• Shakespeare 

     

     

     

     

     

     

    Ceux qui dissimulent leurs forfaits

     

    CORDELIA.

    Time shall unfold what plighted cunning hides : 

    Who cover faults, at last shame them derides.

     

    Le temps dévoilera ce que la ruse cache sous ses replis :

    Ceux qui dissimulent leurs forfaits, la honte finit par les faire choir.

     

                                                      King Lear, act I, sc. 1, l. 284-285.

     

     

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  • Iconoclastes 

     

     

    Jérôme Bel

     

    Que faire de la transgression

    s’il n’y a plus de tabou ?

     

    Dans le domaine de la transgression, les « artistes » littéralement se surpassent. Les tabous se faisant numériquement de plus en plus rares, il devient difficile de choquer sur scène, dans les films ou dans les livres. Frustré de n’avoir plus de barrière à franchir, l’individu ne se sent plus exister. N’exerçant plus son audace, ne pratiquant plus l’outrage, il se morfond dans les conventions. Que faut-il briser pour sortir de la routine et rejoindre la cohorte bienheureuse des exclus ? Il est indispensable de se persuader qu’on va toujours plus loin que les autres. En matière de sexualité, par exemple, les artistes n’ont plus grand-chose à cacher. Aussi leurs « audaces » consistent-elles, la plupart du temps, à affirmer d’un air outragé que tous les tabous ne sont pas encore tombés. Grands sauveurs d’une humanité aveuglée par des siècles d’abrutissement judéo-chrétien, ils arrivent à temps pour nous libérer des vilains interdits qui nous aliènent, disent-ils. Et les voilà transcendés ! Ils créent de la censure pour pouvoir prétendre qu’ils s’en moquent. Ils jouent à se faire peur, mais le grand méchant loup est mort et les enfants ne rient plus !

       En matière de spectacle de la violence, le champ est encore plus largement ouvert. Il est facile de pratiquer la surenchère dans l’horreur banale, de la montrer et de s’en repaître. Le sang fait toujours son petit effet. Mais où est l’audace ? S’étourdir de la violence est l’acte le plus banal, le plus primitif, le plus archaïque qui soit. Nos artistes « modernes », en avance sur leur époque, comme ils veulent s’en convaincre, auraient dû logiquement tourner le dos à ce genre de représentation éculée depuis longtemps. Mais rien n’y fait. La « hardiesse » de certains d’entre eux est affligeante, tant elle relève d’une pensée niaise. Michel Henry compare ce type de divertissement à la description que donne l’Apocalypse d’un spectacle qui consiste à « animer la statue de la Bête de telle façon que la statue de la Bête parle. » (saint Jean, 13,15).

        L’idée qu’il n’y aurait bientôt plus de tabou paraît sacrilège et désespère les transgresseurs eux-mêmes. Il est iconoclaste d’affirmer qu’il n’y a plus d’idoles à brûler, que la transgression tourne à vide et que les transgresseurs à la fin nous ennuient ! Il n’y a plus de règles auxquelles il faille désobéir. Le désœuvrement nous guette.

       

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  • Mon nouveau roman 

     

     

     

     

     

     

    Quand il débarque à Dakar pour la première fois, François La Marck ne connaît de l’Afrique que ce qu’il en a rêvé. Il part travailler à Saint-Louis comme anesthésiste, au début des années soixante, au lendemain des « indépendances ». L’expérience qu’il va traverser lui fera découvrir un continent au-delà de toutes ses attentes. Il s’attachera à des personnes uniques, aux personnalités singulières. Il connaîtra la passion autant que les souffrances. Il en sortira métamorphosé.

     

    *

     

    Bien que j’aie largement puisé dans mon expérience au Sénégal, où j’ai enseigné pendant quatre ans au Prytanée Militaire de Saint-Louis dans les années 70, mon roman est d’abord une fiction, une pure fiction. Les événements sont imaginaires, autant que les personnages, même si les rencontres que mon héros est amené à faire, sa découverte étonnée de l’Afrique, ses émotions, les liens qu’il noue et la transformation qu’il connaît à travers son aventure singulière sont inspirés par mes souvenirs toujours vifs du Sénégal.

       Comme mon personnage principal, jeune et innocent, j’étais parti pour donner le meilleur de moi-même, et je suis revenu en ayant reçu infiniment plus que ce que j’avais donné. Mon roman, je l’espère, manifeste toute ma gratitude envers un pays, un continent, que j’ai adorés et où je compte encore d’excellents amis.

     

    *

      Pour commander le livre, cliquer sur le lien : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=54110

     

     

     

     

     

     

     

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  • L'émotion créatrice 

     

     

     

     

    Le don du saisissement

     

     

    « Le don du saisissement, […] c’est la faculté de vibrer aux ondes de l’Autre : du Toi », énonce Léopold Sédar Senghor. « Qu’est-ce que ce don du saisissement, qui nous définit si authentiquement ? C’est cette intuition qui, par-delà les apparences, perce l’écorce des faits. C’est ce que j’appelle la raison-étreinte. C’est elle qui plonge jusqu’aux racines humides des faits, jusqu’à leur ébranlement premier, et monte, dans le chant de la sève, vers l’accomplissement de leur fruit. […] Et voilà que l’homme, ému, se met à jouer, à revivre l’Autre par l’art, qu’il soit plante, animal, astre : à le danser, à le sculpter, à le peindre, à le chanter. »

     

     

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  • Grandir 

     

     

     

    Être-vers

     

    « L’homme est celui qui porte en soi plus grand que lui », disait Antoine de Saint-Exupéry. L’éducation n’a d’autre fonction que d’être cette ouverture vers « plus grand que soi », elle n’a d’autre justification que de permettre cette transcendance.

       Cet « être-vers » qu’est l’enfant est l’idéal même de cet « être-plus » que nous aspirons tous à devenir, ou plutôt que nous rêvons d’advenir.

     

     

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