• Education 

     

     

      

    Réciprocité

     

    Que n’ai-je appris de mes compagnons d’aventure mes élèves , dans le cadre étroit de la classe ? J’ai toujours vécu mon enseignement dans l’attente, dans la quête, dans le désir de recevoir, dans l’impatience. Comme tous les amoureux transis, j’ai parfois été douloureusement déçu. Mais j’ai aussi connu des moments de grâce, j’ai pu être témoin de la réalisation des promesses que quelques-uns m’avaient faites sans le savoir. Ces engagements tacites (comme s’ils étaient secrets) ont connu leur aboutissement parfois dans le temps très bref d’une année scolaire, le plus souvent après un temps beaucoup plus long : on n’est pas toujours là quand le bourgeon devient fruit. Mais avant le fruit, j’ai souvent eu la chance de contempler des fleurs magnifiques ! Après avoir cessé d’être la lumière, je me suis retrouvé éclairé à mon tour. Peut-on décrire une plus délicate forme de bonheur ?

     

    Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Shakespeare 

     

     

      

    La réputation

     

    CASSIO 

    Reputation, reputation, reputation ! Oh, I have lost my reputation ! I have lost the immortal part of myself, and what remains is bestial. My reputation, Iago, my reputation !

    IAGO 

    As I am an honest man, I thought you had received some bodily wound. There is more sense in that than in reputation. Reputation is an idle and most false imposition, oft got without merit and lost without deserving. You have lost no reputation at all unless you repute yourself such a loser.

     

    CASSIO. – La réputation, la réputation ! Ah, j’ai perdu ma réputation ! J’ai perdu la partie impérissable de moi-même, il ne me reste plus que la partie bestiale. Ma réputation, Iago, ma réputation !

    IAGO. – Sur ma foi, j’ai cru que vous aviez reçu une blessure physique. Cela fait plus mal qu’un coup à la réputation. La réputation est une croyance stérile on ne peut plus fausse ; on l’obtient souvent sans mérite, et on la perd sans le faire exprès. Vous n’avez rien perdu de votre réputation tant que vous ne vous croyez pas vous-même perdu de réputation.

     

                                     Othello, acte II, scène 3, l. 257 et s.

     

    De manière constante dans La Tragédie d’Othello, Iago se revendique comme autonome, il ne craint le jugement de personne, il se moque des conventions, il est « libre ». Il est extraordinairement moderne. Il est le personnage « sympathique » de la pièce. Comme Hitchcock le rappelait, pour réussir une bonne histoire, il faut un bon méchant. Shakespeare l’avait compris et si nous sommes dupes, lui ne l’est pas.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Empathie 

     

     

     Musée de l'empathie à Londres

     

    Mettez-vous à leur place

     

    Imaginez qu’on construise une plateforme pétrolière dans l’embouchure de la Gironde. Imaginez qu’on réintroduise des loups dans le bois de Boulogne. Imaginez qu’on acclimate des ours dans la forêt de Fontainebleau. Imaginez un joli champ d’éoliennes géantes sur le plateau de Saclay. Imaginez un nouvel aéroport à Rambouillet. Et un grand barrage sur la Seine vers Andrésy. Pourquoi pas une Centrale EPR en Vallée de Chevreuse. Imaginez qu’on vende en France les mêmes médicaments qu’en Afrique. Imaginez un total de réfugiés équivalent à 25% de la population autochtone. Imaginez une réduction drastique des agents de police, des services hospitaliers dans votre quartier. Imaginez une classe de primaire avec 70 élèves…

       Pour connaître avec précision la « faisabilité » de tout projet, soyez égoïste, demandez-vous : et si c’était moi ?

     Évidemment, quand les forages pétroliers ne dérangent que quelques Indiens d’Amazonie, ce n’est pas si grave. Un grand barrage hydro-électrique au milieu de l’Auvergne, on s’en fout ! Des médicaments un peu trafiqués pour les Africains, quelle importance ? Mais, si c’était moi ?

       Le PDG qui trouve qu’on gagne correctement sa vie avec un SMIC n’a qu’à essayer. Les partisans du « tout sécuritaire » qui trouvent que 20 ans de prison, ce n’est pas beaucoup, n’ont qu’à y aller voir. Les bourgeois qui considèrent que les pauvres râlent décidément beaucoup devraient prendre plus souvent le RER.

       Nous naissons avec une capacité d’empathie qui est extraordinaire. Avec nos neurones miroirs, nous sommes de vraies éponges. Et puis, nous brouillons les miroirs, nous mettons du verre cathédral sur nos vitres mentales, et le tour est joué. Je ne t’ai pas vu, tu n’existes pas.

      

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • Portfolio : Henri Matisse 

     

    Simple comme la couleur

     

     

     

     

     

     

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire
  • L'universel

     

      

    Pluriels

     

    La globalisation récente s’est accompagnée d’une invasion de pluriels. Il n’est question partout que des libertés, des savoirs, des droits, des opinions et des cultures. La pluralité généralisée touche même les religions, avec ce paradoxe presque comique de la mise en concurrence des trois monothéismes. Dieu lui-même, Dieu unique, se fait la guerre…  Le monde globalisé est divisé contre lui-même. L’universel a éclaté en petites dissemblances, comme pour mieux nous cacher notre formidable ressemblance !

       Admettons enfin que l’universel est inévitable. Le monde se resserre et nous n’y pouvons rien. Inconsciemment (ou non), nous y travaillons, nous l’espérons. Les « pluriels » ne sont que des points de résistance à l’extraordinaire mouvement de l’universel qui tend vers lui-même, vers son accomplissement. « Quand les temps seront accomplis… », nous nous étonnerons de notre sottise.

     

     

    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    votre commentaire