Sacrifice indéracinable
Le sacrifice sépare*
Tout ce qui rassemble, réunifie, réconcilie, rapproche, relève d’une démarche anti-sacrificielle. Mais l’attitude est tellement rare ! Se détacher, chercher la rupture sont toujours plus « valorisants », croit-on. Proclamer sa différence (de race, de classe, de sexe), se chicaner pour le pouvoir, refuser simplement de regarder ou d’écouter l’autre… relèvent d’un comportement sacrificiel. « Pousse-toi de là, tu as pris la place que je voulais, la place qui me revient de droit ! » La terreur des extrêmes droites, c’est « le grand remplacement ». L’expression est assez explicite. La peur des « minorités », c’est de ne pas être « visibles ». Tout ce qui justifie les frontières, les barrières, les isolements, relève d’un comportement sacrificiel. Le mélange effraie.
Comment ferions-nous autrement ? Nous ne savons rien faire d’autre. Nous ne savons pas penser autrement. Nous ne voulons rien voir d’autre. Plus le message chrétien se fait insistant (« Aime ton prochain »), malgré la distance que nous mettons avec le christianisme historique, plus nous persistons dans notre erreur, notre violence, nos ressentiments. Les militants de toutes les causes d’aujourd’hui — syndicalistes, politiciens, environnementalistes, féministes —, avec les meilleures intentions du monde, succombent à la tentation de la division, de la désunion. « Militant » a la même origine que le mot « militaire ». Son mode d’action, c’est la guerre. « Nous ne lâcherons rien ! »
Cette obstination aveugle, cette détermination qui n’est que du désir refoulé, ce trépignement stérile, sont inquiétants.
Tout ce qui rassemble, réunifie, réconcilie, rapproche, semble hors de notre portée.
* Toute séparation est un sacrifice.