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École 

 

En classe de seconde, en 1991.

 

La confiance, le respect mutuel

 

Comment naît la confiance ? Comment l’enfant qui n’a jamais été aimé peut-il la reconnaître ? Beaucoup d’enfants, aujourd’hui, sont très gâtés et très peu aimés. On leur accorde trop tôt l’indépendance, ce qui les réduit à vivre en solitaires. Les parents trop souvent fabriquent des enfants sauvages, des électrons libres, mais oublient de construire des personnes, c’est-à-dire des individus en relation avec d’autres individus. Quand les rapports civils ne sont pas établis, il ne reste que des rapports de force. C’est malheureusement ce que beaucoup d’enfants attendent de la part de l’adulte : sa violence. Changer cette relation pour du respect mutuel requiert du temps et de la patience. Il n’y a pourtant pas d’autre alternative à la coercition : pour être respecté, l’enseigneur doit d’abord respecter ses élèves.

   Le respect repose sur des fondements relativement simples : ne rien prendre sans demander, ne rien exiger sans s’engager soi-même, ne rien garder pour soi, rendre à l’élève ce qui lui revient de droit : son image, son opinion, même ses erreurs.

   La clarté, l’absence de dissimulation, la franchise conditionnent le respect. Ce que je fais, je dis pourquoi je le fais. Ce que je fais faire, je dis comment j’estime que cela doit être fait. Je suis avant tout un pourvoyeur de moyens. Chaque élève, individuellement, doit comprendre ce que j’attends de lui pour savoir ce qu’il peut exiger de lui-même. Je ne crois pas qu’on puisse apprendre quoi que ce soit dans l’ignorance des moyens et des fins. Cela implique, entre autres choses, que je ne fais absolument jamais d’interro surprise. Il n’y a pas de radar dissimulé sur la route de ma pédagogie.

   Enfin, pour maintenir la balance, nécessairement délicate, entre l’exigence et la capacité, entre la fin et les moyens, il faut donner à l’élève les repères qui lui permettent de trouver son propre équilibre — et cela est plus subtil que de tenir sa moyenne à jour... Apprendre, c’est passer d’un état de moindre connaissance à un état de connaissance plus complexe. Ce « passage », surtout à l’adolescence, est foncièrement déstabilisant. Pour que l’enseigneur soit un pôle, un repère, une source de référence, il doit être, autant que possible, égal à lui-même, constant, et conséquent. Cela passe par une parfaite maîtrise de soi.

Extraits de mon essai Le maître des désirs.

 

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