• Universel 

     

      

    Mes liens

     

    Mes liens ne sont pas seulement avec mes contemporains ; ils traversent le temps, ils transgressent la durée. J’ai été élevé par des hommes et des femmes dont les éducateurs avaient été formés au dix-neuvième siècle. Les enfants de mes petits-enfants s’étonneront quand paraîtra le vingt-deuxième siècle. Par tous les liens qui m’ont fait et par tous ceux que je forme encore, c’est comme si j’avais traversé quatre siècles, un épisode de la longue histoire humaine, commencée en Afrique, et qui m’attache indéfectiblement à l’humanité. L’hominisation continue.

     

     

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  • Les Sonnets 

     

     Alessandro Farnesse, duc de Parme, en 1561 :

    il a seize ans.

     

    Reproduction interdite 

     

    Le poète, fasciné par son modèle, a voulu arrêter le temps, ou au moins en « suspendre le vol », et il s’est aperçu que cela était impossible. Ni W.H., ni lui ne survivront à leur temps. L’amant transi avait rêvé d’un amour immortel, d’un temps immobile, d’un « éternel été » pour son bien-aimé et de vers éternels qui assureraient sa survie. Il doit se soumettre au monde où le changement est la règle.

             

              When I perceive that men as plants increase,

              Cheerèd and check’d even by the self-same sky,

              Vaunt in their youthful sap, at height decrease,

              And wear their brave state out of memory :

              Then the conceit of this inconstant stay,

              Sets you most rich in youth before my sight…’ 

     

              « Quand je découvre qu’hommes et plantes grandissent,

              Stimulés ou bridés par le ciel impassible ;

              Que, jeunes fanfarons, ils tombent de leur cime,

              Et que de leur splendeur ils sombrent dans l’oubli ;

              Alors la vanité d’une telle inconstance

              Me révèle à quel point votre jeunesse est rare … »

     

    Sonnet 15

     

       Le cœur de la méditation tient dans l’oxymore magnifique : ‘this inconstant stay’. Il décrit l’instabilité incessante dans la nature : la seule règle fixe de la vie est qu’il n’y a rien de fixe dans la vie ! L’état permanent du monde est son « impermanence » ! Et tous nos efforts se retrouvent ‘out of memory’, tout « sombre dans l’oubli ».

     

    « Vienne la nuit sonne l’heure

    Les jours s’en vont je demeure… »

     

       Pire que le temps qu’Apollinaire voit couler sous le pont Mirabeau, chez Shakespeare, rien ne demeure, tout s’efface, le monde s’effondre après lui. Et cette conscience aiguë de notre finitude est un motif de plus d’aimer ce qui va disparaitre.

     

    This thou perceiv’st, which makes thy love more strong,
    To love that well, which thou must leave ere long
    .’

     

    « Ce que tu vois ici retrempe ton amour :

    Chéris bien cet amour avant de t’en défaire. »

     

    Sonnet 73

     

       Ou comment la conscience vient au secours du cœur.

     

     

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  • Etat de conscience 

     

     

     

     

    De l’intelligence artificielle

     

    « Les ordinateurs peuvent faire ‘‘ce qu’un cerveau humain ne peut pas comprendre’’ * […] car la compréhension est véritablement une fonction de l’esprit, mais jamais le résultat automatique de l’intelligence. »  

     

    Hannah Arendt 

     

    * Citation de Von Fritz.

     

     

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  • L'universel 

     

     

     

    « Que je te désire singulier ! »

     

    L’universel n’existe pas en soi. Il n’est que virtuel, potentiel. Il doit être soutenu à chaque instant par la vibration de tous les êtres singuliers ensemble. L’universel n’est pas à construire mais à conquérir. Dans cette perspective, l’éducation est une révélation. Et cette révélation est mélodique. Si les vibrations singulières viennent à manquer, la musique s’arrête ─ comme la vie s’arrête par défaut de respiration. La meilleure manière d’enseigner l’universel est de tenter de façonner des singularités, de leur permettre d’advenir. La vieille antienne « Deviens ce que tu es » est un peu réductrice. Il est plus important d’advenir au monde. La personne ne se dissout pas dans le groupe, elle se révèle. Il faut insister sur ce point : je parle de singularités, pas d’individus, pas de petites boules fermées sur elles-mêmes, je parle de personnes liées, reliées, attachées et surtout attachantes. Chaque éducateur (enseigneur ou parent) ne devrait désirer déclarer, à l’enfant dont il a la charge et qu’il aime, autre chose que cette apostrophe définitive de Baltasar Gracian y Morales : « Que je te désire singulier ! »

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

    À faire pleurer les anges  

     

    ISABELLA 

                                  O, it is excellent
    To have a giant’s strength ; but it is tyrannous
    To use it like a giant.

    LUCIO 

    [Aside to ISABELLA] That’s well said.

    ISABELLA 

    Could great men thunder
    As Jove himself does, Jove would ne’er be quiet,
    For every pelting, petty officer
    Would use his heaven for thunder ;
    Nothing but thunder ! Merciful Heaven,
    Thou rather with thy sharp and sulphurous bolt
    Split’st the unwedgeable and gnarled oak
    Than the soft myrtle : but man, proud man,
    Drest in a little brief authority,
    Most ignorant of what he’s most assured,
    His glassy essence, like an angry ape,
    Plays such fantastic tricks before high heaven
    As make the angels weep ; who, with our spleens,
    Would all themselves laugh mortal.

     

    ISABELLE. –                Ah, c’est une merveille

    Que d’avoir la force d’un géant ; mais il est tyrannique

    De s’en servir comme un géant.

    LUCIO. – En effet.

    ISABELLE. – Si les grands hommes pouvaient gronder

    Comme Jupiter, Jupiter ne serait jamais tranquille,

    Car l’assaut du premier petit fonctionnaire venu

    Emplirait son ciel de tonnerre :

    Rien que du tonnerre ! Le ciel, lui, est clément ;

    Quand il envoie ses éclairs puissants et sulfureux,

    Il fend plus sûrement le chêne inamovible et difforme

    Que le myrte délicat. Mais l’homme est gonflé d’orgueil,

    Enveloppé dans sa petite autorité provisoire,

    Ne sachant rien de ce dont il se prétend assuré,

    Cassant comme du verre, il joue les singes excités,

    Et il exécute des tours ahurissants devant le ciel,

    À en faire pleurer les anges ; mais si ceux-ci étaient de même humeur

    Que nous, ils en mourraient de rire.

     

                                       Measure for Measure, act II, sc. 2, l. 107-123

     

     

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