• Rivalité shakespearienne 

     

    Shakespeare-Neville

     

    Comme d’aucuns cherchent à nous en convaincre, William Shakespeare de Stratford (1564-1616) était un sinistre crétin. Fils d’un illettré, illettré lui-même, il n’a pas écrit une ligne des chefs-d’œuvre laissés à la postérité sous son nom.

       Parmi les multiples candidats à l’écriture de l’œuvre de Shakespeare, un prétendant « sérieux » pourrait être Sir Henry Neville (1562-1615) – dans une liste qui ne compte pas moins de 80 noms... Ce Neville a été découvert par Brenda James et William Rubinstein, qui ont publié un livre très « sérieux » sur la question, The Truth Will Out (2005). Grâce à une grille de déchiffrage, comportant 12 colonnes de 12 lettres chacune, appliquée aux Sonnets, ils ont retrouvé un nombre impressionnant de répétions du nom NEVILLE. Le doute ne paraît plus permis. D’autant plus que ce Sir Henry Neville était coutumier de l’écriture cryptée – en particulier comme ambassadeur de sa Majesté. Il a effectivement été Ambassadeur en France au début du XVIIe siècle. Ne cherchez plus, c’est lui le grand Will !

       Ce qu’il y a de surprenant parmi toutes ces recherches scientifiques et « sérieusement » documentées, c’est qu’elles laissent supposer que le règne d’Elizabeth 1ère a été le foyer d’une myriade de génies potentiels et inconnus, une pépinière de grosses têtes, une ruche bourdonnante d’artistes hors pair unique dans l’histoire ! Il n’y a qu’à piocher dans le tas, on trouve toujours un gars qui avait le même talent que Shakespeare. J’attends le prochain tirage qui nous fera sortir... une fille ! Le reine Elizabeth a bien été supputée une fois ou l’autre, mais sans convaincre. Une fille, ce serait merveilleux. Relisez Les Sonnets. Qu’elle soit aimée d’un beau jeune homme, noble, riche et séduisant, ce serait comme un conte de fée. Qu’elle ait subi les assauts saphiques d’une insatiable Dame Sombre, ce serait moderne !

       Allons, nous avons encore de belles découvertes  à faire et bien des surprises qui nous attendent. Et Shakespeare, dans tout ça ? Chut, ne le réveillez pas.

     

     

     

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  • Poésie

     

     

     

         « Continuons.  Osons.  Que la vie soit. » 

                                          James Joyce

     

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  • Double bind 

     

     

    Désir et contre-désir

     

    « D’ailleurs, il croyait cette passion extrêmement rare, partout ailleurs qu’au théâtre. Il s’était étonné de tout ce qui lui arrivait, comme l’oiseau sauvage qui s’engage dans un filet et que l’on met en cage ; ainsi que ce captif effrayé, il ne savait que se heurter la tête avec furie contre les barreaux de sa cage. ‘‘Quoi ! se disait-il, ne pas savoir dire un seul mot ; quoi ! oublier même les usages les plus simples ! Ainsi ma faible conscience cède à l’attrait d’une faute, et je n’ai pas même le courage de la commettre !’’ »

     

                                                                        Stendhal, Lucien Leuwen.

     

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  • Méconnaissance 

    Démocratie directe

     

    L’idée d’une démocratie directe peut paraître séduisante. Elle flatte mon petit ego autonome qui se croit libre de tous liens. Elle « me » donne l’impression que je suis seul alors que je suis masse. Facilitée par les médias électroniques, elle s’exprime par un clic convulsif qui est immédiatement changé en statistique.

       Fonder une démocratie sur un jeu de clics conduit à la confusion. Le procédé entretient la méconnaissance. Se séparer de ses représentants, éliminer les intermédiaires – comme l’ont fait toutes les grandes tyrannies –, c’est ramener l’égalité proclamée des citoyens à une confrontation universelle des egos. Rapidement, la fausse autonomie dont les médias nous laissent jouir peut se transformer en « guerre de tous contre tous » dans une indifférenciation apocalyptique.

       Qu’on pense, par comparaison, à une Justice sans juges. On voit bien que c’est l’injustice qui gagnerait et rien d’autre.

       Le terrain est miné. Il l’est d’autant plus qu’il se déguise sous un vocabulaire trompeur : on parle de référendum* d’initiative citoyenne, de démocratie participative, de cogestion, d’autogestion, etc. L’abus de vocabulaire nuit gravement à la santé mentale. L’embrouille est totale. La démocratie mérite réflexion, patience, examen, et une claire hiérarchie dans les débats. En somme, tout ce que « notre époque » déteste.

     

      

     

    * Rappelons, pour l’histoire, la liste des référendums qui ont abouti à des fiascos. Voici quelques exemples. De Gaulle s’est fait balayer en une soirée, le 17 avril 1969, pour avoir cru au plébiscite du peuple qu’il appelait « la voix de la France ». Le référendum du 24 septembre 2000 a institué un quinquennat que nous ne savons toujours pas gérer : il a concentré le pouvoir (du Président de la république) au lieu d’élargir la démocratie. Le résultat du référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne attend toujours d’être appliqué. Quant au référendum britannique du 23 juin 2016 sur le Brexit, on voit le chaos qu’il a engendré.

     

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  • Shakespeare 

     

     Henri Rousseau : La Guerre

     

    Quelles rênes peuvent retenir le mal pervers ?

     

    Henry V, à la veille de la bataille d’Azincourt, médite sur la guerre.

     

    King Henry. The gates of mercy shall be all shut up ;

    And the flesh’d soldier, rough and hard of heart,

    In liberty of bloody hand shall range

    With conscience wide as hell, mowing like grass

    Your fresh fair virgins and your flowering infants.

    What is it then to me, if impious war,

    Array’d in flames like to the prince of fiends,

    Do, with his smirch’d complexion, all fell feats

    Enlink’d to waste and desolation ?

    What is ’t to me, when you yourselves are cause,

    If your pure maidens fall into the hand

    Of hot and forcing violation ?

    What rein can hold licentious wickedness,

    When down the hill he holds his fierce career ?

     

    LE ROI HENRY. – Les portes de la pitié vont se clore inexorablement ;

    Et le soldat acharné, au cœur dur et sauvage,

    Libre de laisser agir son bras sanguinaire, va se mettre en marche,

    La conscience béante comme l’enfer, il va faucher comme l’herbe

    Vos vierges innocentes et vos enfants en fleurs.

    Qu’y puis-je si la guerre impie,

    Parée de flammes comme le prince des démons,

    Commet, le visage souillé, tous ces actes féroces

    Qui conduisent à la ruine et à la désolation ?

    Qu’y puis-je, quand vous-mêmes en êtes la cause,

    Si vos filles pures tombent entre les mains

    Du viol brutal et forcené ?

    Quelles rênes peuvent retenir le mal pervers,

    Quand il suit la pente de ses féroces dispositions ?

     

                                                 Henry V, III, 3, 10-23.

     

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