi un modèle. Pourquoi déplore-t-on tant d’échecs scolaires chez les garçons ? Ils manquent de « bons » modèles.

       Une cause qui me semble prédominante, et très politiquement incorrecte, c’est la féminisation du « corps » enseignant. Après la Seconde Guerre mondiale, la profession était partagée à peu près à parité, grâce à la différenciation des Écoles normales. Jusqu’en 1990, les futurs instituteurs étaient formés dans des Écoles normales de garçons et les futures institutrices dans des Écoles normales de filles. « L’indifférenciation » de la formation fait qu’aujourd’hui, on compte globalement quatre femmes pour un homme parmi les enseignants – la disproportion est encore plus accentuée en primaire. Or, c’est entre 6 et 10 ans que le désir d’identification est le plus fort. À qui les garçons s’identifient-ils ? Certainement pas aux femmes. Et les garçons de culture islamique encore moins. Alors, ils décrochent. Et comme « par hasard », c’est dans les milieux défavorisés que l’on trouve le moins d’hommes à leur place de père. La famille est réduite à : des mères célibataires, des divorces « au bénéfice » des mères dans les trois-quarts des cas, des familles recomposées (souvent autour de la mère comme point fixe).  Les filles « décrochent » moins que les garçons. Elles ne sont pas plus intelligentes que les garçons, elles ont simplement plus de chance d’avoir des figures féminines comme modèles à l’école.

       Les difficultés scolaires sont souvent moins d’ordre technique que relationnel. On aura beau « améliorer », rénover, « moderniser » les programmes, on ne changera rien. Des « cours de rattrapage », du « soutien pédagogique », sont peine perdue si la « relation mimétique » avec l’enseignant n’est pas stable. La généralisation des tablettes numériques ne risque pas de favoriser la bonne mimésis. Par l’effet des neurones miroirs, on sait que l’enfant n’imite pas une machine, ni un robot, il imite les adultes qu’il a devant lui. La « pédagogie relationnelle » doit d’abord favoriser le lien entre l’enseignant et l’enseigné, entre le « maître des désirs » et le désirant. Et c’est ici que la théorie mimétique est d’un grand secours. Elle est encore trop mal connue, hélas.

     

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  • Shakespeare

     

     

     

     

    Laërte moqué par Hamlet

     

    Hamlet. His semblable is his mirror ; and who else would trace him, his umbrage, nothing more.

     

    HAMLET. – Il n’a de semblable que son miroir et qui voudrait l’imiter sinon son ombre, rien d’autre.

     

                                                                   Hamlet, V, 2, 120-121.

     

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  • L’erreur est triste

     

     

     

     Prophètes de malheur 

    Les cyniques ajoutent au mal qu’ils dénoncent, les malheureux, pas les misérables, ceux qui se croient malheureux, font le malheur du monde, alors que la vérité est joyeuse !

     

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