• Victimisation

     

     

     

     

    Phobies

     

    La nouvelle parade des coupables pris en faute, c’est de traiter leurs adversaires de « phobiques ». La mode existe depuis longtemps qui consiste à se « défendre » en se faisant passer pour une victime. S’il n’y a aucun fondement à votre victimisation, vous pouvez toujours protester que vous êtes victime d’acharnement médiatique… La moindre accusation, le moindre soupçon font de vous une victime. Les prisons sont pleines de victimes, ne le saviez-vous pas ?

        Le « complexe de victimisation » est rarement exprimé de façon explicite. Pour cacher le mauvais argument, il faut un vocabulaire qui embrouille bien la chose. Le moyen le plus commode est l’emploi du suffixe phobie. Le gouvernement russe n’est pas net-net dans ses rapports avec le monde, on l’accuse d’ingérence plus ou moins occulte, il s’insurge contre la russophobie dont il est victime. Pauvre Poutine, il est bien à plaindre ! De même pour l’islamophobie. Pourquoi pas la richophobie ? C’est vrai, ça, les riches ne sont pas suffisamment aimés !

       S’agissant de l’homophobie, la notion était (est encore) pertinente. En quoi un homosexuel empêche-t-il un hétérosexuel de satisfaire ses désirs propres ? En rien. La haine des homosexuels est parfaitement inepte. Par symétrie – délicieusement mimétique – on risque de me taxer… d’hétérophobie.

       Assimiler les « phobies » à une forme de victimisation injuste est injuste. Tricher avec les mots est une stratégie grossière qui risque toujours de se retourner contre vous : phobie contre phobie, on finit toujours par être « stigmatisé ».

     

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  • Shakespeare

     

     

     Hal

     

    The Making of William Shakespeare

     

    Pièce très personnelle, Henry V, écrite en 1598, est bien de la main de Shakespeare. Le doute n’est pas permis. Il s’offre, dès la première scène, une petite allusion autobiographique assez savoureuse.

     

    Cant. Which is a wonder, how his grace should glean it,

    Since his addiction was to courses vain ;

    His companies unletter’d, rude, and shallow,

    His hours filled up with riots, banquets, sports ;

    And never noted in him any study,

    Any retirement, any sequestration

    From open haunts and popularity.

     

    CANTORBERY. – C’est à se demander comment sa Majesté a pu glaner tout ça,

    Alors qu’il s’adonnait à des occupations vaines ;

    Il fréquentait des illettrés, des rustauds, des niais,

    Ses heures étaient pleines de disputes, de ripailles et de divertissements ;

    On ne l’a jamais vu se consacrer à l’étude,

    À la réflexion, à la solitude,

    Loin de la cohue et de la foule.

     

                                                 Henry V, act I, sc. 1,  l. 53-59.

     

       En décrivant un « autodidacte » typique, le Prince Hal devenu Henry V, à qui Shakespeare pense-t-il sinon à lui-même ? Que ne lui a-t-on reproché son manque d’études ! En a-t-il souffert ? Sans doute au début de sa carrière londonienne. La critique de son « inculture », déjà lourde à son époque et qui dure quatre siècles après lui, a dû lui peser terriblement. Est-ce pour cela qu’il cite les mythologies pour un oui pour un non, jusque dans la bouche des manants comme Pistol ?  Il devait faire ses preuves. Il les a d’ailleurs faites amplement. Dans le personnage du roi Henry il a mis beaucoup de lui-même.

     

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  • Violence médiatique

     

     

     

     

    Appauvrissement cérébral

     

    « Des études menées au cours des dix dernières années révèlent une tendance alarmante chez les jeunes qui grandissent en face de l’écran. Leur vocabulaire s’effondre, et avec lui leur aisance de lecture et leur aptitude à communiquer efficacement. »

     

    Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie.

     

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  • Violence retenue

     

     

     

    Bonne nouvelle

     

    Faut-il des chiffres ? En 1972, les morts par accident de la route en France étaient supérieurs à 18 000 ! En 2017, ils sont autour de 3 000. En 1970, le nombre de véhicules particuliers était de 13 700 000. Nous avons dépassé aujourd’hui 39 000 000.  On peut ainsi dire que le nombre de voitures a été multiplié par trois tandis que le nombre de décès a été divisé par six.

       Ceci signifie que la violence au volant a diminué de façon spectaculaire, comme si elle avait été divisée par 18 ! En moins de cinquante ans. Ce recul de la violence est significatif, mais hélas, il est invisible. Les 50 000 Français qui vivent en plus chaque année ne le savent pas. Personne ne les connait. Et pourtant, ils sont là.

       La répression s’est accentuée. La prévention est plus efficace. Les infrastructures se sont améliorées. Les automobilistes ne conduisent pas mieux, ils se conduisent mieux.

       Tout recul de la violence est un progrès de l’humanité toute entière.

     

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  • Sacrifice

     

     

     

    Génocide global

     

    Après la tentative nazie de nier les personnes en tant que personnes –les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels –, après l’abolition (presque réussie) des différences humaines par la révolution culturelle chinoise ou la tyrannie de Pol Pot, après l’effondrement des petits moi occidentaux dans l’anonymat des réseaux sociaux, la dénégation de soi est poussée un peu plus loin par les transhumanistes et les généreux défenseurs des droits des animaux. Les technoscientistes folamour veulent nous convaincre que les machines qu’ils fabriquent sont intelligentes et que, d’ailleurs, elles sont déjà plus intelligentes que nous. Les spécistes nous jouent la même musique. « Nous finirons un jour muets à force de communiquer, dit Valère Novarina* ; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. » Nous ne valons guère mieux, paraît-il.

       À force de nous renier comme personnes, nous sombrons lentement dans la confusion la plus noire, acharnés à saccager notre être, notre transcendance, notre singularité, notre conscience. Nous étions uniques, nous ne voulons plus l’être. Les Modernes, ayant proclamé la mort de Dieu, ont voulu tout assumer tout seuls. Ils n’ont pas tenu parole. Ils se sont effectivement débarrassés de Dieu, mais ils ont découvert que la charge était trop lourde à porter. Nous ne désirons plus être des personnes humaines. L’apothéose de notre merveilleuse ambition a été vécue au moment de la Déclaration universelle des droits de l’homme. On peut la dater : 10 décembre 1948. Et depuis ? Rien ! L’obsession à vouloir être remplacés par des robots, par des grands singes, risque de tourner au désir autoréalisateur.

       Si notre désir se tarit, si l’avènement de la personne ne se réalise pas ici et maintenant, la civilisation va décliner (très vite), l’évolution va s’arrêter. La fin ne viendra pas de la bombe atomique et de la stupidité des militaires, elle ne viendra pas de l’effondrement des banques et de la stupidité des économistes, elle ne viendra pas non plus de la crise écologique quand l’air sera littéralement irrespirable, elle viendra des civilisés eux-mêmes qui auront rendu leur carte d’adhérents au projet mirifique qui était sur le point de s’accomplir.

     

     

    * Valérie Novarina, Devant la parole, P.O.L., 2010, citée par Jean-Claude Guillebaud dans La foi qui reste, L’iconoclaste, 2017.

     

     

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