Cercle mimétique
Se justifier
Se justifier, c’est entrer dans le jeu (mimétique) des autres. Et comme les autres ne comprennent ni n’admettent que leurs propres justifications, se justifier revient à se soumettre au jugement des autres. Nul n’est jamais justifié par ses propres arguments, sinon il n’est pas compris.
Faut-il, dès lors, vraiment se justifier ? Ne pas le faire est impossible, sauf à renoncer à ses responsabilités, à son identité, à sa personne en tant que personne. Celui qui ne se justifie pas ― ou en est incapable ― est un monstre d’égoïsme. S’il ne rend jamais de compte, comment peut-il en attendre de quiconque ?
Y a-t-il une forme de justification à ne pas se justifier ? C’est le parti pris par Jésus au cours de son procès. À ceux qui l’interrogent, il répond : « C’est toi qui le dis. » Son courage est exemplaire. Renvoyer chacun à sa propre conscience est une attitude merveilleuse, mais elle est aussi dangereuse : personne ne veut être confronté à sa propre conscience.
« Il fallait se soumettre et reconnaître sa culpabilité. Il fallait vivre dans le malconfort. » C’est ce que soupire le héros d’Albert Camus, dans La Chute.