1er décembre 1944
La victoire en pleurant
Le massacre de Thiaroye est un massacre commis par les troupes coloniales et des gendarmes français à l’encontre de tirailleurs africains, le 1er décembre 1944, au camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, alors dans la colonie du Sénégal. Il survient à la suite d’une manifestation de tirailleurs, anciens prisonniers de la Seconde Guerre mondiale récemment rapatriés, réclamant le paiement de leurs indemnités et le versement du pécule qui leur était promis depuis des mois.
Source Wikipédia
Tandis que l’on célèbre en chantant la victoire des Alliés contre les nazis, des plages de Normandie en juin 44, à l’Alsace libérée de son joug en novembre, en passant par Paris où le Général De Gaulle a défilé le 26 août, on préfère écarter de notre mémoire* l’horreur du massacre de Thiaroye au cours duquel des tirailleurs sénégalais, qui avaient contribué à ce triomphe, ont été liquidés pour avoir osé réclamer un peu de reconnaissance. La honte qu’on peut en éprouver est comme une cicatrice persistante, partagée avec les descendants des victimes. Il ne s’agit pas là d’une honte archaïque, paralysante, dont on se débarrasserait, paraît-il, en « déculpabilisant », mais bien d’une misère accrochée à notre culture.
Michel Serres a raison de dire que « les fils des coupables ne sont pas coupables, les fils des victimes ne sont pas victimes » (Rome, le livre des fondations, 1983). Ce n’est pas « s’avouer coupable » que de souffrir d’un mal commis par d’autres en d’autres temps, c’est plutôt de l’empathie posthume. Que ce mal ait été perpétré par des Français sur des Sénégalais m’oblige. Ce deuil n’est pas une forme de honte, mais un devoir de mémoire.
* Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a annoncé ce jeudi 28 novembre qu’Emmanuel Macron reconnaissait dans une lettre qu’il lui avait adressée le « massacre » de tirailleurs africains par les forces coloniales françaises dans le camp militaire de Thiaroye, le 1er décembre 1944. Le mot est utilisé pour la première fois dans un courrier officiel.
Source rfi