• Shakespeare 

     

     

     

    Tout est oblique 

     

    Timon.                          Who dares, who dares,
    In purity of manhood stand upright,
    And say “This man’s a flatterer ” ? if one be,
    So are they all ; for every grise of fortune
    Is smooth’d by that below : the learned pate
    Ducks to the golden fool. All is oblique ;
    There’s nothing level in our cursed natures,
    But direct villany. Therefore, be abhorr’d
    All feasts, societies, and throngs of men !
    His semblable, yea, himself, Timon disdains:
    Destruction fang mankind ! 

     

    TIMON. –                    Qui peut dire, qui ose dire,

    Droit et digne dans sa parfaite humanité :

    « Cet homme est un flatteur » ? S’il s’en trouve un seul,

    Alors tous le sont. Car il n’est pas un échelon de la fortune

    Qui ne soit amadoué par celui d’en-dessous. Le savant

    S’incline devant le fou plein d’argent. Tout est oblique.

    Rien n’est d’aplomb dans notre nature maudite,

    Sauf la franche méchanceté. Ah, comme j’abhorre

    Toutes les fêtes, les rassemblements, les cohues !

    Timon méprise son semblable comme lui-même.

    Que la destruction dévore l’humanité !...      

                           

                                                  Timon d’Athènes, IV, 3, 13-29.     

      

     

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  • Poésie 

     

     Finale symphonique

    Qu’est-ce qu’une vague ?

     

       « C’est une partition musicale qu’écrit le vent sur la mer. » 

                                                    Michel Serres

     

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  • Autres formes de violence

     

     

    À quoi sert-il d’être méchant ?

     

    Angoissés par la contagion insidieuse du covid-19, noyés sous l’avalanche des commentaires contradictoires, sommés d’être solidaires sans le recours de personne, conscients que la manière dont nous allons sortir de la crise dépend de plus en plus du comportement que chacun adoptera, moi le premier, écrasés par cette responsabilité immense, lézardés par un sentiment de culpabilité sournois, les citoyens du nouveau monde, qui n’en est pas encore un, ne connaissent qu’une défense « naturelle », c’est de « balancer ». Sus aux coupables, et au premier chef, le premier chef. Je ne défends pas le chef de l’État, il n’a pas besoin de moi ; j’observe seulement de quel bois sont faites les flèches qui le visent.

       Les arguments vont dans tous les sens. On ne me sent pas bien, alors, à tout hasard, on cogne ! Les litanies radiophoniques, téléphoniques, textées, twittées, et retwittées, sont à 95% des méchancetés. À la violence ressentie on oppose la violence verbale. On se sent persécuté (à raison), alors on se rebiffe et on persécute (toujours à raison, croit-on).

       Si l’on veut bien considérer les tombereaux de méchancetés qui déferlent, on peut s’inquiéter sur la qualité de « la solution » à venir.

       Il n’y aura pas de sortie sacrificielle de la crise présente. Personne ne sait, aujourd’hui, faire fonctionner le sacrifice. Il a perdu de son efficace, comme on dit dans les milieux universitaires. On a essayé tous les boucs émissaires possibles, aucun ne fait l’affaire. René Girard nous avait prévenu !

       En panne de désir – la crise du désir ne date pas d’hier –, nous nous servons de la méchanceté comme d’un ersatz. La méchanceté est un carburant presque indéfiniment renouvelable.

       La volée de bois vert à laquelle nous assistons est à la fois inquiétante... et dérisoire. Il est presque certain qu’aucun des coups portés n’aura de portée. La méchanceté ne marche pas.

     

     

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  • Mémoire de pierre

     

     

    Monuments aux morts

     

    L’après-guerre 1914-1918 a vu la France s’orner d’une quantité impressionnante de monuments aux morts. Un par village. Presque tous, dans un style pompier, exaltent le sacrifice des héros morts pour la patrie.

       Le monument aux morts de Strasbourg* est unique. Inauguré, le dimanche 18 octobre 1936, il représente une Pietà tenant sur ses genoux ses deux enfants mourants. L’un est allemand, l’autre est français, ils ne portent pas d’uniformes qui les distingueraient. Ils sont nus. Ils se sont combattus et devant la mort, enfin, ils se rapprochent, ils se donnent la main. Ce ne sont pas des héros, mais des victimes.

       Le symbole est magnifique. Quatre ans plus tard, Strasbourg était redevenue allemande. Cela ne retire rien au symbole.

     

    * La sculpture a été réalisée par Léon-Ernest Drivier (1878-1951), dans le style de Rodin.

     

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  • L’après-crise 

     

    Ne perdez pas votre corps

     

    La méfiance vis-à-vis du corps risque de se trouver renforcée par les craintes qu’a suscitées la crise du covid-19 et la consigne de la « distanciation sociale ». Elle signifie : « Que personne ne me touche ». La mémoire de cette peur risque d’être longue. Peut-on exister loin de notre corps, hors de notre corps ? Quelles espèces de demi-humains risquons-nous de devenir ?

       Non seulement nous nous « construisons » à partir de nos liens (visuels ou verbaux) avec les autres, mais encore plus à partir de nos contacts. Nous savons qu’un bébé sans contact physique avec sa mère, ou tout autre être humain, est perdu à jamais. Il faut un corps pour devenir intelligent. Il en faut même deux, le mien et celui que je touche. Ce que les transhumanistes ne comprendront jamais !

       Le déconfinement est une nécessité vitale. Selon le moment où il sera complètement effectif (dans quelques mois ? dans un an ?), le travail de reconstruction sociale, relationnelle, sera plus ou moins difficile. Ne perdons pas le goût des caresses.

     

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