• Déviance

     

     

    La dérision

     

    L’humour a à peu près disparu de nos pratiques. Il a été remplacé par la dérision, le deuxième degré (qui permet de dire n’importe quoi), la vanne, le bashing, la méchanceté loufoque (mais méchante quand même), autant de formes de persécutions qui dédouanent les persécuteurs à bon compte, LOL. Si vous voulez être franchement cynique, dites que c’est pour rire. Vous vous sentirez parfaitement innocent de votre crapulerie. Que les victimes soient des hommes politiques, des stars, des petits personnages qui passent comme des étoiles filantes dans la fureur médiatique qui brûle tout ce qu’elle consomme, que les cibles soient consentantes, trop heureuses qu’on parle d’elles, même si c’est pour en dire du mal, tout ce qui passe entre les mains des amuseurs publics est changé en bouillie. Cela est si peu drôle que les rires sont ajoutés aux shows et pour les live, les spectateurs sont promptés pour réagir sur commande ! Si quelque chose est bien dérisoire, ce n’est pas l’humour des comiques professionnels mais le vide de leur pensée. L’humour devrait être le produit de l’esprit Molière en savait quelque chose , mais justement l’esprit a disparu.

        « On ne fonde, on ne refonde, on ne restaure, on ne restitue rien sur la dérision », disait Charles Péguy. Il n’a jamais été autant d’actualité. Il n’a jamais non plus paru si loin de nous.

     

     

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  • Citation

     

     

    « Deux n’est pas constitué de la somme de deux unités, au contraire c’est un qui est une fraction de deux. » 

                                                        Stéphane Breton

     

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  •  Portfolio

     

    À qui allons-nous abandonner le monopole de la pensée ?  

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    « Penser est autre chose que connaître. La pensée n’a ni fin ni but. La pensée est ‘‘inutile’’ ». 

                           Hannah Arendt,  

                           Condition de l’homme moderne

     

     

     

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  • Désacralisation

     

    Jan Fabre, chorégraphe.

     

    De la laideur dans l’art 

     

    La laideur a envahi à peu près tous les arts. La musique savante comme une bonne partie de la musique dite de variétés*. Les arts visuels dont on ne sait plus s’ils sont de la peinture, de la sculpture ou des objets posés là. La danse contemporaine, hélas, qui réussit à nous désespérer du corps. Les jeux vidéo dont les « super-héros » sont le plus souvent des monstres primitifs et grossiers. Le cinéma, aux images de plus en plus sombres**, la BD, les illustrations (caricaturales à l’excès) des journaux, la mode elle-même qui n’embellit plus les femmes… La beauté n’est plus utilisée que dans la publicité, sur des mannequins tellement retouchés qu’elle a perdu tout lien avec une quelconque réalité. Il n’y a plus de beauté que virtuelle (peut-être). 

       L’art a toujours été attaché au sacrificiel : c’est son socle fondateur. Les premières « représentations » sont des sacrifices, des crucifixions, des supplices, des meurtres, des batailles. L’art dramatique est né de l’union de la violence et du sacré dans la tragédie grecque toute teintée de religieux. L’art n’a, selon la tradition, d’autre fonction que de sublimer le sacrifice :   

    La souffrance enfante les songes
    Comme une ruche ses abeilles
    L’homme crie où son fer le ronge
    Et sa plaie engendre un soleil
    Plus beau que les anciens mensonges

