• Empathie 

     

     

     

     

    « Qui est mon prochain ? »

     

    Que faut-il à « Je » pour être « un Autre » ? « Je » peut chercher son prochain indéfiniment et se tromper indéfiniment. Dans la conscience commune, le prochain se confond avec celui qu’on doit aider. « Aimer son prochain », banalement, ne signifie rien d’autre que « faire la charité ». Un don à l’UNICEF et me voilà tranquille. Où est mon prochain dans cet acte indifférent ? Qui ai-je touché ?

       Mon prochain n’est pas celui à qui je fais du bien, mais celui qui me fait du bien ! C’est celui dont je dépends. La définition unique du « prochain » est celle de la Parabole du Bon Samaritain, telle qu’elle est rapportée par saint Luc au chapitre 10 (25-37). Les disciples de Jésus ne comprennent rien, tout comme nous, à « l’amour du prochain ». L’un d’eux lui pose la question : « Qui est mon prochain ? » La réponse de Jésus est limpide : « Celui-là qui a pratiqué la miséricorde à [ton] égard. »  On peut traduire aussi : celui qui t’a fait du bien, celui qui t’a assisté, celui qui t’a aimé. C’est l’AUTRE qui fait que je suis JE. Le seul amour que j’ai à manifester, c’est ma reconnaissance. Cela signifie SE reconnaître dans l’AUTRE, reconnaître qu’on est aimé ! Françoise Dolto explique calmement : « L’amour vrai ne crée aucune dépendance. » Cela paraît incompréhensible, et pourtant, c’est ce que font les enfants, tous les jours.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Citation

     

     

     

     

     

     

    « Pouvons-nous, sans folle outrecuidance, croire que l’avenir ne nous jugera pas ? »

     

                                                                            Ernest Renan

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare 

     

     

     

     

     Thomas Jolly

     

     

    La solitude de Richard*

     

    Gloster. – I have no brother. I am like no brother ;

    And this word love, which greybeards call divine,

    Be resident in men like one another,

    And not in me : I am myself alone.

     

    RICHARD. – Je n’ai pas de frère. Je n’ai pas l’air d’un frère.

    Et ce mot « amour », que les vieilles barbes nomment divin,

    Appartient aux hommes qui se ressemblent,

    Pas à moi ! Je suis singulier et seul !

     

                                                   Henry VI, 3ème partie, acte V, scène 6, vers 80-83. 

     

    * Solitude du futur Richard III.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Bonnes feuilles 

     

     

     

     

     

    Extrait d’Une île sur le fleuve*

     

    Le monde l’attirait comme une femme amoureuse, les pauvres le bouleversaient, il avait besoin d’une mission. À ceux qui lui faisaient remarquer que l’Europe, et singulièrement la France, avait déjà commis assez d’injustices dans son Empire finissant sans qu’il aille lui-même en exporter d’autres à travers le monde, il rétorquait avec une conviction qu’il ne parvenait pas toujours à faire partager : « Ma culture m’oblige. » Son raisonnement était sans appel. « On ne peut pas, disait-il, avoir inventé la vaccin antitétanique et déclaré que l’humanité est libre de mourir du tétanos si cela lui chante… » Sans avoir reçu une éducation religieuse particulièrement solide, il n’en avait pas moins assimilé le message, et il était prêt, sans s’interroger davantage, à aimer son prochain de toutes ses forces. Seulement il imaginait son prochain assez loin, là où il semblait qu’il souffrait le plus, au fond de l’Asie ou au cœur de l’Afrique. Sa première destination avait été l’Indochine.

       Il était foncièrement généreux, il était désarmant dans sa sincérité, il était pur à sa façon. François attirait la sympathie. Il avait reçu peu d’amour jusqu’à vingt ans, sauf de sa mère, ou bien il l’avait mal reçu, mais il était persuadé de pouvoir en distribuer sans fin : il en débordait.

       L’Ancerville ne bougeait plus. François se regardait toujours dans la glace, mais il ne se voyait pas. Il eut un sursaut, accommoda sa vue, se trouva stupide tout droit devant son miroir, les yeux humides d’émotion, les mains crispées sur le rebord du lavabo. Il jeta un coup d’œil par le hublot. Une ville était là devant lui, un port, des entrepôts, une foule qu’il voyait s’agiter, un peuple, un monde vivant de l’autre côté de la vitre. Après une seconde d’hésitation, il rassembla ses affaires, ferma sa valise, ramassa le gros sac de voyage sous la couchette et s’apprêta à sortir. Par le hublot, il eut le temps d’apercevoir l’inscription immense sur les hangars du port : BIENVENUE À DAKAR.

     

     

    * Mon dernier roman, aux Éditions L’Harmattan.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • État de conscience 

     

     

     

     

     

    L’écume

     

    Les connaissances se renouvellent entièrement, dit-on, tous les 50 ans, ou peut-être tous les 25 ans, ou peut-être tous les 10 ans. On ne sait pas exactement. Ce qu’on peut mesurer, c’est l’accumulation des données, principalement virtuelles, sans qu’on sache dans quelle proportion et à quelle vitesse elles s’effacent. On ne sait pas trop non plus quelle est la nature des connaissances qui s’accumulent (et qui s’effacent). Si l’on réserve le même sort (comptable) aux blagounettes sur Facebook qu’aux découvertes scientifiques, nous nous égarons dans le futile et le ridicule. Ce décompte statistique est pourtant celui sur lequel s’appuient Google, Amazon, Facebook, Apple et autres géants du Web pour faire de l’argent. Mais que mesurent-ils sinon l’écume des choses, le brouhaha général, la rumeur, le bruissement du monde, des petits chuchotis qui passent pour de grands bruits ? Le moindre ragot déclenche une alerte sur 1 milliard de téléphones en même temps. Et la clameur est d’autant plus audible que la nouvelle est fausse. Elle occupe l’espace cybernétique quelques heures, quelques secondes, et disparaît : Out, out, brief candle.

       La vraie connaissance, celle par laquelle le petit d’homme doit passer pour devenir un homme tout simplement, c’est autre chose. Et cette connaissance-là ne se renouvelle pas. Elle est faite de la découverte et de la maîtrise plus ou moins bonne du désir (des désirs), de la prise en compte de l’Autre (des autres), de la révélation de soi (que les imbéciles appellent la « construction » de soi), du sens des choses (si elles en ont un) et, tout au fond de soi, de la conscience et, peut-être, de ce qui s’appelle l’âme.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire