• Shakespeare 

     

     

    Le miroir des autres

     

    Commentaire d’Ulysse lisant une lettre d’un ‘strange fellow’ ‒ ce pourrait être Shakespeare :

     

    Ulysses.                      A strange fellow here

    Writes me : ‘That man, how dearly ever parted, 
    How much in having, or without, or in, 
    Cannot make boast to have that which he hath, 
    Nor feels not what he owes, but by reflection ; 
    As when his virtues shining upon others 
    Heat them, and they retort that heat again 
    To the first giver.’

     

    ULYSSE. –                             Un curieux individu

    M’écrit ceci : « Un homme, aussi richement doté soit-il,

    Quelles que soient ses qualités, visibles ou invisibles,

    Ne peut se vanter d’avoir ce qu’il a,

    Ni n’éprouve de quoi il est redevable, sinon par écho :

    Quand ses vertus rayonnent sur les autres

    Et les réchauffent, ils renvoient cette chaleur

    À celui dont elle émane. »

     

                                        Troilus and Cressida, III, 3, 96-103.

     

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  • Divertissement

     

     

    La ludification

     

    Le jeu, sous toutes ses formes, envahit tous les domaines d’activité. Il a remplacé « la règle » à l’école, il pousse à la consommation, il est un élément essentiel de la pratique des réseaux sociaux. Il consiste à stimuler artificiellement les « circuits de récompense » du cerveau, comme le fait la dopamine. Il a le même effet que les drogues, le tabac, etc. Il donne aux joueurs une illusion de maîtrise, il entretient un sentiment de victoire et une apparence d’appropriation.

       Comment les enfants se servent-ils du jeu, ce bien si précieux, au quotidien ? Pour leur plus grand profit, ils jouent... et ils savent qu’ils jouent. Il n’y a pas plus conscient de jouer qu’un enfant qui joue. Un jeu est toujours éducatif quand ce n’est pas un amusement. Les parents ont bien tort de dire à leurs enfants « va t’amuser ». Ils ont mieux à faire*.

       La ludification évoquée plus haut est autre chose. C’est le remplacement du jeu par un chantage à la récompense. On ne demande plus la règle du jeu, on demande « qu’est-ce qu’on gagne ? ». Dans les jeux d’enfants, il n’y a rien à gagner. « Jouer à » est un entraînement imitatif à la vie. La ludification est un piège à récompense : comme le petit rat qui doit trouver le fromage au bout du labyrinthe. C’est un amusement sans désir vrai, un amusement triste.

     

    * Voir Qu’est-ce qu’un jeu ? page 43

     

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  • Un seul monde 

     

              « Reconduction à la frontière... Elle est où, la frontière ? » 

                                   Philippe Lioret, réalisateur de Welcome.

     

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  • Publicité

     

     

    Détecteur de mensonge

     

    Si l’on écoute attentivement les annonces publicitaires – cela demande un effort –, on découvre facilement que le ton emprunté par les annonceurs, les speakers ou autres voix, est complètement faux. Pas un comédien qui joue pour ces pubs ne semble authentique. Et pour cause, il ne croit pas un mot de ce qu’il débite. Les concepteurs du message autant que les réalisateurs des clips publicitaires, tous autant qu’ils sont, savent parfaitement que tout est factice. Le ton est celui de la conteuse parlant à une classe maternelle... Il est clair que les annonceurs prennent leurs auditeurs-spectateurs pour des débiles mentaux – ce que les enfants ne sont pas !

       Alors pourquoi les écoutons-nous ? Comment ne sommes-nous pas alertés par tant de fausseté ? Comment nous laissons-nous piéger ? Pourquoi ne nous moquons-nous pas de ces caricatures ? Aimons-nous à ce point le mensonge ? Ce déballage de faux désirs, de fausses joies, de faux enthousiasmes, nous séduit-il ? Il faut croire que oui. Sommes-nous à ce point en peine de désirs pour en venir à gober le premier qui passe – et pas le plus fin ? Le désir médiatisé est-il à ce point impératif que la plus médiocre médiatisation déclenche quand même du désir ? Les annonceurs ne font-ils que jouer de notre incommensurable faiblesse ? Je finis par hésiter avant de les accuser de malhonnêteté.

     

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  • Shakespeare 

     

    Philip Brook as Flavius, Guy Williams as Timon,

    Leicester Haymarket Theatre, 1988.

      

    L’amour authentique

     

              Flavius. How rarely does it meet with this time’s guise,
              When man was wish’d to love his enemies !
              Grant, I may ever love, and rather woo
              Those that would mischief me, than those that do ! 

     

              FLAVIUS. – Qu’il est rare, aujourd’hui, de rencontrer

              Un homme capable d’aimer son ennemi !

              Puissé-je seulement aimer et m’accorder avec

               Ceux qui me veulent du mal plutôt qu’avec ceux qui commettent le mal !

     

     Timon of Athens, IV, 3, 468-471

     

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