                                                    Aragon, Les Poètes     

       Avec la désacralisation du monde, nous ne sommes plus capables de produire ce genre de « soleil ». Du sacrifice, il ne reste plus que le spectacle réaliste, triste et laid. La forme y est encore, le sens en est perdu à jamais. Ce constat est-il révélateur d’une prise de conscience ? Aurions-nous compris que tout sacrifice est une injustice, dissimulée sous le masque de la justice, et n’en montrerions-nous plus dorénavant que la face hideuse ? La laideur affichée est-elle le signe de notre répulsion devant le sacrifice ? Hélas, je crains qu’elle ne soit, au contraire, que la manifestation de notre goût jamais rassasié pour la violence, même vide de sens. Car la laideur est toujours liée à la violence. Sachant confusément que la violence est stérile et vaine, et qu’elle accuse les persécuteurs aussi vite qu’ils ont perpétué leur forfait***, les « artistes » restent fascinés par ce mal absurde qu’ils ne parviennent pas à dénoncer ouvertement. Pire que cela, au lieu de révéler le mal au cœur de la violence, il l’exalte. Et comme la violence est de plus en plus inopérante – à mesure que notre conscience nous la montre sous son vrai jour –, les artistes sont amenés à en rajouter dans l’horreur. L’envahissement de la laideur dans l’art est la marque de notre nostalgie pour un monde (notre culture de jadis) où la violence avait un sens, un monde aveugle mais où on pouvait tuer en toute innocence puisque Dieu, de toute façon, reconnaissait toujours les siens ! Faut-il se réjouir devant l’inanité de notre art qui n’exprime plus désormais que notre dérisoire impuissance, ou se désoler pour des artistes qui essaient encore de faire fonctionner nos réflexes sacrificiels dont nous ne comprenons plus ni le mystère ni la force ? 

     

    «¬­®­¬« 

     

    * Mais pas la « musique du monde », la musique « d’ailleurs » toujours riche et inventive. 

    ** Le nom des « éclairagistes » est-il encore mentionné dans les génériques de films ? 

    ***  Revoir Macbeth d’urgence ! 

     

     

    Vénus

     

     

     Comment lire Shakespeare aujourd’hui, lui qui déclarait que la vérité est « l’ornement de la beauté »  ? 

             O! how much more doth beauty beauteous seem
             By that sweet ornament which truth doth give
    .’ 
    (sonnet 54)

     

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  • Mimétisme

     

     

     Miroir, mon beau miroir…

     

    « La reine possédait un miroir magique, don d’une fée, qui répondait à toutes les questions. Chaque matin, tandis que la reine se coiffait, elle lui demandait : 

       – Miroir, miroir en bois d’ébène, dis-moi, dis-moi que je suis la plus belle.  

       Et, invariablement, le miroir répondait : 

       – En cherchant à la ronde, dans tout le vaste monde, on ne trouve pas plus belle que toi. » […] 

       La reine croyait être la plus belle femme du monde.  

       Un jour, elle voulut se le faire confirmer par son miroir. Le miroir répondit : 

       – Reine, tu étais la plus belle, mais Blanche-Neige au pays des sept nains, au-delà des monts, bien loin, est aujourd’hui une merveille. 

       La reine savait que son miroir ne mentait pas. Furieuse, elle comprit que le garde l’avait trompée et que Blanche-Neige vivait encore.» 

                                           D’après les frères Grimm.

     

    Dans son miroir (qui n’est pas aussi magique qu’on le croit), la reine cherche son double et c’est évidemment Blanche-Neige qu’elle découvre. Son double est sa rivale, elle identifie son ennemie. Elle hait celle qu’elle voudrait être ! 

       Saint Matthieu (au chapitre 5, 43-44) rappelle les paroles de Jésus le nazaréen : « Vous avez entendu qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent.  » 

       Aimer son ennemi ! Cela est impossible, une pure folie. À moins… À moins d’une prise de conscience totale de ce qu’est l’autre, mon prochain : il est mon miroir. Ce que je hais le plus en lui, c’est ce que je ne veux pas voir en moi ! Françoise Dolto exprime cela en psychanalyste : « Aimer mon ennemi, c’est aimer celui qui est support de ce que je refoule le plus et que je ne veux pas reconnaître en moi. »* En somme, « aimer son ennemi », c’est « aimer son prochain absolument comme soi-même », jusqu’au bout, sans réserve, c’est se confondre à lui.  ’Tis thee my self ’, « Tu es moi », dit Shakespeare à son « presque lui-même » (sonnet 62). Tout est lumineusement clair et incroyablement difficile.

      

    * Françoise Dolto, L’évangile au risque de la psychanalyse, tome 2, éditions Jean-Pierre Delarge, 1978, page 123.

     

     à à à à à à à à à à à à

     

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