Sacrificiel
Le joueur joué
Dans un jeu de hasard, ce n’est pas le joueur qui joue, c’est le hasard. En fait, le jeu se joue du joueur. Quel plaisir le joueur y trouve-t-il ? Celui, masochiste, d’être la victime.
Les jeux d’argent sont bien caractéristiques du phénomène. Plus je perds mes mises, plus cela m’excite. Cela peut s’assimiler à une automutilation. Là encore, la victime, c’est le joueur.
Quand le joueur n’entre pas dans le jeu, il n’est que le spectateur de ce qui se joue : jeux vidéo, flipper, etc. Le joueur présumé ne participe pas à grand-chose, il assiste à un spectacle et le jeu est d’autant plus attirant qu’il est autonome, en circuit fermé : il est le reflet du pseudo-joueur qui « se » contemple, fasciné, dans cette machine à contenu virtuel.
Dans un jeu véritable, un jeu d’enfant, par exemple, le jeu c’est l’enfant lui-même. « On dirait que je suis… », « On ferait comme si… » L’implication doit être totale. L’enjeu est le joueur lui-même. Il y a un effet mimétique puissant dans le jeu d’enfant. En faisant comme les grands, l’enfant s’éduque, et puissamment.
Cette idée d’identification n’a pas échappé aux inventeurs de jeux vidéo. Mais quand ils vous proposent d’être l’arme exterminatrice du jeu de massacre, à quel sacrifice potentiel jouez-vous ?