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La pesanteur et la grâce

 

 

La faute

 

La question que pose Claudius dans sa prière (Hamlet, III, 3) est centrale :

 

Peut-on être pardonné et être toujours fautif ?

May one be pardoned and retain th' offence ? 

 

   Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la réponse est oui. Le pardon n’efface pas l’offense, il se surajoute à la faute et la métamorphose en grâce. Hannah Arendt l’explique très simplement (Condition de l’homme moderne) : « Le pardon est exactement le contraire de la vengeance. Le pardon est la seule réaction qui ne se borne pas à réagir mais qui agisse de façon nouvelle et inattendue. » Autrement dit, le pardon est un miracle. C’est ainsi que Jésus fait souvent précéder ces guérisons de l’expression : « Tes péchés sont pardonnés ». Mais il ajoute : « Ta foi t’a sauvé ». Car, encore faut-il croire au pardon pour être pardonné ! C’est ce que ne comprend pas Claudius :   

 

Essayer le repentir ; de quoi n’est-il pas capable ?

Mais de quoi est-il capable quand on est incapable de se repentir ?

Ô, misérable condition !

 

Try what repentance can. What can it not ?

Yet what can it when one can not repent ?

O wretched state !  

 

   Claudius, comme Macbeth, ne parvient pas à se débarrasser de sa mauvaise conscience.

 

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