Shakespeare
Grand seigneur
Thésée, le duc d’Athènes, accepte de recevoir une troupe d’artisans amateurs venus lui offrir un modeste divertissement.
Theseus. I will hear that play ;
For never anything can be amiss,
When simpleness and duty tender it.
Go, bring them in ; and take your places, ladies.
[…]
The kinder we, to give them thanks for nothing.
Our sport shall be to take what they mistake :
And what poor duty cannot do, noble respect,
Takes it in might, not merit.
Where I have come, great clerks have purposèd
To greet me with premeditated welcomes ;
Where I have seen them shiver and look pale,
Make periods in the midst of sentences,
Throttle their practised accent in their fears,
And in conclusion, dumbly have broke off,
Not paying me a welcome. Trust me, sweet,
Out of this silence yet I pick’d a welcome ;
And in the modesty of fearful duty
I read as much as from the rattling tongue
Of saucy and audacious eloquence.
Love, therefore, and tongue-tied simplicity
In least speak most, to my capacity.
THÉSÉE. ― Je veux bien entendre cette pièce ;
Car rien n’est vraiment faux
Quand la simplicité et la générosité se donnent en spectacle.
Allons, faites-les entrer. Et Mesdames, prenez place.
[...]
Nous n’en aurons que meilleure grâce à les remercier pour rien.
Notre distraction sera de prendre bien ce qu’ils exécutent mal.
Ce qu’un zèle maladroit ne peut comprendre, un noble respect
Sait reconnaître l’effort plutôt que le mérite.
Où que j’aille, de grands clercs se précipitent
Pour me saluer avec des compliments prémédités ;
J’en ai suffisamment vu trembler et pâlir,
S’interrompre au milieu de leur phrase,
S’étrangler d’effroi malgré leur éloquence apprise,
Pour finalement se taire, confus,
Sans m’avoir seulement salué. Croyez-moi, ma chère,
Même à travers leur silence, j’ai su reconnaître le compliment.
Et dans la modestie de l’application inquiète,
J’en ai lu autant que dans la langue qui bafouille
Une éloquence impertinente et arrogante.
L’affection et la muette simplicité
Sont donc capables, à moindre mot, de me toucher.
Le Songe d’une nuit d’été, V, 1, 81-105.