• Albert Camus 

     

     

     

    La condition d’homme

     

    « Jacques, qui s’était jusque-là senti solidaire de toutes les victimes, reconnaît maintenant qu’il est aussi solidaire des bourreaux. Sa tristesse. »

     

                      Albert Camus, Le Premier homme.

     

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  • État de la pensée 

     

    Qu’est-ce qu’une opinion ? (suite*)

     

    C’est une croyance. Dans notre civilisation technique, où la seule vérité est scientifique, où nous croyons nous être débarrassés définitivement des superstitions, des faux dieux, et de l’ignorance de nos ancêtres, nous « fonctionnons » encore à partir de sondages, de collectes d’opinions, qui servent de références à tous les décideurs : politiques, économiques, publicitaires, etc. Mieux encore, l’intelligence artificielle, à laquelle nous abandonnons de plus en plus souvent notre volonté, n’est alimentée que par des algorithmes numériques qui « digèrent », par milliards, des opinions – nos opinions. Et pour faciliter la tâche des machines, lesdites opinions sont compactées en données binaires : vrai/faux, oui/non, j’aime/j’aime pas... Une opinion nuancée n’a pas droit de cité. Que dire d’un système de + et de – qui tourne en boucle ? N’avons-nous pas réinventé l’enfer (auquel, évidemment, plus personne ne croit) ?

       Il n’y a rien de moins rationnel, de moins consistant, et moins fiable, qu’une opinion. Que dire d’un milliard d’opinions ? Ce recours à la recherche de l’unanimité est tout à fait archaïque. Les premiers sacrifices humains, sur lesquels furent fondées les premières religions, puis les premières civilisations, n’étaient « justifiés » que par l’unanimité des persécuteurs contre des victimes émissaires arbitrairement choisies. René Girard nous a éclairé, une fois pour toutes, sur ce fait. Comment ne nous sommes-nous pas débarrassés de cet archaïsme pesant ? 

     

    * voir page 10

     

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  • Bonne feuille

     

     

    Comment Shakespeare devint-il Shakespeare ? 

     

    C’est ce que j’ai essayé de comprendre et d’expliquer dans mon dernier ouvrage*.  

       Ma proposition, dans le prolongement de mes précédents travaux sur les Sonnets, repose sur l’idée que la transformation de Shakespeare au cours de sa carrière n’est pas le fruit du hasard mais celui de l’expérience, de son expérience unique. Je pose l’hypothèse que cette expérience décisive, irréversible, est inscrite dans les Sonnets. Il y a un avant et un après les Sonnets. 

       Pour René Girard (dans Les feux de l’envie), Shakespeare semble avoir découvert le désir mimétique à partir du Viol de Lucrèce. Il évoque « une histoire de son œuvre qui renvoie sans doute à l’histoire de sa vie ». Le Viol de Lucrèce ne fait qu’ébaucher quelque chose qui ressemble à une théorie mimétique. On y trouve les prémices, mais surtout se manifeste clairement son besoin fervent de comprendre ce qu’est le désir, sa nature, ses effets. Pendant longtemps, Shakespeare n’a aucune « réponse ». Puis, au fil de l’écriture des Sonnets, tout se révèle. Ensuite, Shakespeare ne fait qu’approfondir sa découverte. Comme tous les inventeurs géniaux, « la vérité » lui apparaît à un moment inattendu, ensuite le génie explore et développe sa découverte. Le passage de l’intuition première à la certitude affirmée peut prendre beaucoup de temps. Comme l’a dit Dostoïevski : « Une grande idée, c’est d’ordinaire un sentiment qui parfois reste bien longtemps sans définition. »

       Dans les Sonnets, Shakespeare creuse sans relâche le sillon sacrificiel de son expérience – avant de renoncer au sacrifice. Il n’y a pas de « mise en scène » d’une résolution violente du conflit mimétique dans les Sonnets, on n’y trouve aucune catharsis. Ce que Shakespeare s’était imposé à lui-même – le refus de toute vengeance –, et qu’il mène à bien dans les Sonnets, il savait qu’il ne pouvait pas le faire comprendre aux autres, tel quel. Son théâtre est rapidement devenu son champ d’expérimentation du conflit mimétique. Il l’« expose » devant un public qui ne voit que la violence, la vengeance et le sacrifice, mais il parsème en même temps, dans ses pièces, des indices qui montrent que le sacrifice est inutile, voire néfaste, que la violence est un problème pas une solution. Et ô merveille, même sans avoir lu René Girard, les spectateurs perçoivent le soubassement non sacrificiel qui sous-tend les intrigues : Beaucoup de bruit pour rien connait un succès jamais démenti. Le message de pardon l’emporte sur le reste. Le châtiment de Don John est dérisoire et passe presque inaperçu.

       Je n’ai pris cet exemple que pour montrer combien il est périlleux d’avancer dans la pensée de Shakespeare. La vérité et l’illusion se font une guerre sans répit. C’est pourtant sur ce terrain que je risque mes explorations. La plupart des sonnets sont des « sonnets de réflexion » et non des « sonnets d’amour », comme la tradition veut nous le faire croire. Shakespeare se contemple dans l’acte de penser, il travaille sur sa conscience. ‘About, my brain’, lance Hamlet (II, 2, 550), « Au travail, mon cerveau ! ». À nous d’activer le nôtre pour avancer dans la connaissance du père d’Hamlet.

     

    * Et William devint Shakespeare, essai, L’Harmattan.

     

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  • Sacrificiel 

     

     

    Les innocents coupables

     

    « Si tout le monde est d’accord pour condamner un prévenu, relâchez-le, il doit être innocent. »

                    Emmanuel Levinas



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  • Crise de l’intelligence 

     

    Alvin et les Chipmunks,

    gros, gros succès.

     

    La bêtise gagne

     

    On estime que 10% seulement des connaissances passent aujourd’hui par l’école. Le reste est véhiculé par les médias en général, les réseaux sociaux, la télévision, la pub. Et encore ! Par « connaissances », il faut comprendre tout ce qui entre dans la tête des enfants (comme des adultes). La culture, au sens noble, passe toujours par l’école, mais elle est littéralement submergée par les informations qui, si elles étaient correctement assimilées, pourraient donner de la connaissance, mais distribuées en vrac, elles encombrent l’esprit, le ralentissent, l’abrutissent. Les marchands ont réussi leur coup, c’est à cela qu’ils voulaient arriver : nous faire acheter tout et n’importe quoi sans réfléchir. La croissance continue. Le saccage de la planète aussi : autre preuve de bêtise.

       L’accroissement de la bêtise, qui a été mesuré par la baisse du QI dans les pays occidentaux*, n’est pas sans conséquence. Qu’est-ce qui est le plus proche de la bêtise ? C’est la haine. On peut ainsi comprendre que les slogans de haine connaissent un tel succès... justement dans les pays occidentaux. Le succès des mouvements « populistes » appelés ainsi pour nous cacher qu’ils sont haineux, et très, très bêtes ! n’a pas d’autre explication.

       En parallèle au camouflage de cette progression de la bêtise, on nous vante l’intelligence artificielle. La revendication est révélatrice. Si l’on en est réduit à avoir recours à l’intelligence des machines pour seulement penser, c’est que nos pauvres cerveaux sont bien affaiblis.

     

    * voir page 34

     

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