• Shakespeare 

     

    Philip Brook as Flavius, Guy Williams as Timon,

    Leicester Haymarket Theatre, 1988.

      

    L’amour authentique

     

              Flavius. How rarely does it meet with this time’s guise,
              When man was wish’d to love his enemies !
              Grant, I may ever love, and rather woo
              Those that would mischief me, than those that do ! 

     

              FLAVIUS. – Qu’il est rare, aujourd’hui, de rencontrer

              Un homme capable d’aimer son ennemi !

              Puissé-je seulement aimer et m’accorder avec

               Ceux qui me veulent du mal plutôt qu’avec ceux qui commettent le mal !

     

     Timon of Athens, IV, 3, 468-471

     

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  • La conscience est-elle neuronale ?

     

     

     

    Imagerie cérébrale

     

    Quand on parle d’états de conscience, on fait référence à différentes manifestations comme « l’état de veille », la maîtrise du langage, la mémoire, les capacités d’apprentissage, etc. Mais si l’on veut appréhender « la conscience » dans sa globalité, alors, les sciences neuronales sont vite dépassées. C’est pourtant bien la conscience, et elle seule, n’est-ce pas, qui fait notre humanité. Où la « trouve-t-on » ?

       Pour qu’il y ait conscience, les neuroscientifiques savent qu’il doit y avoir échange ou résonnance entre différentes régions du cerveau. Il n’y a pas, dans notre boîte crânienne, d’« aire de la conscience » à proprement parler. Les phénomènes conscients n’émergent pas d’un endroit unique mais sont le fruit d’un système complexe impliquant de multiples zones cérébrales. Quand le cerveau d’un individu subit des lésions localisées, sa conscience peut être modifiée, mais elle s’évanouit rarement complètement.

       La conscience ne semble surgir que lorsque des aires dites « supérieures » comme le cortex frontal, qui est relié aux circuits de l’émotion et de la prise de décision, sont activées. La conscience n’est pas le produit de Q.I. + Q.E., mais elle se situe quelque part dans cette relation entre l’intelligence et les émotions.

       Une chose étonnante est de constater qu’on est plus facilement conscient des erreurs des autres que des siennes propres. La conscience peut ainsi être observable à l’œil nu. Shakespeare exprime cela très bien dans un dialogue entre Brutus et Cassius dans Jules César (I, 2, 67-70) :

     

            Cassius. Since you know you cannot see yourself

            So well as by reflection, I, your glass,

            Will modestly discover to yourself 

            That of yourself which you yet know not of.

                          

            CASSIUS. – Puisque vous savez que vous ne vous pouvez pas vous voir

            Autrement que dans un reflet, je serai votre miroir,

            Et modestement, je vous ferai découvrir

            Ce que de vous-même vous ne savez pas encore.

     

       La conscience est-elle un phénomène social ? Ce qu’on appelle « l’inconscient collectif » est un fait, relativement banal, dans lequel la conscience individuelle se noie dans la conscience des autres. Cela ressemble à une réaction empathique – à l’effet désastreux parfois. Avec ce paradoxe inouï qui montre que la conscience qui s’éveille dans le dialogue avec l’autre (avec les autres) sombre complètement dans la méconnaissance quand elle s’attache à une masse. Georges Brassens résumait cette catastrophe dans une expression ironique :

     

    Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on
    Est plus de quatre on est une bande de cons.

     

       François Dolto exprimait cela autrement en disant : « l’âme que nous ‘‘avons’’ est dans l’autre ». Comment comprendre que la conscience, qui est bien la « chose » la plus personnelle qui soit, puisse être comme extérieure à soi ? Tout est dans le lien – évidemment immatériel – qui nous relie à nos pairs. Les savants ne découvriront jamais la conscience au fond de leurs lorgnettes électroniques, de leurs scanners et de leur science cognitive. Littéralement, ils cherchent à côté de leur objet !

     

     

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  • Globish

     

     

    Espèce en voie de disparition

     

    À La tête au carré, émission scientifique de qualité sur France Inter, le sujet abordé, ce lundi 6 mai, était la biodiversité et les menaces qui pèsent sur la planète. Pour analyser la situation, les animateurs ont fait appel à un Professeur éminent, M. Gilles Bœuf, et il a été présenté comme étant un biologiste de « Sorbonne Université ». Ai-je bien entendu ? L’Université de la Sorbonne a disparu et avec elle, les articles et les prépositions. Parmi les espèces menacées, il faut désormais compter l’espèce de langage qu’était le français et qui est moins bien protégé que les pandas. Il est en voie d’extinction sur notre territoire ; on en trouve encore quelques traces authentiques dans certaines contrées très reculées, en Afrique et en Amérique du nord. Mais ces zones ne sont pas à l’abri du danger.

     

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  • Fétichisme

     

     

    « Personne n’est quelque chose », disait James Joyce. Quelque chose ne peut pas non plus être une personne.

     

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  • Violence et méconnaissance

     

     

    La bêtise

     

    La bêtise, c’est de l’intelligence dévoyée. Il ne faut pas confondre les imbéciles avec les simples d’esprit. Les individus qu’on appelle handicapés mentaux sont souvent touchants, attachants. Les imbéciles, à l’inverse, font peur. Car la bêtise est, le plus souvent, de l’intelligence contaminée par de la violence.

       Prenez un raciste. Il croit qu’il raisonne. Il s’est même trouvé, autrefois, des gens qui ont dépensé des trésors d’intelligence pour « démontrer » qu’ils faisaient partie d’une catégorie d’humains supérieure aux autres. En réalité, c’est la haine qui avait pris le dessus sur leur réflexion, une haine bien enrobée de méconnaissance, la méconnaissance elle-même se parant d’atours « scientifiques » flatteurs.

       Sur les réseaux sociaux, ce que nous prenons pour des commentaires crétins ne sont généralement que des injures, des éjaculations de haine.

       La bêtise qui se déverse dans les programmes de divertissement (télévisés ou radiodiffusés) est encore de la violence à haut niveau de destruction. Le ton est agressif. Les rires, lourds et appuyés, sont un masque bouffon pour une violence réelle. Peut-on rire de tout ? Évidemment. Mais cela ne justifie pas qu’on se moque de tous – et très peu de soi.  

       La bêtise est donc bien une manifestation de l’intelligence, mais elle est proche de celle des fous. Pourquoi nous laissons-nous parfois séduire par elle, alors que nous redoutons les fous – et que nous les enfermons ?

       Comme toute forme de violence, la bêtise est contagieuse – on dit aussi mimétique. Elle colle, elle poisse. Essayez de vous démarquer au milieu d’une troupe de crétins éméchés ! La plupart du temps, vous vous retrouvez à proférer des bêtises aussi tristes que celles que vous entendez. Et vous vous détestez.

       L’intelligence est un devoir moral.

       Il n’y a pas plus intelligent qu’un bébé. Que peut-il faire d’autre, avec ses faibles forces, qu’utiliser toute son intelligence pour communiquer, pour apprendre, pour survivre ? La question alors se pose : comment devient-on bête ? Par contamination. En apprenant la rivalité, la dispute, la chicane plutôt que le partage, certains diront « en devenant homme ». Chez les garçons, la conquête de la virilité se paie souvent d’une surdose de bêtise. Quelle dérision !

       Laissez venir à moi les petits enfants.

     

     

     

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