• James Joyce

     

     

     

     

    L’extase

     

    and then he asked me would I yes to say  yes my mountain flower and first I put my arms around him yes and drew him down to me so he could feel my breasts all perfume yes and his heart was going like mad and yes I said yes I will Yes.

     

    et alors il m’a demandé si je voulais oui dire oui ma fleur de montagne et d’abord j’ai mis mes bras autour de lui oui et je l’ai attiré sur moi pour qu’il sente ma poitrine toute parfumée oui et son cœur battait comme un fou et oui j’ai dit oui je veux Oui.

     

                                                                    James Joyce, Ulysse.

     

     

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  • Sacrificiel 

     

     

     

     

    Voir des gens mourir

     

    C’est la distraction préférée des téléspectateurs. Thrillers, Fantasy, policiers, films noirs, toutes les séries offrent leur lot de cadavres tous les soirs, tous les jours, à toute heure. On mesure pour les besoins de la publicité, les marchands sont à l’affût le taux d’audience, le volume d’hémoglobine répandue, le nombre de décès violents, et les chaines rivalisent dans les mises en scène macabres bien sanglantes, bien spectaculaires. Comme disait Boris Vian : « Faut qu’ça saigne… »

       Par intervalles, nous avons droit à l’info, « l’actualité », c’est-à-dire à la rengaine des attentats, des accidents, des rapts, des assassinats. On appelle ça « les nouvelles ». Il n’y a rien de plus banal et répétitif.

       Si l’on retirait des médias le temps accordé aux voyous, aux malfrats, aux assassins en tous genres, aux violents, il y aurait beaucoup de place… pour la publicité. Mais il n’y aurait plus personne pour la regarder.

     

     

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  • Éducation

     

      

     

    « Construire une personne humaine »

     

    Il n’y a pas que les déchets nucléaires et nos résidus plastiques que nos enfants devenus adultes devront gérer. Il y a aussi l’état dans lequel nous aurons laissé les relations humaines. En éduquant nos héritiers, comment construisons-nous les liens qui les feront tenir en société ? C’est-à-dire : en bonne intelligence.

       Rien n’est moins facile que de construire une personne humaine. Personne ET humaine. C’est pourtant l’unique entreprise digne de l’éducation. Je parle de construire « une personne humaine », pas un individu, pas un consommateur, pas un ayant-droit, pas même un citoyen, mais bien une personne à part entière. Il s’agit d’ailleurs moins de « construire » (de toutes pièces) que d’amener à l’existence, de faire surgir l’humanité de la personne que chacun porte en soi, comme une promesse. Nous ne sommes pas « humains » de naissance. L’humanité n’est pas innée, elle s’acquiert et elle passe par l’éducation.

       Comme si Dieu, en se reposant le septième jour, avait pris ses congés trop tôt. Le travail n’était manifestement pas fini. En prenant le relais de Dieu, en avons-nous suffisamment conscience ? En avons-nous la force ? Et surtout avons-nous la ferveur nécessaire ?

     

     

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  • L'universel 

     

     

     

     

     

     

    Musique pour tous

     

    La musique que nous écoutons aujourd’hui, celle que tout le monde écoute quotidiennement, a été élaborée au XXe siècle. Ses rythmes, ses harmonies, d’où viennent-ils ?

       Pour simplifier – mais pas tant que ça –, on peut dire que notre musique commune a été modelée aux États-Unis entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe – avant de se répandre sur toute la planète. Pour ce qui est des rythmes, pas de doute, ils sont directement issus des musiques (interdites) des esclaves africains à qui il ne restait souvent plus rien d’autre de leur ancienne culture. Quant aux harmonies, elles ont été importées d’Europe centrale et d’Europe de l’est par les émigrés juifs persécutés et pauvres, émigrés en Amérique.

       En somme, notre musique commune est le cadeau que nous ont fait les opprimés… contre rien. Nous ne l’avons pas achetée, nous l’avons seulement copiée, adaptée, transposée, interprétée. Nous nous la sommes tellement bien appropriée que nous ne savons plus d’où elle vient. Et nous croyons qu’elle est à nous.

       Quelle merveille de constater que la musique est la seule chose que les esclavagistes, les racistes, les satrapes de toute couleur et de toute confession, n’ont pu enfermer dans leurs prisons. Même derrière des barreaux, on l’entend dehors ! C’est le plus beau présent qu’aient pu nous faire les exclus, et nous ne l’avons pas mérité. Quand je dis « nous », j’entends : nous tous sur la planète Terre. C’est une miraculeuse injustice. Ne nous privons pas de la savourer.

     

     

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  •  Shakespeare

     

     

     

     

    Les mots qui tuent

     

    PISANIO

    What shall I need to draw my sword ? the paper

    Hath cut her throat already. – No, 'tis slander,
    Whose edge is sharper than the sword, whose tongue
    Outvenoms all the worms of Nile, whose breath
    Rides on the posting winds and doth belie
    All corners of the world ; kings, queens and states,
    Maids, matrons, nay, the secrets of the grave
    This viperous slander enters.

     

    Qu’ai-je besoin de tirer l’épée ? Cette lettre

    Lui a déjà tranché la gorge… Car c’est la calomnie qui tue,

    Elle dont la langue est plus venimeuse que les serpents du Nil,

    Elle dont l’haleine se sert du vent comme coursier,

    Et qui trompe sous tous les horizons : les rois, les reines, les États,

    Les filles innocentes, les matrones, que dis-je ? Dans les secrets de la tombe

    La calomnie pénètre comme une vipère.

     

    Cymbeline, act III sc. 4, l. 33-40.

     

     

    Aujourd’hui, Shakespeare remplacerait-il ‘slander’ par Facebook, Twitter, Fake News, Wikileaks ?

     

     

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