• Shakespeare

     

     

     

    Étrangers

     

         Malcolm. Good God, betimes remove

         The means that makes us strangers !

     

         MALCOLM. – Dieu bon, délivrez-nous sans tarder

         Des conduites qui nous font étrangers !

     

                                       Macbeth, IV, 3, 162-163

     

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  • Tous contre tous

     

     

      

    Débats

     

    Il y a trop de débats dits démocratiques. Tout est matière à discussion. Nous supposons que la vérité doit sortir d’un « débat contradictoire ». Il n’en sort rien sinon que tout se discute, tout se vaut…

       Le débat, c’est la joute, la rivalité binaire, le face-à-face. Pour ne léser personne, on multiplie les intervenants. Et c’est la cacophonie. Cela va bien avec le bruit médiatique. Pour ne pas ennuyer, on ajoute des rires. Qui est capable de se souvenir d’un seul argument après une heure de propos rigolards ? La gaudriole, le divertissement, la loufoquerie, le ton goguenard des informations écrasent tout. La rigolade, c’est le contraire de l’humour, de l’esprit, de l’intelligence vive. Associée à la méchanceté, l’exercice consiste à « casser », à « vanner ». Le jeu de massacre a des relents sacrificiels – on y revient toujours.  

       Du débat, nous ne retenons généralement rien, pas une idée. Comment la raison rationnelle pourrait-elle travailler dans le bruit ? Elle est bloquée par l’émotion, elle ne perçoit que des impressions.

       Mai 68 avait « libéré la parole ». Que reste-t-il dans nos mémoires ? Des images, ou quelques slogans, qui sont des images écrites. En 1968, justement, Barbara écrivait une magnifique chanson :

     

    Dites-le-moi du bout des lèvres.
    Je l’entendrai du bout du cœur.
    Vos cris me dérangent, je rêve.
    Je rêve.

    Oh, dites-le-moi doucement.
    Murmurez-le-moi simplement.
    Je vous écouterai bien mieux.
    Sans doute.


     

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  • Éducation

     

     

    Citations

     

    « If it be sweet or if it be not sweet, take some elsewhere and let some come back to me. » « Si cela vous est agréable, emportez-le avec vous et partagez-le, si cela vous déplaît, laissez-le-moi. »

                                                                                                                                Proverbe Ashanti

     

    Un peu à la manière des phrases de morale que les instituteurs de la IIIème république écrivaient au tableau noir pour la semaine, j’agrémente ma salle de classe d’une citation hebdomadaire, en français, en anglais, en allemand, en italien. Le choix dépend du moment, du thème à l’étude dans telle ou telle classe, des circonstances, de l’actualité, et surtout de ma fantaisie. Jamais rien de systématique. Quelques effets de répétition mais aucune logique. Aucun principe particulier si ce n’est celui de vouloir surprendre. Je n’ai pas de source favorite. Le hasard de mes lectures m’a amené à collectionner des phrases, des bons mots, des extraits minuscules d’œuvres, tout cela me sert à me remémorer les livres et les revues que j’ai lus. Chaque phrase est comme un échantillon de la pensée d’un auteur condensée dans un trait d’esprit, une trouvaille, une expression agréable à lire. La formulation suffit à retenir l’intérêt : le bonheur est de découvrir la phrase qui éclaire une vérité, une expérience vécue. Tout lecteur attentif, j’imagine, est arrêté, à l’improviste, par une expression qui dit avec simplicité ce qu’il a tenté longtemps de mettre en mots sans succès. Les écrivains sont eux-mêmes complices de ce petit jeu et laissent volontiers traîner, dans leurs textes, quelques perles brillantes dont ils espèrent que des lecteurs feront la découverte joyeuse.

        Ce qui n’a longtemps été qu’un jeu pour moi, sans but précis – je me contentais de souligner les passages marquants sur la page même du livre, au fil de ma lecture – est devenu peu à peu un acte pédagogique, assez particulier, que j’appelle l’enseignement périphérique.

        En exposant, sans rien imposer, des citations de bons auteurs, à la lecture paresseuse des élèves, je sollicite la curiosité. Les phrases intriguent, je ne les choisis jamais explicites, quelques-unes sont franchement provocatrices, ou délibérément obscures. Les élèves m’interrogent sur leur sens, sur mes intentions. Je ne dis pas tout, je laisse à penser... Un certain nombre d’entre eux réagissent, protestent, approuvent, discutent, se construisent une opinion. Et puis, il y a ceux qui ne demandent rien et qui prennent note (j’en ai vu qui remplissait un petit carnet strictement affecté à cette fonction). Les élèves d’autres classes interrogent d’autres professeurs aux heures où ils partagent ma salle habituelle. Certains me répondent par d’autres citations, ou m’en proposent de nouvelles qu’ils ont relevées de leur côté. Tout cela n’est pas le cours, mais fait quand même partie du cours. Le fait qu’il s’agisse d’un jeu, d’un échange, d’un prétexte pour une prise de parole me réjouit particulièrement.

      

    Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

     

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  • Théorie mimétique

     

     

    Fétichisme  

     

    « Le nihilisme de la culture se double forcément d’un fétichisme de la science. »

     

    René Girard, La violence et le sacré.

     

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  • Shakespeare

     

     

     La dame sombre a certainement servi de modèle à Cléopâtre

     

     

                                    Sonnet 130

     

     

         My Mistress’ eyes are nothing like the Sun ;
         Coral is far more red than her lips red ;
         If snow be white, why then her breasts are dun ;
         If hairs be wires, black wires grow on her head.
         I have seen Roses damask’d, red and white,
         But no such Roses see I in her cheeks ;
         And in some perfumes is there more delight
         Than in the breath that from my Mistress reeks.
         I love to hear her speak, yet well I know
         That Music hath a far more pleasing sound ;
         I grant I never saw a goddess go,
         My Mistress, when she walks, treads on the ground.
            And yet by heaven, I think my love as rare
            As any she beli’d with false compare.

     

     

         Ma maîtresse a des yeux qui n’ont rien du soleil ;

         Plus rouge est le corail que ne le sont ses lèvres ;

         Autant la neige est blanche, autant ses seins sont bistre ;

         Ses cheveux noirs sont pareils à des fils de fer.

     

         Des roses de Damas, toutes rouges et blanches,

         Je n’en ai jamais vu sur les joues de ma belle ;

         Je connais des parfums qui ont plus de délices

         Que n’en exhale l’haleine de ma maîtresse.

     

         J’aime entendre sa voix et pourtant, je sais que

         Le son de la musique est de loin plus plaisant.

         Non, je n’ai jamais vu de déesse marcher  

         Quand ma maîtresse marche, elle va d’un pas lourd.

     

         Mais, par le ciel, je crois qu’elle vaut largement 

         Les prétentieuses qui se voudraient ses rivales.

     

     

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