• Paul Claudel

     

     

     Le désir 

         « Le lit de la joie humaine et la jouissance où il n’y a point de satisfaction. » 

                                    Paul Claudel, L’Échange, première version.

     

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  • Anniversaire

     

     

    La Déclaration universelle des droits de l’homme a été adoptée le 10 décembre 1948, à Paris, au palais de Chaillot. La représentation « universelle » était alors de 58 États. Aucun État ne s’est prononcé contre et huit se sont abstenus. Qu’en serait-il, soixante-dix ans plus tard, s’il fallait faire voter les 193 États qui siègent à l’ONU ? Il y a fort à parier que les Nations « Unies » se retrouveraient très désunies ‒ mais je déteste parier. Or, si la Déclaration n’est pas unanimement acceptée, est-elle seulement « universelle » ?

       Si l’on pouvait faire un « toilettage » de la Déclaration, il me semble qu’on devrait faire référence aux « droits des hommes », au pluriel*, oublier la notion d’Homme, abstraite et philosophique, pour prendre en compte les humains tels qu’ils existent ensemble, tels qu’ils devraient exister ensemble, sur la même planète, dans le chatoiement de leurs particularités.

     

    * voir mon article page 24.

     

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  • Shakespeare

    Cymbeline by the Manila Shakespeare Company 

    La puissance du pardon

     

    Posthumus pardonne à Iachimo, son rival qui a cherché à le faire souffrir :

       

    Posthumus.                                 Kneel not to me :
    The power that I have on you, is to spare you ;
    The malice towards you, to forgive you.
    Live,
    And deal with others better. 

      

    POSTHUMUS. –         Ne vous agenouillez pas devant moi.

    Le pouvoir que j’ai sur vous, c’est de vous épargner ;

    Le seul mal que je peux vous faire, c’est de vous pardonner. Vivez,

    Et agissez mieux envers les autres.

     

                                                Cymbeline, V, 5, 417-420

     

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  • Albert Camus

     

     

    Le concours aux Bourses

     

    L’instituteur a convaincu la mère et la grand-mère de Jacques1 qu’il prépare le concours pour être boursier :

     

       « Monsieur », dit soudain la grand-mère qui surgissait du couloir. Elle tenait son tablier d’une main et essuyait ses yeux. « J’avais oublié… vous m’avez dit que vous donneriez des leçons supplémentaires à Jacques. Bien sûr, dit M. Bernard2. Et il ne va pas s’amuser croyez-moi. Mais nous ne pourrons pas vous payer. » M. Bernard la regardait attentivement. Il tenait Jacques par les épaules. « Ne vous en faites pas », et il secouait Jacques, « il m’a déjà payé ».

     

    Après le résultat du concours :

     

       …il se tenait contre le flanc de son maître, respirant une dernière fois l’odeur d’eau de Cologne, collé contre la tiédeur chaleureuse de ce corps solide, et la grand-mère rayonnait devant les voisines. « Merci, Monsieur Bernard, merci », disait-elle pendant que M. Bernard caressait la tête de l’enfant. « Tu n’as plus besoin de moi, disait-il, tu auras des maîtres plus savants. Mais tu sais où je suis, viens me voir si tu as besoin que je t’aide. » Il partait et Jacques restait seul, […] pour être jeté dans un monde inconnu, qui n’était pas le sien, où il ne pouvait croire que les maîtres fussent plus savants que celui-là dont le cœur savait tout.

     

                Extraits du roman posthume d’Albert Camus, Le Premier homme.

     

     

    1.     1. Son prénom dans le roman

    2.     2. Le vrai nom de son instituteur était Monsieur Germain 

     

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  • Panne de conscience

     

     

     Les pieds dans le plat

     

    Si l’on ne veut pas rester idiot trop longtemps, il va falloir sortir du ronron médiatique – également appelé rumeur, bruit de fond, lieux communs, réseaux sociaux et commérages. Il va falloir briser le cercle infernal de l’information en boucle ! Je prends ici le risque d’aller contre la doxa.

       Les problèmes qui s’additionnent ici et ailleurs sur la planète n’auront jamais de bonnes réponses tant que les questions seront mal posées. Depuis quarante-cinq ans, depuis le premier choc pétrolier de 1973, nous ajoutons crise sur crise, et rien, jamais, n’en sort. Comme un adolescent dont la crise d’acné ne passe pas et qui ne devient jamais adulte… Cela devrait nous intriguer.

       Avant de poser les bonnes questions, voyons celle qui est mal posée. Elle est simple et lancinante : comment sortir de la crise économique ? Or, il saute aux yeux qu’il ne s’agit pas d’une crise économique. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la PIB mondial n’a cessé de croître, malgré quelques soubresauts. Dans des pays comme la Chine, il a littéralement explosé ! La crise n’est donc pas à proprement parler économique.

       En réalité, il y a deux crises conjuguées. La première, c’est qu’avec la croissance exponentielle que nous avons connue, la redistribution a été inversée. Il y a proportionnellement de plus en plus de riches plus riches et de plus en plus de pauvres plus pauvres… En gros, ce sont les pauvres qui ont payé la croissance. Dans le même temps, le boom économique s’est accompagné d’une accumulation des dégâts causés à la planète. En encore plus gros, c’est la nature qui paie cash quand nous vivons à crédit… La double question à résoudre, et vite, est celle de l’injustice faite aux hommes et à la terre.

       Qui en parle ? Presque tout le monde, et personne n’entend rien dans le brouhaha général. Il y a quand même une autorité qui a osé « mettre les pieds dans le plat », et clairement, c’est le pape François et son encyclique Laudato si’ (2015). Mais qui s’intéresse au pape ? À peu près personne. Les médias préfèrent l’interroger sur la contraception et sur le mariage homosexuel. Des sujets sur lesquels il est le moins compétent ! Et pendant qu’on pose mal les mauvaises questions, le débat reste béant, alarmant, terrifiant.

       Le bloqueur de la pensée, c’est l’angoisse que la sacro-sainte croissance faiblisse. Et alors ? Elle va probablement disparaître, ou c’est nous qui allons disparaître. Il va falloir trouver autre chose. Hurler à qui mieux mieux qu’il faut « soutenir la croissance », qu’il faut « augmenter le pouvoir d’achat », c’est continuer, aveuglément, à poser la mauvaise question. Nos réponses actuellement sont nos problèmes.  

     

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