Bonnes feuilles
Qui dit-on que je suis ?
Tout se passe comme si rien n’avait été écrit d’avance. « Si cette coupe peut s’éloigner de moi... », s’exclame [Jésus], quand l’heure de sa mort approche, alors qu’il a tout « prédit », qu’il sait avec une certitude courageuse que le sacrifice va tomber sur lui. Ses angoisses à Gethsémani (Matthieu 26, 36-46), ne sont pas feintes. Les Évangiles sont évidemment écrits par des témoins postérieurs qui savent ce qui s’est passé, et la Passion, et la mort, et la Résurrection. Mais pour Jésus, c’est la première fois ! La folie du sacrifice n’est pas « déterminée » comme suivant un théorème. Dieu n’est pas un mécanisme d’horlogerie. La grâce est toujours possible. Le drame de Jésus, et avec lui le drame de l’humanité, c’est que la grâce n’est pas venue, sur un plateau, aux humains de ce temps-là, ni à ceux des temps qui ont suivi. « Ce que tu as à faire, fais-le vite ! », supplie-t-il (Jean 13, 27), implorant l’intervention de Judas. Mais le temps continue d’avancer très lentement.
Extrait de mon essai paru chez L’Harmattan, 2024.