• Portfolio 

    Donner la main

     

     

     

     

     

     

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  • Théorie mimétique

     

     

    Démystification 

     

    « Le XVIIIe siècle démystifiait la religion, le XIXe siècle démystifiait l’histoire et la philologie, notre époque démystifie la vie quotidienne. Pas un désir n’échappe au démystificateur patiemment occupé à construire sur tout ces cadavres de mythes le plus grand mythe de tous, celui de son propre détachement. »   

     

    René Girard,  Mensonge romantique et vérité romanesque.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

    Mise en scène de Peter Brook, 1974,

    avec François Marthouret.

    L’esclave jaune 

     

    TIMON, digging :

                                          What is here ?
     Gold ? yellow, glittering, precious gold ? No, gods,
     I am no idle votarist : roots, you clear heavens !
     Thus much of this will make black white, foul fair,
     Wrong right, base noble, old young, coward valiant.
     Ha ! you gods, why this? what this, you gods? Why, this !
     
    Will lug your priests and servants from your sides.
    […]
    This yellow slave
     Will knit and break religions, bless the accurs’d,
     Make the hoar leprosy ador’d, place thieves
     And give them title, knee and approbation
     With senators on the bench.
     

     

    TIMON, creusant le sol :

                                          Qu’est-ce que c’est que ça ?

    De l’or ? Ce précieux métal, jaune et brillant, de l’or ? Ô dieux, non !

    Je ne fais pas des vœux à la légère. Des racines, par le ciel clément !

    Un rien de cela rendrait blanc le noir, beau le laid,

    Vrai le faux,  noble l’ignoble, jeune le vieux, téméraire le lâche…

    Ah, dieux ! À quoi bon cela ?  Qu’est-ce que cela, ô dieux ? Justement !

    C’est ce qui écarte de vous vos prêtres et vos ministres.

    […]

    Cet esclave jaune

    Noue et dénoue les religions, il bénit les maudits,

    Fait adorer la lèpre repoussante, établit les voleurs

    Et leur accorde titre, respect et approbation,

    Jusque sur les bancs des sénateurs.  

     

                                Timon of Athens, Timon d’Athènes*,

                                Acte IV, scène III, vers 25-38. 

     

    * Pièce écrite en collaboration avec Thomas Middleton.

     

     

     

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  • Education

     

     

    Qu’est-ce qu’un jeu ? 

     

     Le bonheur est un jeu d’enfant. Voilà le secret. Un jeu, c’est-à-dire ce qu’on met en jeu, qu’on manipule, qui offre du jeu, qui bouge entre vos mains, qui se transforme selon votre volonté. Cela a bien peu de rapport avec les « jeux » des médias dans lesquels la seule chose qui joue c’est la roue qui donne le numéro gagnant. Cela est également très éloigné du jeu vidéo, la « PlayStation » où le joueur est cloué à sa console, assigné, assujetti, tandis que l’image joue pour lui ─ le mot « station » exprime bien l’inertie du spectateur ! Dans un jeu d’enfant, le jouet c’est l’enfant, c’est lui qui se joue le numéro, avec quelques accessoires qu’on appelle à tort des jouets, alors que ce ne sont que des accessoires. Si je dis que le bonheur est un jeu d’enfant c’est que, dans le jeu, l’enfant se découvre, se forme, se joue, se fait, s’invente. Le bonheur est toujours lié à la création ─ encore plus même qu’à la découverte. Quand on parle de « jeu éducatif », on formule un pléonasme. Un jeu qui n’est pas éducatif n’est pas un jeu, c’est un amusement. Il y a la même différence en anglais entre « play » et « game ». J’ai souvent beaucoup de mal à expliquer la différence à mes élèves. La grammaire est un jeu, comme les maths, comme la poésie. L’enseignement est un jeu. Mais si l’on tombe dans l’amusement, on se distrait, on perd son temps, littéralement on ne joue plus le jeu.  

     

    Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

     

     

     

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  • Shakespeare

     

    Rodney Gardiner,

    The Oregon Shakespeare Festival, 2011.

    La rumeur

     

    Induction 

    Warkworth. Before the castle.  

    Enter RUMOUR, painted full of tongues  

    RUMOUR  

    Open your ears ; for which of you will stop
     The vent of hearing when loud Rumour speaks ?
     I, from the orient to the drooping west,
     Making the wind my post-horse, still unfold
     The acts commenced on this ball of earth :
     Upon my tongues continual slanders ride,
     The which in every language I pronounce,
     Stuffing the ears of men with false reports.
     I speak of peace, while covert enmity
     Under the smile of safety wounds the world :
     And who but Rumour, who but only I,
     Make fearful musters and prepar’d defence,
     Whiles the big year, swoln with some other grief,
     Is thought with child by the stern tyrant war,
     And no such matter ? Rumour is a pipe
     Blown by surmises, jealousies, conjectures
     And of so easy and so plain a stop
     That the blunt monster with uncounted heads,
     The still-discordant wavering multitude,
     Can play upon it. But what need I thus
     My well-known body to anatomize
     Among my household ?’ 
     

     

    La RUMEUR, portant un costume couvert de langues peintes, parle : 

     

    « Ouvrez bien les oreilles ! Qui d’entre vous voudrait

    Se les boucher quand la Rumeur parle à voix haute ?

    C’est moi qui, de l’orient au couchant,

    Prenant le vent comme cheval de poste, délie à l’envi

    Les actions qui voient le jour sur cette boule de terre :

    Sur mes langues chevauchent les calomnies incessantes,

    Que je traduis dans tous les dialectes,

    Et j’abreuve de fausses nouvelles les oreilles des hommes.

    Je parle de paix, tandis que l’ennemi se dissimule

    Sous un sourire rassurant et maltraite le monde.

    Qui d’autre que la Rumeur, qui sinon moi seul,

    Fait se rassembler les craintifs sur le qui-vive,

    Tandis que l’année, sous le poids de quelque autre malheur,

    Se croit prête d’accoucher d’une guerre terrible et tyrannique,

    Alors qu’il n’en est rien ?  La Rumeur est un pipeau

    Dans lequel soufflent soupçons, jalousies et conjectures,

    Un instrument si facile à jouer et si maniable

    Que le monstre imbécile à mille têtes ─

    La multitude toujours discordante et chicaneuse ─

    Peut en jouer. Mais ai-je besoin

    De décrire ainsi mon anatomie

    Au milieu des membres de ma famille ? »

     

     

                                King Henry IV part II, Induction, l. 1-22

     

     

     

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