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La théorie mimétique

 

 

La clé 

 

L’hypothèse girardienne est tellement vaste et féconde qu’elle connaît des prolongements en anthropologie, en religion, en philosophie, en psychologie, en sociologie, en éducation, etc. Comme si Girard était une clé qui ouvrait toutes les serrures. Et de fait, elle en ouvre beaucoup. Encore faut-il trouver d’abord la bonne serrure à ouvrir. Elle n’est pas sociologique, psychologique, philosophique, politique, religieuse, ni quoi que ce soit d’autre, elle est celle de la responsabilité de l’homme dans la perpétuation du mal (on l’appelle aussi le péché) : pourquoi aime-t-il à ce point la violence ? Girard a trouvé dans le message chrétien une réponse à cette question centrale : le mimétisme spontané, le désir forcené de rétribution, la rivalité banale comme le mal, ont été révélés il y a 2 000 ans.

   Pourtant, il n’y a pas « d’éthique chrétienne » qu’on pourrait comparer à l’éthique marxiste, ou l’éthique kantienne... L’amour du prochain n’est pas une morale (comme on m’a appris quand j’étais petit : « il faut être gentil avec tes copains »). Aimer son ennemi est un commandement qui n’a pas d’équivalent, puisqu’il exclut toute symétrie, toute compensation, contre-don et autre « rachat ». « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous-mêmes, faites-le pour eux » (Matthieu 7, 12 et Luc 6, 31). C’est tout le contraire de l’interdit : ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’il vous fasse. D’ailleurs, on ne trouve pas, dans les paroles de Jésus, le moindre « interdit ».

   Cette unité parfaite, univoque et d’une profonde cohérence, du discours chrétien est la clé que personne ne veut voir. Tout simplement parce que la serrure qu’elle ouvre, c’est nous-mêmes !

 

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