• État de conscience

     

     

     

    La belle culpabilité

     

    L’une des plus belles descriptions de ce qu’est véritablement la culpabilité, je l’ai trouvée dans les propos de Jean Rochefort, acteur grave et ironique, un jour qu’il était interrogé à la télévision. À la fin de la deuxième guerre mondiale, raconte-t-il, au moment de la Libération, encore adolescent, il assiste au spectacle de l’humiliation. Il garde pour toujours le souvenir précis d’une femme tondue, couverte de crachats. Un homme dans la foule saisit par les pieds le bébé de cette femme, maîtresse d’un soldat allemand. « J’ai cru, dit-il, et j’ai craint c’était devant la poste de Vichy quil allait fracasser la tête du nourrisson sur le mur. J’avais quatorze ans. Et je me suis dit : il faut que j’aille chercher ce bébé, il faut que je fasse quelque chose. Lâchement, je ne l’ai pas fait. Et il est bien normal que, étant encore en vie parce que je ne l’ai pas fait, je puisse au moins souffrir de temps en temps de ma lâcheté. »

     

    Extrait de Et mon tout est un homme.

     

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  • Shakespeare 

     

      

    Séduction

     

    Cressida. Women are angels, wooing :

    Things won are done, joy’s soul lies in the doing.

     

    CRESSIDA. – Les femmes sont des anges quand on les courtise.

    Gagnées, elles sont perdues ; il n’est de joie que dans la conquête.

     

                                                           Troïlus et Cressida, I, 2, 286-287.

     

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  • Infox

     

     

    Faire croire

     

    Puisque nous savons si peu de choses et que le peu que nous savons nous n’y croyons pas, il est facile de percevoir comment, et avec quelle facilité, les faiseurs d’illusions travaillent. Ceux qui se laissent piéger par les tricheurs, les fabricants d’infox, sont simplement coupables de lâcheté. « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir », disait Blaise Pascal.

       D’où peut nous venir encore le désir de vérité ? Désir terrible qui n’est guère mimétique, qui est tout sauf automatique !

     

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  • Poésie

     

     

          « à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte » 

                                   Aimé Césaire, Calendrier lagunaire

     

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  • État de la personne

     

     Mon oncle de Jacques Tati, 1958.

     

    Automatisme

     

    Ce qu’on désigne sous le nom d’intelligence artificielle n’est, le plus souvent, qu’un système automatique qui répond automatiquement à une situation donnée. Il n’y entre aucune forme d’intelligence, seulement un réflexe programmé à partir de statistiques enregistrées. On croit voir du mouvant – la porte s’ouvre devant vous –, mais ce n’est que du fixe, du stable, de l’inerte. Même quand vous n’entrez pas dans la boutique, la porte s’ouvre « pour vous ».

       Que la situation change un tout petit peu, le système, lui, ne changera pas et continuera de fonctionner comme avant. D’où des comportements absurdes. Comme le clignotant qui revient automatiquement une fois que j’ai tourné le volant de ma voiture. Cela paraît malin. Mais depuis trente ans que nous avons des ronds-points à répétition sur la route, l’automatisme n’a pas changé. Si je clignote à gauche – pour indiquer que je vais à gauche – je donne d’abord un coup de volant à droite sur le rond-point et mon clignotant automatique s’arrête. Depuis trente ans, les clignotants n’ont pas su évoluer…

       Évidemment, mon clignotant n’y est pour rien. Ce sont les ingénieurs très intelligents qui conçoivent les voitures qui sont responsables de cette anomalie. Quand l’automatisme ne m’obéit pas, c’est que quelqu’un, en amont, m’a piégé avec son système intelligent. Les machines sont bien innocentes. Nous sommes toujours la victime de quelqu’un. Et comme ce « quelqu’un » est anonyme, la boucle est bouclée, nous sommes prisonniers de l’automatisme, et c’est nous qui devons nous adapter à cette contrainte. Comme c’est intelligent !

       Il y a soixante ans, Jacques Tati avait montré, dans Mon oncle, le petit délire de la modernité. Oh, le vilain conservateur ! Sommes-nous plus malins aujourd’hui avec nos machines intelligentes ?

     

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