Les droits et leurs limites
Déclaration des Obligations de l’homme
« Un droit n’est pas efficace par lui-même, mais seulement par l’obligation à laquelle il correspond ; l’accomplissement effectif d’un droit provient non pas de celui qui le possède, mais des autres hommes qui se reconnaissent obligés à quelque chose envers lui. L’obligation est efficace dès qu’elle est reconnue. […] Un droit qui n’est reconnu par personne n’est pas grand-chose. »
Simone Weil, L’enracinement (1943)
Il est remarquable que Simone Weil parle d’obligation plutôt que de devoir. La nuance n’est pas anodine. En opposant droits et devoirs, comme on le fait le plus souvent, on en revient à une symétrie classique, un peu trop proche sans doute de la Loi du Talion. Le devoir est une contrainte extérieure, qui ne laisse aucun champ à la liberté de l’Autre. L’obligation est plutôt un sentiment personnel, intériorisé, celui de se sentir obligé. La reconnaissance est une dette, comme un échange donnant-donnant, tandis que l’obligation est une grâce, volontaire et gratuite.
À l’heure où la revendication des droits est devenue de plus en plus violente, sait-on encore ce que c’est que d’être obligé ?