• Empathie

     

     

    Copier seulement ne suffit pas. 

     

    Les neurones miroirs copient l’intention. Mais l’imitation doit dépasser la copie, elle doit s’approprier le modèle, le faire sien, le « remodeler ». Sinon, on s’arrête à la répétition et l’on n’apprend rien.

     

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  • Shakespeare

     

     

     

     

     

    Shakespeare empathique.

     

    En concevant tous ses personnages, Shakespeare manifeste une capacité d’empathie exceptionnelle. Il a quand même inventé près de 1600 rôles, si l’on compte l’ensemble de ses pièces ! Pourtant, il ne se confond pas à ses personnages, sa personnalité n’est pas la résultante de tous ses personnages, il existe indépendamment d’eux. Il a investi chacun de ses personnages d’une puissance d’existence incroyable même les « petits rôles », je dirai surtout les personnages secondaires. Comment fait-il ? Son aptitude à se mettre « à la place de », à parler à la première personne en étant dans la peau d’un autre (de 1600 autres), est proprement fantastique.

       Observateur de génie, il a donné à tous les « êtres » qu’il a enfantés une autonomie confondante. Il est un peintre fidèle, scrupuleux, comme il se décrit au sonnet 24 :

       

         For through the Painter must you see his skill,
         To find where your true Image pictur’d lies.
     

         Car à travers le peintre, on juge le talent

         Qui permet de saisir le modèle lui-même.

     

       Mais il ne suffit pas de plagier, de copier. L’imitation, entre les mains d’un artiste, devient une métamorphose. L’imitation est une création. C’est le propre de l’empathie. Le génie des grands artistes en est l’expression la plus spectaculaire.

     

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  • Acédie

     

     

     

    Proxima b

     

    Envie de vous payer un petit voyage sur Proxima b ? Rien de plus facile. L’exoplanète n’est qu’à 4,2 années-lumière de la terre. Il faut compter quelques années de plus pour vous y rendre, en voyageant à une vitesse nécessairement inférieure à celle de la lumière. Si vous voulez faire plus vite, vous risquez tout simplement de vous désintégrer ! Pour autant, Stephen Hawking, avec quelques autres grands cerveaux, ‘all honorable men’, vous encourage vivement à préparer votre voyage. Il va bien falloir un jour quitter notre planète pourrie pour aller en pourrir d’autres ailleurs… Pensées de savants reconnus et de renommée mondiale, ‘all honorable men’ !

       Quand « le progrès » n’est plus qu’une fuite en avant, comme une panique, on peut douter de sa pertinence. Quand l’humanité est tellement dégoûtée d’elle-même qu’elle ne pense plus qu’à s’échapper, à ignorer les conséquences de ses actes, elle n’est sûrement pas loin de la « phase finale ». Au revoir.

       Il y a un siècle, déjà, Pierre Teilhard de Chardin avait prévenu : « La grande et sécrète préoccupation de l’Homme moderne est beaucoup moins de se disputer la possession du Monde que de trouver le moyen de s’en évader. »

       Avec le projet de « colonisation de l’espace », nous maquillons une lâcheté en une aventure héroïque. Qui peut se laisser prendre par une telle mystification ?

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Paul Chahidi as Jaques, The National Theatre

     

    Jacques le moraliste

     

    Jaq.                                        Give me leave

    To speak my mind, and I will through and through

    Cleanse the foul body of th’ infected world,

    If they will patiently receive my medicine.

    Duke S. Fie on thee! I can tell what thou wouldst do.

    Jaq. What, for a counter, would I do but good?

    Duke S. Most mischievous foul sin, in chiding sin :

    For thou thyself hast been a libertine,

    As sensual as the brutish sting itself ;

    And all th’ embossèd sores and headed evils,

    That thou with license of free foot hast caught,

    Wouldst thou disgorge into the general world.

     

    JACQUES. –                                  Qu’on me laisse

    Dire le fond de ma pensée, et je vous nettoierai de fond en comble

    Le corps impur de ce monde corrompu,

    S’il accepte patiemment ma médecine.

    LE DUC. – Fi donc ! Je devine ce que tu ferais. 

    JACQUES. – Mon jeton que ça lui ferait du bien.

    LE DUC. – En corrigeant le péché, tu en commettrais un plus terrible :

    Car tu as été toi-même un libertin,

    Aussi sensuel et brutal que le dard ;

    Et tous les abcès, tous les maux avérés,

    Que par ta licence tu as contractés,

    Tu les régurgiterais sur le monde entier.

     

                                         Comme il vous plaira, II, 7, 58-69.

     

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  • Éducation

     

     

     

    L’antécole

     

    L’impact des « écrans » sur les enfants peut être redoutable. Sachant qu’ils passent largement plus de temps devant la télévision, leur tablette, leur téléphone qu’à l’école, les « écrans » sont devenus une espèce d’antécole, qui ressemble à l’école mais qui fonctionne à l’envers de l’école. Elle ne forme pas des personnes, elle formate des bulles étanches qu’on nomme « individus autonomes ».

       L’enfant, par empathie spontanée, par mimétisme, puise dans les médias les modèles auxquels il se conforme. Le discours sur l’autonomie, sur la liberté individuelle, sur la volonté de se construire… n’est pas seulement faux, il dissimule l’assujettissement des spectateurs passifs. Les modèles offerts par la machine marchande sont des faux petits « moi » autocentrés !

       Les enfants sont littéralement gavés. Pire que cela, ils ne savent plus quoi désirer. C’est ce qui explique « la crise du désir » que nous connaissons. L’origine de cette crise du désir est en réalité une crise des modèles. Les « héros » de la téléréalité, les stars débiles, les amuseurs rigolards, forment une cohorte de modèles vides. Dans les jeux vidéo, les personnages virtuels sont des fantasmes, des créatures mythiques violentes, des demi-dieux archaïques. Beaucoup de bruit et de fureur, et puis rien ! Dans les images que reçoivent les enfants, les adultes ont disparu. Ils ont été remplacés par leurs avatars.

     

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