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    Triomphe du mensonge

     

    Triomphe de la rumeur, de la tartuferie, de l’émotion immédiate, de l’approximation, de la subjectivité hypocrite. Les réseaux sociaux encouragent les faussaires. Par quelle aberration nomme-t-on post-vérité la tromperie la plus éhontée, et fait alternatif une manipulation criante de la réalité ? Les néologismes eux-mêmes sont perfides, une dissimulation médiocre de la fraude.

       Les manipulateurs professionnels autant que les petits blogueurs naïfs sont persuadés que la vérité n’a aucun intérêt tant qu’elle ne sert pas leurs intérêts. Ils préfèrent croire ceux qui parlent plutôt que de croire ce qu’ils disent. Les fanatiques de tous temps ont fait de même et les tyrans. Marshall McLuhan avait prévenu il y a cinquante ans : « Le message, c’est le médium. » Nous faisons confiance à la machine plutôt qu’à ce qu’elle véhicule. Un fait est « vrai » s’il a été « vu à la télé ». L’expression même de YouTube est révélatrice. C’est vous qui êtes le tube. Autant dire que vous êtes remplacé par un courant d’air. Et parce que ça brille, et parce que ça fait du bruit, les innocents tombent dans le panneau (publicitaire).

       L’ère de la post-vérité est celle des clowns : Trump, Poutine y excellent aujourd’hui, Berlusconi et Sarkozy s’y sont essayés hier. Mais ce sont des clowns qui ne font pas rire. En son temps, Coluche avait plus de dignité que les pitres médiatiques de l’ère postmoderne

     

     

     

     

    C'était au temps jadis... 

     

     

     

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  • Shakespeare et la mémoire 

     

     

    Transmettre pour ne pas oublier 

     

    Bien que Shakespeare ait longtemps tenu ses sonnets secrets, il ne fait pas de doute que le souci de les préserver, pour finalement les transmettre, l’a occupé dès l’origine. S’il ne les a jamais détruits, c’est qu’il songeait les faire connaître tôt ou tard… L’idée de transmission, le désir de sauvegarder, le besoin de témoigner pour la mémoire future sont évoqués à plusieurs reprises :  

         If thou survive my well-contented day,

       When that churl death my bones with dust shall cover

       And shalt by fortune once more re-survey

       These poor rude lines of thy deceasèd Lover…’

     

         « Si tu vis après moi, quand j’aurai fait mon temps,

       Quand la mort recouvrira mes os de poussière,

       Si une fois de plus, tu en viens à relire

       Ces vers lourds et grossiers de ton ami défunt… » 

                                                              Sonnet 32

     

       C’est contre son propre oubli qu’il veut surtout se prémunir. S’il ne peut rien faire pour préserver la beauté périssable du beau jeune homme, il doit au moins tout faire pour que l’image de cette beauté ne disparaisse pas, qu’elle reste visible au monde. Abandonnant sa fascination exclusive pour le beau jeune homme, le poète concentre tous ses efforts sur sa lutte contre le temps. L’oubli est vécu comme une terreur, il est assimilé à un anéantissement, il paraît pire que la mort. L’idée même de destruction contamine l’amour. La menace que le temps à venir fait instamment peser sur nous ruine le présent. Si l’on ne se souvient pas maintenant, demain il sera trop tard. Le mémoire commence aujourd’hui : 

                […] time will come and take my love away.

           This thought is as a death which cannot choose

           But weep to have that which it fears to lose.’

     

                «  […] le temps est à l’affût de mon amour.

           Cette pensée me tue, ne m’offrant d’autre choix

           Que de pleurer d’avoir ce que je crains de perdre. » 

                                                                  Sonnet 64

     

       Pour lutter contre sa propre terreur, le poète organise sa mémoire. Les Sonnets ne sont pas simplement des poèmes d’amour, ils témoignent aussi de la démarche consciente du poète pour conserver et pérenniser son expérience sentimentale. Les Sonnets ne sont pas « une histoire d’amour » seul Shakespeare la connaissait. Les Sonnets sont l’histoire d’une histoire d’amour. 

     

     

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  • Education 

     

     

     

     

    Neurones miroirs

     

    Les dernières expérimentations en matière de neurones miroirs montrent que les petits hommes, dès leur naissance, sont les champions de l’imitation. Les neurones miroirs se mettent en action dès les premiers instants de leur vie mondaine. La première imitation a été enregistrée sur un bébé, né à terme, 42 minutes seulement après sa naissance.

