• Education

     

     

    Apprendre sans désir

    n’est pas apprendre

     

    « Tout apprentissage se ramène à l’imitation », rappelle René Girard. Cela est incontournable. Apprendre consiste, grâce au mécanisme mimétique et à la mise en action des neurones miroirs, à tenter de s’approprier ce que l’autre possède. Le schéma est aussi simple qu’universel. Celui qui sait me paraît désirable, je désire donc ce qu’il possède. Je l’imite pour calmer mon désir, j’apprends ainsi ce qu’il sait, et j’oublie ensuite la source de mon désir : ce que je garde pour moi est un acquis. La culture, c’est ce qui reste quand on a oublié ses maîtres. Je suis sûr que ce que j’ai acquis est « à moi » puisque je l’ai tant désiré. Apprendre sans copier est impossible.

       Cela est vrai, mais cela n’est que la moitié de la vérité. Apprendre ne consiste pas purement et simplement à copier. Ce n’est pas le savoir qui est seulement désirable, c’est d’abord à celui qui sait que je désire ressembler. L’apprentissage est fondé sur un mouvement affectif, il est d’abord une relation. La pédagogie est une forme de « confusion des sentiments ». Apprendre sans désir n’est pas apprendre.

     

    ⅏⅏⅏⅏⅏⅏⅏ 

     

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  • Shakespeare 

     

     

     

     

    La vertu de l’absence

     

    FRIAR FRANCIS

    What we have we prize not to the worth
    Whiles we enjoy it, but being lack’d and lost,
    Why, then we rack the value, then we find
    The virtue that possession would not show us
    Whiles it was ours.

     

    Ce que nous possédons, nous ne l’estimons pas à sa juste valeur

    Tant que nous en jouissons, mais s’il vient à manquer ou si nous l’avons perdu,

    Alors, nous en mesurons tout le prix et découvrons

    La qualité que notre bien ne nous montrait pas

    Quand nous en étions possesseur.

     

    Much Ado About Nothing, act IV, sc. 1, l. 217-221. 

     

     

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  • En panne d'universel 

     

     

     

      

    À quand la mondialisation ?

     

    Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour voir apparaître, enfin, quelque chose qui ressemble à la mondialisation ? La seule véritable instance politique mondiale, celle qui peut réguler les pouvoirs des nations, c’est, pour l’instant, l’ONU et son Conseil de sécurité. Or, selon les circonstances, « les cinq » votent les uns contre les autres, par opportunisme, au nom de leurs intérêts particuliers et de leur stratégie d’alliances ou de défiance. Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France s’insurgent contre Bachar el-Assad, le massacreur du peuple syrien, pendant que la Russie et la Chine usent de leur droit de veto. Ce qui devrait être le centre de la conscience mondiale n’est qu’un bac à sable où des enfants capricieux se disputent leurs jouets. C’est pathétique.

       Si ceux qui sont en charge des affaires du monde n’ont pas conscience d’eux-mêmes, s’ils sont incapables de mesurer le monde à l’échelle du monde, que font-ils là où ils sont ? De quoi sont-ils responsables ? Comment se sont-ils vu attribuer leur titre de « maîtres du monde » ? Comment exercent-ils leur fonction régalienne ?

       Que dire, pareillement, des instances mondiales chargées de contrôler l’économie ? Le FMI, la Banque mondiale sont à la solde de Goldman Sachs, HSBC, et autres philanthropes… Qu’en est-il de la communication, Google, Facebook et compères ? Ils se refusent à réguler les flux et devant le déferlement de violence et de pornographie, ils se contentent de solliciter « l’accord parental ». C’est dérisoire.

       En l’absence d’un gouvernement mondial, comment pouvons-nous globalement nous gouverner ? Qu’est-ce que c’est que cette tribu sans chef, sans rites, sans communauté ? C’est notre planète primitive avant l’apparition de la culture !

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

      

    Érotisme

     

    ‘Call it not love, for Love to heaven is fled, 

    Since sweating Lust on earth usurp'd his name.’

     

    « N’appelez pas cela de l’amour, car l’amour s’est envolé au ciel

    Depuis que, sur terre, la luxure trempée de sueur a usurpé son nom. »

     

    Venus and Adonis 

     

     

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  • Relire Steinbeck 

     

     

     Le sacrifice d'Isaac par Chagall

     

    La bonté des bourreaux

     

    Charles et son frère Adam se sont battus très violemment. Charles, le plus fort, a blessé gravement Adam. Ce dernier se tait.

     

    Charles was not sorry. He had very simply fulfilled himself. Charles did not tell his father about the beating. […] In the months that followed he turned a gentleness on Adam. His speech became softer toward him. He did not punish him anymore. Almost nightly he lectured him, but not violently. And Adam was more afraid of the gentleness than he had been at the violence, for it seemed to him that he was being trained as a sacrifice, almost as though he was being subjected to kindness before death, the way victims intended to the gods were cuddled and flattered so that they might go happily to the stone and not outrage the gods with unhappiness.

     

    Charles ne s’excusa pas. Il pensait qu’il avait fait ce qu’il avait à faire. Charles ne dit pas un mot à son père de la raclée [qu’il avait infligée à Adam].  Dans les mois qui suivirent, [Charles] se montra gentil avec Adam. Il lui parlait avec plus de douceur. Il ne le punit plus. Il lui faisait la leçon presque chaque soir, mais sans violence. Et Adam craignait encore plus sa gentillesse qu’il n’avait craint sa violence, car il lui paraissait qu’on le préparait au sacrifice, comme si on le traitait avec bonté avant sa mort, comme les victimes dédiées aux idoles qui sont choyées et flattées afin qu’elles aillent joyeusement s’allonger sur la pierre et n’outragent pas les dieux avec leur chagrin.

     

    John Steinbeck, À l’est d’Eden, Chapitre 7

     

     

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