• Vive la crise ! 

     

     

    « Le temps est venu »*

     

    Les initiatives pullulent. La crise est un merveilleux carburant pour l’intelligence. Nicolas Hulot se sert de sa popularité pour secouer les consciences. La mobilisation est utile. Elle est autre chose qu’une manif’.

       J’approuve le projet de Nicolas Hulot. J’apporte seulement ici quelques nuances.

       Il faut encourager prioritairement, dit-il :

       - la lucidité (4), l’intelligence collective (39), c’est ce que j’appelle la « noospshère ». Elle existe déjà mais elle est mal utilisée pour l’instant. Nous n’en sommes qu’aux balbutiements. Les réseaux sociaux n’en sont que l’écume, et elle est souvent fétide. 

       - lier notre je au nous (80). Je ne rêve que de cela. Ce lien s’appelle la RESPONSABILITÉ. Cette nouvelle conscience va être très difficile pour les consommateurs décervelés de l’ancien monde, trop habitués au confort clos de leur égoïsme. 

       - la conclusion de Nicolas Hulot est magnifique : créer un lobby des consciences (100). C’est la fameuse « noosphère » dont j’ai parlé. Encore une fois, il ne s’agit pas de la créer, elle existe déjà, mais il faut l’orienter, il faut la rendre DÉSIRABLE.

       D’où ma réserve vis-à-vis de la proposition 75 : faire naître des désirs simples. Je crois au contraire qu’il faut sortir des désirs simples (en gros : bouffer) pour aller vers des désirs plus subtils, plus raffinés. Que notre bouche, comme celle des poissons, ne soit pas devant. 

       Autre réserve : Nicolas Hulot parle de transcender la peur en espoir (2). L’expression est maladroite. Il s’agit d’abord d’une CONVERSION. Il faut SUBSTITUER à la peur (toujours sacrificielle) le BON DÉSIR. Apprendre le bon désir demande une éducation patiente – mais heureusement, les enfants apprennent vite. Quant à l’espoir, il est encore insuffisant, il faut parler d’ESPÉRANCE. 

       Je fais enfin une grosse réserve sur la proposition 27 : cultiver la différence. Non, il suffit de la respecter. Par contre, il faut CULTIVER NOS RESSEMBLANCES. L’unité ne sera pas une addition de choux, de carottes et de poireaux, cela donnerait une soupe insipide. Il faut pousser la CONVERSION jusqu’à la confusion de nos parentés, comprendre que « je suis africain, je suis inuit, je suis aborigène » !

       Nous allons donc vers du complexe et pas vers du simple.

       Ces réserves étant faites, je suis les propositions de Nicolas Hulot avec enthousiasme. Quelque chose s’ouvre qui contient une lumière.

     

    * https://www.franceinter.fr/societe/le-temps-est-venu-decouvrez-la-tribune-de-nicolas-hulot 

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  • Shakespeare

     

     

    Inconsolable

     

    Lady. Madam, we’ll tell tales.

    Queen. Of sorrow or of joy ?

    Lady. Of either, madam.

    Queen. Of neither, girl ;

    For of Joy, being altogether wanting,

    It doth remember me the more of sorrow.

    Or if of grief, being altogether had,

    It adds more sorrow to my want of joy :

    For what I have I need not to repeat ;

    And what I want it boots not to complain.

     

    Première dame. – Madame, nous vous dirons des contes.

    La reine. – Sont-ils tristes ou joyeux ?

    Première dame. – C’est selon, Madame.

    La reine. – Alors aucun, ma fille.

    S’ils sont joyeux, comme la joie me manque,

    Ils me rappelleront encore ma tristesse.

    S’ils sont tristes, comme je le suis déjà,

    Ils ajouteront de la tristesse à mon manque de joie,

    Et je n’ai pas besoin d’augmenter ce que j’ai déjà.

    Quant à ce qui me manque, ça ne m’avance à rien de m’en plaindre.

     

     Richard II, III, 4, 10-19.

     

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  • Paul Claudel

     

     

       Qu’est-ce qui commencera pour toujours aussitôt que tout sera fini ?

     

                                                      La Messe Là-Bas (1919)

     

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  • Sortie de crise

     

     

    L’un et le multiple

     

    Le coronavirus ne fait pas plus de victimes que le paludisme ou le tabac, même franchement beaucoup moins. Alors pourquoi a-t-il provoqué une telle émotion ? Je pense qu’on peut estimer que la crise nous révèle (au moins) deux choses.

        Notre interdépendance définitive, d’abord : quelqu’un éternue en Chine et la planète attrape la grippe. Nous savions que nous habitions un village global et nous sommes tout étonnés de découvrir que les cases sont si proches. En fait, nous le « savions », mais nous faisions comme si ce n’était pas vrai. Il va devenir de plus en plus difficile de nier l’évidence. Surtout, si cette évidence est un risque.

       Deuxième leçon à retenir : la contagion montre que nous nous contaminons de un à un. Chacun, tout seul, doit répondre de son comportement. C’est nouveau de s’en apercevoir ! Et cela nous affole. Nous avions pris l’habitude d’être autonomes et insouciants. Nous découvrons, comme jamais, que nous sommes responsables de nous-mêmes et de tout le monde en même temps. La nouveauté de cette conscience universelle est sidérante.

       Entre la peur du risque et la frayeur de la contagion, y a-t-il place pour la conscience ? La méconnaissance menace... Les frileux, les complotistes, les grincheux vont se refermer sur eux-mêmes comme jamais. Tant pis pour eux. La conscience universelle se passera d’eux.

       Pour les autres, le défi est vertigineux : se savoir unique dans un monde unifié. « Entre le monde et moi, il n’y a rien », avais-je écrit en 2003*. Ce n’était pas une intuition bien futée : tout est clair depuis longtemps. La peur provoquée par la crise récente va aveugler quelques-uns et déciller les autres. Plus ceux-là seront nombreux, plus nous gagnerons en lucidité.  

     

    * Première édition de La Génération virtuelle.

     

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  • Le proche et le lointain

     

    L’empathie 

    Le point de vue de Serge Tisseron* 

     

    « Le développement des médias audiovisuels amène les enfants à grandir de plus en plus en interaction avec des écrans, plutôt qu’avec des visages humains. L’empathie affective s’en trouve appauvrie.  

       Les travaux de Paul Bloom** illustrent ce que M. Hoffman appelle le biais de familiarité. Il y a une préférence naturelle pour ceux qui nous ressemblent au détriment de ceux qui nous apparaissent différents de nous. Pour lutter contre ce biais, il faut développer l’empathie cognitive. C’est en entraînant l’enfant à adopter d’autres points de vue que le sien, qu’on l’aide à construire sa curiosité de l’autre. 

       On assiste [aujourd’hui] à une tendance générale au repli communautaire. L’empathie se limite de plus en plus aux personnes de son propre groupe. C’est un dangereux retour en arrière. » 

     

    *Serge Tisseron est psychologue, psychiatre et psychanalyste, il est l’auteur de Empathie et manipulations, Albin Michel, 2017. 

     

    ** Paul Bloom, psychologue canadien, auteur de Against Empathy, que par ailleurs je conteste. 

     

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