       Autre résultat remarquable, le nouveau-né imite de préférence les humains, leurs mimiques (mot révélateur), mais aussi leurs émotions : un adulte peureux fait peur, un adulte heureux rassure. D’où l’importance de la « figure d’attachement », comme le rappelle Boris Cyrulnik. Placés devant une machine, les bébés (testés par les scientifiques) n’imitent rien, comme si leurs dispositions naturelles les amenaient à recopier l’humain d’abord. Ils commencent ainsi leur hominisation, qui sera suivie de leur humanisation… Pour parvenir à son humanité, le petit homme a besoin d’un environnement humain.

       Cela paraît une évidence. Or, nous découvrons de plus en plus de bonnes mères et de bons pères qui laissent leurs bébés s’amuser avec des téléphones, des écrans, des mini-tablettes. Et ils s’enthousiasment en constatant avec quelle déroutante facilité leurs petits génies manipulent le miroir magique.

       Je ne sache pas que l’informatique puisse rendre qui que ce soit idiot. Le danger n’est pas énorme. Mais il faut savoir exactement ce que l’on fait. L’appareil électronique, qui fonctionne à l’intelligence artificielle, est déjà une imitation de l’humain. En tapotant la vitre aux lumières vives, l’enfant est amené à modéliser, non pas sur un humain, mais sur un artefact, une copie d’humain avec toutes les insuffisances que celle-ci comporte.

       Quand on parle de sécurité, les fabricants de tablettes pour bébé, les scientifiques mis à contribution, certifient que les machines sont sans risque pour la santé : pas de cancer précoce à craindre, en gros. Les psychologues bien en cour assurent même que l’intelligence des petits peut se trouver « augmentée » par le processus. Dans une civilisation de la performance, l’argument est définitif. Mais quelle intelligence « augmentée » les petits geeks vont-ils développer ? Tant que l’enfant imite son parent qui, lui aussi, joue devant un écran, il remplit complètement sa mission d’apprentissage. Mais livré seul à la machine savante, il n’imite qu’un robot. Comme nous ne nous « construisons » que par imitation, je reste perplexe, vaguement inquiet quand même.

       Puisqu’il est tellement question aujourd’hui d’homme augmenté, cherchons prioritairement à augmenter l’environnement humain des petits humains, donnons-leur plus d’éducateurs, offrons-leur plus d’amis authentiques plutôt que virtuels, accordons aux parents plus de temps à consacrer à leur descendance. Un câlin est sans doute plus bénéfique qu’une séance de jeu de pouces sur une glace froide.

     

     

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  • Shakespeare 

     

     

    Dogberry & Vergès

    dans Beaucoup de bruit pour rien. 

     

    Porte-parole

     

    Dans son Que sais-je ?, Jean-Michel Déprats décrit, à juste titre, Shakespeare comme l’avocat de tous ses personnages. Il n’en privilégie aucun. Il leur accorde à tous les mêmes droits. « Il porte un regard égal sur chacun d’eux, aussi petit et insignifiant soit-il. » Même s’il fait plus souvent parler en vers les nobles et en prose les gens ordinaires, « il fait crédit à tous ses personnages et ne refuse à aucun les ressources de son éloquence. » Ainsi s’étonne-t-on de la perspicacité des plus humbles. Je soupçonne, pour ma part, Shakespeare d’avoir pris un malin plaisir à avoir fait dire aux « petits » des choses d’une pertinence si pointue qu’elle échappe même aux « grands » !

     

     

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  • Portfolio 

     

    La ronde

     

    « Le premier sapiens n’est pas celui qui a enterré son premier mort, mais le premier qui, en frappant dans ses mains, s’est mis à danser en riant aux éclats. Évidemment, il n’était pas seul. Les débuts de l’humanité ressemblent, sans nul doute, à une espèce de chorégraphie joyeuse, à une sarabande rieuse. Avant de peindre sa main sur la paroi de sa caverne, notre ancêtre l’avait tendue à un autre, qui lui-même…  Et ensemble ils avaient formé une farandole. Sapiens pouvait partir à la conquête du monde. »

     

    Extrait de Et mon tout est un homme.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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